Du magistère conciliaire à la mentalité contraceptive

Un lecteur prêtre me fait la remarque ci-dessous au sujet de ma première réponse à l’abbé Fabrice Loiseau.

Dans la réponse que vous faites à l’abbé Loiseau et que vous avez postée le 30 avril, vous écrivez :

Il est évident que si la fin primaire du mariage n’est pas la procréation, alors l’acte conjugal peut en exclure la finalité, ce qui est la porte ouverte à la mentalité contraceptive, mentalité largement rependue (sic) chez les catholiques et qui s’est amplifiée sous Jean-Paul II.

En disant cela, vous allez peut-être un peu vite en besogne.

Un premier fait aurait dû vous mettre en alerte. Même si le Concile a passé sous silence la hiérarchie des fins du mariage, le magistère post-conciliaire en matière morale a réaffirmé l’immoralité de la contraception (Paul VI, encyclique Humanae vitae de Paul VI, 25 juillet 1968) et de la fécondation artificielle (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Donum vitae, 22 février 1987 et Instruction Dignitas personae, 8 septembre 2008). Dans les deux cas, les textes se fondent sur l’inséparabilité des dimensions unitive et procréative du mariage et de l’acte conjugal.

Les rappels de Pie XII sur les fins du mariage se trouvent dans 4 documents : le discours à la Sainte Rote du 3 octobre 1941, la sentence de Mgr Wynen du 22 janvier 1944 (publiée dans les AAS, ce qui est exceptionnel), le décret du Saint Office du 1er avril 1944 sur les fins du mariage, le discours aux sages-femmes du 29 octobre 1951 (auquel vous renvoyez). De ces divers documents, il appert que trois erreurs sont flétries : considérer les fins secondes comme accidentelles, dissocier les fins, mettre sur un pied d’égalité les fins.

De ces erreurs, Vatican II n’est tombé que dans la troisième, dans la mesure où le Concile s’est refusé à assumer la hiérarchie des fins enseignée par le Code Droit canon de 1917 (can. 1013 § 1) et le pape Pie XII (cf. références ci-dessus). Par contre, Gaudium et spes rappelle l’inséparabilité des fins (n° 51 § 2), ce qui permettra au magistère de garder le cap en matière de contraception et de fécondation artificielle, malgré son silence sur la hiérarchie des fins du mariage.

La contraception étant rejetée par le magistère conciliaire, la mentalité contraceptive s’introduit dans la pensée et la pratique des catholiques par le biais des méthodes naturelles de régulation des naissances. En effet, les époux assument librement une mission qu’ils doivent accomplir, à moins que des éléments graves les en empêchent. En l’absence de tels motifs, le péché des époux ne s’oppose pas à la loi de l’acte conjugal mais à la loi de l’état conjugal (Pie XII, Discours aux sages-femmes, 29 octobre 1951 et Discours au 7e congrès international d’hématologie, 12 septembre 1958).

En omettant de rappeler l’ordre des fins du mariage, le magistère conciliaire et post-conciliaire expose les fidèles à tomber, sans même s’en rendre compte, dans une mentalité contraceptive dans l’usage des méthodes naturelles. Jean-Paul II lui-même avait fini par le constater, mais sa vision personnaliste l’empêchait de remettre le mariage dans son contexte objectif. Or sans contexte objectif, il n’est pas possible de distinguer les motifs sérieux des motifs futiles de recourir aux méthodes naturelles de régulation des naissances. Beaucoup se rassurent en se disant que l’acte conjugal n’est pas perverti par les méthodes naturelles (alors qu’il l’est par la contraception), mais il ne perçoivent plus que la mission propre des époux est frustrée dans son accomplissement normal.

L’expression “l’acte conjugal peut en exclure la finalité” est assez maladroite. Elle doit signifier que tout acte conjugal doit rester ouvert à la vie, même s’il est naturellement infécond.


abbé Patrick de la Rocque : les raisons théologiques des sacres

Source : La Porte Latine

Seuls de très graves raisons pouvaient légitimer un sacre épiscopal sans mandat apostolique. Il fallait que le bien de l’Eglise soit directement en jeu. Mgr Lefebvre constata non seulement une aggravation de la situation, mais surtout une pertinacité des autorités dans la voie de l’erreur à travers deux événements. Ce fut d’abord le revers de main avec lequel Rome rejeta les questions officielles que Mgr Lefebvre avait posées à Rome sur la liberté religieuse (publié depuis : Mes doutes sur la liberté religieuse, éditions Clovis). Puis ce fut le scandale de la réunion interreligieuse organisée à Assise. Devant cet “abandon de poste” par les autorités, Mgr Lefebvre se devait de réagir afin de pérenniser le bien de l’Eglise. Ce fut les sacres, à l’occasion desquels il voulut rappeler la gravité de la situation par une déclaration publique, reprise presque mot pour mot d’un texte écrit cinq ans plus tôt :

On lit au chapitre 20 de l’Exode que Dieu, après avoir défendu à son peuple d’adorer des dieux étrangers, ajouta ces paroles : « C’est moi qui suis le Seigneur ton Dieu, le Dieu fort et jaloux, visitant l’iniquité des pères dans les fils jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent », et au chapitre 34 on lit : « N’adore point de Dieu étranger ; un Dieu jaloux, c’est le nom du Seigneur. » Il est juste et salutaire que Dieu soit jaloux de ce qui Lui appartient en propre, jaloux de son être infini, éternel, tout puissant, jaloux de sa gloire, de sa Vérité, de sa Charité, jaloux d’être le seul Créateur et Rédempteur, et donc la fin de toutes choses, la seule voie du salut et du bonheur de tous les anges et de tous les hommes, jaloux d’être l’alpha et l’oméga.

L’Eglise catholique fondée par Lui et à laquelle Il a remis tous ses trésors de salut, est elle aussi jalouse des privilèges de son seul Maître et Seigneur et enseigne à tous les hommes qu’ils doivent se tourner vers Elle et être baptisés par Elle, s’ils veulent être sauvés et participer à la gloire de Dieu dans l’Eternité bienheureuse. L’Eglise est donc essentiellement missionnaire. Elle est essentiellement une, sainte, catholique, apostolique et romaine. Elle ne peut admettre qu’il y ait une autre religion vraie en dehors d’elle, elle ne peut admettre qu’on puisse trouver une voie de salut en dehors d’elle puisqu’elle s’identifie avec son Seigneur et Dieu qui a dit : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. » Elle a donc horreur de toute communion ou union avec les fausses religions, avec les hérésies et les erreurs qui éloignent les âmes de son Dieu, qui est l’unique et seul Dieu. Elle ne connaît que l’unité dans son sein, comme son Dieu. Pour cela elle donne le sang de ses martyrs, la vie de ses missionnaires, de ses prêtres, le sacrifice de ses religieux et religieuses, elle offre le sacrifice quotidien de propitiation.

Or avec Vatican Il souffle un esprit adultère dans l’Eglise, esprit qui admet par la Déclaration de la Liberté religieuse le principe de la liberté de la conscience religieuse pour les actes internes et externes, avec exemption de toute autorité. C’est le principe de la Déclaration des droits de l’homme, contre les droits de Dieu. Les autorités de l’Eglise, de l’Etat, de la famille participent à l’autorité de Dieu et ont donc le devoir de contribuer à la diffusion de la Vérité et à l’application du Décalogue, et de protéger leurs sujets contre l’erreur et l’immoralité.

