Mgr Tissier de Mallerais : ce lien qui serait un simulacre avec la Rome nouvelle n’est rien devant la préservation et la profession de la foi catholique

Magnifique sermon de Mgr Tissier de Mallerais lors du pélerinage de Lourdes 2014 de la FSSPX.

Source : La Porte Latine

Alors Mgr Lefebvre va s’opposer et prendre ce programme maçonnique, le renverser et en faire le programme catholique de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X. En trois points :

Premier point : rendre son sens la Messe. Cette Messe qui est  le véritable sacrifice, le sacrement du sacrifice du Calvaire, celui qui est la source de toutes les grâces de Salut pour les âmes et pour le monde, le véritable sacrifice victorieux. C’est ce qu’il a fait, en refusant la nouvelle messe et en gardant la Messe de toujours.

Deuxième point du programme catholique véritable : former une élite de chrétiens, que vous devriez être, chers fidèles, une élite de chrétiens vivant en état de grâce, résolus de se sacrifier et de se sanctifier sur le modèle et par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la Très Sainte Vierge Immaculée, et résolus à combattre pour le Christ-Roi. C’est le deuxième point, une élite de chrétiens vivant en état de grâce.

Et troisième point du programme catholique : par cette élite, re-couronner Notre-Seigneur Jésus-Christ, Lui rendre publiquement sa couronne, en édifiant d’abord ce que nous avons fait. Les bastions de chrétienté, les bastions de chrétienté que sont nos prieurés, nos monastères, nos couvents, nos familles chrétiennes nombreuses, aux nombreux enfants, l’éducation véritablement catholique, les écoles intégralement catholiques, la profession soumise à la loi de Notre-Seigneur Jésus-Christ et finalement la vie politique organisée selon les commandements de Dieu.

En poursuivant ce programme du sacerdoce pour le Christ-Roi  envers et contre tous les obstacles et les menaces de sanctions de la part de la Rome nouvelle, nous sommes gagnants d’avance, chers fidèles.

En appliquant cette réflexion aussi que Mgr Lefebvre fit le 30 mai 1988, quelques semaines avant les sacres épiscopaux, le lien purement formel avec la Rome nouvelle n’est rien devant la préservation de la foi. Le lien formel, ce lien artificiel, ce lien qui serait un simulacre avec la Rome nouvelle n’est rien devant la préservation et la profession de la foi catholique. C’est à un tel témoignage de notre foi catholique que la Fraternité Saint-Pie-X est invitée. Celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. Nous ne pouvons mieux, disait Mgr Lefebvre, et nous pouvons le dire encore aujourd’hui, nous ne pouvons mieux aider le successeur de Pierre qu’en exigeant de lui la profession intégrale de la foi catholique. Nous ne pouvons mieux aider le successeur de Pierre qu’en transmettant la foi catholique, en la proclamant à temps et à contre-temps, par un sacerdoce doctrinal, un sacerdoce saint, un sacerdoce combattif, un sacerdoce missionnaire, et un sacerdoce marial, dédié à la Très sainte Vierge Marie, à son apostolat et à son règne.

In nomine Patris, et Filio, et Spiritu Sancti, amen.

Mgr Bernard Tissier de Mallerais

Source : La Porte Latine

La transcription [Y. B-R] et les intertitres sont de la rédaction de La Porte Latine

Version audio :LPL/141027


Interview de Dom Gérard en 1988

Et tout y est. Les mêmes raisonnements que depuis 2011, les mêmes excuses et les mêmes assertions gratuites. Les nouveaux « ralliéristes » n’ont pas inventé grand chose.

« On a un statut mais on a rien concédé » : aujourd’hui le Barroux a tout accepté ;

« C’est une grande victoire pour la Tradition » : ce fut une grande victoire des progressistes qui divisèrent la Tradition ;

« La Tradition n’est pas un camp retranché mais un outil de diffusion » : Jean XIII aussi a voulu ouvrir les portes de l’Eglise, et puis c’est sympa pour les missionnaires de la Tradition se dévouant dans le monde entier ;

bref…

Le Barroux aujourd’hui défend la liberté religieuse, accepte l’orthodoxie et la légitimité de la nouvelle messe…mais ils n’ont rien concédé…bizarre ! Et c’est vrai, au départ, rien ne fut concédé, si ce n’est le silence. Mais se taire sur l’erreur, c’est déjà avoir renoncé à la vérité.

« Je t’adjure devant Dieu et le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, et par son apparition et par son règne : prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, censure, exhorte, avec une entière patience et souci d’instruction. Car un temps viendra où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine, mais au gré de leurs désirs se donneront une foule de maîtres, l’oreille leur démangeant, et ils détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables. » Saint Paul à Timothée , chap 4 ; v 1 – 5

L’histoire est pleine d’enseignement, autant qu’on veuille ne pas l’oublier ou la transformer.

Austremoine

 


Mgr Mario Oliveri, évêque « néo-traditionaliste »

Mgr Mario Oliveri est la dernière tête en date qui vient de tomber : trop traditionnalisant pour les services progressistes et homosexualistes du pape François. Après les Franciscains de l’Immaculée et leurs soeurs, la traque continue. La raison officielle : crypto Lefebvriste !

