Le Synode vu par le Bienheureux Apôtre Paul

Une fois n’est pas coutume, je mets avec plaisir un lien vers le blog de l’abbé Philippe Laguérie qui rapelle bien simplement comment Saint Paul juge le l’ignoble synode qui vient de se passer à Rome.

Les apôtres qui évangélisèrent le monde n’avaient pas le langage emprunté et tortueux que nous subissons actuellement, et pourtant, l’histoire témoigne à quel point leur prédication fut efficace.

A méditer

Source : IBP

18 La colère de Dieu éclate du haut du ciel contre toute impiété et contre toute injustice des hommes qui, par leur injustice, retienne la vérité captive.

19 En effet, ce que l’on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, car Dieu le leur a montré clairement.

20 Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité. Ils sont donc inexcusables,

21 puisque, malgré leur connaissance de Dieu, ils ne lui ont pas rendu la gloire et l’action de grâce que l’on doit à Dieu. Ils se sont laissé aller à des raisonnements sans valeur, et les ténèbres ont rempli leurs cœurs privés d’intelligence.

22 Se vantant d’être sages, ils sont devenus fous ;

23 ils ont échangé la gloire du Dieu incorruptible contre des idoles représentants l’être humain périssable ou bien des volatiles, des quadrupèdes et des reptiles.

24 Aussi, à cause des convoitises de leurs cœurs, Dieu les a livrés à l’impureté, de sorte qu’ils déshonorent eux-mêmes leurs propres corps.

25 Ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge ; ils ont vénéré la créature et lui ont rendu un culte plutôt qu’à son Créateur, Lui qui est béni éternellement. Amen.

26 C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions d’ignominie. Chez eux, les femmes ont échangé les rapports naturels pour ceux qui sont contre nature.

27 De même, les hommes ont abandonné les rapports naturels avec les femmes pour brûler de désir les uns pour les autres ; les hommes ont avec les hommes un commerce infâme, recevant dans une mutuelle dégradation le juste salaire dû à leur égarement.

28 Et comme ils n’ont pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à leur sens pervers pour faire ce qui ne convient pas ;

29 ils sont remplis de toutes espèces d’iniquité, de perversité, de malice, de cupidité, de méchanceté, ne respirant que jalousie, pensées homicides, rivalité, ruse, dépravation ; semeurs de faux bruits,

30 calomniateurs, haïs de Dieu, arrogants, orgueilleux, fanfarons, ingénieux à faire le mal, rebelles à leurs parents ;

31 ils sont sans intelligence, sans loyauté, sans affection, sans pitié.

32 Et bien qu’ils connaissent le juste décret de Dieu déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses ; eux, non seulement ils les font, mais encore ils approuvent ceux qui les font.


Le premier rapport du synode sur la famille met le feu aux poudres

Source : medias-presse.info

Le premier rapport du synode sur la famille met le feu aux poudres

MPI a déjà évoqué à plusieurs reprises ce sujet (ici, ici, ici, ici) avertissant ses lecteurs de la révolution qui continue à Rome, révolution commencée au concile Vatican II. Alors que les médias catholiques faisaient preuve d’un angélisme béat ne voulant pas voir les conséquences de cette assemblée, le rapport officiel résumant la première semaine de ce synode a été rendu.

Il met le feu aux poudres. Tout y est, comme c’était prévisible et prévu : la communion aux divorcés remariés, une sorte de divorce « catholique » à travers un « chemin pénitentiel », un autre regard sur l’homosexualité : « sans nier les problématiques morales liées aux unions homosexuelles, on prend acte qu’il existe des cas où le soutien réciproque jusqu’au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires. » !!!

La coupe semble pleine, même chez certains progressistes débordés par leur révolution conciliaire !

Monseigneur Tony Anatrella, Consulteur du Conseil pontifical pour la famille et du Conseil pontifical pour le monde de la santé, et Expert auprès du Synode sur la Famille parle de « confusions et de complaisances ne rendent pas compte de l’enseignement de l’Église » et demande à ce que le texte soit corrigé « dans sa structure et en ce qui concerne l’admission des divorcés remariés aux sacrements et l’homosexualité ».

Le cardinal Peter Erdo, Primat de Hongrie, pourtant signataire du rapport du synode, affirme ne pas avoir lu les passages incriminés et considère comme fautif son secrétaire, Mgr Forte, qu’il désigne comme l’auteur de ces passages !

Mgr Stanislaw Gądecki, président de la conférence épiscopale polonaise, juge ce document tout simplement inacceptable.

Quant au cardinal Raymond Leo Burke, préfet du Tribunal suprême de la signature apostolique, traité de fondamentaliste par son confrère et ami du pape François, le cardinal Walter Kasper, il appelle solennellement – dans un cri qui semble bien désespéré – le pape à défendre la Foi catholique et le mariage !

Le « qui suis-je pour juger » du pape François entre en application.

Ce soir, un communiqué de presse de Vatican tentait de calmer les esprits estimant qu’il est donné à ce rapport « une valeur qui ne correspond pas à sa nature ».

De la Croix, jusqu’au Monde et à Libération on exulte !

Rien ne semble arrêter la volonté du pape François. Le rempart doctrinal s’était déjà effondré dans les années soixante avec le concile Vatican II, l’enceinte morale vient de subir des coups qui rendent son effondrement plus que probable.

Plus le temps passe, plus le véritable objectif du pape François apparaît : celui de changer le regard de l’Eglise sur l’homosexualité.

Xavier Celtillos


Xavier Celtillos – Synode : ils demandent l’admission de l’homosexualité, des cardinaux applaudissent !

Source : medias-presse.info

Le synode sur la famille qui se déroule à Rome n’a pas fini sa révolution. Sous la question de l’accès aux sacrements des divorcés remariés, c’est en réalité l’effacement de toute notion de péché mortel et donc d’état de grâce qui est voulu. En effet, refuser les sacrements à certains, c’est porter un jugement sur l’état de ces personnes à la lumières des commandements divins.

En changeant le révérenciel qui est Dieu en y mettant l’Homme à la place, en reléguant la doctrine au nom de la pastorale, c’est l’achèvement du processus démocratique de la sécularisation de l’Eglise qui est en cours. Ce processus avait déjà été avalisé avec le concile Vatican II, concile qui avait inauguré la « religion de l’Homme » selon les propres termes de Paul VI.

Ce synode, dont le déroulement était prévisible, va bien plus loin. Certains prélats et même cardinaux tentent de faire admettre l’homosexualité ou du moins, de rendre acceptable le comportement homosexuel. C’est ce qui s’est passé lorsqu’un couple d’Australiens, Ron and Mavis Pirola, est venu demander aux pères synodaux de pouvoir adopter une « attitude positive » envers leur fils homosexuel et « son compagnon », afin que celui-ci puisse être reçu avec le reste de la famille lors des fêtes.

Cette intervention a été chaleureusement applaudie, avec les faveurs remarquées du cardinal Coccopalmerio, président du Conseil pontifical pour les textes législatifs, et champion avec son acolyte Kasper d’une pseudo miséricorde. Et l’APIC de rapporter que ce dernier s’était déjà dit «  «favorable» à la mise en place d’une «procédure administrative» permettant d’accélérer le processus judiciaire des déclarations en nullité de mariage. Il a cependant estimé que le modèle suivi par certaines églises orthodoxes ouvrant la voie à un second mariage religieux dans une démarche pénitentielle serait une «option difficile». »

Que des cardinaux puissent sans être sanctionnés contredire jusqu’à la Loi naturelle montre que le pape François n’y est à minima pas opposé, au pire, qu’il souhaite la révolution en cours. Et ses éloges répétées du cardinal Kasper ne laissent guère de doute sur cette dernière option.

D’ailleurs, l’allocution de ce dernier lors de la préparation du Synode n’abordait pas à proprement parler un changement d’approche uniquement pour les divorcés remariés, mais une révolution beaucoup plus large :

« Le deuxième mariage, bien sûr, n’est pas un mariage au sens chrétien du terme. Et je serais opposé à ce qu’on le célèbre à l’église. Mais il y a (dans cette union) certains éléments du mariage. Je comparerais cette union à la manière dont l’Eglise catholique considère les autres Eglises. L’Eglise catholique est la véritable Eglise du Christ, mais il y a d’autres Eglises qui possèdent des éléments de la véritable Eglise, et nous reconnaissons ces éléments. De la même manière, nous pouvons dire que le vrai mariage est le mariage sacramentel ; le second n’est pas un mariage au même titre, mais il possède des éléments de celui-ci : les partenaires prennent soin l’un de l’autre, ils sont liés exclusivement l’un à un autre, il existe l’intention de demeurer dans ce lien, ils prennent soins des enfants, mènent une vie de prière, et ainsi de suite. Ce n’est pas la meilleure situation, c’est la moins mauvaise. »

De tels arguments peuvent s’appliquer aux homosexuels, puisque l’on évoque seulement des « partenaires ». Le synode y est, une partie des évêques dits « catholiques » a applaudi à la demande d’acceptation du comportement homosexuel…

Rome entre dans l’abomination.

Xavier Celtillos


L’excellente mise au point de Roberto de Mattei sur la question des divorcés remariés

Source : correspondanceeuropeenne.eu

«La doctrine ne change pas, la nouveauté ne concerne que la pratique pastorale». Le slogan, répété depuis un an, d’un côté tranquillise les conservateurs qui mesurent tout en termes d’énoncés doctrinaux, d’un autre côté encourage les progressistes qui accordent une maigre valeur à la doctrine et comptent uniquement sur le primat de la pratique.

Un exemple retentissant de révolution culturelle proposée au nom de la pratique nous est offert au travers de l’intervention dédiée à l’Evangile de la famille par laquelle le cardinal Walter Kasper a ouvert le 20 février les travaux du Consistoire extraordinaire sur la famille. Aussi convient-il de mesurer toute la portée de ce texte, que le Père Federico Lombardi a défini comme étant “en grande harmonie” avec la pensée du Pape François.

Le cardinal Kasper part du constat «qu’entre la doctrine de l’Eglise sur le mariage et la famille et les convictions vécues de nombreux chrétiens il s’est créé un abîme». Le cardinal évite cependant de formuler un jugement négatif sur ces “convictions”, opposées à la foi chrétienne, en éludant la question de fond : pourquoi cet abîme entre la Doctrine de l’Eglise et la philosophie de vie des chrétiens contemporains ? Quelle est la nature, quelles sont les causes du processus de dissolution de la famille ? Il n’est dit nulle part dans son intervention que la crise de la famille est la conséquence d’une attaque programmée sur la famille, fruit d’une conception du monde laïciste qui s’oppose à elle. Et ce malgré le document récent sur les Standard pour l’Education Sexuelle de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’approbation du “rapport Lunacek”par le Parlement Européen, la légalisation des mariages homosexuels et du délit d’homophobie par les gouvernements occidentaux.

Mais on se demande encore : est-il possible en 2014 de dédier 25 pages au thème de la famille, en ignorant l’agression objective que la famille, non seulement chrétienne, mais naturelle, subit dans le monde entier ? Quelles peuvent être les raisons de ce silence sinon une subordination psychologique et culturelle à ces pouvoirs du monde qui sont les promoteurs de l’attaque contre la famille ?