Cette Déclaration a provoqué la laïcisation des Etats catholiques, ce qui est une insulte à Dieu et à l’Eglise, réduisant l’Eglise au droit commun avec les faus­ses religions. C’est bien l’esprit adultère tant de fois reproché au peuple d’Israël. Cet esprit adultère se manifeste aussi dans cet oecuménisme institué par le Secrétariat pour l’unité des chrétiens. Cet œcumé­nisme aberrant nous a valu toutes les réformes liturgiques, bibliques, canoniques, avec la collégialité destructive des autorités personnelles du Souverain Pontificat, de l’Episcopat, et du Curé.

Cet esprit n’est pas catholique. Il est le fruit du modernisme condamné par saint Pie X. Il ravage toutes les insti­tutions de l’Eglise et spécialement les séminaires et le clergé, de telle sorte qu’on peut se demander qui est encore intégralement catholique parmi les clercs soumis à l’esprit adultère du Concile !

Rien n’est donc aussi urgent dans l’Eglise que de former un clergé qui répudie cet esprit adultère et moderniste et sauve la gloire de l’Eglise et de son divin Fondateur en gardant lafoi intégrale et les moyens établis par Notre Seigneur et par la Tradition de l’Eglise pour garder cette foi et trans­m­ettre la vie de la grâce et les fruits de la Rédemption.

Depuis bientôt vingt ans nous nous efforçons avec patience et fermeté de faire comprendre aux autorité romaines cette nécessité du retour à la saine doctrine et à la Tradition pour le renouveau de l’Eglise, le salut des âmes et la gloire de Dieu. Mais on demeure sourd à nos supplications, bien plus on nous demande de reconnaître le bien-fondé de tout le Concile et des réformes qui ruinent l’Eglise. On ne veut pas tenir compte de l’expérience que nous faisons, avec la grâce de Dieu, le maintien de la Tradition qui produit de vrais fruits de sainteté et attire de nombreuses vocations.

Pour sauvegarder le sacerdoce catholi­que, qui continue l’Eglise catholique et non une Eglise adultère, il faut des évêques catholiques. Nous nous voyons donc contraints, à cause de  l’invasion de l’esprit moderniste dans le clergé actuel, et jusqu’aux plus hauts sommets à l’intérieur de l’Eglise, d’en arriver à consacrer des évêques, le fait de cette consécration étant admis par le Pape dans la lettre du 30 mai du Cardinal Ratzinger. Ces consécrations épiscopales seront non seulement valides, mais encore, vu les circonstances historiques, licites : il est parfois nécessaire d’abandonner la légalité pour demeurer dans le droit.

Le Pape ne peut que désirer la continuation du sacerdoce catholique. Ce n’est donc nullement dans un esprit de rupture ou de schisme que nous accomplissons ces consécrations épiscopales, mais pour venir au secours de l’Eglise, qui se trouve sans doute dans la situation la plus douloureuse de son histoire. Si nous nous étions trouvés au temps de saint François d’Assise le Pape se fut trouvé d’accord nous. La Franc-Maçonnerie n’occupait pas le Vatican en ses heureux temps. Nous affirmons donc notre attachement et notre soumission au saint Siège et au Pape. En accomplissant cet acte nous avons  conscience de continuer notre service de l’Eglise et de la Papauté comme nous nous sommes efforcé de le faire depuis le premier jour de notre sacerdoce. Le jour où le Vatican sera délivré de cette occupation moderniste et retrouvera le chemin suivi par l’Eglise jusqu’à Vatican II nos évêques seront entièrement dans les mains du Souverain Pontife, y compris l’éventualité de ne plus exercer leurs fonctions épiscopales.

abbé Patrick de la Rocque


abbé Patrick de la Rocque : l’obéissance peut-elle obliger à désobéir ?

Source : La Porte Latine

« Vous désobéissez au Pape ! » L’argument, maintes fois répétées, n’a jamais eu tant d’actualité qu’à l’occasion des sacres. En effet, Mgr Lefebvre procéda à ses sacres malgré l’interdiction romaine, solennellement exprimée à travers un “monitum” quinze jours avant la cérémonie. Cette désobéissance rendait-elle immoral l’acte de Mgr Lefebvre ? Non. En un texte daté du 23 mars 1988, il avait rappelé l’enseignement classique des moralistes selon lequel la vraie obéissance peut parfois obliger de désobéir.

L’obéissance suppose une autorité qui donne un ordre ou édicte une loi. Les autorités humaines, même instituées par Dieu, n’ont d’autorité que pour atteindre le but assigné par Dieu et non pas pour s’en détourner. Lorsqu’une autorité use de son pouvoir à l’encontre de la loi pour laquelle ce pouvoir lui est donné, elle n’a pas droit à l’obéissance et on doit lui désobéir.

On accepte cette nécessité de la désobéissance vis-à-vis du père de fa­mille qui encourage sa fille à se prostituer, vis-à-vis de l’autorité civile qui oblige les médecins à provoquer des avortements et à tuer des inno­cents, mais on accepte à tout prix l’autorité du Pape qui serait infaillible dans son gouvernement et dans toutes ses paroles. C’est bien méconnaître l’histoire et ignorer ce qu’est l’infaillibilité.

Déjà Saint Paul a dit à Saint Pierre qu’il ne « marchait pas selon la vérité de l’Evangile » (Ga 2, 14). Saint Paul encourage les fidèles à ne pas lui obéir s’il lui arrivait de prêcher un autre évangile que celui qu’il a enseigné précédemment (Ga 1, 8).

Saint Thomas, quand il parle de la correction fraternelle, fait allusion à la résistance de Saint Paul vis-à-vis de Saint Pierre et commente ainsi : « Résister en face et en public dépasse la mesure de la correction fraternelle. Saint Paul ne l’aurait pas fait envers Saint Pierre s’il n’avait pas été son égal en quelque manière… Il faut cependant savoir que s’il s’agissait d’un danger pour la foi, les Supérieurs devraient être repris par leurs inférieurs, même publiquement. » Cela ressort de la manière et de la raison d’agir de Saint Paul à l’égard de Saint Pierre, dont il était le sujet, de telle sorte, dit la glose de Saint Augustin, « que le Chef même de l’Eglise a montré aux Supérieurs que s’il leur arrivait par hasard de quitter le droit chemin, ils acceptassent d’être corrigés par leurs inférieurs. » (Cf. S. Thomas, IIa, IIæ q. 33, art. 4, ad 2.)

Le cas qu’évoque Saint Thomas d’Aquin n’est pas chimérique puisqu’il a eu lieu vis-à-vis de Jean XXII, de son vivant. Celui-ci crut pouvoir affirmer comme une opinion personnelle que les âmes des élus ne jouissaient pas de la vision béatifique qu’après le jugement dernier. Il écrit cette opinion en 1331 et en 1332 il prêcha une opinion semblable au sujet de la peine des damnés. Il entendait proposer cette opinion par un décret solennel. Mais la réaction très vive de la part des Dominicains, surtout ceux de Paris, et des Franciscains le firent renoncer à cette opinion en faveur de l’opinion traditionnelle définie par son successeur Benoît XII en 1336.

Voici encore ce que dit le pape Léon XIII dans son Encyclique Libertas praestantissimum du 20 juin 1888 : « Supposons donc une prescription d’un pouvoir quelconque qui serait en désaccord avec les principes de la droite raison et avec les intérêts du bien public (à plus forte raison avec les principes de la foi), elle n’aurait aucune force de loi… » et un peu plus loin : « Dès que le droit de commander fait défaut ou que le commandement est contraire à la raison, à la loi éternelle, alors il est légitime de  désobéir, nous voulons dire aux hommes, afin d’obéir à Dieu. »

Or notre désobéissance est motivée par la nécessité de garder la foi catholique. Les ordres qui nous sont donnés expriment clairement qu’ils nous le sont pour nous obliger à nous soumettre sans réserve au Concile Vatican II, aux réformes post-conciliaires et aux prescriptions du Saint-Siège, c’est-à-dire à des orientations et des actes qui minent notre foi et détruisent l’Eglise, ce à quoi il est impossible de nous résoudre. Collaborer à la destruction de l’Eglise, c’est trahir l’Eglise et Notre Seigneur Jésus-Christ.