Vouloir mettre sa tête sous le couteau de cette Rome apostate quand elle ne se cache même plus de ses intentions de destruction de la Tradition est de la folie. Et là encore, les communautés Ecclesia Dei Adflicta ne doivent leur survie qu’au fait que la FSSPX échappe encore à l’autorité de nos ennemis.

Sans parler des velléités contre nature même plus dissimulées du Synode.

Source : La Porte Latine

Après les Frères Franciscains de l’Immaculée  [ Voir notre dossier complet sur le sujet infra ] Rome vient de s’en prendre à Mgr Mario Oliveri qui a tort, en premier lieu, de regarder avec bienveillance les prêtres et les fidèles de son diocèse qui sont restés fidèles au rite dit de saint Pie V.

Savona Il Secolo titre dans son édition du 22 octobre :

« Diocèse d’Albenga-Imperia, l’évêque des scandales flanqué d’un Commissaire » qui « aura la fonction d’évêque auxiliaire chargé officiellement de le seconder, mais qui dans les faits est là pour le remplacer ».

Ce serait le pape en personne qui aurait fait suite aux plaintes de quelques fidèles et de prêtres progressistes qui accusent Mgr Oliveri d’être « anachronique et ultratraditionaliste » et en particulier dans son séminaire diocésain, lui reprochant l’usage de vêtements pré-conciliaires et de problèmes divers entre le recteur et ses séminaristes.

Dans un premier temps, c’est le nonce apostolique Mgr Adriano Bernardini qui avait été choisi pour « accompagner« , en fait se substituer, à l’Ordinaire d’Albenga qui n’a pas fait preuve d’assez de docilité malgré la fermeture des deux couvents des Franciscains de l’Immaculée ordonnée par le Père Volpi, lui aussi Commissaire nommé par Rome pour mettre au pas des moines trop « crypto-lefévbristes » !

Cette nouvelle attaque contre un évêque « néo-traditionaliste » semble totalement surréaliste au moment même où l’ancien recteur du séminaire mis en cause, l’abbé Antonio Suetta, a été nommé évêque de Ventimiglia–San Remo sur décision du pape François lui-même. Comme l’écrit Notions Romaines dans son édition du 22 octobre :

« Clairement, l’incohérence semble être caractéristique sous la gouvernance bergolienne, surtout par le fait que la présente visitation a été ordonnée par nul autre que le Suprême pontife lui-même. »

Devant le tollé suscité par cette volonté de mettre à l’écart un évêque favorable au Motu Propio de Benoit XVI sur la « forme extraordinaire du rite dit de saint Pie V », le Vatican semble vouloir apaiser les tensions qu’il a lui-même provoquées.

Il fait savoir en efftet – « par la bande » – que ce serait Mgr Alberto Maria Careggio, évêque émérite de Vintimille-San Remo, Piémont, 77 ans, qui serait appelé à « aider » Mgr Oliveri « très fatigué »…

Mgr Carregio n’est vraiment « célèbre » que pour avoir été le guide de haute montagne de feu le pape Jean-Paul II. Il est aussi surtout connu pour être un opposant notoire au monde de la Tradition et un vrai progressiste ami de François.

Si c’est lui qui est choisi pour « secourir » Mgr Oliveri, cela signifierait que le Saint Siège a une notion assez ambigüe du « secours au prochain » et l’on comprendrait aisèment que le futur secouru s’écrit en toute franchise « Timeo Danaos et dona ferentes« …

La Porte Latine

Sources : Savona Il Secolo/Notions Romaines/LPL du 23 octobre 2014


Pour envisager un dialogue fécond, il conviendrait d’attendre que les autorités romaines soient dégrisées des idées conciliaires

Source : bvoltaire.fr

Si la reprise officielle des pourparlers entre le Vatican et la Fraternité Saint-Pie X, fondée par Mgr Lefebvre, a été relevée par plusieurs médias, peu d’observateurs semblent en mesurer toute la portée. Le communiqué du Saint-Siège publié après la rencontre entre les autorités de la Fraternité et le cardinal Müller, préfet de la Congrégation de la foi, indique que les discussions ont pour but d’arriver à la « pleine réconciliation » entre les parties. Le communiqué de la Fraternité parle, lui, « d’éclaircir les points de divergence qui subsistent ». Au-delà du caractère diplomatique des termes employés, le problème est-il bien posé de part et d’autre ?

En effet, toute l’œuvre de la Fraternité Saint-Pie X et des communautés qui lui sont associées repose sur une sauvegarde et un combat.

La sauvegarde d’abord : face à la révolution opérée par Vatican II dans la liturgie, dans l’enseignement de la foi, dans le gouvernement de l’Église, dans les rapports de l’Église avec le monde, il a fallu se regrouper pour garder la messe et la doctrine intactes, pour transmettre fidèlement le sacerdoce, en un mot : pour conserver la foi de toujours.

