Mgr Tissier de Mallerais : ce lien qui serait un simulacre avec la Rome nouvelle n’est rien devant la préservation et la profession de la foi catholique

Magnifique sermon de Mgr Tissier de Mallerais lors du pélerinage de Lourdes 2014 de la FSSPX.

Source : La Porte Latine

Alors Mgr Lefebvre va s’opposer et prendre ce programme maçonnique, le renverser et en faire le programme catholique de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X. En trois points :

Premier point : rendre son sens la Messe. Cette Messe qui est  le véritable sacrifice, le sacrement du sacrifice du Calvaire, celui qui est la source de toutes les grâces de Salut pour les âmes et pour le monde, le véritable sacrifice victorieux. C’est ce qu’il a fait, en refusant la nouvelle messe et en gardant la Messe de toujours.

Deuxième point du programme catholique véritable : former une élite de chrétiens, que vous devriez être, chers fidèles, une élite de chrétiens vivant en état de grâce, résolus de se sacrifier et de se sanctifier sur le modèle et par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la Très Sainte Vierge Immaculée, et résolus à combattre pour le Christ-Roi. C’est le deuxième point, une élite de chrétiens vivant en état de grâce.

Et troisième point du programme catholique : par cette élite, re-couronner Notre-Seigneur Jésus-Christ, Lui rendre publiquement sa couronne, en édifiant d’abord ce que nous avons fait. Les bastions de chrétienté, les bastions de chrétienté que sont nos prieurés, nos monastères, nos couvents, nos familles chrétiennes nombreuses, aux nombreux enfants, l’éducation véritablement catholique, les écoles intégralement catholiques, la profession soumise à la loi de Notre-Seigneur Jésus-Christ et finalement la vie politique organisée selon les commandements de Dieu.

En poursuivant ce programme du sacerdoce pour le Christ-Roi  envers et contre tous les obstacles et les menaces de sanctions de la part de la Rome nouvelle, nous sommes gagnants d’avance, chers fidèles.

En appliquant cette réflexion aussi que Mgr Lefebvre fit le 30 mai 1988, quelques semaines avant les sacres épiscopaux, le lien purement formel avec la Rome nouvelle n’est rien devant la préservation de la foi. Le lien formel, ce lien artificiel, ce lien qui serait un simulacre avec la Rome nouvelle n’est rien devant la préservation et la profession de la foi catholique. C’est à un tel témoignage de notre foi catholique que la Fraternité Saint-Pie-X est invitée. Celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. Nous ne pouvons mieux, disait Mgr Lefebvre, et nous pouvons le dire encore aujourd’hui, nous ne pouvons mieux aider le successeur de Pierre qu’en exigeant de lui la profession intégrale de la foi catholique. Nous ne pouvons mieux aider le successeur de Pierre qu’en transmettant la foi catholique, en la proclamant à temps et à contre-temps, par un sacerdoce doctrinal, un sacerdoce saint, un sacerdoce combattif, un sacerdoce missionnaire, et un sacerdoce marial, dédié à la Très sainte Vierge Marie, à son apostolat et à son règne.

In nomine Patris, et Filio, et Spiritu Sancti, amen.

Mgr Bernard Tissier de Mallerais

Source : La Porte Latine

La transcription [Y. B-R] et les intertitres sont de la rédaction de La Porte Latine

Version audio :LPL/141027


Gratitude et charité envers Mgr Lefebvre au Barroux : le coup de pied de l’âne !

Source : La Porte Latine

Dans sa dernière lettre aux amis et bienfaiteurs [N° 151 du 14 septembre 2014], Dom Louis-Marie, le Très Révérend Père Abbé du Barroux, en digne fils du T.R.P. Dom Gérard (1), exprime d’une façon pour le moins insolite sa gratitude envers Mgr Marcel Lefebvre à qui les Bénédictins dont il a la charge doivent leur fondation.

Voici donc un extrait de cette LAB où brille avec éclat la charité sacerdotale tant vantée par certains quand ils évoquent les milieux Ecclesia Dei Adflicta :

« Le 27 juin dernier, en la fête du Sacré-Coeur, nous avons eu la joie de célébrer les 25 ans d’érection de notre monastère en abbaye avec le cardinal Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, et en présence de notre archevêque, Mgr Jean-Pierre Cattenoz, et de Mgr Guillaume, évêque émérite de Saint-Dié.

[…] Notre gratitude va aussi à, tous les professeurs qui nous ont aidés à ouvrir les yeux à la lumière qui divinise […]. Comment ne pas mentionner tous les évêques qui ont profondèment contribué à bâtir la communauté par les ordinations ? Mgr Marcel Lefebvre a ordonné tous les prêtres de la communauté avant 1988. Mais le choix que fit Dom Gérard et toute la communauté de ne pas le suivre dans son acte schismatique fut le bon car, comme le disait le cardinal Joseph Ratzinger, « Mgr Lefebvre avait des raisons, mais il n’avait pas raison ».

Et, voilà ! Pour une fois ce que sussurent tout bas, et privatim, de nombreux prêtres ralliés à leurs fidèles est enfin écrit par un de nos « meilleurs amis ».

Au lieu de dénoncer les actes hétérodoxes, voire carrément hérétiques, et les scandales contre la Foi perpétrés par de très nombreux clercs depuis le Concile Vatican II, Dom Louis-Marie préfère prudemment « donner le coup de pied de l’âne » à celui à qui sa congrégation doit tout !

A défaut de courage ou d’un minimum de gratitude, le Père Abbé du Barroux aurait pu se taire. Il a préféré donner des gages à ses « maîtres » conciliaires. Il ne lui reste plus qu’à se terrer.

La Porte Latine

Note

(1) « Le 30 juin 1988 demeure un moment grave car nul n’ignore les douloureuses peines qui vont pleuvoir des autorités. L’attitude gênée de dom Gérard Calvet laisse déjà imaginer la peine que causera la distance prise par des compagnons de route, notamment par un brillant monastère, fleuron du mouvement traditionnel. » in Le 30 juin 1988 : soleil sur le Valais, Côme de Prévigny


abbé Patrick de la Rocque : les raisons théologiques des sacres

Source : La Porte Latine

Seuls de très graves raisons pouvaient légitimer un sacre épiscopal sans mandat apostolique. Il fallait que le bien de l’Eglise soit directement en jeu. Mgr Lefebvre constata non seulement une aggravation de la situation, mais surtout une pertinacité des autorités dans la voie de l’erreur à travers deux événements. Ce fut d’abord le revers de main avec lequel Rome rejeta les questions officielles que Mgr Lefebvre avait posées à Rome sur la liberté religieuse (publié depuis : Mes doutes sur la liberté religieuse, éditions Clovis). Puis ce fut le scandale de la réunion interreligieuse organisée à Assise. Devant cet “abandon de poste” par les autorités, Mgr Lefebvre se devait de réagir afin de pérenniser le bien de l’Eglise. Ce fut les sacres, à l’occasion desquels il voulut rappeler la gravité de la situation par une déclaration publique, reprise presque mot pour mot d’un texte écrit cinq ans plus tôt :

On lit au chapitre 20 de l’Exode que Dieu, après avoir défendu à son peuple d’adorer des dieux étrangers, ajouta ces paroles : « C’est moi qui suis le Seigneur ton Dieu, le Dieu fort et jaloux, visitant l’iniquité des pères dans les fils jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent », et au chapitre 34 on lit : « N’adore point de Dieu étranger ; un Dieu jaloux, c’est le nom du Seigneur. » Il est juste et salutaire que Dieu soit jaloux de ce qui Lui appartient en propre, jaloux de son être infini, éternel, tout puissant, jaloux de sa gloire, de sa Vérité, de sa Charité, jaloux d’être le seul Créateur et Rédempteur, et donc la fin de toutes choses, la seule voie du salut et du bonheur de tous les anges et de tous les hommes, jaloux d’être l’alpha et l’oméga.