Or tous les théologiens dignes de ce nom enseignent que si le Pape par ses actes détruit l’Eglise, nous ne pouvons pas lui obéir (Vitoria : Obras pp. 186-187 – Suarez : de fide, disp. X, sec. VI, n° 16 – St Robert Bellarmin : De Rom. Pont., livre 2, c. 29 – Cornelius a Lapide : ad Gal. 2, 11, etc.) et il doit être repris respectueusement mais publiquement.

Les principes de l’obéissance à l’autorité du Pape sont ceux qui com­mandent les relations entre une autorité déléguée et ses sujets. Ils ne s’appliquent pas à l’autorité divine qui est toujours infaillible et indéfectible et donc ne suppose aucune défaillance.

Dans la mesure où Dieu a communiqué son infaillibilité au Pape et dans la mesure où le Pape entend user de cette infaillibilité, qui comporte des conditions bien précises pour son exercice, il ne peut y avoir de défaillance. En dehors de ces cas précis, l’autorité du Pape est faillible et ainsi les critères qui obligent à l’obéissan-ce s’appliquent à ses actes. Il n’est donc pas inconcevable qu’il y ait un devoir de désobéissance vis-à-vis du Pape.

L’autorité qui lui a été conférée l’a été pour des fins précises et en définitive pour la gloire de la Trinité, de Notre Seigneur Jésus-Christ et le salut des âmes. Tout ce qui serait accompli par le Pape en opposition avec cette fin n’aurait aucune valeur légale et aucun droit à l’obéissance, bien plus obligerait à la désobéissance pour demeurer dans l’obéissance à Dieu et à la fidélité à l’Eglise.

C’est le cas de tout ce que les derniers Papes ont commandé au nom de la liberté religieuse et de l’œcuménisme depuis le Concile : toutes les réformes faites en ce nom sont dénuées de tout droit et de toute obligation. Les Papes ont alors utilisé leur autorité contrairement à la fin pour laquelle cette autorité leur a été donnée. Ils ont droit à notre désobéissance.

La Fraternité et son histoire manifeste publiquement cette nécessité de la désobéissance pour demeurer fidèles à Dieu et à l’Eglise. Les années 1974 à 1976 laissent le souvenir de cette joute incroyable entre Ecône et le Vatican, entre le Pape et moi-même. Le résultat fut la condamnation, la suspens a divinis nulle de plein droit, le Pape abusant tyranniquement de son autorité pour défendre ses lois contraires au bien de l’Eglise et au bien des âmes.

Ces évènements sont une application historique des principes concernant le devoir de désobéissance […]

Abbé Patrick de La Rocque


Mgr Lefebvre : demeurer attachés au gouvernement ou attachés à la foi ?

Mais l’Eglise a les promesses de la pérennité et par conséquent elle ne peut pas disparaître. Alors, nous avons été appelés par Dieu pour maintenir la foi catholique et pour combattre ce combat extraordinaire. Prions Dieu, bien chers confrères, mes bien chers amis, prions Dieu d’être vraiment dignes d’être appelés par Lui pour cette croisade extraordinaire. Et promettons-Lui notre fidélité inconditionnelle, fidélité à la foi.

Bien sûr le gouvernement de l’Eglise a été fondé également pour la défense de la foi et que – normalement – nous devrions être fidèles au gouvernement de l’Eglise pour aider ce gouvernement de l’Eglise à propager la foi et à continuer la foi catholique.

Mais ce gouvernement faillit à son devoir si ce gouvernement abandonne sa fonction et se retourne contre la foi, qu’est-ce que nous devons faire ? Demeurer attachés au gouvernement ou attachés à la foi ? Nous avons le choix.

Est-ce la foi qui prime ? Ou est-ce le gouvernement qui prime? Nous sommes devant un dilemme et nous sommes bien obligés de faire un choix.

Or, le gouvernement a été fait pour la foi et non pas la foi pour le gouvernement; parce que la foi c’est Jésus-Christ ; c’est Jésus-Christ Lui-même. Alors nous devons être attachés à Jésus-Christ avant d’être attachés au gouvernement même de l’Eglise fondée par Jésus-Christ sans doute, mais pas fondée pour être son ennemi ! Pas pour Le détruire ; pas pour entraîner les âmes vers les idoles, vers les faux-dieux, vers les démons.

Mgr Marcel Lefebvre, extrait de l’homélie du Jeudi Saint le 27 mars 1986


Louis Veuillot : le catholique libéral n’est ni catholique ni libéral

Le Libéral avait repris haleine. Dès qu’il eut repris haleine, il reprit son discours, et l’on vit bien que ce qu’il venait d’entendre n’avait fait aucune impression sur lui, si même il l’avait entendu. Il ajouta force paroles à celles qu’il avait déjà dites en grande abondance; rien de nouveau. Ce fut un mélange plus épais d’arguments historiques contre l’histoire, d’arguments bibliques contre la Bible, d’arguments patristiques contre l’histoire, contre la Bible, contre les Pères et contre le sens commun. Il témoigna le même dédain, je devrais dire la même aversion pour les bulles des Souverains Pontifes, se perdit dans les mêmes emphases et les mêmes vaticinations. Il allégua encore le monde nouveau, l’humanité émancipée, l’Eglise endormie et prête à se réveiller pour rajeunir ses symboles. Le passé mort, l’avenir radieux., la liberté, l’amour, la démocratie, l’humanité, étaient mêlés là-dedans comme les faux brillants que les dames répandent aujourd’hui sur leurs fausses chevelures. Tout cela ne parut pas plus clair ni plus vrai que la première fois. Il s’en aperçut, nous dit que nous nous séparions du monde et de l’Église vivante qui sauraient bien aussi se séparer de nous, nous maudit presque, et enfin nous laissa consternés de sa folie.

Chacun en exprima du chagrin et produisit quelques raisons contre tant d’extravagances. Pour moi, j’eus assurément regret, comme les autres, de voir un si galant homme empêtré dans une si grande erreur. Mais puisque enfin il y était, je ne fus pas fâché d’en avoir eu le spectacle et la leçon.

Jusqu’alors je n’avais vu le catholique libéral que mêlé d’ancien catholique intégral, c’est-à-dire intolérant. Je n’avais entendu que la thèse officielle, laquelle n’est jamais entière, et prend toujours une physionomie personnelle que le parti peut désavouer. Cet enthousiaste venait de me donner la gnose en même temps que la thèse extérieure. Je possédais désormais le catholique libéral à fond; je savais par cœur ses sophismes, ses illusions, ses entêtements, sa tactique. Hélas! Et rien de tout cela ne m’était nouveau. Le catholique libéral n’est ni catholique ni libéral. Je veux dire par là, sans douter encore de sa sincérité, qu’il n’a pas plus la notion vraie de la liberté que la notion vraie de l’Église. Catholique libéral tant qu’il voudra ! Il porte un caractère plus connu, et tous ses traits font également reconnaître un personnage trop ancien et trop fréquent dans l’histoire de l’Église : SECTAIRE, voilà son vrai nom.