C’est également un combat : le regroupement, opéré dans les années 60 et qui dure depuis 50 ans, n’est ni sentimental, ni nostalgique d’un passé révolu ; il est avant tout doctrinal. Il est fondé sur la conviction suivante : la plupart des hommes d’Église, à l’occasion du Concile Vatican II surtout, se sont laissés imprégner par une pensée libérale, naturaliste et humaniste qui n’est pas celle de Jésus-Christ. D’où vient cette conviction ? Pas uniquement de l’observation des fruits du Concile (« On juge un arbre à ses fruits », dit l’Évangile), mais aussi du fait que l’Église, avant même la tempête, avait prévenu ses fils du danger. Mort il y a cent ans, le pape saint Pie X avait magnifiquement diagnostiqué le mal et lui avait donné un nom : le modernisme.

La Fraternité Saint-Pie X se définit donc comme une sauvegarde de la foi, des sacrements, du sacerdoce et de la vie religieuse, et un combat, pour le Christ, contre les erreurs qui en éloignent les âmes, ces deux éléments, étroitement liés, formant pour ainsi dire son ADN.

Dès lors, à moins de renoncer à ce qui constitue son être propre, la Fraternité Saint-Pie X n’aurait que faire d’un bout de papier scellant une prétendue « réconciliation ». Ce qui compte pour la Fraternité, c’est le bien de toute l’Église. Ce qui compte, c’est d’exister et d’agir en sorte que l’Église, tournant enfin la page du Concile, retrouve sa tradition pleine et entière. Poser en perspective de ces contacts romains le « rétablissement de l’amitié entre personnes brouillées » (réconciliation selon le Littré), c’est ne pas être à la hauteur des graves objections posées par la Fraternité depuis son origine et restées sans réelle réponse.

Mais est-ce à dire que Rome et la Fraternité sont condamnées à ne jamais s’entendre ? Pour envisager un dialogue fécond, il conviendrait en fait d’attendre que les autorités romaines soient dégrisées des idées conciliaires. Or, force est de constater qu’à l’heure actuelle, Vatican II reste la magna carta du pape et des évêques. Il suffit de lire une encyclique et d’observer que les références se rattachent quasiment exclusivement au magistère conciliaire. Il suffit de souligner le zèle à vouloir canoniser tous les papes du Concile et de l’après-Concile malgré – parfois – les sérieux obstacles qui se présentent (tel Jean-Paul II embrassant le Coran). Il suffit de peser certains propos du pape François. Tout ceci indique que Rome n’est pas encore prête à écouter la voix de la tradition apostolique, qui est pourtant sa voix. Dans cette affaire, il faut s’armer de patience, prier, et prêcher « à temps et à contretemps ».

Albert Laurent


abbé Benoît Storez : du compromis à la compromission : la logique d’un ralliement

Source : La Porte Latine

« Ce sont les idées qui mènent le monde » dit l’adage, et il a bien raison. Un principe ne reste pas purement théorique mais porte toujours avec lui des applications pratiques. Ainsi le principe de ralliement porte-t-il en lui la compromission, l’actualité vient de nous en donner un exemple éclatant.

On entend pourtant parfois dire que toutes les communautés plus ou moins « tradis », avec toute l’ambigüité que porte ce mot, devraient s’unir dans un combat commun pour la défense de la Tradition de l’Eglise. Des mouvements ont même vu le jour, tel le fameux ‘Groupe de Réflexion Entre Catholiques’, afin de favoriser un rapprochement : ce serait si beau si tous les tradis du monde pouvaient se donner la main. On a l’impression, à entendre ces voix semblables aux sirènes d’Ulysse, qu’il n’y a pas de différence importante entre ces différentes tendances, mais tout au plus une différence de sensibilité.

Le point qui nous divise est pourtant fondamental : dans la crise actuelle qui secoue l’Eglise, peut-on défendre la foi tout en se plaçant sous l’autorité de ceux qui l’attaquent en enseignant une doctrine nouvelle ? A cette question, on constate sur le terrain que les ralliés répondent en choeur Oui et s’imposent en toutes leurs démarches d’avoir l’aval de l’évêque, alors que nous répondons Non, continuant notre ministère même contre l’avis des évêques et du pape. Mais la foi est-elle aussi bien défendue dans l’un et l’autre cas ? Plutôt qu’un long débat sur ce sujet oh combien brûlant, examinons plutôt les faits.

Au moment où parut le décret Ecclesia Dei Afflicta, ceux qui voulurent en bénéficier protestèrent que cela ne changerait rien à leur combat. Loin de moi de vouloir juger quiconque, ni mettre en doute la bonne foi de ces propos ou le zèle de ces prêtres, cependant force est de constater que leur liberté de paroles a été considérablement entamée.

Ainsi tout récemment, lors de la canonisation de Jean-Paul II, pas une seule des congrégations ralliées n’a protesté. C’est pourtant un scandale considérable : on cite en exemple un pape qui a mis en pratique l’oecuménisme de multiples façons par quantité de gestes scandaleux, tel le baiser du coran ou la réunion d’Assise. Qu’adviendra-t-il des fidèles qui chercheront à imiter de tels exemples ? Or face à ce scandale, pas un mot, pas un bruit ! Certains se sentent même obligés d’abonder dans le sens de cette canonisation et de s’en féliciter comme d’un événement heureux.

