Autorité et principe d’autorité

Bien souvent nous confondons trop facilement l’autorité et le principe d’autorité et nous refusons de « remettre en cause l’autorité » parce que de facto il serait  porter atteinte au principe d’autorité en lui-même, ce qui serait une œuvre révolutionnaire et libérale.

Pourtant, il faut bien considérer les choses selon leur place et leur but. L’autorité n’est pas là pour elle-même, elle ne se suffit pas à elle-même. Elle rentre dans un ordre, contre lequel elle ne peut aller sans se pervertir.

Les parents ont autorité sur leur enfant pour leur éducation naturelle et spirituelle, en vue de leur procurer un maximum de bien, et ultimement, sauver leur âme. Le chef d’entreprise a autorité en vue du bien commun de l’entreprise, pour la prospérité de l’ensemble de ceux qui y collaborent. Que penser de parents qui n’habilleraient pas leur enfant, les tiendraient dans l’ignorance et leur enseigneraient l’immoralité, et que penser d’un patron qui conduirait l’entreprise à la ruine ? Que vaudrait une telle manifestation de  l’autorité ?

Saint Thomas d’Aquin répond que l’obéissance est une partie de la justice. C’est-à-dire que l’application de l’autorité, sa réalisation concrète sur autrui, à savoir l’obéissance, répond de la vertu de justice. L’obéissance est un dû qui ne se discute pas, là est le principe de l’autorité.

Saint Thomas d’Aquin dit encore :

« l’homme doit obéir aux princes séculiers autant que l’ordre de la justice l’exige. C’est pourquoi si leur pouvoir n’est pas légitime, mais qu’il soit usurpé, ou s’ils commandent des choses injustes, on n’est pas tenu de leur obéir, sinon par accident pour éviter un scandale ou un danger ».

Est-ce que le chef d’entreprise a autorité pour choisir le prénom de mes enfants ? Il est évident que non, ce serait une autorité usurpée. Est-ce que des parents peuvent imposer à leur enfant de poser un acte immoral ? Il s’agit là d’un ordre allant contre la justice.

C’est donc respecter le principe d’autorité que de refuser d’obtempérer à l’ordre d’une autorité usurpée ou à un ordre allant contre la justice.

L’objection qui peut se poser est le fait de devoir juger si un acte est juste ou injuste, et dans quelle mesure nous avons le devoir de nous y opposer, car il y a le risque évident de juger de façon permanente et systématique le bien fondé des ordres donnés par l’autorité et in fine, de détruire cette autorité.

L’obéissance étant une vertu, elle est soumise comme nous l’avons dit au respect de la justice. Elle est donc soumise à un ordre, à une hiérarchie des vertus. L’obéissance, vertu cardinale, ne peut s’appliquer si elle va contre l’une des vertus théologale, la Foi, l’Espérance ou la Charité, tout ce qui concerne la morale ou les mœurs répondent de la Charité, de l’amour de Dieu.

C’est pourquoi, les vertus théologales concernant Dieu et l’obéissance à Dieu sont prééminentes de façon systématique sur l’obéissance. L’obéissance allant contre une de ces vertus constitue en réalité une faute, une fausse obéissance. Il est du devoir de chacun de connaitre  et de refuser les ordres qui iraient contre l’une des vertus théologales.

Il en va de même de tout ordre venant d’une autorité qui agirait de façon contraire à la fin qui est la sienne : l’autorité n’étant pas pour elle-même, elle est pour une fin. Si elle agit contre cette fin,  alors elle se ruine d’elle-même et ne peut demander à s’exercer. Par exemple, le supérieur d’un institut religieux doit exercer son autorité en vue du bien commun de la société qu’il dirige. S’il use de son autorité contre le bien commun, alors il détruit lui-même son autorité, sapant le fondement qui la soutient.

Saint Thomas l’expose de cette façon :

« il y a deux sortes de bien : l’un que l’homme est nécessairement tenu de faire, comme aimer Dieu ; on ne doit d’aucune manière se dispenser de faire ce bien pour obéir. Il y a un autre bien auquel l’homme n’est pas nécessairement obligé. Quelquefois on doit omettre cette espèce de bien par obéissance : parce qu’on ne doit pas faire un bien en se rendant coupable d’une faute. Toutefois, comme l’observe saint Grégoire (ibid.), celui qui détourne ceux qui lui sont soumis d’un bien quelconque, doit leur faire beaucoup d’avantages, de peur qu’il ne ruine absolument leurs âmes si, en les éloignant de tout bien, il leur imposait une privation absolue. C’est ainsi que par l’obéissance et par d’autres biens semblables on peut compenser la perte d’un bien quelconque. »

Austremoine