Dans la partie principale de son intervention, dédiée au problème des divorcés remariés, le cardinal Kasper n’a pas un seul mot de condamnation du divorce et de ses conséquences désastreuses sur la société occidentale. Mais n’est-ce pas le moment de dire qu’une grande part de la crise de la famille remonte justement à l’introduction du divorce et que les faits prouvent que l’Eglise a raison de le combattre ? Qui devrait le dire sinon un cardinal de la Sainte Eglise Romaine? Mais il semble que le cardinal s’intéresse seulement au «changement de paradigme» que la situation des divorcés remariés exige aujourd’hui.

Comme pour prévenir les objections éventuelles, le cardinal prend immédiatement les devants : l’Eglise «ne peut pas proposer une solution différente ou contraire aux paroles de Jésus». L’indissolubilité d’un marriage sacramental et l’impossibilité de contracter un nouveau marriage tant que l’autre partenaire est vivant «fait partie de la tradition de foi contraignante de l’Église qui ne peut pas être abandonee ou dissolute en faisant appel è une comprehension superficielle de la miséricorde à bas prix. (…)». Mais juste après avoir proclamé la nécessité de rester fidèles à la Tradition, le cardinal Kasper avance deux propositions dévastratrices pour contourner le Magistère pérenne de l’Église sur la famille et le marriage.

La méthode à adopter, selon Kasper, est celle suivie par le Concile Vatican II sur la question de l’oecuménisme et de la liberté religieuse : changer la doctrine, sans montrer qu’on la modifie. «Le Concile – affirme-t-il – sans violer la tradition dogmatique contraignante, a ouvert des portes». Ouvert des portes à quoi ? A la violation systématique, dans le domaine pratique, de cette tradition dogmatique dont on affirme la force dans les paroles.

Le premier chemin pour rendre vaine la Tradition s’inspire de l’exhortation apostolique Familiaris Consortio de Jean-Paul II, où il affirme que certains divorcés remarries «sont, en conscience, subjectivement convaincus que leur precedent marriage, irrémédiablement brisé, n’a jamais été valide» (n. 84). La Familiaris consortio précise cependant que la décision de validité du mariage ne peut être laissée au jugement subjectif de la personne, mais aux tribunaux écclésiastiques, institués par l’Eglise pour défendre le sacrement du mariage. En faisant référence justement à ces tribunaux, le cardinal enfonce le clou : «Étant donné que ceux-ci ne sont pas “jure divino”, mais qu’ils se sont développés au cours de l’histoire, on se demande pardois si la voie judiciare doit être le seul moyen à utilizer pour résoudre le problem ou s’il ne serait pas possible de recourir à d’autres procedures plus pastorales ou spirituelles. En alternative, on pourrait pense que l’évêque puisse confier cette tâche à un prêtre avec l’expérience spirituelle et pastorale tel le pénitentier ou le vicaire épiscopal».

La proposition est explosive. Les tribunaux écclésiastiques sont les organes auxquels est normalement confié l’exercice de la puissance judiciaire de l’Eglise. Les trois principaux tribunaux sont la Pénitencerie Apostolique, qui juge les cas du for interne, la Rote Romaine, qui reçoit en appel les sentences des autres tribunaux écclésiastiques, et la Signature Apostolique, qui est l’organe judiciaire suprême, avec une certaine analogie avec la Cour de Cassation par rapport aux tribunaux italiens. Benoît XIV, avec sa célèbre constitution Dei Miseratione, introduisit dans le jugement sur le mariage la double décision judiciaire conforme. Cette pratique sauvegarde la recherche de la vérité, garantit un résultat juste du procès et montre l’importante que l’Eglise accorde au sacrement du mariage et à son indissolubilité. La proposition de Kasper met en cause l’objectivité du jugement du tribunal écclésiastique, qui se verrait substitué par un simple prêtre, appelé non plus à sauvegarder le bien du mariage, mais à satisfaire les exigences de la conscience des individus.

En faisant référence au discours du 24 janvier 2014 aux officiels de la Tribune de la Rote Romaine dans lequel le pape François affirme que l’activité juridique écclésiastique a une connotation profondément pastorale, Kasper absorbe la dimension juridique dans la dimension pastorale, en affirmant la nécessité d’une nouvelle “herméneutique juridique et pastorale”, qui voit, derrière chaque cause, la “personne humaine”. «Est-il vraiment possible – se demande-t-il – que l’on décide du bien et du mal des personnes en seconde et en troisième instance uniquement sur la base d’actes, autrement dit de documents, mais sans connaître la personne et sa situation?». Ces paroles sont offensives à l’égard des tribunaux écclésiastiques et pour l’Église elle-même, dont les actes de gouvernement et de magistère sont fondés sur des documents, déclarations, actes juridiques et doctrinaux, tous orientés vers lasalus animarum. On peut facilement imaginer comments les nullités de mariage multipliraient, en introduisant le divorce catholique de fait, sinon de droit, avec un dommage ravageur pour le bien des personnes humaines.

Le cardinal Kasper en semble conscient, parce qu’il ajoute : «Ce serait une erreur de chercher la solution du problème que dans un généreux élargissement de la procédure de nullité du mariage serait une erreur. (…) nous devons également prendre en considération la question plus difficile de la situation du mariage valide et consommé entre baptisés, dans lequel la vie commune matrimoniale a été irrémédiablement brisée et dans lequel l’un des conjoints, ou les deux, ont contracté un second mariage civil».

Kasper cite à ce moment une déclaration pour la Doctrine de la Foi de 1994 selon laquelle les divorcés remariés ne peuvent recevoir la communion sacramentelle, mais peuvent recevoir la communion spirituelle. Il s’agit d’une déclaration dans la ligne de la Tradition de l’Eglise. Mais le cardinal fait un bond en avant en posant cette question : «celui qui reçoit la communion spirituelle ne fait q’un avec Jésus-Christ. Alors pourquoi ne peut-il pas recevoir également la communion sacramentelle? Si nous excluons des sacrements les chrétiens divorcés remariés (…) ne mettons-nous pas en cause la structure sacramentelle fondamentale de l’Église?»

En réalité il n’y a aucune contradiction dans la praxis multiséculaire de l’Eglise. Les divorcés remariés ne sont pas dispensés de leurs devoirs religieux. En tant que chrétiens baptisés, ils sont toujours tenus d’observer les commandements de Dieu et de l’Eglise. Ils ont donc non seulement le droit, mais le devoir d’aller à la Messe, d’observer les préceptes de l’Eglise et d’éduquer chrétiennement leurs enfants. Ils ne peuvent recevoir la communion sacramentelle car ils se trouvent en état de péché mortel, mais ils peuvent faire la communion spirituelle, parce que même celui qui se trouve en état de péché grave doit prier, pour obtenir la grâce de sortir du péché. Mais le mot péché ne rentre pas dans le vocabulaire du cardinal Kasper et n’apparaît jamais dans son intervention au Consistoire. Comment s’étonner si, comme l’a déclaré le pape François lui-même le 31 janvier, aujourd’hui «on a perdu le sens du péché» ?

L’Eglise des origines, selon le cardinal Kasper, «nous donne une indication qui peut servir d’issue» à ce qu’il définit comme “le dilemne”. Le cardinal affirme que dans les premiers siècles il existait la pratique par laquelle quelques chrétiens, bien que le partenaire soit encore en vie, après un temps de pénitence, vivaient une seconde union. « Ce droit coutumier est expressément signalé par Origène, qui ne le juge pas déraisonnable. De même Basile le Grand et Grégoire de Nazianze – deux pères de l’Église encore unie – y font référence. Toutefois Augustin lui-même en parle, dans un passage : il ne semble donc pas avoir exclu dès le départ toute solution pastorale. Ces pères voulaient pour des raisons pastorales, afin d’éviter le pire, tolérer ce qu’en soit est impossible d’accepter ».

Il est regrettable que le cardinal ne donne pas ses références patristiques, parce que la réalité historique est toute autre que celle qu’il décrit. Le père George H. Joyce, dans son étude historico-doctrinale sur le Mariage Chrétien (1948) a montré que durant les cinq premiers siècles de l’ère chrétienne on ne peut trouver aucun décret d’un Concile ni aucune déclaration d’un Père de l’Eglise qui soutienne la possibilité de dissolution du lien matrimonial.

Quand, au deuxième siècle, Giustinien, Atenagoras, Théophile d’Antioche, font allusion à l’interdiction évangélique du divorce, ils ne donnent aucune indication d’exception. Clément d’Alexandrie et Tertullien sont encore plus explicites. Et Origène, tout en cherchant quelque justification à la pratique adoptée par certains évêques, précise que celle-ci contredit l’Ecriture et la Tradition de l’Eglise(Comment. In Matt., XIV, c. 23, in Patrologie Grecque, vol. 13, col. 1245).

Deux des premiers conciles de l’Eglise, le concile d’Elvire (306) et celui d’Arles (314), le rappellent clairement. Dans toutes les parties du monde l’Eglise retenait la dissolution de l’union comme impossible et le divorce avec droit à de secondes noces était totalement inconnu. Celui, parmi les  Pères, qui traita plus largement la question de l’indissolubilité fut Saint Augustin, dans nombre de ses oeuvres, depuis le De diversis Quaestionibus (390) jusqu’au De Coniugijs adulterinis (419). Il récuse qui se plaint de la sévérité de l’Eglise en matière matrimoniale et il est toujours inébranlablement ferme sur la dissolution du mariage, en montrant que celui-ci, una fois contracté, ne peut plus se rompre pour quelque raison ou circonstance. C’est à lui qu’on doit la célèbre distinction entre les trois biens du mariage : proles, fides et sacramentum.

Est de même erronée la thèse d’une double position, latine et orientale, face au divorce, dans les premiers siècles de l’Eglise. Ce fut seulement après Justinien que l’Eglise d’Orient commença à céder au césaropapisme en s’adaptant aux lois byzantines qui toléraient le divorces, tandis que l’Eglise de Rome affirmait la vérité et l’indépendance de sa doctrine face au pouvoir civil. Quant à Basile, nous invitons le cardinal Kasper à lire ses lettres et à y trouver un passage qui autorise explicitement le second mariage.

Sa pensée est résumée dans ce qu’il écrit dans l’Ethique : «Il n’est pas permis à un homme de répudier sa femme et d’en épouser une autre. Il n’est pas permis à un homme d’épouser une femme qui ait divorcé de son mari» (Ethica, Regula 73, c. 2, in Patrologie Grecque, vol. 31, col. 852). On dit de même de l’autre auteur cité par le cardinal, San Grégoire de Naziance, qui écrit clairement : «le divorce est absolument contraire à nos lois, bien que les lois des Romains en jugent autrement» (Lettre 144, in Patrologie Grecque, vol 37, col.248).

La “pratique de pénitence canonique” que le cardinal Kasper propose comme issue au “dilemne”, avait dans les premiers siècles une signification exactement opposée à celle qu’il semble vouloir lui atttribuer. Elle n’était pas accomplie pour expier le premier mariage, mais pour réparer le péché du second, et elle exigeait bien sûr le regret de ce péché. Le onzième concile de Carthage (407), par exemple, publia un  canon ainsi conçu : «Nous décrétons que, selon la discipline évangélique et apostolique, la loi ne permet ni à un homme divorcé de sa femme ni à une femme répudiée par son mari de passer à d’autres noces; mais que ces personnes doivent rester seules, ou bien se réconcilient entre elles et que si elles violent cette loi, elles doivent faire pénitence» (Hefele-Leclercq, Histoire des Conciles, vol. II (I), p. 158).