L’Eglise catholique fondée par Lui et à laquelle Il a remis tous ses trésors de salut, est elle aussi jalouse des privilèges de son seul Maître et Seigneur et enseigne à tous les hommes qu’ils doivent se tourner vers Elle et être baptisés par Elle, s’ils veulent être sauvés et participer à la gloire de Dieu dans l’Eternité bienheureuse. L’Eglise est donc essentiellement missionnaire. Elle est essentiellement une, sainte, catholique, apostolique et romaine. Elle ne peut admettre qu’il y ait une autre religion vraie en dehors d’elle, elle ne peut admettre qu’on puisse trouver une voie de salut en dehors d’elle puisqu’elle s’identifie avec son Seigneur et Dieu qui a dit : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. » Elle a donc horreur de toute communion ou union avec les fausses religions, avec les hérésies et les erreurs qui éloignent les âmes de son Dieu, qui est l’unique et seul Dieu. Elle ne connaît que l’unité dans son sein, comme son Dieu. Pour cela elle donne le sang de ses martyrs, la vie de ses missionnaires, de ses prêtres, le sacrifice de ses religieux et religieuses, elle offre le sacrifice quotidien de propitiation.

Or avec Vatican Il souffle un esprit adultère dans l’Eglise, esprit qui admet par la Déclaration de la Liberté religieuse le principe de la liberté de la conscience religieuse pour les actes internes et externes, avec exemption de toute autorité. C’est le principe de la Déclaration des droits de l’homme, contre les droits de Dieu. Les autorités de l’Eglise, de l’Etat, de la famille participent à l’autorité de Dieu et ont donc le devoir de contribuer à la diffusion de la Vérité et à l’application du Décalogue, et de protéger leurs sujets contre l’erreur et l’immoralité.

Cette Déclaration a provoqué la laïcisation des Etats catholiques, ce qui est une insulte à Dieu et à l’Eglise, réduisant l’Eglise au droit commun avec les faus­ses religions. C’est bien l’esprit adultère tant de fois reproché au peuple d’Israël. Cet esprit adultère se manifeste aussi dans cet oecuménisme institué par le Secrétariat pour l’unité des chrétiens. Cet œcumé­nisme aberrant nous a valu toutes les réformes liturgiques, bibliques, canoniques, avec la collégialité destructive des autorités personnelles du Souverain Pontificat, de l’Episcopat, et du Curé.

Cet esprit n’est pas catholique. Il est le fruit du modernisme condamné par saint Pie X. Il ravage toutes les insti­tutions de l’Eglise et spécialement les séminaires et le clergé, de telle sorte qu’on peut se demander qui est encore intégralement catholique parmi les clercs soumis à l’esprit adultère du Concile !

Rien n’est donc aussi urgent dans l’Eglise que de former un clergé qui répudie cet esprit adultère et moderniste et sauve la gloire de l’Eglise et de son divin Fondateur en gardant lafoi intégrale et les moyens établis par Notre Seigneur et par la Tradition de l’Eglise pour garder cette foi et trans­m­ettre la vie de la grâce et les fruits de la Rédemption.

Depuis bientôt vingt ans nous nous efforçons avec patience et fermeté de faire comprendre aux autorité romaines cette nécessité du retour à la saine doctrine et à la Tradition pour le renouveau de l’Eglise, le salut des âmes et la gloire de Dieu. Mais on demeure sourd à nos supplications, bien plus on nous demande de reconnaître le bien-fondé de tout le Concile et des réformes qui ruinent l’Eglise. On ne veut pas tenir compte de l’expérience que nous faisons, avec la grâce de Dieu, le maintien de la Tradition qui produit de vrais fruits de sainteté et attire de nombreuses vocations.

Pour sauvegarder le sacerdoce catholi­que, qui continue l’Eglise catholique et non une Eglise adultère, il faut des évêques catholiques. Nous nous voyons donc contraints, à cause de  l’invasion de l’esprit moderniste dans le clergé actuel, et jusqu’aux plus hauts sommets à l’intérieur de l’Eglise, d’en arriver à consacrer des évêques, le fait de cette consécration étant admis par le Pape dans la lettre du 30 mai du Cardinal Ratzinger. Ces consécrations épiscopales seront non seulement valides, mais encore, vu les circonstances historiques, licites : il est parfois nécessaire d’abandonner la légalité pour demeurer dans le droit.

Le Pape ne peut que désirer la continuation du sacerdoce catholique. Ce n’est donc nullement dans un esprit de rupture ou de schisme que nous accomplissons ces consécrations épiscopales, mais pour venir au secours de l’Eglise, qui se trouve sans doute dans la situation la plus douloureuse de son histoire. Si nous nous étions trouvés au temps de saint François d’Assise le Pape se fut trouvé d’accord nous. La Franc-Maçonnerie n’occupait pas le Vatican en ses heureux temps. Nous affirmons donc notre attachement et notre soumission au saint Siège et au Pape. En accomplissant cet acte nous avons  conscience de continuer notre service de l’Eglise et de la Papauté comme nous nous sommes efforcé de le faire depuis le premier jour de notre sacerdoce. Le jour où le Vatican sera délivré de cette occupation moderniste et retrouvera le chemin suivi par l’Eglise jusqu’à Vatican II nos évêques seront entièrement dans les mains du Souverain Pontife, y compris l’éventualité de ne plus exercer leurs fonctions épiscopales.

abbé Patrick de la Rocque


Mgr Lefebvre : demeurer attachés au gouvernement ou attachés à la foi ?

Mais l’Eglise a les promesses de la pérennité et par conséquent elle ne peut pas disparaître. Alors, nous avons été appelés par Dieu pour maintenir la foi catholique et pour combattre ce combat extraordinaire. Prions Dieu, bien chers confrères, mes bien chers amis, prions Dieu d’être vraiment dignes d’être appelés par Lui pour cette croisade extraordinaire. Et promettons-Lui notre fidélité inconditionnelle, fidélité à la foi.

Bien sûr le gouvernement de l’Eglise a été fondé également pour la défense de la foi et que – normalement – nous devrions être fidèles au gouvernement de l’Eglise pour aider ce gouvernement de l’Eglise à propager la foi et à continuer la foi catholique.

Mais ce gouvernement faillit à son devoir si ce gouvernement abandonne sa fonction et se retourne contre la foi, qu’est-ce que nous devons faire ? Demeurer attachés au gouvernement ou attachés à la foi ? Nous avons le choix.

Est-ce la foi qui prime ? Ou est-ce le gouvernement qui prime? Nous sommes devant un dilemme et nous sommes bien obligés de faire un choix.

Or, le gouvernement a été fait pour la foi et non pas la foi pour le gouvernement; parce que la foi c’est Jésus-Christ ; c’est Jésus-Christ Lui-même. Alors nous devons être attachés à Jésus-Christ avant d’être attachés au gouvernement même de l’Eglise fondée par Jésus-Christ sans doute, mais pas fondée pour être son ennemi ! Pas pour Le détruire ; pas pour entraîner les âmes vers les idoles, vers les faux-dieux, vers les démons.

Mgr Marcel Lefebvre, extrait de l’homélie du Jeudi Saint le 27 mars 1986


Il y a 23 ans décédait Mgr Marcel Lefebvre

Il y a 23 ans, le 25 mars 1991 s’éteignait Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.