Voici en effet ce qu’écrit monsieur l’abbé Ribeton, supérieur du District de France de la Fraternité Saint Pierre :

« Deux papes viennent d’être canonisés. Notre Fraternité, placée sous le patronage de saint Pierre, se réjouit de la reconnaissance de la sainteté de deux de ses successeurs. (…) Venu d’un pays où la foi était persécutée, Jean-Paul II a appris aux catholiques du monde entier à ne pas avoir peur de proclamer leur foi. (…) Celui dont l’Eglise a proclamé la sainteté ne cesse d’être Veilleur et de nous montrer le chemin qui conduit à la contemplation de la splendeur de la Vérité » (Abbé Ribeton, Editorial de la Lettre aux amis et bienfaiteurs n°75, juin 2014).

On serait tenté de demander de quelle vérité il s’agit, car les Apôtres et Jean-Paul II ne montrent manifestement pas le même chemin.

Pourtant en 1986, les prêtres fondateurs de la Fraternité saint Pierre, étant encore tous membres de la Fraternité saint Pie X, ont approuvé la protestation de monseigneur Lefebvre face à Assise. Et aujourd’hui, ces mêmes prêtres acceptent que le pape d’Assise soit proclamé saint. Il est vrai que la position des congrégations et instituts dépendant de la commission Ecclesia Dei ne leur laisse que peu de marge de manoeuvre. Leur survie est toute entière dans les mains des autorités actuelles de l’Eglise, ces autorités qui utilisent hélas leur pouvoir au service de l’oecuménisme, de la collégialité, de la liberté religieuse et de toutes les théories enseignées par Vatican II. Une protestation véhémente contre tel ou tel scandale les exposerait assurément à perdre toutes les précieuses autorisations laborieusement obtenues. Bien des fois dans le passé, on a vu des évêques revenir sur des autorisations données, ou retirer des lieux de culte pour les donner à d’autres. En somme, la place de la Tradition dans l’Eglise conciliaire est semblable à une réserve indienne : une autorisation de survie avec des limites à ne pas franchir.

Alors pour survivre, il faut payer le prix du silence, voire donner des gages de bonne volonté en louant les saints conciliaires. Cela suppose d’opérer discrètement un tri sélectif car enfin, en dépit des propos louangeurs de l’abbé Ribeton invitant ses fidèles à suivre l’exemple de Jean-Paul II, je ne pense pas qu’il aille jusqu’à baiser lui-même le Coran ou recevoir la marque de Shiva.

Décidément, en matière doctrinale, un compromis n’est pas possible sans verser tôt ou tard dans la compromission. Se mettre sous une autorité encore moderniste, c’est en accepter l’orientation, au moins du bout des doigts. Une première concession en entraîne d’autres, et l’on réalise après bien des années combien long a été le chemin parcouru depuis l’aiguillage initial.

Tirons maintenant les conclusions, car c’est bien entendu à cela que je voulais en venir. Tout d’abord méfions-nous du mirage du ralliement. L’exclusion que nous subissons est anormale et violente, aussi voulons-nous en sortir car cela n’a que trop duré. Mais tant que la situation présente se prolonge, un tel retour ne sera pas possible, à moins d’y sacrifier la confession de la foi, comme l’exemple de toutes les communautés ralliées en est hélas une triste confirmation. Pour persévérer dans cette confession publique de la foi, bannir l’erreur et protester contre les scandales, il ne faut pas se mettre entre les mains de ceux qui sont précisément les auteurs de ces scandales.

De cette opposition de principe découle une conséquence importante quant au choix d’un lieu de messe. Il est manifestement faux de mettre sur le même pied les différents mouvements en faveur de la Tradition, mais il n’est pourtant pas rare de voir des fidèles aller de droite et de gauche, selon les opportunités et les commodités. Ce serait compréhensible s’il n’y avait que des différences de sensibilité, mais lorsqu’il y a une divergence de fond sur une question doctrinale fondamentale, cela n’est pas cohérent. En effet, on ne va pas dans une paroisse comme à un distributeur de boisson fraîche. Lorsque l’on assiste à une messe, on s’associe au rite et l’on manifeste extérieurement une union. C’est de là d’ailleurs que vient le nom de ‘communion’ donné à la Sainte Eucharistie. Or il est évident que l’on ne peut pas être uni à deux positions doctrinales incompatibles en un point qui touche à la foi. Sur une question d’une telle importance, il faut veiller à ne pas se laisser guider par des critères affectifs, mais à examiner la question sur le plan doctrinal. L’acceptation d’un principe demande d’avoir le courage d’en tirer les applications. Si l’on refuse les conséquences, on refusera bientôt le principe, suivant ce que dit saint Augustin : « A force de ne pas vivre comme on pense, on finit par penser comme on vit ».

Certes, il serait de loin préférable de pouvoir, comme par le passé, aller à la messe à l’église la plus proche, ces églises construites par nos pères pour servir au culte catholique. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de la situation actuelle, mais nous devons la supporter en attendant que la lumière brille à nouveau à Rome. Ce jour viendra, nous en avons la certitude, car les portes de l’enfer ne prévaudront pas.

Que la Vierge fidèle nous donne à tous courage et persévérance.