Louis Veuillot, extrait de l’Illusion libérale


Sur l’autorisation des « remariages » par l’Eglise des premiers siècles

Dans la suite de l’article concernant l’appréciation du cardinal Ouellet sur les divorcés remariés, il est primordiale, au delà de l’aspect doctrinal de la question, de répondre à l’objection historique énoncée par le cardinal Kasper selon laquelle l’impossibilité d’accéder aux sacrements serait une disposition purement disciplinaire apparut au cours des siècles. Certains même osent prétendre que les « remariages » étaient autorisés dans l’Eglise des premiers siècles.

L’extrait de l’article de correspondanceeuropeenne.eu répond très précisément à ces mensonges et à cette falsification de l’histoire appuyée jusqu’au sommet de l’Eglise afin de pouvoir justifier d’un changement de doctrine concernant les mœurs.

Source : correspondanceeuropeenne.eu

L’Eglise des origines, selon le cardinal Kasper, «nous donne une indication qui peut servir d’issue» à ce qu’il définit comme “le dilemne”. Le cardinal affirme que dans les premiers siècles il existait la pratique par laquelle quelques chrétiens, bien que le partenaire soit encore en vie, après un temps de pénitence, vivaient une seconde union. « Ce droit coutumier est expressément signalé par Origène, qui ne le juge pas déraisonnable. De même Basile le Grand et Grégoire de Nazianze – deux pères de l’Église encore unie – y font référence. Toutefois Augustin lui-même en parle, dans un passage : il ne semble donc pas avoir exclu dès le départ toute solution pastorale. Ces pères voulaient pour des raisons pastorales, afin d’éviter le pire, tolérer ce qu’en soit est impossible d’accepter ».

Il est regrettable que le cardinal ne donne pas ses références patristiques, parce que la réalité historique est toute autre que celle qu’il décrit. Le père George H. Joyce, dans son étude historico-doctrinale sur le Mariage Chrétien (1948) a montré que durant les cinq premiers siècles de l’ère chrétienne on ne peut trouver aucun décret d’un Concile ni aucune déclaration d’un Père de l’Eglise qui soutienne la possibilité de dissolution du lien matrimonial.

Quand, au deuxième siècle, Giustinien, Atenagoras, Théophile d’Antioche, font allusion à l’interdiction évangélique du divorce, ils ne donnent aucune indication d’exception. Clément d’Alexandrie et Tertullien sont encore plus explicites. Et Origène, tout en cherchant quelque justification à la pratique adoptée par certains évêques, précise que celle-ci contredit l’Ecriture et la Tradition de l’Eglise (Comment. In Matt., XIV, c. 23, in Patrologie Grecque, vol. 13, col. 1245).

Deux des premiers conciles de l’Eglise, le concile d’Elvire (306) et celui d’Arles (314), le rappellent clairement. Dans toutes les parties du monde l’Eglise retenait la dissolution de l’union comme impossible et le divorce avec droit à de secondes noces était totalement inconnu. Celui, parmi les  Pères, qui traita plus largement la question de l’indissolubilité fut Saint Augustin, dans nombre de ses oeuvres, depuis le De diversis Quaestionibus (390) jusqu’au De Coniugijs adulterinis (419). Il récuse qui se plaint de la sévérité de l’Eglise en matière matrimoniale et il est toujours inébranlablement ferme sur la dissolution du mariage, en montrant que celui-ci, una fois contracté, ne peut plus se rompre pour quelque raison ou circonstance. C’est à lui qu’on doit la célèbre distinction entre les trois biens du mariage : proles, fides et sacramentum.

Est de même erronée la thèse d’une double position, latine et orientale, face au divorce, dans les premiers siècles de l’Eglise. Ce fut seulement après Justinien que l’Eglise d’Orient commença à céder au césaropapisme en s’adaptant aux lois byzantines qui toléraient le divorces, tandis que l’Eglise de Rome affirmait la vérité et l’indépendance de sa doctrine face au pouvoir civil. Quant à Basile, nous invitons le cardinal Kasper à lire ses lettres et à y trouver un passage qui autorise explicitement le second mariage.

Sa pensée est résumée dans ce qu’il écrit dans l’Ethique : «Il n’est pas permis à un homme de répudier sa femme et d’en épouser une autre. Il n’est pas permis à un homme d’épouser une femme qui ait divorcé de son mari» (Ethica, Regula 73, c. 2, in Patrologie Grecque, vol. 31, col. 852). On dit de même de l’autre auteur cité par le cardinal, San Grégoire de Naziance, qui écrit clairement : «le divorce est absolument contraire à nos lois, bien que les lois des Romains en jugent autrement» (Lettre 144, in Patrologie Grecque, vol 37, col.248).

La “pratique de pénitence canonique” que le cardinal Kasper propose comme issue au “dilemne”, avait dans les premiers siècles une signification exactement opposée à celle qu’il semble vouloir lui atttribuer. Elle n’était pas accomplie pour expier le premier mariage, mais pour réparer le péché du second, et elle exigeait bien sûr le regret de ce péché. Le onzième concile de Carthage (407), par exemple, publia un  canon ainsi conçu : «Nous décrétons que, selon la discipline évangélique et apostolique, la loi ne permet ni à un homme divorcé de sa femme ni à une femme répudiée par son mari de passer à d’autres noces; mais que ces personnes doivent rester seules, ou bien se réconcilient entre elles et que si elles violent cette loi, elles doivent faire pénitence» (Hefele-Leclercq, Histoire des Conciles, vol. II (I), p. 158).


Voilà ce que le libéralisme voudrait, que l’Église elle-même lui rendît le service de désarmer ses plus illustres champions

Il n’est pas besoin d’autorisation de qui que ce soit pour rappeler la doctrine traditionnelle de l’Eglise et la Foi : c’est le devoir de tout baptisé, simplement. Et quand un certains cléricalisme voudrait faire taire des laïcs au prétexte qu’ils ne sont pas théologiens, et cela pour des prétextes inavouables, il convient de leur rappeler que s’ils sont censés – d’une façon générale et non systématique – avoir plus d’expertise dans les matières théologiques, ils n’en n’ont certainement pas l’exclusivité.

Don Félix Sarda y Salvany dans son remarquable livre « le libéralisme est un péché » répond remarquablement à ces détracteurs qui en réalité, pour la plupart, sont dérangés dans leur libéralisme de confort et leur orgueil. Ce livre avait été préfacé par Mgr Lefebvre le 23 novembre 1975 et hautement recommandé par le Saint Office.

Extrait du livre :

Vous avez parlé d’individus et d’écrits libéraux, et vous nous avez recommandé avec insistance de les fuir comme la peste, eux et leurs plus lointaines influences. Or, qui osera de sa propre autorité et sans recourir préalablement à une sentence décisive de l’Église enseignante, qualifier de libéral tel individu ou tel livre ?

C’est là un scrupule, ou mieux une niaiserie, mise en grande vogue depuis quelques années, par les libéraux et les entachés de libéralisme. Théorie nouvelle dans l’Église de Dieu, et que nous avons vue soutenir à notre très grande surprise, par ceux que nous ne nous serions jamais imaginé capables de tomber dans une pareille aberration ! Théorie, du reste, commode entre toutes pour le diable et ses séides ; aussi, lorsqu’un bon catholique les attaque et les démasque, on les voit immédiatement recourir à elle et se réfugier derrière ses tranchées, demandant d’un air magistral et plein d’autorité : « Et qui êtes-vous donc pour nous qualifier moi et mon journal de libéraux ? Qui vous a fait maîtres en Israël pour déclarer qui est bon catholique et qui ne l’est pas ? Est ce à vous qu’il faut demander une patente de catholicisme ? » Cette dernière phrase surtout a fait fortune, comme on dit, et il n’y a pas de catholique entaché de libéralisme qui ne s’en serve comme d’une dernière ressource, dans les cas graves et embarrassants. Voyons donc ce qu’il faut penser sur ce sujet, et si la théologie des catholiques libéraux est une théologie saine en ce qui touche à ce point.