Le film Mgr Lefebvre un évêque dans la tempête est en vente sur le site du film au prix de 12 €. Il retrace la vie exceptionnelle de celui fut l’instrument docile de la providence pour sauver le sacerdoce et la doctrine catholique.

Ce film est un excellent moyen de faire connaitre et comprendre les circonsances et la nécessité du combat de Mgr Lefebvre, loin des caricatures et des calomnies.


Mgr Tissier de Mallerais : aucune apparence même de conciliation, et c’est cette apparence que nous donnerait notre soi-disant « régularisation »

Source : Rivarol

Il s’agit, comme Mgr Lefebvre le disait, de la tentative du concile Vatican II de réconcilier l’Eglise avec la révolution, de concilier la doctrine de la foi avec les erreurs libérales.

C’est Benoît XVI lui-même qui l’a dit dans son entretien avec Vittorio Messori en novembre 1984 en disant : « le problème des années 1960 (donc celui du concile) était l’acquisition des valeurs les mieux mûries des deux siècles de culture libérale.

Ce sont des valeurs qui, bien que nées hors de l’Eglise, peuvent trouver leur place, une fois purifiées et corrigées, dans sa vision du monde. Et c’est ce qui a été fait. » Voilà l’œuvre du concile : une conciliation impossible. « Quelle conciliation peut-il y avoir entre la lumière et les ténèbres ? », dit l’Apôtre, « quel accord entre le Christ et Bélial ? » (2 Cor 6, 15).

La manifestation emblématique de cette conciliation est la Déclaration sur la liberté religieuse. A la place de la vérité du Christ et de son règne social sur les nations, le concile place la personne humaine, sa conscience et sa liberté.

C’est le fameux « changement de paradigme » que confessait le cardinal Colombo dans les années 1980. Le culte de l’homme qui se fait Dieu à la place du culte de Dieu qui s’est fait homme (cf. Paul VI, discours à la clôture du concile, 7 décembre 1965).

Il s’agit d’une nouvelle religion qui n’est pas la religion catholique. Avec cette religion nous ne voulons aucun compromis, aucun risque de corruption, aucune apparence même de conciliation, et c’est cette apparence que nous donnerait notre soi-disant « régularisation ”.

Extrait de l’entretien de Mgr Tissier de Mallerais à Rivarol


Pourquoi les sacres de 1988 ?

Ces derniers temps, certains ont donné des sacres de 1988 une justification erronée, arguant du fait que cet acte était légitime car répondant à un état de nécessité, état de nécessité du fait de la mort prochaine de Mgr Lefebvre.

Réduire l’état de nécessité à l’état de santé du prélat français est absurde. Que sa santé déficiente lui ait imposé une limite temporelle est exacte, mais il ne s’agit certainement pas de ce qui en a fait la justification ni ce qui a généré cet état de nécessité.

Voici ci-dessous, exposées succintement et très clairement, les justifications des sacres de 1988, telles que les avaient données à l’époque la Maison Générale.

Source : La Porte Latine

C’est le 29 juin 1987, à Ecône, que Mgr Lefebvre annonça publiquement sa résolution de se doter de successeurs qui assureraient la pérennité de son œuvre d’Eglise : transmettre, dans toute sa pureté doctrinale et sa charité missionnaire, le sacerdoce catholique.

Deux faits précis sont à l’origine de cette décision historique qu’il qualifia lui-même « d’opération survie » de la Tradition.

D’abord la réunion interreligieuse d’Assise qui vit le pape présider, le 26 octobre 1986, un congrès des religions pour la paix, initiative jadis condamnée par les papes Léon XIII (Testem benevolentiae, 1899), saint Pie X (Notre Charge apostolique, 1910) et surtout Pie XI (Mortalium animos, 1928).

 Ensuite la confirmation, par Jean-Paul II et le cardinal Ratzinger, des thèses nouvelles sur la liberté religieuse, doctrine proclamée au concile de Vatican II en contradiction avec le magistère le plus solennel des papes des deux siècles précédents, en particulier Grégoire XVI, Pie IX (Quanta Cura et Syllabus, 1864), Léon XIII, saint Pie X, Pie XI (Quas primas, 1925) et Pie XII. Cette fausse liberté reconnaît à toutes les religions le droit absolu de professer, en public comme en privé, les erreurs et les doctrines les plus contraires à l’Evangile.

La confirmation de la liberté religieuse entendue dans un sens opposé au magistère constant de l’Eglise catholique acheva de convaincre Mgr Lefebvre de la gravité de la crise de l’Eglise et de la perte universelle du sens de la foi – jusqu’à Rome même – véritable mystère d’iniquité.

Poussé par cet état de nécessité prévu par le Droit de l’Eglise et la vertu de prudence, il résolu de procéder aux sacres dans le but de transmettre son pouvoir d’ordre. Il se garda bien de donner une quelconque juridiction aux évêques sacrés par lui, dans le but d’éviter tout schisme. Fort de l’esprit du Droit canonique qui veut que l’obéissance serve au salut des âmes et non à leur perte – ni à la mort des œuvres visiblement bénies de Dieu –, Mgr Lefebvre a préféré paraître désobéissant en passant outre à une loi de discipline ecclésiastique. Ce faisant, il entendait ne pas coopérer à la destruction universelle dont il était le témoin.

Ainsi, face aux désordres et aux scandales répandus partout dans l’Eglise, face à la corruption des rites des sacrements et à la perversion du sacerdoce catholique, Mgr Lefebvre a restauré l’Ordre et posé les bases d’un véritable renouveau pour l’Eglise d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Car Dieu ne change pas. Il est le même, hier et aujourd’hui, et dans les siècles des siècles.

Source : FSSPX – Maison Généralice


Mgr Lefebvre : « j’accuse le Concile » me semble la réponse nécessaire au « j’excuse le Concile » du cardinal Ratzinger

Source : La Porte Latine

Je veux bien considérer des causes extérieures de la crise de l’Eglise, notamment une mentalité libérale et jouisseuse qui s’est répandue dans la société, même chrétienne, mais justement, qu’est-ce que Vatican II a fait pour s’y opposer ?

Rien ! Ou plutôt, Vatican II n’a fait que pousser dans ce sens !

— J’userai d’une comparaison : Que penseriez-vous, si devant un raz de marée menaçant, le gouvernement hollandais décidait un beau jour d’ouvrir ses digues afin d’éviter le choc ? Et s’il s’excusait ensuite, après l’inondation totale du pays : « Nous n’y sommes pour rien, c’est le raz de marée ! » Or c’est exactement cela qu’a fait le Concile : il a ouvert tous les barrages traditionnels à l’esprit du monde en déclarant l’ouverture au monde, par la liberté religieuse, par la Constitution pastorale « l’Eglise dans le monde de ce temps » (Gaudium et spes ), qui sont l’esprit même du Concile et non l’anti-esprit !

Quant à l’anti-esprit, j’admets bien son existence au Concile et après le Concile, avec les opinions tout à fait révolutionnaires des Küng, Boff, etc …. qui ont laissé bien en arrière les Ratzinger, Congar, etc. Je concède que cet anti-esprit a complètement gangrené les séminaires et universités ; et là, le Ratzinger universitaire et théologien, voit bien les dégâts : c’est son domaine.

