Accès des remariés à la communion: une lettre du Bangladesh du père Carlo Buzzi

Son auteur est un missionnaire de l’Institut Pontifical pour les Missions Étrangères de Milan. Il écrit: « Si l’on avance dans la voie tracée par le cardinal Kasper, les dégâts vont être importants »

par Sandro Magister

Source : http://chiesa.espresso.repubblica.it

Cher Sandro,

Ici, au Bangladesh, nous enseignons le catéchisme et, pour être clairs, nous disons que chaque sacrement comporte quatre éléments : le ministre, la matière, la formule, l’événement miraculeux.

Dans le cas du baptême, le ministre c’est un clerc ou un laïc, la matière c’est l’eau, la formule c’est « Je te baptise… » et l’événement miraculeux c’est que l’on devient enfant de Dieu.

Dans le cas de la confirmation, le ministre c’est l’évêque, la matière c’est l’huile, la formule c’est « Sois marqué… » et l’événement miraculeux c’est que l’on reçoit la force du Saint-Esprit.

Dans le cas de l’eucharistie, le ministre c’est le prêtre, la matière c’est le pain et le vin, la formule c’est « Ceci est mon corps… » et l’événement miraculeux c’est que le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus.

Dans le cas du mariage, le ministre ce sont les époux eux-mêmes, la matière ce sont leurs corps et leurs âmes, la formule c’est la promesse et l’événement miraculeux c’est qu’ils deviennent pour ainsi dire une seule personne.

Nous enseignons que le sacrement s’appelle ainsi parce qu’il produit un événement surnaturel qui ne se voit pas avec les yeux mais qui est grandiose et réel aux yeux de Dieu.

Pour ce qui est du mariage, nous expliquons justement que ce qui est miraculeux c’est que, une fois que la promesse a été faite devant Dieu, les deux époux sont unis pour former une seule personne, comme s’ils avaient été attachés l’un à l’autre avec de la colle forte ou soudés par une chaleur de 5 000 degrés.

Alors, si l’on enlève au mariage catholique ce fait miraculeux, que devons-nous mettre à sa place ?

Je me suis fait la réflexion suivante.

Nous savons bien qu’il existe un baptême « de sang » et également un baptême « de désir », aussi valables que le baptême de l’eau.

Les divorcés remariés, s’il est bien vrai qu’ils soient conscients de leur situation, peuvent faire la communion de désir.

Dans le fait de recevoir un sacrement il y a une partie objective et une partie subjective. On sait que ce qui est le plus important, c’est la grande grâce qui est associée au sacrement. Cependant je peux perdre cette grâce et même commettre un sacrilège si je m’approche de la communion avec légèreté ou d’une manière indigne.

Ces divorcés remariés – qui, en fin de compte, ont quelque peu négligé le sens chrétien de la souffrance, du sacrifice, de la patience, de la pénitence, et qui ont oublié que Jésus a été crucifié et que la croix, lorsqu’elle se présente, est pour tout chrétien un moyen de se rapprocher du Rédempteur – se montrent quelque peu présomptueux quand ils font appel à la miséricorde de Dieu, alors qu’ils n’ont guère tenu compte de lui précédemment.

Au point de vue subjectif, je pense que, pour eux, il est beaucoup plus existentiel qu’ils se limitent au désir de la communion plutôt que de recevoir la communion elle-même.

Le fait d’accepter de bon gré cette abstinence fera beaucoup de bien à leur âme et à la sainteté de cette communauté chrétienne qu’est l’Église.

Si, au contraire, l’on avance dans la voie tracée par le cardinal Walter Kasper, les dégâts vont être importants :

1. Cela rendra l’Église superficielle et accommodante ;
2. Il faudra nier l’infaillibilité de la chaire de Pierre, parce que ce sera comme si tous les papes précédents s’étaient trompés ;
3. Il faudra considérer comme des imbéciles tous ceux qui ont donné leur vie, dans le martyre, pour défendre ce sacrement.

Peut-être ai-je apporté ma contribution à cette diatribe dont j’espère qu’elle va prendre fin rapidement.

À bientôt, salutations amicales du Bangladesh, pays qui est émergent à bien des égards et qu’il ne faut plus négliger.

Père Carlo

Sirajganj, le 5 mai 2014