Posons d’abord la question avec toute la clarté et la netteté nécessaire.

Pour accuser de libéralisme une personne ou un écrit, faut-il toujours attendre que l’Église enseignante ait porté un jugement spécial sur cette personne ou sur cet écrit ?

Nous répondons carrément : Non. Si ce paradoxe libéral était une vérité, il fournirait indubitablement le moyen le plus efficace d’annuler, dans la pratique toutes les condamnations de l’Église, relatives aux écrits comme aux personnes.

L’Église seule possède le suprême magistère doctrinal en droit et en fait, de jure et de facto ; sa souveraine autorité se personnifie dans le Pape, et elle est l’unique qui puisse, définitivement et sans appel, qualifier abstractivement les doctrines et déclarer qu’elles sont concrètement contenues dans tel ou tel livre, ou professées par telle ou telle personne. Ce n’est point là une infaillibilité par fiction légale, comme celle que l’on attribue aux tribunaux suprêmes de la terre mais bien une infaillibilité réelle et effective, parce qu’elle émane de la continuelle assistance du Saint-Esprit, et qu’elle est garantie par la promesse solennelle du Sauveur. Cette infaillibilité s’exerce sur le dogme et sur le fait dogmatique, et par suite elle a toute l’extension nécessaire pour résoudre parfaitement en dernier ressort n’importe quelle question. Tout ceci se rapport à la sentence dernière et décisive, à la sentence solennelle, irréformable et sans appel, à la sentence en dernier ressort comme nous l’avons appelée. Mais, cette sentence, destinée à guider et à éclairer les fidèles, n’exclut pas d’autres jugements, moins autorisés mais cependant très respectables, que l’on ne peut pas mépriser et qui peuvent même obliger en conscience le vrai chrétien. Ce sont les suivants et nous supplions le lecteur de bien remarquer leur gradation.

1°- Jugements des évêques dans leurs diocèses

Chaque évêque est juge dans son diocèse, pour l’examen des doctrines, leur qualification et la dénonciation, des livres qui les contiennent ou ne les contiennent pas. Sa sentence n’est pas infaillible, mais elle est éminemment digne de respect et obligatoire en conscience, quand elle n’est pas en contradiction évidente avec une doctrine préalablement définie, ou bien encore quand elle n’est pas désapprouvée par une sentence émanant d’une autorité supérieure.

2°-Jugements des curés dans leurs paroisses

Ce magistère est subordonné au précédent, tout en jouissant dans sa sphère plus étroite, d’attributions analogues. Le curé est pasteur, il peut et doit, en cette qualité, distinguer les bons pâturages des mauvais.

Sa déclaration n’est pas infaillible, mais elle mérite d’être respectée aux conditions énoncées dans le paragraphe antérieur.

3°- Jugements des directeurs de conscience

S’aidant de leurs lumières et de leur science, les confesseurs peuvent et doivent dire à ceux qu’ils dirigent leur pensée sur telle doctrine ou tel livre à propos desquels on les consulte ; apprécier, selon les règles de la morale et de la philosophie, le danger de telle lecture ou de telle compagnie pour leurs pénitents. Ils peuvent même avec une véritable autorité leur intimer l’ordre d’y renoncer. Le confesseur a donc, lui aussi, un certain droit de juger les doctrines et les personnes.

4°- Jugements des simples théologiens consultés par le fidèle laïque

Peritis in arte credendum, dit la philosophie : « Il faut s’en rapporter à chacun pour ce qui relève de sa profession ou de sa carrière ». On ne lui attribue pas une véritable infaillibilité, mais une compétence pour résoudre les questions qui s’y rattachent. Or, l’Église concède aux théologiens gradés un certain droit officiel d’expliquer aux fidèles la science sacrée et ses applications. En vertu de ce droit, ils écrivent sur la théologie, qualifient et jugent d’après leur savoir réel et leur loyale manière de voir. Il est donc sûr qu’ils possèdent une certaine autorité scientifique pour juger en matière de doctrine, et pour déclarer quel livre la renferme et quelle personne la professe. C’est ainsi que de simples théologiens exercent par mandement de l’évêque la censure des ouvrages imprimés et qu’ils se portent garants de leur orthodoxie en y apposant leur signature.

Ils ne sont pas infaillibles, mais leurs avis servent aux fidèles de première règle dans les cas ordinaires et journaliers, et leurs décisions sont valables tant qu’une autorité supérieure ne les annule pas.

5°- jugements de la simple raison humaine dûment éclairée.

Oui, lecteur, cette raison elle-même est un lieu théologique pour parler comme les théologiens, c’est un critère scientifique en matière de religion. La foi domine la raison, cette dernière doit lui être subordonnée en tout ; mais, il est faux de prétendre que la raison ne peut rien par elle seule, faux de prétendre que la lumière inférieure, allumée par Dieu dans l’entendement humain, n’éclaire rien, quoiqu’elle n’éclaire pas autant que la lumière supérieure. Il est donc permis et même commandé au fidèle de raisonner sa foi, d’en tirer des conséquences, d’en faire des applications, d’en déduire des parallèles et des analogies. Le simple fidèle peut ainsi se méfier, à première vue, d’une doctrine nouvelle qui lui est présentée, dans la mesure où il la voit en désaccord avec une autre doctrine définie. Il peut, si ce désaccord est évident, la combattre comme mauvaise et appeler mauvais le livre qui la soutient. Ce qu’il ne peut, c’est la définir ex cathedra, mais il lui est parfaitement licite de la tenir par devers lui comme perverse, de la signaler comme telle aux autres pour leur gouverne, de jeter le cri d’alarme et de tirer les premiers coups. Le fidèle laïque peut faire tout cela, il l’a fait dans tous les temps aux applaudissements de l’Église. Ce n’est point là se faire le pasteur du troupeau, ni même son humble valet ; c’est simplement lui servir de chien de garde et l’aviser en aboyant, oportet allatrare canes. « Il faut que les chiens aboient », rappelle à ce propos avec beaucoup d’opportunité un grand évêque espagnol, digne des meilleurs siècles de notre histoire.

Est-ce que par hasard les prélats les plus zélés ne l’entendraient pas ainsi, eux qui en mille occasions exhortent leurs fidèles à s’abstenir de la lecture des mauvais journaux et des mauvais livres, sans les faire autrement connaître ? Ils montrent ainsi la conviction dans laquelle ils sont que le critère naturel, éclairé par la foi, suffit au fidèle pour les reconnaître par l’application des doctrines déjà connues sur la matière.

L’Index lui-même contient-il par hasard le titre de tous les livres défendus ? En tête de ce recueil, sous la rubrique de : Règles générales de l’Index, ne trouve-t-on pas certains principes auxquels un bon catholique doit s’en rapporter pour juger beaucoup d’imprimés dont l’index ne fait pas mention, mais que les règles données permettent à chaque lecteur de juger par lui-même ?