Mais j’affirme deux choses : ce que le cardinal Ratzinger nomme « anti-esprit du Concile » n’est que l’aboutissement extrême des théories de théologiens qui furent experts au Concile ! Entre l’esprit de Vatican II et le soi-disant anti-esprit, je ne vois qu’une différence de degré, et il me paraît fatal que l’anti-esprit ait influé sur l’esprit même du Concile. — D’autre part l’esprit du Concile, cet esprit libéral que j’ai analysé plus haut longuement et qui est à la racine de presque tous les textes conciliaires et de toutes les réformes qui s’en sont suivies, doit être lui-même mis en accusation.

Autrement dit, « j’accuse le Concile » me semble la réponse nécessaire au « j’excuse le Concile » du cardinal Ratzinger ! Je m’explique : je soutiens, et je vais le prouver, que la crise de l’Église se ramène essentiellement aux réformes post-conciliaires émanant des autorités les plus officielles de l’Église et en application de la doctrine et des directives de Vatican II. Rien donc, de marginal ni de souterrain dans les causes essentielles du désastre post-conciliaire ! N’oublions pas que ce sont les mêmes hommes et avant tout le même pape, Paul VI, qui ont fait le Concile et qui l’ont ensuite appliqué le plus méthodiquement et officiellement du monde, en usant de leur autorité hiérarchique : ainsi le nouveau missel de Paul VI a été « ex decreto sacrosancti oecumenici concilii Vaticani II instauratum, auctoritate Pauli PP. VI promulgatum ».

Mgr Lefebvre, Ils l’ont découronné – Partie IV : Le catholicisme libéral


Mgr Lefebvre : le nouveau magistère est un magistère anathème

Certains, même dans les rangs de la tradition, n’hésitent plus à affirmer que le concile Vatican II fait parti du magistère et que le fait de le refuser comme tel fait de nous des sédévacantistes.

De tels propos montrent la méconnaissance profonde de la pensée du fondateur de la FSSPX et même l’opposition dans laquelle ils se trouvent avec celui-ci. Mais encore une fois, le bon sens tout simplement bien catholique de Mgr Lefebvre exprime avec clarté ce qui doit être tenu concernant l’enseignement de ce concile.

Cela n’empêche pas des développements théologiques plus complexes comme ceux de l’abbé Gleize qui explicitent et appuient de façon plus pointue cette position vis-à-vis du nouveau « magistère ».

Pour autant, comme le dit Mgr Lefebvre, « La question n’est pas difficile » !

Austremoine

Mgr Lefebvre, sermon historique du 29 août 1976 :

Pour la question du Magistère : mais il n’y a personne qui est attaché à l’obéissance au Magistère du pape, des conciles et des évêques, comme nous ! Nous sommes, nous, les plus attachés de l’Eglise, je pense, je l’espère et nous voulons l’être, à l’obéissance au Magistère des papes, des conciles et des évêques ! Et c’est parce que nous sommes attachés à ce Magistère, justement, que nous ne pouvons pas accepter un Magistère qui n’est pas fidèle au Magistère de toujours !

Sinon, il n’y a plus de moyen d’en sortir, on ne sait plus à quel Magistère il faut obéir ! Alors ils disent : « Mais il n’y a pas deux Magistères, il n’y a qu’un Magistère, c’est celui d’aujourd’hui. Il ne faut pas vous référer au passé ». C’est absolument contraire à la définition même du Magistère de l’Eglise. Le Magistère de l’Eglise est essentiellement un Magistère traditionnel : il porte une Tradition, il transmet une Tradition. C’est le rôle propre de l’Eglise, de transmettre le dépôt de la foi. Le dépôt de la foi étant terminé à partir de la mort du dernier des apôtres, ils ne font que transmettre, expliquer, c’est entendu, et ça ne peut donc jamais être en opposition avec ce qui s’est dit précédemment ! C’est la parole de saint Paul disant : « Si moi-même ou un ange descendu du ciel venait vous dire quelque chose de contraire à ce qui vous a été enseigné primitivement… » – Voilà la chose essentielle, capitale : « à ce qui vous a été enseigné primitivement ». Donc saint Paul, pour la vérité de sa propre parole et de la parole d’un ange du ciel, se réfère à ce qui a été enseigné primitivement. Nous aussi nous nous référons à ce qui a été enseigné primitivement. – Or, il se trouve dans le Concile des documents, comme celui de la liberté religieuse, qui enseignent quelque chose de contraire à ce qui a été enseigné primitivement ! On n’en peut rien, ce n’est pas de notre faute, c’est comme ça, c’est un fait ! Alors qu’est-ce qu’il faut faire ?

Ils nous disent : « Vous n’acceptez pas ce Concile, vous n’acceptez pas ce Magistère… » Eh bien, oui ! Parce que ce Magistère est un magistère infidèle. Si le Magistère était fidèle à la Tradition, il n’y aurait pas de problème. Et c’est parce qu’il n’est pas fidèle au Magistère pour lequel nous avons justement une estime profonde que nous disons : ce n’est pas possible, un Magistère qui a été proclamé et défini pendant des siècles, ne peut pas se tromper. Alors nous sommes fidèles à ce Magistère et si un magistère nouveau vient dire quelque chose qui est contraire à ce qui a été enseigné primitivement, il est anathème ! C’est saint Paul qui le dit. Nous ne pouvons pas l’accepter. C’est tout. La question n’est pas difficile.

Il ne faut donc pas qu’ils nous accusent d’être contre le Magistère de l’Eglise, contre le Magistère des papes, contre le Magistère des conciles. Ce n’est pas vrai ! C’est le contraire. Nous sommes persécutés parce que nous sommes fidèles au Magistère de toujours. 

On nous dit : « Vous jugez le pape ». Mais où est le critère de la vérité? Monseigneur Benelli m’a jeté à la figure : « Ce n’est pas vous qui faites la vérité ». Bien sûr, ce n’est pas moi qui fais la vérité, mais ce n’est pas le pape non plus. La Vérité, c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ et donc il faut nous reporter à ce que Notre Seigneur Jésus-Christ nous a enseigné, à ce que les Pères de l’Eglise et toute l’Eglise nous ont enseigné, pour savoir où est la vérité. Ce n’est pas moi qui juge le Saint-Père, c’est la Tradition. 

Mgr Lefebvre, sermon historique du 29 août 1976


Abbé Pierre Duverger : abîmés par l’iceberg du libéralisme, du protestantisme et de la révolte !

Source : La Porte Latine

Monseigneur Lefebvre, le 11 juin 1988, envisageant un accord, décrivait les conséquences de cet esprit libéral et protestant, si nous n’étions pas bien fermes et solides dans la Foi et l’agir qu’elle implique.

« S’il y avait un arrangement (avec Rome), nous serions envahis par quantité de monde. Maintenant que vous avez la Tradition et êtes reconnus par Rome, on va venir chez vous. Il y a quantité de gens qui vont garder leur esprit moderne et libéral, mais qui viendront chez nous parce que cela leur fera plaisir d’assister de temps en temps à une cérémonie traditionnelle, d’avoir des contacts avec les traditionalistes. Et cela va être très dangereux pour nos milieux. Si nous sommes envahis par ce monde-là que va devenir la tradition ? Petit à petit, il va y avoir une espèce d’osmose qui va se produire, une espèce de consensus. Oh, après tout, la nouvelle messe, ce n’est pas si mal que ça, il ne faut pas exagérer. Tout doucement, tout doucement on va finir par ne plus voir la distinction entre le libéralisme et la Tradition. C’est très dangereux. « 

Ce danger n’est pas chimérique aujourd’hui.

