Abbé Benoît Storez : est-il possible que Jean XXIII et Jean-Paul II soient réellement saints ?

Source : Le Belvédère

Canoniser Vatican II, telle est la mission que se sont assignés les promoteurs de la nouvelle évangélisation. Comme il s’agit d’un concile pastorale, n’en déplaisent à certains qui veulent le dogmatiser, les textes eux-mêmes sont un point d’appui qui manque de solidité. Le Concile n’a pas voulu faire de magistère dogmatique, on ne peut revenir là-dessus.

Alors pour renforcer son autorité, on va canoniser ses zélateurs : Jean XXIII, le pape qui l’a convoqué, et Jean-Paul II, le pape qui l’a le plus appliqué. Canoniser, c’est citer en exemple. En donnant les vies de Jean XXIII et Jean-Paul II comme modèles, c’est le Concile vécu que l’on donne en modèle. Voulez-vous parvenir au ciel ? Vivez le concile Vatican II, comme Jean XXIII et Jean-Paul II l’ont vécu. Voilà ce que nous disent ces canonisations qui se préparent.

Une telle déclaration renforcerait l’autorité de Vatican II car les canonisations sont normalement revêtues du sceau de l’infaillibilité. Il serait téméraire de prétendre purement et simplement le contraire, du moins s’il s’agit de vraies canonisations, car ce point est enseigné de façon universelle par les théologiens depuis longtemps. La raison en est d’ailleurs simple : par la canonisation, le pape, en un acte solennel, définit de façon irréformable un moyen assuré pour parvenir au ciel. C’est donc une forme de définition sur un domaine qui touche à la foi et à la morale, ce qui entre dans le cadre du magistère solennel du pape. Ceci nous place face à une difficulté qui a suscité ces derniers temps de nombreuses questions : est-il possible que Jean XXIII et Jean-Paul II soient réellement saints ? A cette question, la réponse certaine est NON. Sans vouloir présumer de leur sort éternel, on peut affirmer qu’ils n’ont pas fait preuve d’un héroïsme suffisant, loin s’en faut, dans le pratique de certaines vertus. Or, c’est bien l’héroïsme dans l’exercice de toutes les vertus que l’Eglise a toujours exigé pour accorder la gloire des autels aux saints qu’elle canonise. Quoiqu’on puisse en dire aujourd’hui, la vraie sainteté ne saurait exister sans cet héroïsme.

Certains objecteront que la canonisation étant garantie par l’infaillibilité, il ne convient même pas de se demander s’ils sont vraiment saints car le Saint-Esprit lui-même par la voix de l’Eglise a déjà répondu. L’objection est sérieuse, certes, mais non pas insurmontable, ainsi que le montrent plusieurs articles de ce bulletin. Mais de toute façon, est-il envisageable pour un catholique d’imiter l’exemple de quelqu’un qui a baisé avec respect le coran ou qui saluait dans les juifs déicides nos frères aînés dans la foi ? Est-il possible que le chemin du ciel passe par les réunions oecuméniques d’Assise, les pratiques de dévotions devant le Mur des Lamentations ? Vouloir fermer les yeux sur tant d’actes scandaleux en s’appuyant sur l’infaillibilité des canonisations, c’est faire comme l’autruche qui met la tête dans le sable, et il n’est pas facile de voir clair dans une telle situation.

Abbé Benoît Storez