La position du cardinal est ici paradoxale. Au lieu de se repentir de la situation de péché dans laquelle il se trouve, le chrétien remarié devrait se repentir du premier mariage, ou tout du moins de son échec, dont il est peut-être totalement non coupable. En outre, une fois admise la légitimité de la cohabitation post-matrimoniale, on ne voit pas pourquoi on n’admettrait pas la cohabitation pré-matrimoniale, si elle est stable et sincère.  Alors tombent les “absolus moraux” que l’Encyclique de Jean Paul II Veritatis Splendoravait rappelés avec tant de force. Mais le cardinal Kasper poursuit tranquillement  son raisonnement.

« Un divorcé remarié : 1. S’il se repent de son échec dans son premier mariage ; 2. S’il a clarifié les obligations correspondant à son premier mariage, s’il est définitivement exclu qu’il revienne en arrière ; 3. S’il ne peut pas renoncer, sans ajouter d’autres fautes, aux engagements qu’il a pris dans le cadre de son nouveau mariage civil ; 4. Si toutefois il s’efforce de vivre au mieux de ses possibilités son second mariage à partir de la foi et d’élever ses enfants dans la foi ; 5. S’il a le désir des sacrements en tant que source de force dans sa situation, devons-nous ou pouvons-nous lui refuser, après un temps de nouvelle orientation, de metanoia, le sacrement de pénitence puis celui de la communion ? »

Le cardinal Müller, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (La forza della grazia, “L’Osservatore Romano”, 23 ottobre 2013) a déjà répondu à ce questions, en faisant référence à Familiaris consortio, qui au n° 84 fournit des indications précises de caractère pastoral cohérentes avec l’enseignement dogmatique de l’Eglise sur le mariage : «Avec le Synode, j’exhorte chaleureusement les pasteurs et la communauté des fidèles dans son ensemble à aider les divorcés remariés. Avec une grande charité, tous feront en sorte qu’ils ne se sentent pas séparés de l’Eglise, car ils peuvent et même ils doivent, comme baptisés, participer à sa vie. On les invitera à écouter la Parole de Dieu, à assister au Sacrifice de la messe, à persévérer dans la prière, à apporter leur contribution aux oeuvres de charité et aux initiatives de la communauté en faveur de la justice, à élever leurs enfants dans la foi chrétienne, à cultiver l’esprit de pénitence et à en accomplir les actes, afin d’implorer, jour après jour, la grâce de Dieu. Que l’Eglise prie pour eux, qu’elle les encourage et se montre à leur égard une mère miséricordieuse, et qu’ainsi elle les maintienne dans la foi et l’espérance ! L’Eglise, cependant, réaffirme sa discipline, fondée sur l’Ecriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d’amour entre le Christ et l’Eglise, telle qu’elle s’exprime et est rendue présente dans l’Eucharistie».

La position de l’Eglise est sans équivoque. La communion est refusée aux divorcés remariés parce que le mariage est indissoluble et aucune des raisons adoptées par le cardinal Kasper ne permet la célébration d’un nouveau mariage ou la bénédiction d’une union pseudo-matrimonale. L’Eglise ne l’a pas permis à Henri VIII, perdant le Royaume d’Angleterre, et ne le permettra jamais parce que, comme l’a rappelé Pie XII aux prêtres des paroisses de Rome le 16 mars 1946 : «Le mariage entre baptisés validement contracté et consommé ne peut être dissout par aucun pouvoir sur la terre, pas même par la Suprême Autorité écclésiastique». En d’autres termes ni par le Pape ni encore moins par le cardinal Kasper.

Roberto de Mattei


Le cardinal Kasper pour le mariage homosexuel

Voici le texte du Cardinal Kasper :

« le deuxième mariage, bien sûr, n’est pas un mariage au sens chrétien du terme. Et je serais opposé à ce qu’on le célébrer à l’église. Mais il y a (dans cette union)certains éléments du mariage. Je comparerais cette union à la manière dont l’Eglise catholique considère les autres Eglises. L’Eglise catholique est la véritable Eglise du Christ, mais il y a d’autres Eglises qui possèdent des éléments de la véritable Eglise, et nous reconnaissons ces éléments. De la même manière, nous pouvons dire que le vrai mariage est le mariage sacramentel ; le second n’est pas un mariage au même titre, mais il possède des éléments de celui-ci : les partenaires prennent soins l’un de l’autre, ils sont liés exclusivement l’un à un autre, il existe l’intention de demeurer dans ce lien, ils prennent soins des enfants, mènent une vie de prière, et ainsi de suite. Ce n’est pas la meilleure situation, c’est la moins mauvaise. »

Il est vrai que le titre est un peu provocateur, car le cardinal évoque les divorcés-remariés, homme et femme, même si cela n’est pas précisé. Ce pauvre homme n’en n’est pas encore (officiellement ?) à ce point de déchéance : ces paroles concernaient « juste » un couple adultère, des « partenaires » comme dit si bien Kasper. Il n’en reste pas moins que de tels arguments peuvent s’appliquer aux homosexuels.

Voilà les fruits de ce concile Vatican II ! Voilà la « morale » de cette nouvelle « Eglise » !

Le bûcher de l’inquisition pouvait avoir du bon.

Austremoine

 


Accès des remariés à la communion: une lettre du Bangladesh du père Carlo Buzzi

Son auteur est un missionnaire de l’Institut Pontifical pour les Missions Étrangères de Milan. Il écrit: « Si l’on avance dans la voie tracée par le cardinal Kasper, les dégâts vont être importants »

par Sandro Magister

Source : http://chiesa.espresso.repubblica.it

Cher Sandro,

Ici, au Bangladesh, nous enseignons le catéchisme et, pour être clairs, nous disons que chaque sacrement comporte quatre éléments : le ministre, la matière, la formule, l’événement miraculeux.

Dans le cas du baptême, le ministre c’est un clerc ou un laïc, la matière c’est l’eau, la formule c’est « Je te baptise… » et l’événement miraculeux c’est que l’on devient enfant de Dieu.

Dans le cas de la confirmation, le ministre c’est l’évêque, la matière c’est l’huile, la formule c’est « Sois marqué… » et l’événement miraculeux c’est que l’on reçoit la force du Saint-Esprit.

Dans le cas de l’eucharistie, le ministre c’est le prêtre, la matière c’est le pain et le vin, la formule c’est « Ceci est mon corps… » et l’événement miraculeux c’est que le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus.

Dans le cas du mariage, le ministre ce sont les époux eux-mêmes, la matière ce sont leurs corps et leurs âmes, la formule c’est la promesse et l’événement miraculeux c’est qu’ils deviennent pour ainsi dire une seule personne.

Nous enseignons que le sacrement s’appelle ainsi parce qu’il produit un événement surnaturel qui ne se voit pas avec les yeux mais qui est grandiose et réel aux yeux de Dieu.

Pour ce qui est du mariage, nous expliquons justement que ce qui est miraculeux c’est que, une fois que la promesse a été faite devant Dieu, les deux époux sont unis pour former une seule personne, comme s’ils avaient été attachés l’un à l’autre avec de la colle forte ou soudés par une chaleur de 5 000 degrés.

Alors, si l’on enlève au mariage catholique ce fait miraculeux, que devons-nous mettre à sa place ?

Je me suis fait la réflexion suivante.

Nous savons bien qu’il existe un baptême « de sang » et également un baptême « de désir », aussi valables que le baptême de l’eau.

Les divorcés remariés, s’il est bien vrai qu’ils soient conscients de leur situation, peuvent faire la communion de désir.

Dans le fait de recevoir un sacrement il y a une partie objective et une partie subjective. On sait que ce qui est le plus important, c’est la grande grâce qui est associée au sacrement. Cependant je peux perdre cette grâce et même commettre un sacrilège si je m’approche de la communion avec légèreté ou d’une manière indigne.

Ces divorcés remariés – qui, en fin de compte, ont quelque peu négligé le sens chrétien de la souffrance, du sacrifice, de la patience, de la pénitence, et qui ont oublié que Jésus a été crucifié et que la croix, lorsqu’elle se présente, est pour tout chrétien un moyen de se rapprocher du Rédempteur – se montrent quelque peu présomptueux quand ils font appel à la miséricorde de Dieu, alors qu’ils n’ont guère tenu compte de lui précédemment.

Au point de vue subjectif, je pense que, pour eux, il est beaucoup plus existentiel qu’ils se limitent au désir de la communion plutôt que de recevoir la communion elle-même.

Le fait d’accepter de bon gré cette abstinence fera beaucoup de bien à leur âme et à la sainteté de cette communauté chrétienne qu’est l’Église.

Si, au contraire, l’on avance dans la voie tracée par le cardinal Walter Kasper, les dégâts vont être importants :

1. Cela rendra l’Église superficielle et accommodante ;
2. Il faudra nier l’infaillibilité de la chaire de Pierre, parce que ce sera comme si tous les papes précédents s’étaient trompés ;
3. Il faudra considérer comme des imbéciles tous ceux qui ont donné leur vie, dans le martyre, pour défendre ce sacrement.

Peut-être ai-je apporté ma contribution à cette diatribe dont j’espère qu’elle va prendre fin rapidement.

À bientôt, salutations amicales du Bangladesh, pays qui est émergent à bien des égards et qu’il ne faut plus négliger.

Père Carlo

Sirajganj, le 5 mai 2014


Xavier Celtillos : Pape François et les divorcés remariés : culture de vie ou culture de mort ?

Source : medias-presse.info

Il est un élément qui caractérise les victimes du modernisme, maladie de l’esprit dénoncée par Saint Pie X dans l’encyclique Pascendi : celui d’être étranger au principe de non-contradiction. C’est ainsi qu’un moderniste pourra se dire catholique, et dire croire en Jésus unique Sauveur du monde. Mais il pourra tout autant affirmer que l’on peut se sauver aussi par les autres religions.

C’est l’une des gravissimes erreurs qui minent l’Église aujourd’hui depuis notamment les décrets du concile Vatican II Unitatis Redintegratio sur l’œcuménisme et Nostra Aetate sur le dialogue interreligieux.

Une telle contradiction est appelée à ne pas durer, car poussée au bout de sa logique, elle détruit la structure qui la soutient. En effet, ce qui est blanc n’est pas noir, et ce qui est noir n’est pas blanc. C’est le principe de non-contradiction. Affirmer que le blanc est également noir est absurde, et maintenir une telle affirmation c’est de facto retirer toute réalité aux termes noir et blanc.

L’Église catholique est aujourd’hui à la croisée des chemins : il lui faut choisir entre son rôle d’épouse du Christ qui enseigne les nations et le projet humaniste soumis au monde initié par le concile Vatican II. Et la première réalité qui s’impose de façon incontournable est le péché avec pour conséquence inéluctable ce qu’on appelle « la culture de mort ».

On ne peut pas concilier la vie et la mort : c’est peut-être ici que s’impose avec le plus de réalité le principe de non-contradiction. Et c’est peut-être le dernier point d’achoppement entre deux sociétés, celle de Satan, prince des ténèbres, et de Dieu, créateur et maître de toute chose.

Il est réjouissant de constater que le pape François se fait l’écho de principes naturels qui devraient être évidents, mais qu’il est obligé de rappeler. Il utilise même un langage et des termes qui ne sont plus usités depuis le concile Vatican II : c’est ainsi que le mot péché ressurgit, et que le pape rappelle bien souvent l’existence du démon.