Beaucoup se sont déjà habitués à des messes célébrées par des prêtres qui acceptent des accommodements dans la doctrine ou la soumission sans garantie aux autorités ecclésiastiques, le silence sur les documents conciliaires ou leur lecture authentique.D’autres, au contraire, suivent des pasteurs abandonnés à leur jugement, loin de tout lien hiérarchique qui les rattache à l’Église.

Ce n’est plus la Tradition de l’Église, ce n’est plus la Foi intégrale, librement prêchée, ce n’est plus l’exemple d’une adhésion d’intelligence et de coeur.

Pourtant, Monseigneur nous avait engagés à prendre nos distances avec prudence

« Alors quelle est notre attitude ? Il est clair que tous ceux qui nous quittent ou qui nous ont quittés pour sédévacantisme ou parce qu’ils veulent être soumis à la hiérarchie actuelle de l’Église tout en espérant garder la Tradition, nous ne pouvons plus avoir de rapports avec eux. Ce n’est pas possible. Nous disons nous, que l’on ne peut pas être soumis à l’autorité ecclésiastique et garder la Tradition. Eux affirment le contraire. C’est tromper les fidèles. Nous avons beau les estimer, il n’est bien entendu pas question de les insulter, mais nous ne voulons pas entamer de polémiques et nous préférons ne plus avoir affaire avec eux. C’est un sacrifice à faire. Mais il n’a pas commencé aujourd’hui, il dure depuis vingt ans. » (Flavigny, décembre 1988)

C’est ce que firent les Vendéens et les Chouans face aux curés jureurs. Parfois même ces jureurs étaient leurs propres curés. Ils les avaient baptisés, confessés, mariés, sanctifiés. Et à cette époque, point de changement ni dans les rites, ni dans la morale mais seulement un point de doctrine qui regardait la constitution divine de l’Église. Dans la tourmente révolutionnaire, cela pouvait sembler bien éloigné des préoccupations quotidiennes. Mais ces paysans à la Foi vive croyait en l’Église. Ils rejetèrent les jureurs, préférant se passer de sacrements, de messe, d’églises, de pasteurs ! Et le petit Jean-Marie Vianney fera sa première communion dans une grange derrière deux chars de foin !

« Tous ceux qui se séparent de nous, nous en sommes très affectés, mais on ne peut vraiment pas faire d’autre choix si nous voulons garder la Tradition. Nous devons être indemnes de compromission tant à l’égard des sédévacantistes qu’à l’égard de ceux qui veulent absolument être soumis à l’autorité ecclésiastique. Nous voulons demeurer attachés à Notre Seigneur Jésus-Christ. Or Vatican II a découronné Notre Seigneur. Nous, nous voulons rester fidèles à Notre Seigneur, roi, prince et dominateur du monde entier. Nous ne pouvons rien changer à cette ligne de conduite. » (Flavigny, décembre 1988)

De même, tous ceux qui prétendent aujourd’hui défendre la Tradition et la maintenir dans l’indépendance de nos évêques ne peuvent tenir. Cette allégeance, cette dépendance vis-à-vis de l’Évêque, c’est l’esprit de l’Église, aucun de ses membres ne peut s’en affranchir.Certes nos évêques ne jouissent à l’égard des âmes assoiffées que d’une d’une juridiction de suppléance, mais cela ne légitime pas un libre examen, une émancipation des règles d’agir dans l’Église. Il nous faut conserver l’esprit de l’Église à défaut de pouvoir jouir du recours à l’autorité compétente.

Exercer un ministère pastoral sans mandat d’aucune sorte, maintenir une vie religieuse sans inviter l’oeil de l’évêque, prétendre rompre des voeux publics ou s’affranchir des liens d’un mariage qui semble nul sans jugement de l’évêque, fonder une école catholique sans autorisation ecclésiastique préalable, donner ou recevoir la confirmation des mains d’un prêtre sans raisons extrêmes, tout cela va contre l’esprit de l’Église. La crise de l’autorité n’autorise pas à vivre dans la crise, le désordre, l’indépendance, la révolution.

« Pour ma part, je suis convaincu que la Tradition ne peut subsister sans évêque traditionnel. Les fidèles et les prêtres ont besoin d’évêques. Vouloir maintenir et faire l’expérience de la Tradition sous des évêques modernistes et libéraux, c’est une utopie et un mensonge. C’est précisément ce qui m’a fait rompre les entretiens romains : la conviction qu’on ne voulait pas me donner un évêque traditionnel, pas de représentation valable à Rome. C’en était donc fini de la Tradition après mon décès et celui de Monseigneur de Castro Mayer. Un évêque n’est pas seulement celui qui accomplit matériellement un rite, fut-il traditionnel. Un évêque enseigne et sanctifie par sa doctrine et son exemple de la fidélité à la foi de toujours. » (Ecône, 29 janvier 1989)

L’iceberg n’est pas seulement dangereux pour ceux qui y sont réfugiés mais surtout pour ceux qui veulent naviguer autour, sur de frêles barques à la dérive, n’ayant d’autre guide que leurs propres yeux. Avec ou sans accord, il s’agit surtout, pour nous, de ne pas se faire abîmer par l’iceberg du libéralisme, du protestantisme et de la révolte !

Abbé Pierre Duverger


Sédévacantisme et libéralisme : le même problème selon Mgr Lefebvre

A l’heure où certains voudraient que nous acceptions le concile Vatican II comme faisant parti du magistère – un tel refus ferait soit-disant de nous des sédévacantistes -, et où d’autres voudraient que les papes post-conciliaires soient considérés comme n’étant pas des papes, il est bon de revenir au bon sens catholique de Mgr Lefebvre. Le fondateur, dans cette sagesse toute divine que lui donna la providence en ces temps de crise, n’avait pas besoin de grands discours ni de considérations abstraites pour saisir et entrevoir les solutions qui seront sans doutes explicitées par l’Eglise plus tard.

La fidélité à l’Eglise passe, dans ces temps de crise pour la FSSPX et l’Eglise, par la fidélité à la pensée de son fondateur. S’en écarter, c’est prendre des chemins qui ont montré qu’ils sont une voie de mort : d’un coté le schisme par la séparation d’avec Pierre, et de l’autre, l’abandon du combat de la Foi par l’acceptation plus ou moins implicite des erreurs qui détruisent l’Eglise.

Austremoine

Lecture recommandée sur le sujet du magistère sur Vatican II en question.

Mgr Lefebvre :

L’histoire d’Ecône est suffisamment émaillée d’événements qui sont des conséquences de la situation dans laquelle l’Eglise se trouve aujourd’hui et qui pose évidemment un problème, un problème d’ailleurs qui, en définitive, est unique. C’est le même problème qui se pose à ceux qui nous quittent en disant que nous n’obéissons pas au pape et puis ceux qui nous quittent parce qu’ils disent qu’il n’y a pas de pape. Ils partent du même principe, en définitive : que le pape ne peut pas, dans les voies universelles, disons, dans les actes universels qu’il fait, il ne peut pas se tromper et ne peut pas engager l’Eglise dans une voie qui n’est pas conforme à la foi et aux mœurs.

Alors voilà le principe énoncé. Alors les uns disent : – Bien. Voilà le principe. Il est fermement établi par la Tradition, par les théologiens, par la doctrine de l’Eglise. Or le pape publie des actes qui sont nocifs à l’Eglise dans le domaine de la foi et des mœurs. Donc il n’est pas pape, puisqu’il ne peut pas le faire. Alors s’il n’est pas pape, et bien il n’y a plus de pape. Ce n’est pas difficile. Donc nous sommes libérés de tous les principes qui nous relient à Rome, et ainsi de suite… Nous sommes indépendants… Bon, c’est une solution.