Arrivons maintenant à une considération plus générale. A quoi servirait la règle de la foi et des mœurs, si dans chaque cas particulier le simple fidèle ne pouvait en faire lui-même l’immédiate application, s’il était continuellement obligé de consulter le pape ou le pasteur diocésain ? De même que la règle générale des mœurs est la loi, et que néanmoins chacun porte au-dedans de soi une conscience, dictamen practicum, en vertu de laquelle il fait les application spéciales de cette règle générale, sous réserve de correction, s’il vient à se tromper, de même la règle générale de la foi, qui est l’autorité infaillible de l’Église, consent et doit consentir à ce que chacun avec son jugement particulier en fasse les applications concrètes, sans préjudice de la correction et de la rétractation qu’il encourt si, ce faisant, il se trompe. Ce serait rendre vaine absurde et impossible la règle supérieure de la foi que d’exiger son application spéciale et immédiate par l’autorité première, à chaque cas, à chaque heure, à chaque minute.

Il y a là un certain jansénisme brutal et satanique, semblable à celui des disciples du malheureux évêque d’Ipres, quand ils exigeaient pour la réception des sacrements des dispositions telles qu’ils les rendaient absolument impossibles pour les hommes au profit desquels ils sont destinés.

Le rigorisme légal (ordenancista) qu’on invoque ici est aussi absurde que le rigorisme ascétique prêché à Port-Royal ; il donnerait des résultats encore pires et plus désastreux. Si vous en doutez, observez ce qui se passe. Les plus rigoristes sur ce point sont les plus endurcis sectaires de l’école libérale. Comment s’explique cette apparente contradiction ? Elle s’explique très simplement, si on veut bien se rappeler que rien ne conviendrait mieux au libéralisme, que cette muselière légale imposée aux lèvres et à la plume de ses adversaires les plus résolus. Ce serait, à la vérité, un grand triomphe pour lui d’obtenir, sous prétexte que personne autre que le Pape et les évêques ne peut parler avec autorité dans l’Église, le silence d’hommes tels que les de Maistre, les Valdegamas, les Veuillot, les Villoslada, les Aparisi, les Tejado, les Orti y Lara, les Nocedal et tant d’autres, dont, par la miséricorde divine, il y a toujours eu et il y aura jusqu’à la fin de glorieux exemples dans la société chrétienne. Voilà ce que le libéralisme voudrait, et, de plus, que l’Église elle-même lui rendît le service de désarmer ses plus illustres champions.

Don Félix Sarda y Salvany


Le lien canonique : cause ou conséquence ?

« Refuser de chercher à rétablir le lien canonique avec l’Église, dans l’état où elle est aujourd’hui, telle qu’elle vit et souffre aujourd’hui, quel que soit le prétexte invoqué, c’est tout simplement refuser l’Église, ce qui n’est pas catholique. »

Voilà ni plus ni moins ce qui est affirmé dans l’un des bulletin de l’une des chapelles de la tradition. Deux réponses peuvent être apportées :

1 –  L’exemple de Mgr Lefebvre

– jusqu’en 1988, jusqu’aux sacres, Mgr Lefebvre a cherché un accord pratique, une régularisation canonique. Pour autant, il a agit d’une telle façon qu’il a perdu la régularité canonique en adoptant une attitude de refus des réformes qui menait inexorablement à cette rupture.

– après 1988, Mgr Lefebvre n’a plus voulu rechercher un accord pratique, il en a même, à partir de cette date, refusé le principe, principe qui fut tenu par la FSSPX jusqu’en 2012 comme étant « une voie de mort ». Est-ce à dire que Mgr Fellay a refusé l’Eglise quand il disait que l’impossibilité d’accepter un accord pratique relevait d’une cause de nature ? Cela veut-il dire qu’à partir de 1988 Mgr Lefebvre a refusé l’Eglise, tout comme l’ensemble de la FSSPX de 1988 à 2012 ?

Si l’auteur de ces lignes pense une telle chose, se maintenir dans la FSSPX constitue pour lui une acceptation du schisme latent qu’il dénonce, étant donné que les instituts Ecclesia Dei Adflicta répondent parfaitement à ses objections.

2 – Une inversion des principes

Le lien canonique n’est pas une fin en soi, encore moins en temps de crise. Ce lien vient sanctionner le partage d’une même Foi. Toute la difficulté de la crise actuelle, crise sans commune mesure avec toutes les précédentes, vient du fait que c’est le pape qui déverse dans l’Eglise des doctrines erronées, et que de fait, ces papes, loin de confirmer leurs frères dans la Foi, les en détournent.

Devant un tel mystère, il convient d’établir la hiérarchie des choses, car dans le cas présent, il y a incompatibilité entre le fait de conserver la Foi exprimée à travers le Magistère constant de l’Eglise et un éventuel lien canonique qui ne sous sera accordé que si précisément nous acceptons les nouveautés conciliaires contraires à cette Foi.

Il est bien évident que la Foi est au-dessus d’un lien canonique qui n’a pas de sens ni de valeur s’il est déconnecté de cette Foi. C’est tout le drame des sacres et  c’est là que ce situe l’acte de Foi héroïque posé par Mgr Lefebvre en 1988. Ne pas le comprendre, c’est ne pas saisir le combat qui se déroule depuis 50 ans déjà.

La FSSPX n’est pas le problème, la FSSPX n’a pas d’autres problèmes que ceux qui veulent la changer et la détourner de la prudence toute surnaturelle de son fondateur. Le problème vient de Rome, la perte de la Foi vient de Rome, du Concile et des réformes qui en sont issues. Que Rome revienne à la Tradition, et la FSSPX ne sera plus un problème, que ce soit au niveau doctrinal, comme au niveau canonique.

Austremoine


Mgr Lefebvre : le nouveau magistère est un magistère anathème

Certains, même dans les rangs de la tradition, n’hésitent plus à affirmer que le concile Vatican II fait parti du magistère et que le fait de le refuser comme tel fait de nous des sédévacantistes.

De tels propos montrent la méconnaissance profonde de la pensée du fondateur de la FSSPX et même l’opposition dans laquelle ils se trouvent avec celui-ci. Mais encore une fois, le bon sens tout simplement bien catholique de Mgr Lefebvre exprime avec clarté ce qui doit être tenu concernant l’enseignement de ce concile.

Cela n’empêche pas des développements théologiques plus complexes comme ceux de l’abbé Gleize qui explicitent et appuient de façon plus pointue cette position vis-à-vis du nouveau « magistère ».

Pour autant, comme le dit Mgr Lefebvre, « La question n’est pas difficile » !

Austremoine

Mgr Lefebvre, sermon historique du 29 août 1976 :

Pour la question du Magistère : mais il n’y a personne qui est attaché à l’obéissance au Magistère du pape, des conciles et des évêques, comme nous ! Nous sommes, nous, les plus attachés de l’Eglise, je pense, je l’espère et nous voulons l’être, à l’obéissance au Magistère des papes, des conciles et des évêques ! Et c’est parce que nous sommes attachés à ce Magistère, justement, que nous ne pouvons pas accepter un Magistère qui n’est pas fidèle au Magistère de toujours !

Sinon, il n’y a plus de moyen d’en sortir, on ne sait plus à quel Magistère il faut obéir ! Alors ils disent : « Mais il n’y a pas deux Magistères, il n’y a qu’un Magistère, c’est celui d’aujourd’hui. Il ne faut pas vous référer au passé ». C’est absolument contraire à la définition même du Magistère de l’Eglise. Le Magistère de l’Eglise est essentiellement un Magistère traditionnel : il porte une Tradition, il transmet une Tradition. C’est le rôle propre de l’Eglise, de transmettre le dépôt de la foi. Le dépôt de la foi étant terminé à partir de la mort du dernier des apôtres, ils ne font que transmettre, expliquer, c’est entendu, et ça ne peut donc jamais être en opposition avec ce qui s’est dit précédemment ! C’est la parole de saint Paul disant : « Si moi-même ou un ange descendu du ciel venait vous dire quelque chose de contraire à ce qui vous a été enseigné primitivement… » – Voilà la chose essentielle, capitale : « à ce qui vous a été enseigné primitivement ». Donc saint Paul, pour la vérité de sa propre parole et de la parole d’un ange du ciel, se réfère à ce qui a été enseigné primitivement. Nous aussi nous nous référons à ce qui a été enseigné primitivement. – Or, il se trouve dans le Concile des documents, comme celui de la liberté religieuse, qui enseignent quelque chose de contraire à ce qui a été enseigné primitivement ! On n’en peut rien, ce n’est pas de notre faute, c’est comme ça, c’est un fait ! Alors qu’est-ce qu’il faut faire ?