Mais il devient troublant et incompréhensible de trouver ailleurs, la négation du péché dans les cheminements de la pensée du pape. On se souvient de cette phrase d’un relativisme extrême confiée à Eugenio Scalfari le 24 septembre 2013 :« Chacun a sa vision du bien et du mal et doit faire le choix de suivre le bien et de combattre le mal tels qu’il les conçoit. Cela suffirait à embellir le monde ». Si le bien et le mal dépendent uniquement de la conscience de chacun, alors la notion de « péché » est relative ; la confession — par ailleurs encouragée par le pape — perd de sa nécessité car est-il nécessaire de se faire pardonner quelque chose par Dieu si Dieu n’est plus le critère objectif ?

Par cet amalgame du vrai et du faux, du bien et du mal, du blanc et du noir, la vérité de l’enseignement de l’Église se voit remis en cause : toutes choses deviennent relatives. L’Islam peut-être bien ainsi que le Coran ! Et c’est effectivement ce qu’avait affirmé le pape François ! Pourquoi être catholique ?

On retrouve le même dilemme à propos de l’accès à la communion des divorcés remariés : l’Église rappelle que ces personnes sont dans un état qui les détourne de l’amitié de Dieu. Elles sont donc, par le fait même de leur état, en situation de faute grave ou de péché mortel. Ce qui signifie qu’elles ne peuvent accéder au sacrement de l’eucharistie car comme le rappelle le Christ lui-même : « C’est pourquoi quiconque mange le pain ou boit le calice du Seigneur indignement, se rend coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que chacun s’examine donc soi-même et mange ensuite de ce pain et boive de ce calice ; car celui qui mange et boit sans reconnaître le corps du Seigneur, mange et boit sa propre condamnation » (1 Cor 11, 27-29). Une telle doctrine s’appuie sur une notion objective du péché, indépendante de l’arbitraire d’une conscience déformée.

Or de simples phrases incidentes du pape François ruinent cette doctrine de l’Église — qui n’est autre que celle du Christ transmise fidèlement. C’est ainsi qu’une nouvelle théologie fait jour affirmant en effet que si les divorcés remariés vivent de façon stable et heureuse une nouvelle union alors leur conscience peut s’apaiser et ils pourront ainsi sortir de cet état de « péché ».

Outre les mensonges historiques du cardinal Kasper, affirmant ni plus ni moins dans son discours du 20 février 2014 ouvrant le consistoire sur la famille qu’il existait dans l’Eglise « primitive » la possibilité de contracter une seconde union, le plus grave concerne le changement radical de théologie : « il existait un droit coutumier en vertu duquel les chrétiens qui vivaient une seconde union alors même que leur premier partenaire était encore en vie avaient à leur disposition, après un temps de pénitence, non pas un second mariage, mais plutôt, à travers la participation à la communion, une planche de salut ».

Le pape François qualifia ce discours du cardinal Kasper, dont il n’en n’est pas au premier éloge, de théologie sereine !!!

C’est ce que disait le cardinal Ouellet réputé conservateur et ratzingerien dans son livre Actualité et avenir du Concile œcuménique Vatican II : « Les personnes peuvent retrouver l’état de grâce devant Dieu, même dans le cas d’une limite objective d’un mariage qui fut un échec, lorsque se noue une nouvelle union qui est peut-être la bonne mais pour laquelle il n’est pas possible d’établir que le premier mariage est nul ».

On comprend pourquoi, sur de telles bases et avec cette nouvelle théologie héritée du flou et des appels répétés à la conscience psychologique dans le concile Vatican II, l’accès à la communion des divorcés remariés devient alors une ouverture à conquérir. Pourtant une telle mesure semble rencontrer une opposition frontale et de principe d’un certain nombre de cardinaux — Gerhard Ludwig Müller, Walter Brandmüller, Angelo Bagnasco, Robert Sarah, Giovanni Battista Re, Mauro Piacenza, Angelo Scola, Camillo Ruini… — dont certains connus pour être très progressistes.

L’Église de François basculera-t-elle dans le camp de la culture de mort ?

La théologie de Vatican II nous y emmène.

Xavier Celtillos


abbé Franz Schmidberger : la nouvelle pastorale du mariage selon le cardinal Kasper

Source : La Porte Latine

Un Synode extraordinaire des évêques devra traiter à l’automne prochain de la famille chrétienne. Il aura à aborder plus particulièrement les problèmes qu’elle rencontre dans un monde marqué par la sécularisation : vie commune hors mariage, divorce, contraception, etc. En octobre dernier, un questionnaire ad hoc a été envoyé aux évêques par le Vatican, auquel les pasteurs avaient à répondre. Dans certains pays, et particulièrement dans les pays germanophones, les évêques ont transmis ce questionnaire à des fidèles choisis, qui ont répondu comme on l’attendait d’eux.

Leurs réponses montrent quels abîmes le processus de décomposition de la morale conjugale a déjà atteint parmi ces peuples autrefois si chrétiens. À la question « Dans le contexte de la régulation des naissances, avez-vous ressenti comme péché l’utilisation des méthodes réputées défendues ? » 86 % ont répondu non, 14 % oui. Autre question : « Vous êtes-vous déjà abstenu de l’eucharistie pour cette raison ? » Ici 90 % ont répondu non, 10 % oui. Dans le diocèse d’Aix-la-Chapelle, il ressort des réponses que « la morale ecclésiale du mariage et de la sexualité » constitue « pour beaucoup un obstacle à la foi ». Dans le diocèse de Bamberg, les réponses manifestent « une attitude critique envers la doctrine de la morale ». Dans le diocèse d’Essen, les interrogés sont disposés à « rendre possible une célébration liturgique pour des partenaires du même sexe ». Dans le diocèse de Freiburg in Breisgau, « vivre ensemble avant le mariage religieux n’est pas l’exception mais le cas normal. » Dans le diocèse de Cologne, « la doctrine de l’Église est considérée comme en rupture avec le monde d’aujourd’hui et les relations normales ». Dans le diocèse de Magdeburg, « l’Église a perdu son statut de valeur référentielle dans les domaines du mariage et de la famille ». Dans le diocèse de Mayence (Mainz), « presque tous rejettent la condamnation des méthodes artificielles pour réguler la fertilité ou la considèrent comme dénuée d’importance ». Dans le diocèse d’Osnabrück, « de plus en plus de personnes tournent le dos à l’Église ». Dans le diocèse de Rottenburg, « l’interdiction des préservatifs est considérée comme un délit ». Dans le diocèse de Trêve (Trier), les fidèles consultés attendent « une miséricorde vécue dans les questions du mariage, de l’échec, d’un nouveau départ et de la sexualité ».[1]

Le rôle funeste du cardinal Kasper

Durant la semaine du 17 au 22 février, le Saint Père avait réuni un consistoire consacré particulièrement à la préparation du prochain synode des évêques. Le Pape avait désigné comme seul et unique conférencier le cardinal Walter Kasper, qui fit un long exposé devant ses confrères dans le cardinalat, le jeudi matin 20 février. Avant d’examiner plus à fond son intervention, nous aimerions faire état des positions théologiques de son auteur.

Né en 1933, Walter Kasper fut ordonné prêtre en 1957 et s’orienta vers la carrière universitaire. Après avoir été assistant de Hans Küng, il devint professeur de théologie et fut nommé en 1989 évêque du diocèse de Rottenburg-Stuttgart. À ce poste, il lança en 1993 avec Mgr Lehmann, aujourd’hui cardinal, et avec l’archevêque de Fribourg Mgr Saier, aujourd’hui décédé, une première offensive pour introduire la communion sacramentelle des divorcés « remariés », offensive qui fut aussitôt énergiquement rejetée par le cardinal Ratzinger, alors Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi. En 1999, Mgr Kasper était appelé à Rome comme secrétaire du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens. Bientôt après il en devenait président. La même année, il contribua largement à l’élaboration et à la signature de la Déclaration commune d’Augsbourg entre catholiques et protestants. En 2010, il donnait sa démission pour raison d’âge ; néanmoins, lors de la vacance du Siège apostolique en 2013, le cardinal Jorge Bergoglio trouva en lui un fervent militant de son élévation à la chaire de Pierre.

Jetons encore un bref regard sur l’œuvre universitaire du cardinal Kasper. En 1967, il proclame dans un article : « Ce Dieu qui trône comme un être immuable au-dessus du monde et de l’histoire, est une provocation pour l’homme. Pour l’amour de l’homme il faut le nier, car il revendique pour lui-même la dignité et l’honneur qui sont dus à l’homme. […] Il faut se défendre contre un tel Dieu, non seulement pour l’amour de l’homme, mais aussi pour l’amour de Dieu. Celui-là n’est pas le vrai Dieu, mais une idole misérable. Un Dieu, en effet, qui n’est qu’à côté et au-dessus de l’histoire, qui n’est pas lui-même histoire(souligné par nous) est un Dieu limité. Si l’on désigne un tel être comme Dieu, alors on doit, par amour pour l’Absolu, devenir athée. Un tel Dieu correspond à une vision fixiste du monde ; il est le garant des choses établies et l’ennemi des nouveautés. »>[2] Dans son livre Einführung in den Glauben, il énonce que les dogmes peuvent être « univoques, superficiels, ergoteurs, stupides et précipités ».>[3]/p>

Dans son ouvrage Jesus der Christus il écrit sur les récits de miracles dans le Nouveau Testament : « Par la méthode critique, on peut constater une tendance à accroître les miracles, à les amplifier et à les multiplier. […] Ceci réduit considérablement la teneur des Évangiles en récits miraculeux. »[4] Ces récits de miracles s’expliquent pour lui par un « transfert de motifs non-chrétiens sur la personne de Jésus pour souligner sa grandeur et sa puissance. […] Certains récits de miracles s’avèrent selon la méthode historico-critique comme des projections rétrospectives d’expériences pascales intégrées dans la vie terrestre de Jésus, respectivement comme des représentations anticipées du Christ glorifié. »[5] Cela vaut par exemple pour les résurrections de la fille de Jaïre, du fils de la veuve de Naïm et de Lazare. « Ainsi, les miracles touchant aux natures physiques s’avèrent justement comme des ajouts ultérieurs à la tradition originelle. »[6]

Quant au plus ancien récit de la Résurrection du Christ (Mc 16, 1-8), il explique « qu’il s’agit non pas d’un trait historique mais d’une figure de style destinée à éveiller l’attention et à créer un suspense »[7]. Mais ce n’est pas seulement la foi en la Résurrection de Notre-Seigneur, c’est tout le dogme christologique que Kasper dissout. Il écrit en effet : « D’après les évangiles synoptiques le Christ ne se désigne jamais lui-même comme fils de Dieu. Ceci montre indubitablement que l’affirmation de sa filiation divine est née de la foi de l’Église. »[8] Ailleurs il professe : « Il ne s’est probablement jamais désigné comme messie, ni comme serviteur de Dieu, ni comme fils de Dieu et pas davantage comme fils de l’homme. »[9] Le dogme selon lequel Jésus « est vrai homme et vrai Dieu » est selon lui « dépassable »[10]. N’est-ce pas là du modernisme au sens propre, du modernisme chimiquement pur ? Et c’est cet homme, qui est chargé par le Pape de présenter au Consistoire une vision de la famille et des graves problèmes qu’elle rencontre aujourd’hui ! Une telle foi moderniste, peut-elle servir de base à une morale chrétienne ? Que reste-t-il ici de la crainte du Seigneur, fondement de toute sagesse (cf. Ps 109) ?