Et puis il y a les autres qui disent : – Non, il n’est pas possible que le pape puisse donner quelque chose qui soit nuisible à l’Eglise, dans un autre domaine, indirectement ou implicitement, pour la foi et les mœurs. Or le pape est pape. Donc il faut accepter ce que le pape nous donne. Et donc, tout ce qui vient de Rome est bon. C’est essentiellement bon. Il peut bien y avoir quelques incidents, quelques bavures, quelques petites choses qui ne sont pas très bonnes, mais enfin c’est bon. La messe est bonne. On ne peut pas dire que la messe est mauvaise. Elle est peut-être mauvaise extrinsèquement, par quelques choses extrinsèques, mais elle n’a pas de principe mauvais. Les principes mêmes de la messe ne sont pas touchés. Ils sont intangibles, puisque c’est le pape qui les a donnés. Le pape ne peut pas faire quelque chose contre la foi et les mœurs lorsqu’il parle pour l’Eglise universelle, donc essentiellement tous les actes qui viennent du Saint-Siège sont bons, donc le Droit Canon est bon. Il y a peut-être des petites phrases qu’on pourrait changer, des petits détails, d’accord, mais fondamentalement il est bon parce qu’ il ne peut pas donner des choses mauvaises. C’est fini, c’est clair.

Alors vous, vous contestez le Droit Canon, vous contestez la messe, vous contestez la bible œcuménique, vous contestez tout ce qui vient de Rome d’une manière grave. Par conséquent vous êtes dans la désobéissance et on vous quitte. Nous, on préfère être dans l’obéissance.

Ils s’en vont et ils rentrent dans l’obéissance, c’est-à-dire dans le libéralisme, dans le progressisme, dans la destruction de l’Eglise et dans la nouvelle messe et dans le nouveau Droit…

Alors qu’est-ce que vous faites ? Il me semble que ces solutions pèchent, à mon sens, d’abord par trop de simplisme. On énonce le principe comme ça, et on ne l’étudie pas à fond. Or un principe comme celui-là dans l’infaillibilité de l’Eglise dans les matières disciplinaires, dans les matières liturgiques, c’est tout de même un principe qui nous vient de la Tradition. Ça n’a pas été dit explicitement par Notre-Seigneur, ce n’est pas, si vous voulez, aussi explicite que dans la Révélation, que l’infaillibilité au point de vue de la foi et des mœurs, ça c’est clair, ça c’est l’objet direct de l’infaillibilité, donc il n’y a pas de problèmes. Mais il y a un objet indirect de l’infaillibilité, un objet comme complémentaire de l’infaillibilité, qui est précisément les faits dogmatiques, par exemple. Les faits dogmatiques qui sont les conclusions théologiques, les faits dogmatiques, les questions disciplinaires et cultuelles de l’Eglise, donc qui sont l’objet indirect, qui soutiennent l’objet primaire qui est l’objet de la foi et des mœurs et qui sont impliqués justement dans la mesure où la foi et les mœurs sont impliqués aussi dans ces faits, dans les conclusions théologiques, dans les faits dogmatiques, dans les questions disciplinaires et cultuelles.

Alors, pour déterminer ça, ça a été la Tradition de l’Eglise, les théologiens, les papes dans leurs Encycliques, dans leur manière dont ils font publier les décrets concernant ces différents sujets. Alors on en a conclu, les théologiens dans l’ensemble en ont conclu, que quand le pape fait un décret pour l’Eglise universelle et qui a trait à la liturgie, à la discipline générale de l’Eglise, et bien le pape ne peut pas se tromper, le pape est infaillible.

Mais si on étudie les choses de près, on s’aperçoit tout de même que cette infaillibilité, l’infaillibilité dans ce domaine-là, est tout de même moins absolue que dans l’objet primaire qui est directement la foi et les mœurs.

Et donc il peut y avoir des exceptions, il peut y avoir des cas où le pape, soit par son mode d’expression, soit par ses affirmations personnelles au sujet de ce qu’il édicte, et bien manifeste qu’il n’a pas l’intention d’utiliser son infaillibilité.

Je pense qu’il faut lire non seulement une seule page concernant la loi et l’infaillibilité du livre que vous connaissez bien de Xavier da Silveira. En effet il tire en conclusion dans ce sujet que d’une manière générale, l’Eglise est infaillible en manière de discipline et liturgie. Mais la thèse n’affirme en aucune façon que la loi doit être la plus parfaite possible, ni qu’elle devrait contenir implicitement toute la doctrine sur la question à laquelle elle se réfère, mais elle traite seulement de la non-existence, dans ce que prescrit la loi, de toute erreur implicite ou explicite en matière de foi et de morale.

Ça c’est la conclusion générale de son étude de la Tradition. Mais après, il met bien : c’est une thèse à considérer dans ses nuances.

Comme nous l’avons vu, la thèse selon laquelle les décrets disciplinaires et liturgiques promulgués pour l’Eglise universelle sont toujours garantis d’infaillibilité, semblent recevoir le support total de la Tradition.

Cependant avant de continuer en se demandant s’il n’y a pas dans la Tradition des témoignages contraires, il nous semble qu’on peut et doit douter que la thèse de l’infaillibilité dans les décrets disciplinaires et liturgiques ait l’ampleur que certains théologiens pensent pouvoir lui attribuer.

Bon, il faut compléter, il ne faut pas seulement lire une phrase, il faut tout lire. Ensuite, un peu plus loin, il fait de nouveau appel à cela :

Avant d’examiner le cas concret du Nouvel Ordo, nous allons reprendre les principes exposés jusqu’ici et fixer clairement l’état de la question.

Premièrement, nous avons vu que, en général, les manuels néo-scolastiques considèrent la thèse selon laquelle les lois universelles de l’Eglise qui incluent les lois liturgiques engagent l’infaillibilité comme théologiquement certaine.

Deuxièmement, nous avons montré ensuite que cette thèse a, ou semble avoir, un support solide dans la Tradition.

Troisièmement, nous avons souligné que, malgré les témoignages de la Tradition qui ont été allégués, il y a de graves raisons aussi, aussi bien d’ordre doctrinales qu’historiques pour nous, de douter que les lois universelles impliquent toujours et nécessairement l’infaillibilité de l’Eglise.

Nous avons remarqué que ce doute a un support dans la Tradition car, dans de nombreux documents, on trouve des hésitations, des expressions restrictives, au sujet de la thèse de l’infaillibilité en matières disciplinaires et liturgiques.

C’est ce danger, voyez-vous, de toujours prendre certaines vérités qui ont besoin d’être expliquées, interprétées par les conditions dans lesquelles se réalisent les principes, et bien on nie ces conditions, on nie, je dirais, les conditions historiques de l’application de ces principes et on ne pense qu’aux principes eux-mêmes, et on en tire les conclusions sans se préoccuper des conditions historiques dans lesquelles on se trouve.

Mgr Lefebvre, 1984


Mgr Lefebvre : un enfant de cinq ans avec son catéchisme peut très bien répondre à son évêque

Source : La Porte Latine

On nous dit: « Vous jugez le pape ». Mais où est le critère de la vérité? Monseigneur Benelli m’a jeté à la figure: « Ce n’est pas vous qui faites la vérité ». Bien sûr, ce n’est pas moi qui fais la vérité, mais ce n’est pas le pape non plus. La Vérité, c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ et donc il faut nous reporter à ce que Notre Seigneur Jésus-Christ nous a enseigné, à ce que les Pères de l’Eglise et toute l’Eglise nous ont enseigné, pour savoir où est la vérité. Ce n’est pas moi qui juge le Saint-Père, c’est la Tradition. 