Ils nous disent : « Vous n’acceptez pas ce Concile, vous n’acceptez pas ce Magistère… » Eh bien, oui ! Parce que ce Magistère est un magistère infidèle. Si le Magistère était fidèle à la Tradition, il n’y aurait pas de problème. Et c’est parce qu’il n’est pas fidèle au Magistère pour lequel nous avons justement une estime profonde que nous disons : ce n’est pas possible, un Magistère qui a été proclamé et défini pendant des siècles, ne peut pas se tromper. Alors nous sommes fidèles à ce Magistère et si un magistère nouveau vient dire quelque chose qui est contraire à ce qui a été enseigné primitivement, il est anathème ! C’est saint Paul qui le dit. Nous ne pouvons pas l’accepter. C’est tout. La question n’est pas difficile.

Il ne faut donc pas qu’ils nous accusent d’être contre le Magistère de l’Eglise, contre le Magistère des papes, contre le Magistère des conciles. Ce n’est pas vrai ! C’est le contraire. Nous sommes persécutés parce que nous sommes fidèles au Magistère de toujours. 

On nous dit : « Vous jugez le pape ». Mais où est le critère de la vérité? Monseigneur Benelli m’a jeté à la figure : « Ce n’est pas vous qui faites la vérité ». Bien sûr, ce n’est pas moi qui fais la vérité, mais ce n’est pas le pape non plus. La Vérité, c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ et donc il faut nous reporter à ce que Notre Seigneur Jésus-Christ nous a enseigné, à ce que les Pères de l’Eglise et toute l’Eglise nous ont enseigné, pour savoir où est la vérité. Ce n’est pas moi qui juge le Saint-Père, c’est la Tradition. 

Mgr Lefebvre, sermon historique du 29 août 1976


Mgr Lefebvre : ne vous laissez pas circonvenir par les faux prophètes menteurs fils de perdition

L’Église accomplira-t-elle à temps sa véritable rénovation ? Le peut-elle encore ? Si l’Église était une société purement humaine, nous devrions répondre non, car la corruption des idées, des institutions, de la discipline est telle qu’aucun espoir de redressement n’apparaîtrait possible. Cependant, depuis que Dieu veille sur l’humanité afin que la foi ne disparaisse pas, les exemples ne se comptent plus d’une situation humainement désespérée devenant subitement l’occasion d’un extraordinaire renouveau : l’intervention la plus inattendue et la plus sublime que Dieu ait trouvée, dans sa sagesse et sa miséricorde infinie, est la promesse du Messie par Marie après que l’homme, par son péché, eut mérité la damnation.

Depuis cette promesse jusqu’à nos jours, l’histoire de la miséricorde de Dieu envers l’humanité, c’est l’histoire de l’Ancien et du Nouveau Testament, et donc toute l’Histoire de l’Église. Or l’Esprit souffle où il veut et se choisit, pour venir au secours de l’Église en détresse, des Pontifes et d’humbles fidèles, des princes et de jeunes pastourelles. Les noms sont sur toutes les lèvres de ceux qui connaissent tant soit peu la véritable histoire de l’Église.

Mais si l’Esprit Saint souffle où Il veut, son souffle a toujours la même origine, les mêmes moyens fondamentaux et la même fin. L’Esprit Saint ne peut faire autre chose que ce que Notre Seigneur a dit de lui : Il ne parle pas de son propre fonds, mais Il parle de ce qu’Il entend… Il me glorifiera, car Il recevra de moi et vous l’annoncera (Jn 16,13). Autrement dit l’Esprit Saint ne peut que faire écho à Notre Seigneur.

C’est pourquoi, sous des modalités extérieures diverses, ceux qu’il a choisis ont répété et fait les mêmes choses, se sont nourris aux mêmes sources pour rendre vitalité à l’Église. Saint Hilaire, saint Benoît, saint Augustin, sainte Élisabeth, saint Louis, sainte Jeanne d’Arc, saint François d’Assise, saint Ignace, le saint Curé d’Ars, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ont tous enseigné la même spiritualité dans ses principes fondamentaux, de pénitence, de prière, de dévotion totale à Notre Seigneur et à la Vierge Marie. D’obéissance sans limite à la Volonté de Dieu, de respect envers ceux qui l’interprètent, cette volonté, depuis les parents jusqu’aux autorités civiles légitimes et aux autorités religieuses. Tous eurent une grande estime des sacrements et spécialement de l’Eucharistie et du Saint Sacrifice de la Messe. Tous manifestèrent le détachement des biens de ce monde et le zèle pour le salut des pécheurs. Ils n’avaient rien de plus cher que la gloire de Dieu, de Notre Seigneur Jésus-Christ, que l’Honneur de son unique Église. L’Écriture Sainte leur était familière et ils vénéraient la Tradition de l’Église exprimée dans les Credo, les Conciles et les catéchismes où se trouve l’authentique doctrine léguée par les Apôtres. C’est dans ces sources qu’ils puisèrent une grâce, une communication particulière de l’Esprit Saint, qui fit d’eux des témoins extraordinaires de la foi et de la sainteté de l’Évangile.

Telles sont les constatations historiques de l’action de l’Esprit Saint qui nous permettent de croire que l’Église peut toujours se renouveler par la sanctification de ses membres. Dieu n’a jamais abandonné son Église. Il ne l’abandonnera pas aujourd’hui, mais les épreuves, les apparences de triomphe de l’Esprit mauvais, du Prince de ce monde, peuvent être un objet de scandale, c’est-à-dire de chute et d’abandon de la foi pour beaucoup. Ceux-là ont tort qui se laissent dérouter par les faux prophètes, qui prêchent que leur temps ne ressemble en rien aux temps qui précèdent et que l’Évangile d’hier ne peut plus être l’Évangile d’aujourd’hui. Le Christ est de tous les temps : Jesus Christus heri, hodie et in saecula, « Jésus-Christ hier, aujourd’hui et pour tous les siècles ». C’est saint Paul qui nous l’enseigne.

Hélas, il faut bien l’avouer, le concile Vatican II devait, aurait dû être le concile du renouveau par un retour aux sources, comme il est de règle dans l’Église. En effet, à mesure que l’Église militante chemine, il peut se faire que le message s’estompe, que les ennemis de l’Église réussissent à étouffer le bon grain, que la négligence des pasteurs atténue la foi, que les moeurs se corrompent, que la chrétienté prête une oreille bienveillante aux persiflages de ce monde pervers.

Alors, des renouveaux s’imposent, mais, à l’exemple de Notre Seigneur qui n’est que l’écho du Père, de l’Esprit Saint qui est l’écho du Fils, les apôtres n’ont cessé de répéter à leurs disciples : retenez ce qui vous a été dit, demeurez dans la doctrine qui vous a été enseignée, gardez le dépôt de la foi, ne vous laissez pas circonvenir par les faux prophètes menteurs fils de perdition, destinés au feu éternel avec tous ceux qui les suivent.