La conférence du cardinal Kasper le 20 février 2014 au Consistoire

Revenons maintenant à sa dernière conférence, qui par ailleurs sortait de presse chez Herder le 10 mars, juste avant la réunion de la Conférence épiscopale allemande… N’y voir qu’une pure coïncidence serait par trop naïf.

Dans la première partie, le cardinal traite de la famille dans l’ordre de la création et dans celui de la rédemption, il parle des suites du péché dans la vie de la famille et de la famille comme église domestique. On y trouve même l’une ou l’autre belle pensée ; ainsi on lit (p. 42) : « Le cœur renouvelé demande toujours à être sans cesse nouvellement formé et présuppose une culture du cœur. La vie familiale doit être cultivée selon les trois mots clés du Saint Père : s’il te plaît, merci, pardon. Il faut avoir du temps l’un pour l’autre et célébrer le sabbat, sanctifier le dimanche ensemble ; sans cesse il faut pratiquer l’indulgence, le pardon et la patience ; sans cesse sont nécessaires des signes de bienveillance, d’estime, de délicatesse, de reconnaissance et d’amour. La prière en famille, le sacrement de la pénitence et la célébration commune de l’eucharistie sont une aide pour fortifier sans cesse les liens du mariage, par lesquels Dieu a unis les époux. Il est toujours très beau de rencontrer des époux âgés, qui sont encore, malgré leur âge avancé, amoureux, mais d’un amour mûri. Cela aussi est signe d’une existence humaine rachetée. » Mais la famille, est-elle vraiment « le chemin de l’Église », comme le cardinal le prétend à la fin du 4e chapitre ? N’est-ce pas plutôt l’Église, qui est le chemin de la famille ?

Cependant, l’accent principal est mis sans aucun doute sur le problème des divorcés « remariés », au chapitre 5 de la conférence. Le cardinal a certes raison, lorsqu’il constate que le nombre croissant des familles brisées constitue une véritable tragédie pour l’avenir de l’Église, mais on se scandalise de son silence pudique sur les raisons profondes de ce développement : une catéchèse du mariage diluée, raccourcie et même falsifiée, voire un mutisme total dans la prédication – non seulement pendant quelques années, mais pendant des lustres – quant à la sainteté du lien matrimonial, image du lien entre le Christ et son Épouse mystique, la sainte Église, et partant, quant à l’indissolubilité du mariage. À cet égard, il faut accuser fermement les évêques d’avoir négligé, et de façon coupable, leur ministère de docteurs de la foi et des mœurs dans leurs diocèses. Pour ne donner qu’un exemple, on n’a jamais entendu dire, que le cardinal Kasper, comme évêque de Rottenburg, ait à temps et à contretemps défendu l’indissolubilité du mariage dans ses sermons, catéchèses et conférences.

Notre conférencier a tout à fait raison lorsqu’il dit qu’on peut « admirer et soutenir l’héroïsme des époux délaissés qui restent seuls et qui s’en sortent ainsi dans la vie » (p. 55). Et effectivement, le christianisme réclame de temps en temps un tel héroïsme, héroïsme qui, s’il n’est pas possible aux forces humaines, est cependant possible avec le secours de la grâce divine comme le prouve aujourd’hui encore la conduite de nombreux époux délaissés mais cependant fidèles. Saint Paul disait en ce sens : « Je peux tout, en Celui qui me fortifie » (Ph. 4,13).

Mais certaines phrases du cardinal Kasper sont tout simplement ahurissantes : « Cependant beaucoup de partenaires délaissésdoivent pour le bien des enfants entrer dans une nouvelle relation, ils doivent conclure un mariage civil qu’ils ne peuvent ensuite abandonner sans faute. Souvent ils expérimentent dans une telle liaison, après les expériences amères de la précédente, un bonheur humain et plus encore un cadeau du ciel. » (p. 55) (souligné par nous.) Disons-le clairement : une telle « nouvelle relation » est et restera en contradiction avec l’indissolubilité du mariage et constitue un péché grave. S’il est vrai que les enfants nés de telles liaisons ne peuvent être abandonnés sans autre, l’Eglise, dans sa sagesse, sait répondre à ces situations concrètes par des solutions qui respectent la loi morale universelle. Rappeler ensuite, après l’ouverture de telles brèches, que « l’indissolubilité du mariage sacramentel et l’impossibilité de conclure un deuxième mariage sacramentel pendant la vie du premier conjoint sont parties définitives de la tradition de la foi de l’Église » (p. 55), ne sert à rien.

Un peu plus loin, le cardinal livre le fond de sa pensée et montre par là, quelle est sa famille de pensée : « Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation semblable à celle du dernier concile, lorsqu’il s’agissait de l’œcuménisme et de la liberté religieuse. À l’époque, il semblait que les encycliques et les décisions du Saint-Office barraient le chemin à suivre. Mais le concile a ouvert des portes, sans toucher toutefois à la tradition dogmatique définitive. » (p. 57) C’est justement cela que la Fraternité Saint-Pie X déplore depuis des années : le concile a ouvert des portes vers l’erreur et a provoqué par là une grande partie de la ruine postconciliaire. Mais Kasper justifie ce « développement » par une « herméneutique à la fois juridique et pastorale » (p. 60).

Notre orateur rappelle que le Pape Benoît XVI avait concédé aux divorcés « remariés » la communion non certes sacramentelle mais spirituelle, et il se demande pourquoi ils ne pourraient pas également la recevoir sacramentellement. La réponse est pourtant simple : la communion spirituelle suppose le repentir de ses fautes qui implore de Dieu l’aide nécessaire pour sortir de cette situation, tandis que l’admission à la communion sacramentelle sanctionnerait l’état peccamineux, bénirait divorce et concubinat, et conforterait les pas du pécheur vers sa ruine temporelle et éternelle. Par ailleurs, cette remarque s’applique également au « temps de pénitence » proposé par le cardinal, avant que les divorcés « remariés » puissent recevoir la sainte communion : la pénitence, tout comme le repentir, doit être accompagnée de la ferme volonté de corriger sa vie, sans quoi elle reste sans valeur. Le Saint-Esprit n’a-t-il pas révélé, par la bouche de l’apôtre saint Paul, que celui qui mange et boit indignement, c’est-à-dire celui qui reçoit la communion sacramentelle en état de péché grave, mange et boit sa propre condamnation (1 Cor 11,29) ? Peut-on alors concevoir une cruauté pire envers les âmes et un tort plus grand pour la doctrine de l’Église ? Le Compendium du Catéchisme de l’Église catholique lui même énumère (Appendice, B) parmi les œuvres de miséricorde spirituelle – et en ceci il est tout à fait dans la ligne de la Tradition catholique – le fait de réprimander les pécheurs. À ceci on voit, qu’après le concile, les hommes d’Église ont presque complètement perdu de vue le salut des âmes. Il semble que le cardinal ne sache pas distinguer entre le rejet du péché et la miséricorde envers le pécheur. Dans sa réponse aux objections de ses confrères dans le cardinalat, il prétend que la miséricorde est « un principe herméneutique pour l’interprétation de la vérité » (p. 79) – avec de tels arguments, on peut faire sauter tous les dogmes – et il invoque l’épikie (p. 82). Mais voici que l’épikie ne peut être invoquée ici. En effet l’épikie consiste à suspendre l’application d’une loi humaine afin d’en respecter l’esprit dans un cas concret et exceptionnel, non expressément prévu par le législateur, qui dans ce cas précis dispenserait de l’obligation en raison de la difficulté trop grande ou des dommages qui s’en suivraient. Or la loi en jeu ici est la loi naturelle et son auteur est le Dieu créateur, à qui rien n’est exceptionnel et qui a de toute éternité connaissance de tous et de chacun des divorces de l’histoire humaine. L’épikie ne peut donc aucunement s’appliquer contre cette interdiction, car elle relève non d’une loi humaine, mais d’une loi divine.

L’attitude du Pape

Dans l’après-midi du 20 février, le Consistoire fut le théâtre d’une vive opposition à la conférence du cardinal Kasper. Mais le lendemain matin le Pape François s’épanchait en éloges pour le cardinal allemand. À l’ouverture de la seconde journée du Consistoire, il avouait au sujet de ce discours : « J’ai trouvé l’amour pour l’Église » et poursuivait : « Hier, avant de m’endormir, mais non pas pour m’endormir, j’ai relu le travail du cardinal Kasper et je voudrais le remercier, car j’y ai trouvé une théologie profonde, une pensée sereine de la théologie. C’est agréable de lire une théologie sereine. J’ai aussi trouvé ce que saint Ignace nous disait, le sensus Ecclesiae, l’amour de notre mère l’Église. Cela m’a fait du bien et il m’est venu une idée, pardonnez-moi, Eminence, si je vous mets dans l’embarras. L’idée est la suivante : Voilà ce qui s’appelle faire de la théologie à genoux. Merci. Merci. » [11]

Les autres conséquences

Face à cette opposition que le cardinal a rencontrée au Consistoire, se sont aussi manifestés bien évidemment des soutiens pour son initiative. Le cardinal Marx, archevêque de Munich, se montra enthousiaste après la conférence de Kasper. D’après lui cette conférence fut une « ouverture » vers une discussion qui ne se terminera pas de si tôt. Le cardinal Marx avait critiqué publiquement et amèrement le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, Mgr Müller, lorsque celui-ci rappelait la doctrine catholique, à savoir l’indissolubilité du mariage et donc l’impossibilité d’accorder aux divorcés « remariés » l’accès à la communion. Le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne (Autriche), se montra lui aussi impressionné. Dans son journal diocésain, il déclare que la conférence de Kasper s’affaire à « chercher où la famille a mal à la patte », et la trouve « brillamment formulée» et « excellente ».[12]

La plaie ouverte par le discours du cardinal Kasper va s’envenimer et causer longtemps encore de très graves dommages au Corps mystique du Christ, et cela d’autant plus que Kasper est couvert par le Pape. Pour preuve de ces effets néfastes, la division s’est immédiatement fait sentir lors de l’Assemblée générale des évêques allemands à Münster, en particulier à l’occasion de l’élection du nouveau président de la Conférence épiscopale.

La discussion ainsi lancée est en fait un véritable assaut, semblable à celui mené contre l’encyclique Humanae vitae de Paul VI par laKönigsteiner Erklärung des évêques allemands, dans laquelle ils prétendaient que les époux pouvaient suivre leur conscience personnelle en matière de contraception. Les conséquences qu’aura cet assaut contre la morale conjugale, peuvent d’ores et déjà être lues dans un document élaboré en septembre 2013 par le Bureau pastoral de l’archevêché de Freibourg in Breisgau. On y trouve entre autre les affirmations suivantes :

« La deuxième communauté conjugale doit, pendant un laps de temps prolongé, avoir fait preuve de sa volonté bien décidée et publiquement manifestée de vivre ensemble d’une façon durable selon l’ordre du mariage, comme réalité morale. […] »

De tels partenaires, « en raison des valeurs humaines qu’ils réalisent ensemble, et plus encore en raison de leur disponibilité à prendre responsabilité l’un pour l’autre sous une forme publique et juridique, méritent une reconnaissance morale. […] Le couple désire cette approbation, d’être accompagné et protégé par Dieu dans sa vie. Ils espèrent un accompagnement qui leurs donne courage et confiance pour oser leur nouveau projet de vie. […] La bénédiction et la transmission d’un cierge en sont le signe. […] »

En conséquence, il y aura une célébration liturgique avec bénédiction pour les « couples » de ce genre : « Un cierge est allumé au cierge pascal, le couple tient le cierge ensemble. » La prière suivante est proposée : « Prions. Dieu éternel, auprès de toi nous trouvons pardon, amour et vie nouvelle. Tu illumines la vie. Nous t’en prions, bénis ce cierge. Comme sa lueur illumine la nuit, ainsi tu illumines le chemin de chaque homme. Sois lumière pour N. et N., afin qu’ils te louent dans leurs jours de joie, qu’ils se fortifient en toi dans la peine et qu’ils expérimentent en tout ce qu’ils font le soutien de ta présence. Aide-les, afin qu’ils se sauvent et se fortifient en ta lumière. Nous t’en prions, par le Christ, notre Seigneur. Amen.