Abbé Benoît Storez, prêtre de la FSSPX

Source : Le Belvédère n° 30 de septembre 2014


Mère Anne-Marie Simoulin est décédée

Les obsèques de Mère Anne-Marie Simoulin, ancienne prieure générale des dominicaines enseignantes du Saint-Nom de Jésus de Fanjeaux, rappelée à Dieu ce lundi 16, auront lieu le samedi 21 juin 2014 à 10 heures, à Saint-Dominique du Cammazou à Fanjeaux (Aude), où elle sera inhumée. La messe de funérailles sera célébrée par son frère l’abbé Michel Simoulin, de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.

Mère Anne-Marie Simoulin est décédée ce matin du 16 juin 2014 à 5h. C’est une grande figure de la Tradition qui nous quitte, l’une des ouvrières discrète mais de première importance dans l’œuvre de reconstruction de l’Eglise.

En tant que Supérieure Générale, c’est elle qui avait envoyé notamment Mère Marie Jean fonder l’actuelle branche des dominicaines enseignantes de Brignoles. Voyant qu’elle ne parviendrait pas à sauver sa communauté du désastre conciliaire, et ne pouvant sans se mettre en danger continuer ses contacts avec des évêques dangereux pour la Foi, Mère Anne-Marie Simoulin quitte sa congrégation et s’installe à Fanjeaux en 1975.

Elle aura une riche correspondance avec Mgr Lefebvre, et sans doute une relation privilégiée guidée par le bien de l’Eglise.

Lorsque le 30 mai 1988 Mgr Lefebvre consulte les supérieurs des congrégations amies de la Tradition pour connaître leur avis sur la pertinence d’un accord avec Rome, les religieuses de Brignoles et de Fanjeaux sont présentes, et notamment Mère Anne-Marie Simoulin. Mgr Tissier de Mallerais, raconte la réunion de la façon suivante :

Les soeurs, à leur tour, sont quasi unanimement catégoriques : «Nous ne pouvons plus traiter avec des évêques qui ont perdu la foi», estiment les dominicaines de Fanjeaux; et celles de Brignoles considèrent que la dépendance à l’égard   du   Bureau   les   forcerait   « à   des   contacts   avec   leurs   anciennes congrégations devenues modernistes» et que« c’est impossible». Les soeurs de la Fraternité évoquent le «risque pour la foi et la cohésion de la Tradition».

Enfin les carmélites jugent que« c’est un cheval de Troie dans la Tradition».

Mère Anne-Marie Simoulin me raconta que lorsqu’elle dit à Mgr Lefebvre son opposition à un tel accord, Dom Gérard se fit agressif. « Il m’aurait mordu » me dit-elle dans un éclat de rire !

C’est aussi dans un courrier que Mgr Lefebvre remercia personnellement Mère Anne-Marie Simoulin de l’avoir aidé à choisir l’opération survie, lui affirmant que sa parole avait été déterminante dans son choix.

Si nous pouvons prier pour le repos de l’âme de celle qui donna tant à la Tradition, nous pouvons aussi la prier pour qu’elle préserve la Tradition des dangers qui la guette.

Merci mon Dieu pour ce bel exemple.

Austremoine


abbé Patrick de la Rocque : les raisons théologiques des sacres

Source : La Porte Latine

Seuls de très graves raisons pouvaient légitimer un sacre épiscopal sans mandat apostolique. Il fallait que le bien de l’Eglise soit directement en jeu. Mgr Lefebvre constata non seulement une aggravation de la situation, mais surtout une pertinacité des autorités dans la voie de l’erreur à travers deux événements. Ce fut d’abord le revers de main avec lequel Rome rejeta les questions officielles que Mgr Lefebvre avait posées à Rome sur la liberté religieuse (publié depuis : Mes doutes sur la liberté religieuse, éditions Clovis). Puis ce fut le scandale de la réunion interreligieuse organisée à Assise. Devant cet “abandon de poste” par les autorités, Mgr Lefebvre se devait de réagir afin de pérenniser le bien de l’Eglise. Ce fut les sacres, à l’occasion desquels il voulut rappeler la gravité de la situation par une déclaration publique, reprise presque mot pour mot d’un texte écrit cinq ans plus tôt :

On lit au chapitre 20 de l’Exode que Dieu, après avoir défendu à son peuple d’adorer des dieux étrangers, ajouta ces paroles : « C’est moi qui suis le Seigneur ton Dieu, le Dieu fort et jaloux, visitant l’iniquité des pères dans les fils jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent », et au chapitre 34 on lit : « N’adore point de Dieu étranger ; un Dieu jaloux, c’est le nom du Seigneur. » Il est juste et salutaire que Dieu soit jaloux de ce qui Lui appartient en propre, jaloux de son être infini, éternel, tout puissant, jaloux de sa gloire, de sa Vérité, de sa Charité, jaloux d’être le seul Créateur et Rédempteur, et donc la fin de toutes choses, la seule voie du salut et du bonheur de tous les anges et de tous les hommes, jaloux d’être l’alpha et l’oméga.