Mgr Lefebvre, Rivarol, 12 septembre 1968


L’attachement au Pape n’est pas sentimental

L’attachement au pape et à l’institution du pape ne doit pas être sentimental, ou si un certain sentiment peut être bien légitime, il ne doit avoir pour objet que d’aider la raison et l’intelligence à un tel attachement.

Le modernisme est la religion du sentiment : c’est ainsi que tout passe au prisme du ressenti, et l’intelligence et la volonté sont reléguées voir ignorées. Ainsi l’acte de foi n’est plus un acte de l’intelligence et de la volonté, mais « une rencontre avec le Christ ». La liturgie n’est plus orientée d’abord à la gloire de Dieu mais elle est considérée comme un outil adaptable à chacun afin de l’aider à ressentir « sa foi » et « faire communion » !

Il en va de même pour l’attachement à l’institution de la papauté et au  pape : certains finissent par ne le considérer que comme un sentiment qui du coup, interdirait toute considération venant heurter ce sentiment. Et pourtant cet attachement au pape est nécessaire à l’âme catholique, car c’est sur Pierre que le Christ a fondé son Eglise, Pierre est cette clef de voûte de l’institution qui ne peut disparaître sans que l’édifice ne s’écroule.

C’est la triste histoire de tous les schismes qui déchirèrent malheureusement l’Eglise : se séparant de Pierre, toutes les dérives virent le jour, et les sectes schismatiques disparaissent les unes après les autres tandis que traverse les âges cette Eglise, épouse du Christ, qui régénère perpétuellement cette institution salie par les atteintes que lui portent les hommes qui la composent.

Non l’attachement à Pierre n’est pas optionnel, il est de foi, cet attachement est éminemment volontaire, surtout aujourd’hui. Car malgré toutes les vicissitudes que connaît aujourd’hui l’Eglise, notre foi nous commande de rester attachés à la papauté. Et c’est tout le remarquable exemple de Mgr Lefebvre. Malgré le libéralisme de Jean XXIII, malgré les destructions liturgiques et doctrinales de Paul VI, malgré le scandale d’Assise et les excommunications qui furent fulminées contre lui par Jean-Paul II, l’archevêque resta attaché de toutes les fibres de son être au pape.

Mais, à l’exemple de saints de l’histoire de l’Eglise, en commençant par saint Paul, cet attachement le contraint à devoir reprendre le pape dans des termes parfois très forts, parce que ce dernier agissait contre son devoir. L’opposition de Mgr Lefebvre ne fut pas mièvre, il ne fut pas mou, il ne se perdit pas dans des contorsions de langage ou dans des rondeurs d’expression. Le respect dû à la fonction et à la personne du pape ne l’empêcha pas de dénoncer avec les mots appropriés le scandale provoqué par ces derniers.

C’est ainsi que Mgr Lefebvre n’hésita pas à employer le mot d’anti-Christ, d’apostat, de schismatique ! Et il le fit à l’encontre des fossoyeurs de l’Eglise, fussent-ils papes, non pour les insulter, non pour les dénigrer ou les rabaisser, mais pour désigner avec vérité la gravité de la réalité des actes de ces personnes, sans que cela ne l’empêcha un seul instant de montrer la plus grande déférence et le plus grand respect pour le pape.

La condescendance mondaine voudrait imposer, sous prétexte d’un faux respect et d’une charité dévoyée, un langage aseptisé au point que toute dénonciation de l’erreur serait perçue comme une atteinte à l’honneur et à la fonction de la personne. Ce pain vicié ne fut pas celui de Mgr Lefebvre. Ce grand prélat donné par la providence nous a montré comment aimer le prochain et l’Eglise, et notamment le Souverain Pontife dans ces temps de crise. La vraie charité est celle qui déteste le péché mais qui aime par le Christ et pour le Christ le pécheur : Credidimus Caritati, nous avons cru en la Charité ; ce fut la maxime épiscopale de Mgr Lefebvre qu’il appliqua avec tant de vertu.

Austremoine


La Sainte Vierge serait devenue orthodoxe !

Cette information se relaie de plus en plus dans les milieux de la tradition. En effet, la demande de la Vierge à Fatima que la pape et, unis à lui, l’ensemble des évêques du monde consacre la Russie à son Cœur Immaculée aurait été respectée, d’où la conversion massive de la Russie à l’Orthodoxie !

« Je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Coeur Immaculé…Si des gens assistent à mes requêtes, la Russie sera convertie et le monde aura de la paix. » Nous avions vu que le sens du mot conversion n’est pas anodin, visiblement il faut croire que notre Mère du ciel est devenue orthodoxe, ou peut-être oecuméniste ?

Cessons de plaisanter et regardons un peu plus la source d’un tel sophisme : l’évolution de la Russie ne peut que nous réjouir, et elle touche particulièrement nos cœurs de chrétiens à l’heure où notre société entièrement sécularisée vote les lois les plus abjectes et où un discours de compromission ne cesse d’émaner des plus hautes autorités de l’Eglise.

Dans un tel contexte, la Russie nous apparaît inévitablement comme une lueur d’espoir, espoir face à la sécularisation et l’immoralité dans toute son abjection, mais aussi face à l’Islam qui nous envahit jour après jour et dont la Russie semble vouloir repousser les assauts en proposant, non pas la laïcité anti-religieuse, mais le modèle civilisationnel du christianisme.

Alors bien sûr que nous nous réjouissons de voir le président Poutine parler du travail de collaboration entre l’Eglise et l’Etat, de voir les églises et les monastères refleurir dans ce pays que le communisme avait ravagé, de voir cette société se tourner vers les préceptes de l’Evangile et retrouver le chemin de la pratique religieuse. C’est une transformation extraordinaire et profondément réjouissante !

Pour autant peut-on affirmer qu’un tel redressement est le résultat des consécrations successives faites dans le but officiel de respecter les demandes de Notre Dame à Fatima ? Certes, dire que Notre Dame a été insensible à toutes les prières faites à cette intention de par le monde serait sans doute bien téméraire, mais on peut déjà poser les éléments suivants :

–          une telle demande n’était pas difficile à respecter, et selon les conditions demandées. Et même si certaines difficultés pouvaient jaillir, il est difficile d’admettre que la Sainte Vierge fasse « l’effort » de venir sur terre pour demander des choses néfastes ou insensées !

–          le refus réitéré d’obtempérer aux demandes exactes de la Vierge est la marque d’un orgueil ou d’un rejet, et il est difficile de croire qu’une consécration a minima, conséquence du refus d’un orgueil obstiné ou même d’un mépris, serait agréé du Ciel.

Un autre élément d’importance : la Sainte Vierge n’a pas dit que la Russie sortirait du communisme, non, elle a dit que la Russie se convertirait. Or si l’on en croit nos amis qui considèrent que la situation actuelle de la Russie est la réponse du Ciel à cette consécration, il faut logiquement considérer que la Sainte Vierge considère le retour à l’orthodoxie comme une grâce ! La Sainte Vierge serait donc devenue orthodoxe ?

On touche là à quel point cet œcuménisme a pénétré les esprits même dans la tradition ou du moins ceux qui s’en réclament encore. Evidemment, le retour à l’orthodoxie ne peut être considéré par un catholique comme LA conversion promise par la Sainte Vierge.

En revanche, il est raisonnable de penser que la providence prépare les choses, doucement. Il n’est pas impossible que cet état de l’orthodoxie soit comme une préparation à la conversion et donc au retour à l’Eglise une, sainte, catholique, apostolique et romaine, retour qui se fera le jour où les demandes de la Vierge auront enfin été respectées.

Austremoine