En fonction de la situation et du lieu, éventuellement : prière pour toute la (nouvelle) famille (Benediktionale, p. 239) – bénédiction de la maison commune (Benediktionale, p. 270). »

N’est-ce pas là une bénédiction du concubinage et donc, la bénédiction du péché ?

Le cardinal et son initiative ne prévoient la communion sacramentelle que pour une petite partie des concubinaires seulement. Mais qui va les désigner ? Et ceux qui ne seront pas admis, ne se sentiront-ils pas injustement mis de côté ? Il en ira comme de la Königsteiner Erklärung : une fois la brèche ouverte dans la digue, la pratique des communions sacrilèges par les concubinaires se répandra comme un raz-de-marée.

Quoiqu’ils aient, au concile et après le concile, infligé à la Foi et à la Tradition de l’Église des dommages énormes, les néo-modernistes ont toutefois continué, au moins sur certains points, à défendre la morale ; le cardinal Kasper, lui, monte aux barricades et donne l’assaut.

La doctrine de l’Église sur le mariage

Le mariage chrétien a pour modèle l’alliance de Dieu avec son peuple, plus encore, la lien de l’Époux mystique Jésus-Christ et de son épouse l’Église. Une fois consommé, il est absolument indissoluble, et il est élevé par le Seigneur lui-même à la dignité d’un sacrement véritable.

Son premier but consiste dans la transmission de la vie et dans l’éducation chrétienne des enfants confiés par Dieu aux époux, jusqu’à l’état de parfaits chrétiens. Son deuxième but consiste en l’aide mutuelle que se donnent les époux et en leur sanctification à tous deux. De plus, il est un remède contre la concupiscence de la chair.

Pour la défense de la dignité, de la sainteté et de l’indissolubilité du mariage compris comme l’union entre un homme et une femme, ajoutons encore ces paroles du Christ : « Que l’homme ne sépare pas, ce que Dieu a uni » (Mt 19,6) et « Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère ; et quiconque épouse celle qui a été répudiée par son mari, commet un adultère » (Luc 16,18). Si donc, du vivant de son conjoint, le chrétien marié entre dans une nouvelle liaison, il commet un adultère et ce péché grave l’exclut de la réception des sacrements. « Ne vous y trompez pas : (…) les adultères ne posséderont pas le royaume de Dieu » (1 Cor 6,9). Ceci est une doctrine révélée par Dieu, tenue constamment par l’Église et que le concile de Trente dans sa 24e session, le 11 novembre 1563, a bien mise en évidence. Le canon n° 7 enseigne au sujet du sacrement de mariage : « Si quelqu’un dit que l’Église se trompe quand elle a enseigné et enseigne, conformément à l’enseignement de l’Évangile et de l’Apôtre [voir Mt 5,32 ; 19,9 ; Mc 10,11-12 ; Lc 16,18 ; 1 Co 7,11], que le lien du mariage ne peut pas être rompu par l’adultère de l’un des époux, et que ni l’un ni l’autre, même l’innocent qui n’a pas donné motif à l’adultère, ne peut, du vivant de l’autre conjoint, contracter un autre mariage ; qu’est adultère celui qui épouse une autre femme après avoir renvoyé l’adultère et celle qui épouse un autre homme après avoir renvoyé l’adultère : qu’il soit anathème. » [13]

Il n’y a pas si longtemps – c’était le 14 septembre 1994 – la Congrégation pour la doctrine de la Foi, par une lettre consacrée justement à la question de la communion pour les divorcés « remariés », avait rejeté cette pratique. Suite aux réactions très vives que la lettre avait suscitées, le cardinal Ratzinger avait une fois de plus insisté sur la doctrine de l’Église au sujet de l’indissolubilité du mariage et avait répondu aux objections et reproches avancés. Cette deuxième lettre réfutait par avance d’une façon exhaustive les sophismes du cardinal Kasper.

Quand, au XVIème siècle, Henry VIII d’Angleterre voulut conclure des noces adultères avec Anne Boleyn, le Saint-Siège défendit la sainteté du mariage, souffrant pour cela qu’un pays entier soit arraché à l’unité de l’Église. Aux temps évangéliques nous voyons saint Jean-Baptiste rappeler à l’ordre Hérode l’adultère : « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère » (Mc 6,18). Nous le voyons donner sa vie et verser son sang pour ce témoignage. Seul un tel amour de la vérité et une telle fermeté chez les hommes d’Église, avant tout chez les évêques et les représentants du Saint-Siège, seront capables de rebâtir la chrétienté.

Zaitzkofen, le 25 mars 2014, en la fête de l’Annonciation

Abbé Franz Schmidberger, Directeur du séminaire du Sacré-Cœur, Ancien Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X

Source : DICI du 12 avril 2014

Notes

[1] Citations tirées du magazine Der Spiegel 5/2014. [traduction par nos soins]
[2] Gott in der Geschichte, article de Walter Kasper, paru dans Gott heute, 15 Beiträge zur Gottesfrage de Norbert Kutschki, Éditions Matthias-Grünewald, Mainz, 1967. [traduction par nos soins]
[3] Einführung in den Glauben, Walter Kasper, 1974, Éditions Matthias-Grünewald, 7ème édition 1983, Chapitre 9.4, page 148. [traduction par nos soins]
[4] Jesus der Christus, Walter Kasper, Éditions Matthias-Grünewald, 7ème édition 1978, IIème Partie: Geschichte und Geschick Jesu Christi, IIIème chapitre, pages 105-106. [traduction par nos soins]
[5] ibid., p. 106.
[6] ibid., p. 106.
[7] ibid., p. 149-150.
[8] ibid., p. 129.
[9] Kasper, Jesus und der Glaube, in: Walter Kasper, Jürgen Moltmann, Jesus ja – Kirche nein? (theologische Meditationen 32), Zürich, Einsiedeln, Köln 1973, S. 20. [traduction par nos soins]
[10] Kasper, Einführung in den Glauben, S. 55. [traduction par nos soins]
[11] http://www.vatican.va/holy_father/francesco/speeches/2014/february/documents/papa-francesco_20140221_concistoro-ora-terza_it.html
[12] Guiseppe Nardi, Katholisches.info du 27 février 2014
[13] Denzinger, Symboles et définitions de la foi catholique, Cerf, 38ème édition, 1997, page 477.


Les divorcés-remariés ou le pape François piégé entre progressisme et collégialité

Le pape François est au pied du mur et face à ses contradictions. Après avoir mis en avant de façon publique, répétée et appuyée le cardinal Kasper, grand défenseur de l’accès à la communion pour les divorcés remariés, il doit affronter la fronde sur cette question de la majorité des cardinaux.

Le choix est difficile pour François :

– soit suivre la majorité en conservant l’attitude actuelle inchangée et faire preuve de collégialité mais au risque de décevoir les attentes progressistes, et surtout des loges maçonniques. Et une telle déception remettrait en cause d’autres reformes qui tiennent à coeur au pape François, et notamment celles des finances du Vatican.

– soit opter contre l’avis du collège cardinalice et valider l’accès à la communion des divorcés remariés mais au risque de montrer un pouvoir solitaire et personnel et surtout, de créer une véritable rupture au sein de l’Eglise. Car c’est la première fois depuis le concile Vatican II que des cardinaux prennent position de façon aussi radicale et semble-t-il irréversible sur un sujet que le pape a voulu voir discuté.

L’article du salon beige fait le point de façon précise sur la question, certaines réactions cardinalices sont intéressantes.

Austremoine

Article du salon beige :

Dans un article paru dans La Stampa, Marco Tosatti révèle que le plaidoyer du cardinal Kasper en faveur de l’accès à la communion des divorcés-remariés a provoqué une levée de boucliers au sein du Sacré-Collège. Traduction du Salon Beige :

« Dans le Consistoire Secret où l’on a discuté des divorcés remariés et de l’eucharistie, le « théorème Kasper » a reçu très peu d’approbations et beaucoup de critiques. Voici une reconstitution de quelques-unes des interventions les plus significatives et les plus importantes. « Ce serait une erreur fatale » a dit un intervenant, de vouloir parcourir le chemin de la pastorale sans faire référence à la doctrine.

Il devait être secret, ce Consistoire du 22 février réuni pour discuter de la famille. Mais au contraire, il a été décidé en haut lieu qu’il était opportun de rendre public le long rapport du cardinal Walter Kasper sur le thème de l’eucharistie à des divorcés-remariés – probablement pour ouvrir la voie, en vue du Synode d’octobre sur la famille. Mais une moitié du Consistoire est restée secrète : celle qui concernait les interventions des cardinaux. Ce n’est peut-être pas fortuit, car après que le cardinal Kasper ait présenté sa longue (et apparemment pas très légère, tel que prononcé) intervention, plusieurs voix se sont levées pour la critiquer. Au point que, l’après-midi, lorsque le Pape lui a demandé de répondre, beaucoup ont trouvé au prélat allemand un ton vexé, voire irrité.

L’opinion courante est que le « théorème Kasper » tend à faire en sorte que de manière générale les divorcés remariés puissent communier sans que le précédent mariage soit reconnu nul. Actuellement ceci n’est pas le cas, sur la base des mots de Jésus, très sévères et explicites sur le divorce. Celui qui a une vie matrimoniale complète sans que le premier lien soit considéré non valable par l’Église se trouve, selon la doctrine actuelle, en situation permanente de péché. 

C’est en ce sens qu’ont parlé clairement le cardinal de Bologne, Mgr Caffarra [voir notre traduction, NDMJ], ainsi que le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le cardinal allemand Müller. Tout aussi explicite a été le cardinal Walter Brandmüller (« Ni la nature humaine, ni les Commandements, ni l’Évangile n’ont une date d’expiration… Il est bon d’avoir le courage d’énoncer la vérité, même contre les usages du moment. Un courage que toute personne qui parle au nom de l’Église doit posséder, si elle ne veut pas manquer à sa vocation… le désir d’obtenir l’approbation et l’adhésion est une tentation toujours présente dans la diffusion de l’enseignement religieux… » – des paroles qu’il a ensuite rendues publiques). Même le président des évêques italiens, le cardinal Bagnasco, s’est exprimé de manière critique sur le « théorème Kasper » ; ainsi que le cardinal africain Robert Sarah, responsable de « Cor unum », qui a rappelé, en conclusion de son intervention, qu’au cours des siècles, même sur des questions dramatiques, il y a eu des divergences et des controverses au sein de l’Église, mais que le rôle de la Papauté a toujours été de défendre la doctrine.