L’Eglise catholique fondée par Lui et à laquelle Il a remis tous ses trésors de salut, est elle aussi jalouse des privilèges de son seul Maître et Seigneur et enseigne à tous les hommes qu’ils doivent se tourner vers Elle et être baptisés par Elle, s’ils veulent être sauvés et participer à la gloire de Dieu dans l’Eternité bienheureuse. L’Eglise est donc essentiellement missionnaire. Elle est essentiellement une, sainte, catholique, apostolique et romaine. Elle ne peut admettre qu’il y ait une autre religion vraie en dehors d’elle, elle ne peut admettre qu’on puisse trouver une voie de salut en dehors d’elle puisqu’elle s’identifie avec son Seigneur et Dieu qui a dit : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. » Elle a donc horreur de toute communion ou union avec les fausses religions, avec les hérésies et les erreurs qui éloignent les âmes de son Dieu, qui est l’unique et seul Dieu. Elle ne connaît que l’unité dans son sein, comme son Dieu. Pour cela elle donne le sang de ses martyrs, la vie de ses missionnaires, de ses prêtres, le sacrifice de ses religieux et religieuses, elle offre le sacrifice quotidien de propitiation.

Or avec Vatican Il souffle un esprit adultère dans l’Eglise, esprit qui admet par la Déclaration de la Liberté religieuse le principe de la liberté de la conscience religieuse pour les actes internes et externes, avec exemption de toute autorité. C’est le principe de la Déclaration des droits de l’homme, contre les droits de Dieu. Les autorités de l’Eglise, de l’Etat, de la famille participent à l’autorité de Dieu et ont donc le devoir de contribuer à la diffusion de la Vérité et à l’application du Décalogue, et de protéger leurs sujets contre l’erreur et l’immoralité.

Cette Déclaration a provoqué la laïcisation des Etats catholiques, ce qui est une insulte à Dieu et à l’Eglise, réduisant l’Eglise au droit commun avec les faus­ses religions. C’est bien l’esprit adultère tant de fois reproché au peuple d’Israël. Cet esprit adultère se manifeste aussi dans cet oecuménisme institué par le Secrétariat pour l’unité des chrétiens. Cet œcumé­nisme aberrant nous a valu toutes les réformes liturgiques, bibliques, canoniques, avec la collégialité destructive des autorités personnelles du Souverain Pontificat, de l’Episcopat, et du Curé.

Cet esprit n’est pas catholique. Il est le fruit du modernisme condamné par saint Pie X. Il ravage toutes les insti­tutions de l’Eglise et spécialement les séminaires et le clergé, de telle sorte qu’on peut se demander qui est encore intégralement catholique parmi les clercs soumis à l’esprit adultère du Concile !

Rien n’est donc aussi urgent dans l’Eglise que de former un clergé qui répudie cet esprit adultère et moderniste et sauve la gloire de l’Eglise et de son divin Fondateur en gardant lafoi intégrale et les moyens établis par Notre Seigneur et par la Tradition de l’Eglise pour garder cette foi et trans­m­ettre la vie de la grâce et les fruits de la Rédemption.

Depuis bientôt vingt ans nous nous efforçons avec patience et fermeté de faire comprendre aux autorité romaines cette nécessité du retour à la saine doctrine et à la Tradition pour le renouveau de l’Eglise, le salut des âmes et la gloire de Dieu. Mais on demeure sourd à nos supplications, bien plus on nous demande de reconnaître le bien-fondé de tout le Concile et des réformes qui ruinent l’Eglise. On ne veut pas tenir compte de l’expérience que nous faisons, avec la grâce de Dieu, le maintien de la Tradition qui produit de vrais fruits de sainteté et attire de nombreuses vocations.

Pour sauvegarder le sacerdoce catholi­que, qui continue l’Eglise catholique et non une Eglise adultère, il faut des évêques catholiques. Nous nous voyons donc contraints, à cause de  l’invasion de l’esprit moderniste dans le clergé actuel, et jusqu’aux plus hauts sommets à l’intérieur de l’Eglise, d’en arriver à consacrer des évêques, le fait de cette consécration étant admis par le Pape dans la lettre du 30 mai du Cardinal Ratzinger. Ces consécrations épiscopales seront non seulement valides, mais encore, vu les circonstances historiques, licites : il est parfois nécessaire d’abandonner la légalité pour demeurer dans le droit.

Le Pape ne peut que désirer la continuation du sacerdoce catholique. Ce n’est donc nullement dans un esprit de rupture ou de schisme que nous accomplissons ces consécrations épiscopales, mais pour venir au secours de l’Eglise, qui se trouve sans doute dans la situation la plus douloureuse de son histoire. Si nous nous étions trouvés au temps de saint François d’Assise le Pape se fut trouvé d’accord nous. La Franc-Maçonnerie n’occupait pas le Vatican en ses heureux temps. Nous affirmons donc notre attachement et notre soumission au saint Siège et au Pape. En accomplissant cet acte nous avons  conscience de continuer notre service de l’Eglise et de la Papauté comme nous nous sommes efforcé de le faire depuis le premier jour de notre sacerdoce. Le jour où le Vatican sera délivré de cette occupation moderniste et retrouvera le chemin suivi par l’Eglise jusqu’à Vatican II nos évêques seront entièrement dans les mains du Souverain Pontife, y compris l’éventualité de ne plus exercer leurs fonctions épiscopales.

abbé Patrick de la Rocque


abbé Patrick de la Rocque : l’obéissance peut-elle obliger à désobéir ?