Un enfant de cinq ans avec son catéchisme peut très bien répondre à son évêque. Si son évêque venait à lui dire: « Notre-Seigneur n’est pas présent dans la Sainte Eucharistie. C’est moi qui suis le témoin de la vérité et je te dis que Notre-Seigneur n’est pas présent dans la Sainte Eucharistie ». Eh bien! cet enfant, malgré ses cinq ans a son catéchisme. Il répond: « Mais, mon catéchisme dit le contraire ». Qui a raison? L’évêque ou le catéchisme? Le catéchisme évidemment qui représente la foi de toujours, et c’est simple, c’est enfantin comme raisonnement.

Mais nous en sommes là. Si on nous dit aujourd’hui que l’on peut faire des inter-communions avec les protestants, qu’il n’y a plus de différence entre nous et les protestants, eh bien! ce n’est pas vrai. Il y a une différence immense. C’est pourquoi, nous sommes vraiment stupéfaits quand nous pensons que l’on a fait bénir par l’archevêque de Cantorbery – qui n’est pas prêtre, puisque les ordinations anglicanes ne sont pas valides, le pape Léon XIII l’a déclaré officiellement et définitivement, et qui est hérétique comme le sont tous les anglicans (je le regrette on n’aime plus ce nom-là, mais c’est quand même la réalité, ce n’est pas pour donner une insulte que je l’emploie, je ne demande que sa conversion ) – quand on pense donc qu’il est hérétique et qu’on lui demande de bénir avec le Saint-Père la foule des cardinaux et des évêques présents dans l’église de Saint-Paul ! C’est là une chose absolument inconcevable!

Mgr Lefebvre, extrait du sermon historique du 29 août 1976 à Lille


Mgr Lefebvre : la rupture des Autorités romaines avec l’Eglise Catholique ?

Déclaration de Mgr Lefebvre et de Mgr Antonio de Castro Mayer faisant suite à la visite de Jean-Paul II à la Synagogue et au congrès des religions à Assise.

Source : La Porte Latine

Rome nous a fait demander si nous avions l’intention de proclamer notre rupture avec le Vatican à l’occasion du Congrès d’Assise.

La question nous semblerait plutôt devoir être la suivante :

Croyez-vous et avez-vous l’intention de proclamer que le Congrès d’Assise consomme la rupture des Autorités romaines avec l’Eglise Catholique ?

Car c’est bien cela qui préoccupe ceux qui demeurent encore catholiques.

Il est bien évident en effet que depuis le Concile Vatican II, le Pape et les Episcopats s’éloignent toujours plus nettement de leurs prédécesseurs.

Tout ce qui a été mis en œuvre  pour défendre la foi par l’Eglise dans les siècles passés, et tout ce qui a été accompli pour la diffuser par les missionnaires, jusqu’au martyre inclusivement, est désormais considéré comme une faute dont l’Eglise devrait s’accuser et se faire pardonner.

L’attitude des onze Papes qui depuis 1789 jusqu’en 1958 ont, dans des documents officiels, condamné la Révolution libérale, est considérée comme « un manque d’intelligence du souffle chrétien qui a inspiré la Révolution ».

D’où le revirement complet de Rome depuis le Concile Vatican II, qui nous a fait redire les paroles de Notre-Seigneur à ceux qui venaient l’arrêter : Haec est hora vestra et potestas tenebrarum (c’est ici votre heure et la puissance des ténèbres) (Luc XXII 52-53).

Adoptant la religion libérale du protestantisme et de la Révolution, les principes naturalistes de J-J. Rousseau, les libertés athées de la Constitution des Droits de l’Homme, le principe de la dignité humaine n’ayant plus de rapport avec la vérité et la dignité morale, les Autorités romaines tournent le dos à leurs prédécesseurs et rompent avec l’Eglise Catholique, et elles se mettent au service des destructeurs de la Chrétienté et du Règne universel de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Les actes actuels de Jean-Paul II et des Episcopats nationaux illustrent d’année en année ce changement radical de conception de la foi, de l’Eglise, du sacerdoce, du monde, du salut par la grâce.

Le comble de cette rupture avec le magistère antérieur de l’Eglise s’est accompli à Assise, après la visite à la Synagogue. Le péché public contre l’unicité de Dieu, contre le Verbe Incarné et Son Eglise fait frémir d’horreur : Jean-Paul II encourageant les fausses religions à prier leurs faux dieux : scandale sans mesure et sans précédent.

Nous pourrions reprendre ici notre Déclaration du 21 novembre 1974, qui demeure plus actuelle que jamais.

Pour nous, demeurant indéfectiblement attachés à l’Eglise Catholique et Romaine de toujours, nous sommes obligés de constater que cette Religion moderniste et libérale de la Rome moderne et conciliaire s’éloigne toujours davantage de nous, qui professons la foi catholique des onze Papes qui ont condamné cette fausse religion.

La rupture ne vient donc pas de nous, mais de Paul VI et Jean-Paul Il, qui rompent avec leurs prédécesseurs.

Ce reniement de tout le passé de l’Eglise par ces deux Papes et les Evêques qui les imitent est une impiété inconcevable et une humiliation insoutenable pour ceux qui demeurent catholiques dans la fidélité à vingt siècles de profession de la même foi.

Nous considérons donc comme nul tout ce qui a été inspiré par cet esprit de reniement : toutes les Réformes post-conciliaires, et tous les actes de Rome qui sont accomplis dans cette impiété.

Nous comptons avec la grâce de Dieu et le suffrage de la Vierge fidèle, de tous les martyrs, de tous les Papes jusqu’au Concile, de tous les Saints et Saintes fondateurs et fondatrices des Ordres contemplatifs et missionnaires, pour nous venir en aide dans le renouveau de l’Eglise par la fidélité intégrale à la Tradition.

Buenos Aires, le 2 décembre 1986.

S. Exc. Mgr LEFEBVRE Arch.-Evêque émérite de Tulle

S. Exc. Mgr Antonio de CASTRO MAYER, Evêque émérite de Campos en parfait accord avec la présente Déclaration


Mgr Lefebvre : ne vous laissez pas circonvenir par les faux prophètes menteurs fils de perdition

L’Église accomplira-t-elle à temps sa véritable rénovation ? Le peut-elle encore ? Si l’Église était une société purement humaine, nous devrions répondre non, car la corruption des idées, des institutions, de la discipline est telle qu’aucun espoir de redressement n’apparaîtrait possible. Cependant, depuis que Dieu veille sur l’humanité afin que la foi ne disparaisse pas, les exemples ne se comptent plus d’une situation humainement désespérée devenant subitement l’occasion d’un extraordinaire renouveau : l’intervention la plus inattendue et la plus sublime que Dieu ait trouvée, dans sa sagesse et sa miséricorde infinie, est la promesse du Messie par Marie après que l’homme, par son péché, eut mérité la damnation.

Depuis cette promesse jusqu’à nos jours, l’histoire de la miséricorde de Dieu envers l’humanité, c’est l’histoire de l’Ancien et du Nouveau Testament, et donc toute l’Histoire de l’Église. Or l’Esprit souffle où il veut et se choisit, pour venir au secours de l’Église en détresse, des Pontifes et d’humbles fidèles, des princes et de jeunes pastourelles. Les noms sont sur toutes les lèvres de ceux qui connaissent tant soit peu la véritable histoire de l’Église.