Le cardinal Re, un des grands électeurs de Bergoglio, a fait une très brève intervention, qui peut se résumer ainsi : « Je prends la parole un instant, parce qu’ici se trouvent les futurs nouveaux cardinaux, et peut-être que certains d’entre eux n’ont pas le courage de le dire – alors je le dis, moi : je suis totalement contre ce rapport ». Même le Préfet de la Penitenzieria, le cardinal Piacenza, s’est déclaré contre, disant à peu près : « Nous sommes ici maintenant, et nous serons ici en octobre pour un Synode sur la Famille, et si nous voulons faire un Synode positif, je ne vois pas pourquoi nous devrions aborder seulement le thème de la communion pour les divorcés. Et il a ajouté : Pour tenir un discours pastoral, il me semble que nous devrions prendre acte d’un pansexualisme très largement diffusé et d’une agression de l’idéologie du gender qui tend à détruire [littéralement : sortir de ses gonds] la famille telle que nous l’avons toujours connue. Il serait providentiel que nous soyons la Lumen gentium pour expliquer dans quelle situation nous nous trouvons et ce qui peut détruire la famille. » Il a conclu en exhortant à reprendre en main les catéchèses de Jean-Paul II sur la corporéité parce qu’elles contiennent de nombreux éléments positifs sur la sexualité, sur l’être homme, l’être femme, la procréation et l’amour.

Le cardinal Tauran, du Dialogue Interreligieux, a repris le thème de l’agression contre la famille, y compris sous l’angle des rapports avec l’islam. Et le cardinal de Milan lui-même, Mgr Scola, a formulé des doutes théologiques et doctrinaux.

Une forte critique est venue du cardinal Camillo Ruini: « Je ne sais pas si j’ai bien noté, mais jusqu’ici 85 pour cent environ des cardinaux qui se sont exprimés semblent contre à la position du rapport », ajoutant que parmi ceux qui n’avaient rien dit et ne pouvaient pas être classifiés, il avait observé des silences « qui [lui] semblaient embarrassés ».

Le cardinal Ruini a ensuite cité le Bon Pape, disant en substance : « Lorsque Jean XXIII a prononcé le discours d’ouverture du Concile Vatican II, il a dit qu’on pouvait tenir un Concile pastoral parce que, heureusement, la doctrine était pacifiquement acceptée par tous et qu’il n’y avait pas de controverses ; donc on pouvait prendre une approche pastorale sans crainte d’être mal compris, puisque la doctrine restait très claire. Si Jean XXIII a eu raison à cet instant, a noté le prélat, Dieu seul le sait, mais apparemment cela était peut-être vrai en grande partie. Aujourd’hui, cela ne pourrait plus être dit de manière aussi absolue, parce que la doctrine non seulement n’est pas partagée, mais elle est combattue. Ce serait une erreur fatale de vouloir parcourir le chemin de la pastorale sans faire référence à la doctrine. » 

Il est donc compréhensible que le cardinal Kasper ait paru être un peu vexé dans l’après-midi lorsque le pape Bergoglio lui a permis de répondre, sans cependant permettre de susciter une vraie contradiction : seul Kasper a parlé. Aux critiques formulées en Consistoire envers le « théorème Kasper », il s’en ajoute d’autres, formulés en privé au Pape, ou publiques, de la part de cardinaux de chaque partie du monde. Des cardinaux allemands, qui connaissent bien Kasper, disent qu’il se passionne pour ce thème depuis les années 70. Le problème soulevé par beaucoup de voix critiques est que sur ce point l’Évangile est très explicite. Et ne pas en tenir compte (c’est cela que l’on craint) rendrait très instable, et modifiable à loisir, n’importe quel autre point de doctrine basé sur les Évangiles. »


Sur l’autorisation des « remariages » par l’Eglise des premiers siècles

Dans la suite de l’article concernant l’appréciation du cardinal Ouellet sur les divorcés remariés, il est primordiale, au delà de l’aspect doctrinal de la question, de répondre à l’objection historique énoncée par le cardinal Kasper selon laquelle l’impossibilité d’accéder aux sacrements serait une disposition purement disciplinaire apparut au cours des siècles. Certains même osent prétendre que les « remariages » étaient autorisés dans l’Eglise des premiers siècles.

L’extrait de l’article de correspondanceeuropeenne.eu répond très précisément à ces mensonges et à cette falsification de l’histoire appuyée jusqu’au sommet de l’Eglise afin de pouvoir justifier d’un changement de doctrine concernant les mœurs.

Source : correspondanceeuropeenne.eu

L’Eglise des origines, selon le cardinal Kasper, «nous donne une indication qui peut servir d’issue» à ce qu’il définit comme “le dilemne”. Le cardinal affirme que dans les premiers siècles il existait la pratique par laquelle quelques chrétiens, bien que le partenaire soit encore en vie, après un temps de pénitence, vivaient une seconde union. « Ce droit coutumier est expressément signalé par Origène, qui ne le juge pas déraisonnable. De même Basile le Grand et Grégoire de Nazianze – deux pères de l’Église encore unie – y font référence. Toutefois Augustin lui-même en parle, dans un passage : il ne semble donc pas avoir exclu dès le départ toute solution pastorale. Ces pères voulaient pour des raisons pastorales, afin d’éviter le pire, tolérer ce qu’en soit est impossible d’accepter ».

Il est regrettable que le cardinal ne donne pas ses références patristiques, parce que la réalité historique est toute autre que celle qu’il décrit. Le père George H. Joyce, dans son étude historico-doctrinale sur le Mariage Chrétien (1948) a montré que durant les cinq premiers siècles de l’ère chrétienne on ne peut trouver aucun décret d’un Concile ni aucune déclaration d’un Père de l’Eglise qui soutienne la possibilité de dissolution du lien matrimonial.

Quand, au deuxième siècle, Giustinien, Atenagoras, Théophile d’Antioche, font allusion à l’interdiction évangélique du divorce, ils ne donnent aucune indication d’exception. Clément d’Alexandrie et Tertullien sont encore plus explicites. Et Origène, tout en cherchant quelque justification à la pratique adoptée par certains évêques, précise que celle-ci contredit l’Ecriture et la Tradition de l’Eglise (Comment. In Matt., XIV, c. 23, in Patrologie Grecque, vol. 13, col. 1245).

Deux des premiers conciles de l’Eglise, le concile d’Elvire (306) et celui d’Arles (314), le rappellent clairement. Dans toutes les parties du monde l’Eglise retenait la dissolution de l’union comme impossible et le divorce avec droit à de secondes noces était totalement inconnu. Celui, parmi les  Pères, qui traita plus largement la question de l’indissolubilité fut Saint Augustin, dans nombre de ses oeuvres, depuis le De diversis Quaestionibus (390) jusqu’au De Coniugijs adulterinis (419). Il récuse qui se plaint de la sévérité de l’Eglise en matière matrimoniale et il est toujours inébranlablement ferme sur la dissolution du mariage, en montrant que celui-ci, una fois contracté, ne peut plus se rompre pour quelque raison ou circonstance. C’est à lui qu’on doit la célèbre distinction entre les trois biens du mariage : proles, fides et sacramentum.

Est de même erronée la thèse d’une double position, latine et orientale, face au divorce, dans les premiers siècles de l’Eglise. Ce fut seulement après Justinien que l’Eglise d’Orient commença à céder au césaropapisme en s’adaptant aux lois byzantines qui toléraient le divorces, tandis que l’Eglise de Rome affirmait la vérité et l’indépendance de sa doctrine face au pouvoir civil. Quant à Basile, nous invitons le cardinal Kasper à lire ses lettres et à y trouver un passage qui autorise explicitement le second mariage.

Sa pensée est résumée dans ce qu’il écrit dans l’Ethique : «Il n’est pas permis à un homme de répudier sa femme et d’en épouser une autre. Il n’est pas permis à un homme d’épouser une femme qui ait divorcé de son mari» (Ethica, Regula 73, c. 2, in Patrologie Grecque, vol. 31, col. 852). On dit de même de l’autre auteur cité par le cardinal, San Grégoire de Naziance, qui écrit clairement : «le divorce est absolument contraire à nos lois, bien que les lois des Romains en jugent autrement» (Lettre 144, in Patrologie Grecque, vol 37, col.248).

La “pratique de pénitence canonique” que le cardinal Kasper propose comme issue au “dilemne”, avait dans les premiers siècles une signification exactement opposée à celle qu’il semble vouloir lui atttribuer. Elle n’était pas accomplie pour expier le premier mariage, mais pour réparer le péché du second, et elle exigeait bien sûr le regret de ce péché. Le onzième concile de Carthage (407), par exemple, publia un  canon ainsi conçu : «Nous décrétons que, selon la discipline évangélique et apostolique, la loi ne permet ni à un homme divorcé de sa femme ni à une femme répudiée par son mari de passer à d’autres noces; mais que ces personnes doivent rester seules, ou bien se réconcilient entre elles et que si elles violent cette loi, elles doivent faire pénitence» (Hefele-Leclercq, Histoire des Conciles, vol. II (I), p. 158).


Des divorcés-remariés en état de grâce pour le cardinal Ouellet, à la communion pour tous

Dans un livre intitulé Actualité et avenir du Concile oecuménique Vatican II paru en mai 2012, le cardinal Ouellet, actuel préfet de la congrégation pour les évêques écrivit :

« Je ne dirais pas que les divorcés remariés n’ont pas accès à l’Eucharistie : ils continuent d’être invités à l’Eucharistie, ils participent à l’assemblée eucharistique, ils écoutent avec les autres toute la Parole de Dieu y compris celle qui se fait sacrement, ce que nous appelons la Présence réelle. Ils participent à l’offrande. Le Christ s’offre et tout le monde s’offre avec lui. Ces personnes ont une limite au niveau du témoignage public de la communion mais rien ne les empêche de communier spirituellement au Corps du Christ qui est donné à l’assemblée. D’ailleurs, en vérité, toute communion sacramentelle doit d’abord être communion spirituelle. S’il n’y a pas une communion spirituelle que le sacrement vient exprimer et nourrir, il n’y a pas de communion au Corps du Christ. On peut s’avancer en état de péché mortel et recevoir le Corps du Christ, on n’en recevra pas un bénéfice, mais un moins car on n’en est pas digne et cette communion n’est pas réalisée dans les dispositions requises.

Les personnes peuvent retrouver l’état de grâce devant Dieu, même dans le cas d’une limite objective d’un mariage qui fut un échec, lorsque se noue une nouvelle union qui est peut-être la bonne mais pour laquelle il n’est pas possible d’établir que le premier mariage est nul. Même si elles ne peuvent pas recevoir les sacrements explicites, ces personnes peuvent retrouver la grâce de Dieu par le repentir de l’échec initial, par des activités de charité. Leur témoignage est alors le suivant : leur communion s’ex- prime par le fait qu’elles ne reçoivent pas les sacrements, y compris par respect pour la réalité sacramentelle de l’Eglise. Car le mariage est une expression du mystère de l’union du Christ et de l’Eglise, de cette seule chair du Christ et de l’Eglise.