Source : La Porte Latine

« Vous désobéissez au Pape ! » L’argument, maintes fois répétées, n’a jamais eu tant d’actualité qu’à l’occasion des sacres. En effet, Mgr Lefebvre procéda à ses sacres malgré l’interdiction romaine, solennellement exprimée à travers un “monitum” quinze jours avant la cérémonie. Cette désobéissance rendait-elle immoral l’acte de Mgr Lefebvre ? Non. En un texte daté du 23 mars 1988, il avait rappelé l’enseignement classique des moralistes selon lequel la vraie obéissance peut parfois obliger de désobéir.

L’obéissance suppose une autorité qui donne un ordre ou édicte une loi. Les autorités humaines, même instituées par Dieu, n’ont d’autorité que pour atteindre le but assigné par Dieu et non pas pour s’en détourner. Lorsqu’une autorité use de son pouvoir à l’encontre de la loi pour laquelle ce pouvoir lui est donné, elle n’a pas droit à l’obéissance et on doit lui désobéir.

On accepte cette nécessité de la désobéissance vis-à-vis du père de fa­mille qui encourage sa fille à se prostituer, vis-à-vis de l’autorité civile qui oblige les médecins à provoquer des avortements et à tuer des inno­cents, mais on accepte à tout prix l’autorité du Pape qui serait infaillible dans son gouvernement et dans toutes ses paroles. C’est bien méconnaître l’histoire et ignorer ce qu’est l’infaillibilité.

Déjà Saint Paul a dit à Saint Pierre qu’il ne « marchait pas selon la vérité de l’Evangile » (Ga 2, 14). Saint Paul encourage les fidèles à ne pas lui obéir s’il lui arrivait de prêcher un autre évangile que celui qu’il a enseigné précédemment (Ga 1, 8).

Saint Thomas, quand il parle de la correction fraternelle, fait allusion à la résistance de Saint Paul vis-à-vis de Saint Pierre et commente ainsi : « Résister en face et en public dépasse la mesure de la correction fraternelle. Saint Paul ne l’aurait pas fait envers Saint Pierre s’il n’avait pas été son égal en quelque manière… Il faut cependant savoir que s’il s’agissait d’un danger pour la foi, les Supérieurs devraient être repris par leurs inférieurs, même publiquement. » Cela ressort de la manière et de la raison d’agir de Saint Paul à l’égard de Saint Pierre, dont il était le sujet, de telle sorte, dit la glose de Saint Augustin, « que le Chef même de l’Eglise a montré aux Supérieurs que s’il leur arrivait par hasard de quitter le droit chemin, ils acceptassent d’être corrigés par leurs inférieurs. » (Cf. S. Thomas, IIa, IIæ q. 33, art. 4, ad 2.)

Le cas qu’évoque Saint Thomas d’Aquin n’est pas chimérique puisqu’il a eu lieu vis-à-vis de Jean XXII, de son vivant. Celui-ci crut pouvoir affirmer comme une opinion personnelle que les âmes des élus ne jouissaient pas de la vision béatifique qu’après le jugement dernier. Il écrit cette opinion en 1331 et en 1332 il prêcha une opinion semblable au sujet de la peine des damnés. Il entendait proposer cette opinion par un décret solennel. Mais la réaction très vive de la part des Dominicains, surtout ceux de Paris, et des Franciscains le firent renoncer à cette opinion en faveur de l’opinion traditionnelle définie par son successeur Benoît XII en 1336.

Voici encore ce que dit le pape Léon XIII dans son Encyclique Libertas praestantissimum du 20 juin 1888 : « Supposons donc une prescription d’un pouvoir quelconque qui serait en désaccord avec les principes de la droite raison et avec les intérêts du bien public (à plus forte raison avec les principes de la foi), elle n’aurait aucune force de loi… » et un peu plus loin : « Dès que le droit de commander fait défaut ou que le commandement est contraire à la raison, à la loi éternelle, alors il est légitime de  désobéir, nous voulons dire aux hommes, afin d’obéir à Dieu. »

Or notre désobéissance est motivée par la nécessité de garder la foi catholique. Les ordres qui nous sont donnés expriment clairement qu’ils nous le sont pour nous obliger à nous soumettre sans réserve au Concile Vatican II, aux réformes post-conciliaires et aux prescriptions du Saint-Siège, c’est-à-dire à des orientations et des actes qui minent notre foi et détruisent l’Eglise, ce à quoi il est impossible de nous résoudre. Collaborer à la destruction de l’Eglise, c’est trahir l’Eglise et Notre Seigneur Jésus-Christ.

Or tous les théologiens dignes de ce nom enseignent que si le Pape par ses actes détruit l’Eglise, nous ne pouvons pas lui obéir (Vitoria : Obras pp. 186-187 – Suarez : de fide, disp. X, sec. VI, n° 16 – St Robert Bellarmin : De Rom. Pont., livre 2, c. 29 – Cornelius a Lapide : ad Gal. 2, 11, etc.) et il doit être repris respectueusement mais publiquement.

Les principes de l’obéissance à l’autorité du Pape sont ceux qui com­mandent les relations entre une autorité déléguée et ses sujets. Ils ne s’appliquent pas à l’autorité divine qui est toujours infaillible et indéfectible et donc ne suppose aucune défaillance.