Mais si l’Esprit Saint souffle où Il veut, son souffle a toujours la même origine, les mêmes moyens fondamentaux et la même fin. L’Esprit Saint ne peut faire autre chose que ce que Notre Seigneur a dit de lui : Il ne parle pas de son propre fonds, mais Il parle de ce qu’Il entend… Il me glorifiera, car Il recevra de moi et vous l’annoncera (Jn 16,13). Autrement dit l’Esprit Saint ne peut que faire écho à Notre Seigneur.

C’est pourquoi, sous des modalités extérieures diverses, ceux qu’il a choisis ont répété et fait les mêmes choses, se sont nourris aux mêmes sources pour rendre vitalité à l’Église. Saint Hilaire, saint Benoît, saint Augustin, sainte Élisabeth, saint Louis, sainte Jeanne d’Arc, saint François d’Assise, saint Ignace, le saint Curé d’Ars, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ont tous enseigné la même spiritualité dans ses principes fondamentaux, de pénitence, de prière, de dévotion totale à Notre Seigneur et à la Vierge Marie. D’obéissance sans limite à la Volonté de Dieu, de respect envers ceux qui l’interprètent, cette volonté, depuis les parents jusqu’aux autorités civiles légitimes et aux autorités religieuses. Tous eurent une grande estime des sacrements et spécialement de l’Eucharistie et du Saint Sacrifice de la Messe. Tous manifestèrent le détachement des biens de ce monde et le zèle pour le salut des pécheurs. Ils n’avaient rien de plus cher que la gloire de Dieu, de Notre Seigneur Jésus-Christ, que l’Honneur de son unique Église. L’Écriture Sainte leur était familière et ils vénéraient la Tradition de l’Église exprimée dans les Credo, les Conciles et les catéchismes où se trouve l’authentique doctrine léguée par les Apôtres. C’est dans ces sources qu’ils puisèrent une grâce, une communication particulière de l’Esprit Saint, qui fit d’eux des témoins extraordinaires de la foi et de la sainteté de l’Évangile.

Telles sont les constatations historiques de l’action de l’Esprit Saint qui nous permettent de croire que l’Église peut toujours se renouveler par la sanctification de ses membres. Dieu n’a jamais abandonné son Église. Il ne l’abandonnera pas aujourd’hui, mais les épreuves, les apparences de triomphe de l’Esprit mauvais, du Prince de ce monde, peuvent être un objet de scandale, c’est-à-dire de chute et d’abandon de la foi pour beaucoup. Ceux-là ont tort qui se laissent dérouter par les faux prophètes, qui prêchent que leur temps ne ressemble en rien aux temps qui précèdent et que l’Évangile d’hier ne peut plus être l’Évangile d’aujourd’hui. Le Christ est de tous les temps : Jesus Christus heri, hodie et in saecula, « Jésus-Christ hier, aujourd’hui et pour tous les siècles ». C’est saint Paul qui nous l’enseigne.

Hélas, il faut bien l’avouer, le concile Vatican II devait, aurait dû être le concile du renouveau par un retour aux sources, comme il est de règle dans l’Église. En effet, à mesure que l’Église militante chemine, il peut se faire que le message s’estompe, que les ennemis de l’Église réussissent à étouffer le bon grain, que la négligence des pasteurs atténue la foi, que les moeurs se corrompent, que la chrétienté prête une oreille bienveillante aux persiflages de ce monde pervers.

Alors, des renouveaux s’imposent, mais, à l’exemple de Notre Seigneur qui n’est que l’écho du Père, de l’Esprit Saint qui est l’écho du Fils, les apôtres n’ont cessé de répéter à leurs disciples : retenez ce qui vous a été dit, demeurez dans la doctrine qui vous a été enseignée, gardez le dépôt de la foi, ne vous laissez pas circonvenir par les faux prophètes menteurs fils de perdition, destinés au feu éternel avec tous ceux qui les suivent.

Mgr Lefebvre, Rivarol, 12 septembre 1968


Mgr Lefebvre : je le vois d’ici (le visiteur), minimiser (les difficultés) et magnifier (les propositions romaines)

Dans cette conférence donnée lors de la retraite des prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X du 4 septembre 1987, Mgr Lefebvre aborde la question du visiteur apostolique avec des pouvoirs élargis que voulait envoyer Rome, et il imagine très concrètement la façon de ce dernier de procéder.

Vision prophétique, heureusement non, puisqu’un telle initiative a été refusée catégoriquement par Mgr Lefebvre. Mais vision prophétique hélas, quand on ne peut qu’observer la hargne et la haine avec laquelle le visiteur apostolique Volpi détruit méticuleusement sous nos yeux les Franciscains de l’Immaculée pour avoir osé émettre des réserves sur certains points du Concile et pour avoir adopté le rite tridentin pour la messe conventuelle.

Extrait de la conférence :

Ce n’est pas possible, c’est clair. Au lieu de s’adresser à moi pour demander une signature au nom de toute la Fraternité, il va s’adresser maintenant aux candidats au sacerdoce, il va les éplucher, n’est-ce pas.

Et encore : « l’orthodoxie de l’enseignement dans les séminaires ». Donc, il va vérifier dans les séminaires, il va pouvoir interroger tous les séminaristes pour savoir ce que chaque séminariste pense ; et alors, à l’avance, déjà imposer des lignes, des limites, renvoyer, etc.

Ce n’est pas possible, nous ne sommes plus les maîtres.

Alors le cardinal Oddi me téléphone, il y a trois jours, et il me dit :

« Alors, j’espère que vous allez accepter les propositions du Saint-Siège ». J’ai dit : « Sûrement pas ! » ; j’ai dit : « Sûrement pas ; pas un cardinal, comme ça, qui va venir comme visiteur et qui aura tous les pouvoirs. Cela n’est pas possible, voyons, quand même. Pour qui nous prend-on ? Non, ce n’est pas possible. Nous voulons bien un visiteur, et surtout si c’est vous, Éminence, on vous recevra avec beaucoup de sympathie ». Il a rigolé, il a dit : « Oui, je ne pense pas que l’on vous enverra le cardinal Garrone ! »

« Surtout acceptez, acceptez ! Il faut accepter » !

Alors, lui, vous savez comment il est…, rondelet ! je crois qu’il est de Piacenza, ou quelque chose comme ça. Alors, c’est déjà un peu… ce n’est pas le midi de l’Italie, mais enfin, bon, c’est… ce n’est pas dans le nord. Alors, c’est lui qui me disait, n’est-ce pas : « Mais, Mgr, signez, signez ! puis vous ferez ce que vous voudrez après ». Avec un cardinal comme cela, qu’est-ce que vous voulez faire ?

Et puis je le (le visiteur) vois d’ici, je le vois au milieu de nous, et avec de petits groupes, il va aller se promener avec des séminaristes :

« Mais vous exagérez les difficultés. Mais voyons, le Concile : mais vous prenez ce que vous voulez, il ne faut pas comprendre le Concile à la lettre… mais ceci, mais cela… » Minimiser, minimiser, minimiser nos difficultés, n’est-ce pas, minimiser notre résistance. « Mais la liturgie, la liturgie… : puisqu’on vous accorde la messe de saint Pie V, vous pouvez quand même bien dire une fois de temps en temps la messe nouvelle. Elle n’est pas hérétique. Elle n’est pas schismatique. Il ne faut pas exagérer. » Minimiser, minimiser ; et puis, au contraire, magnifier ce que le Saint-Siège va nous donner : « Il faut s’entendre… Qu’est-ce que vous attendez ? Il ne faut pas être comme cela avec des catégories et un esprit difficile ».

Extrait de la conférence de Mgr Lefebvre lors de la retraite des prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X du 4 septembre 1987.

Source : La Porte Latine