Tous les mariages sont scellés par la communion à ce mystère. Quand on se trouve dans une nouvelle union, on ne peut pas publiquement aller dire à la communauté et au monde qu’on ne fait qu’un avec ce mystère, on ne peut pas l’exprimer au plan sacramentel public. Mais on peut s’abstenir de communier et exprimer ainsi que l’on est dans le respect du mystère sacramentel de l’Eglise. Il est important de confronter ce choix avec le pasteur de la communauté, se faire aider par lui à vivre dans la paix, comme membre de la communauté à part entière, avec cette limite de ne pas pouvoir recevoir la communion sacramentelle. Cette limite peut être vécue dans un sens positif comme un témoignage rendu à l’indissolubilité du mariage. »

Cet extrait a un double intérêt : il est un exemple remarquable et concentré de la contradiction intrinsèque de la pensée moderniste et il nous éclaire sur l’intention des autorités romaines concernant l’accès aux sacrements des divorcés remariés et donc par ricochet, à une reconsidération de la doctrine concernant les mœurs.

Le principe de non contradiction est tout simplement absent de la pensée du cardinal Ouellet. Ce réputé conservateur, proche de Benoit XVI, utilise un vocabulaire d’approche traditionnelle et semble tenir un discours assez ferme. Il parle même de « péché mortel » et maintient au final le refus de la communion.

Cet apparent discours catholique contient en réalité des erreurs gravissimes. On remarquera tout d’abord que le péché mortel n’est pas une offense faite à Dieu, mais il est réduit à l’insuffisance du témoignage publique. C’est ce qui permet à notre cardinal d’affirmer tout simplement :

« Les personnes peuvent retrouver l’état de grâce devant Dieu, même dans le cas d’une limite objective d’un mariage qui fut un échec, lorsque se noue une nouvelle union qui est peut-être la bonne mais pour laquelle il n’est pas possible d’établir que le premier mariage est nul »

De tels propos sont contraires à la doctrine catholique : nulle mention de la confession, nul rappel du pardon de l’offense faite à Dieu. Depuis quand l’état de grâce se retrouve lorsque se noue une nouvelle union qui est par définition adultérine ?

La réalité d’une telle réponse démontre que le cardinal n’a pas une conception catholique du péché, de ce qu’est l’état de grâce. Sa conception du péché est sociale, elle a évacué en réalité toute référence à Dieu.

On s’étonne d’ailleurs de constater que le cardinal Ouellet, tout en reconnaissant à ces personnes la capacité à cet « état de grâce », veuille continuer à les maintenir loin des sacrements. C’est un non sens absolu. Soit cette nouvelle union rend l’état de grâce et alors ces personnes peuvent recevoir l’Eucharistie, soit leur état les plonge dans le péché mortel et elles ne peuvent accéder aux sacrements.

On peut relever la même contradiction concernant le « témoignage » : soit leur état est compatible avec l’état de grâce et il est bon, soit il constitue un scandale qui ne saurait constituer « un témoignage rendu à l’indissolubilité du mariage. ». Transformer une relation adultérine en « un témoignage rendu à l’indissolubilité du mariage » relève de la prestidigitation la plus élaborée qui soit ! Il fallait oser !

Il y aurait tant à dire sur ces quelques lignes gravissimes. Et le livre fait 248 pages !!!

Il est clair que si l’accès aux sacrements se réduit à un témoignage, alors cette question ne relève plus de la doctrine mais uniquement de la pastorale et recouvre un aspect avant tout disciplinaire. Et ce qui est disciplinaire n’est pas gravé dans le marbre et peut donc être changé.

Même si la conclusion du cardinal semble vouloir sauver l’aspect extérieur en refusant la communion aux divorcés-remariés, il est évident que son raisonnement retire tout argument sérieux pour maintenir dans le temps une telle interdiction.

Si de tels propos peuvent émaner d’un cardinal conservateur, il n’y a plus de doutes à avoir sur les pensées des cardinaux considérés comme progressistes…comme le cardinal Kasper, excellent théologien selon le pape François. Tout en ayant pris soins de rappeler l’indissolubilité du mariage, voici ce qu’affirme mensongèrement ce dernier dans son discours qui a ouvert le consistoire sur la famille de février 2014 :

« L’Église des débuts nous fournit une indication qui peut aider à sortir de ce dilemme et à laquelle le professeur Joseph Ratzinger avait déjà fait allusion en 1972. (…) Dans chaque Église locale il existait un droit coutumier en vertu duquel les chrétiens qui vivaient une seconde union alors même que leur premier partenaire était encore en vie avaient à leur disposition, après un temps de pénitence, non pas un second mariage, mais plutôt, à travers la participation à la communion, une planche de salut. »

Le lien avec le concile Vatican II n’est pas loin, il est même évident pour ceux qui en connaissent la doctrine, et c’est encore le cardinal Kasper qui n’hésite pas à l’assumer dans le même discours :

« Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation semblable à celle du dernier concile, a-t-il affirmé. Déjà à ce moment-là, il y avait, par exemple à propos de la question de l’œcuménisme ou de celle de la liberté de religion, des encycliques et des décisions du Saint-Office qui paraissaient exclure d’autres voies. Le concile, sans violer la tradition dogmatique contraignante, a ouvert des portes. On peut se demander s’il n’y a pas également, pour la question dont nous parlons, la possibilité d’un nouveau développement ».

Voilà qui a le mérite de la franchise et qui augure de la réponse que s’apprête à donner le pape à ce « problème ». La communion pour tous, c’est pour bientôt.

Austremoine


Julien Gunzinger : les catholiques suisses ne sont plus… catholiques

Source : eschaton.ch

À la suite de cette consultation, Mgr Büchel affirme : «La doctrine peut et doit s’adapter.»

La consultation des catholiques conduite par les évêques suisses révèle que l’énorme majorité des personnes qui y ont répondu réclame la bénédiction des unions entre invertis, la communion pour les divorcés remariés, la reconnaissance par l’Église de leurs pratiques contraceptives. C’est donc qu’ils ne considèrent pas que les actes homosexuels sont des abominations aux yeux de Dieu alors que la Sainte Écriture en fait un péché qui réclame vengeance du ciel, que le Christ aurait mieux fait de se taire quand il a dit, en parlant du mariage, «  ce que Dieu a uni que l’homme ne le sépare pas » et que la fornication devrait être prescrite par l’Église comme ils la recommandent très certainement à leurs enfants ( ne jamais laisser son grand fils sortir sans lui sonder les poches pour s’assurer qu’il n’a pas oublié son condom) quand bien même st Paul la fustige. Bref les catholiques suisses se dressent sur leurs petits ergots pour toiser l’Église : serait peut-être temps  que tu te mettes à la page, pas à celle du Nouveau testament, mais à celle de la modernité et de ses délices !

Mais pourquoi donc s’en étonner finalement, puisque depuis 50 ans les instances dirigeantes de l’Église se sont enfermées dans une logique totalement schizophrène, maintenant sur les questions de morale ce qu’elles déconstruisent sur le plan de la foi par leur reniement de la royauté sociale du Christ et  leur adhésion au faux dogme de la rédemption universelle qui leur fait considérer que les autres religions sont vecteurs de bénédictions divines et de grands mérites spirituels. Elles ne font en sommes que récolter ce qu’elles ont semé. Depuis 50 ans nous avons en effet assisté à une substitution de l’objet formel de la foi au profit de l’expérience personnelle et il faudrait être surpris que les catholiques prennent désormais leur nombril (ou plutôt leur b…) pour centre du monde.

Le dispositif moderniste depuis Vatican II n’a en effet cessé de s’adosser aux catégories de l’expérience et de la rencontre. Voyez la dernière encyclique de nos deux papes. Elle est tout  à fait symptomatique!

« La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui nos appelle et nous révèle son amour, un amour qui nous précède et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour être solides et constrzure notre vie. Transformés par cet amour nous recevons des yeux nouveaux, nous faisons l’expérience qu’en lui se trouve une grande promesse de plénitude et le regard de l’avenir s’ouvre à nous »(paragraphe 5)

(Pour les premiers chrétiens) la foi, en tant que rencontre avec le Dieu vivant manifesté dans le Christ, était une « mère », parce qu’elle les faisait venir à la lumière, engendrait en eux la vie divine, une nouvelle expérience, une vision lumineuse de l’existence pour laquelle on était prêt à rendre un témoignage public jusqu’au but »(paragraphe 5)

« (la foi) est une rupture avec les idoles pour revenir au Dieu vivant, au moyen d’une rencontre personnelle. Croire signifie s’en remettre à un amour miséricordieux »(paragraphe 13)

« la vie du Christ, sa façon de connaitre le Père, de vivre totalement en relation avec lui, ouvre un nouvel espace de l’expérience humaine et nous pouvons y entrer »(paragraphe 18)

« « Abba, Père » est la parole la plus caractéristique de l’expérience de Jésus, qui devient centre l’expérience chrétienne »(paragraphe 19)

« Dans la mesure où elle annonce la vérité de l’amour total de Dieu et ouvre à la puissance de cet amour, la foi chrétienne arrive au plus profond du cœur de l’expérience de chaque homme »(paragraphe 32)

Toutes ses déclarations consacrant l’expérience humaine sont à mettre en contraste avec ce qu’enseignait St Pie X lorsqu’il identifiait le principe à la source du modernisme : « Si maintenant vous demandez sur quoi, en fin de compte, cette certitude ( de la foi en Dieu) repose, les modernistes répondent : sur l’expérience individuelle.(…) et cela est une véritable expérience et supérieure à toutes les expériences rationnelles »(Pascendi). Il expliquait que « cela est contraire à la foi catholique » en évoquant cette condamnation de l’Eglise «  Si quelqu’un dit que la Révélation divine ne peut être rendue croyable par des signes extérieurs, et que ce n’est donc que par l’expérience individuelle ou par l’inspiration privée que les hommes sont mus à la foi, qu’il soit anathème. »

Le contenu objectif de la foi n’a donc cessé d’être honteusement caché à travers la promotion d’un subjectivisme débridé qui excite chez celui qui en est victime le fantasme d’être l’intime de Dieu, le témoin privilégié de sa présence bienveillante,  quand bien même on mépriserait certains dogmes et que cultiverait le péché.  Cette confusion favorise un mysticisme puéril et souvent orgueilleux qui élève les rêveries au rang de manifestations divines. C’est là marcher sur les plates-bandes de la guimauve  rousseauiste. C’est pourquoi saint Thomas rattachait expressément l’expérience de Dieu au don de sagesse uni à la charité, précisant que le fidèle en jouissait le plus souvent au terme de sa vie surnaturelle et non à ses débuts. Cette confusion savamment distillée depuis de nombreuses années par nos derniers papes  s’inscrit dans la logique même de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux  qui ne peuvent s’encombrer de  précision et de rigueur dans l’énoncé de la doctrine catholique. Elle est incompatible avec l’amour de la vérité et est exigée par le relativisme théologique consacré au concile Vatican II. Les revendications de ceux qui s’appellent, contre tout évidence, encore catholiques et qui appellent désormais à la démission de Mgr Huonder, l’un des derniers évêques en Suisse a osé clairement leur dire leur fait,  vont donc finalement dans le sens de ce que les instances dirigeantes n’ont cessé de rechercher depuis 50 ans : la conciliation avec la pensée libérale, condamnée en son principe par le Syllabus, qui consiste en un abâtardissement de la foi, son démantèlement progressif qui livre le catholique sans arme devant les légions coalisées du stupre, du mensonge, de l’avilissement et de . La preuve par les résultats de cette consultation.

Julien Gunzinger