Dans la mesure où Dieu a communiqué son infaillibilité au Pape et dans la mesure où le Pape entend user de cette infaillibilité, qui comporte des conditions bien précises pour son exercice, il ne peut y avoir de défaillance. En dehors de ces cas précis, l’autorité du Pape est faillible et ainsi les critères qui obligent à l’obéissan-ce s’appliquent à ses actes. Il n’est donc pas inconcevable qu’il y ait un devoir de désobéissance vis-à-vis du Pape.

L’autorité qui lui a été conférée l’a été pour des fins précises et en définitive pour la gloire de la Trinité, de Notre Seigneur Jésus-Christ et le salut des âmes. Tout ce qui serait accompli par le Pape en opposition avec cette fin n’aurait aucune valeur légale et aucun droit à l’obéissance, bien plus obligerait à la désobéissance pour demeurer dans l’obéissance à Dieu et à la fidélité à l’Eglise.

C’est le cas de tout ce que les derniers Papes ont commandé au nom de la liberté religieuse et de l’œcuménisme depuis le Concile : toutes les réformes faites en ce nom sont dénuées de tout droit et de toute obligation. Les Papes ont alors utilisé leur autorité contrairement à la fin pour laquelle cette autorité leur a été donnée. Ils ont droit à notre désobéissance.

La Fraternité et son histoire manifeste publiquement cette nécessité de la désobéissance pour demeurer fidèles à Dieu et à l’Eglise. Les années 1974 à 1976 laissent le souvenir de cette joute incroyable entre Ecône et le Vatican, entre le Pape et moi-même. Le résultat fut la condamnation, la suspens a divinis nulle de plein droit, le Pape abusant tyranniquement de son autorité pour défendre ses lois contraires au bien de l’Eglise et au bien des âmes.

Ces évènements sont une application historique des principes concernant le devoir de désobéissance […]

Abbé Patrick de La Rocque


Trois visiteurs apostoliques à la Fraternité Saint-Pierre

Le pape François envoie trois visiteurs apostolique à la FSSP, en la personne de :

–          Mgr Vitus Huonder , évêque de Coire (Suisse), Visiteur principal

–          Dom Hervé Courau, osb, Père abbé de Notre-Dame de Triors

–          Mgr Fabian Bruskewitz , évêque émérite de Lincoln (États-Unis).

Ces trois envoyés sont plutôt réputés « conservateurs », avec toutes les nuances que cela comporte. Il est vrai que leur profil ne pouvait être plus favorable à la FSSP. Il est à noter cependant que ces trois visiteurs sont tous attachés au concile Vatican II. Mgr Fabian Bruskewitz s’est même montré un ennemi farouche de la FSSPX n’hésitant pas à fulminer en 1996 un décret d’excommunication pour les fidèles de son diocèse qui fréquenteraient les chapelles de celle-ci. Ce décret a d’ailleurs été confirmé par le Vatican le 24 novembre 2011 – sous le pontificat de Benoit XVI – par une lettre du cardinal Giovanni Battista Re, le même qui signa le décret de la levée de l’excommunication des 4 évêques de la FSSPX le 21 janvier 2009 !!!

Cependant cette visite qui s’annonce sous des auspices plutôt favorables n’est pas sans en rappeler une autre : celle du cardinal Gagnon en 1974 à la FSSPX et ses communautés amies.

A l’époque le visiteur apostolique n’avait pas tari d’éloge sur l’œuvre de Mgr Lefebvre et disait à qui voulait l’entendre son admiration pour cette œuvre d’Eglise. Et il n’y a aucune raison de douter de la sincérité des propos tenus par le cardinal.

Mais de retour à Rome, sans que jamais d’explication ne fut donnée, le rapport fut conservé secret. Rien n’en fut publié. Il filtra cependant que la cardinal y affirmait que les fidèles suivant Mgr Lefebvre étaient de bons catholiques, très attachés au pape et à l’Eglise. Mais un tel constat devait se retourner contre Mgr Lefebvre, ses ennemis étant persuadés qu’une condamnation pontificale éloignerait les fidèles de Mgr Lefebvre. C’est le contraire qui fut observé en 1988, d’où la nécessité pour Rome de créer la FSSP afin que les fidèles attachés à la Tradition se détournent de la FSSPX.

Ce court rappel historique permet deux observations :

–          Tant que les autorités romaines restent attachées au concile Vatican II elles ne peuvent que vouloir, et c’est bien normal, amener l’ensemble de l’Eglise à adhérer à ce concile et appliquer ses réformes directes ou indirectes. Tout ce qui pourra sembler plus ou moins favorable à la Tradition ne peut être concédé ponctuellement que dans ce but. C’est ce qui c’est passé avec la cardinal Gagnon en 1976.

–          On ne peut que souhaiter à la FSSP que la visite dont elle est l’objet se passe au mieux. Et il y a fort à parier que ce sera le cas, pour deux raisons : il existe à Rome effectivement des prélats qui tentent de favoriser tout ce qui peut aller dans le sens traditionnel, et d’autre part ceux qui veulent aspirer la FSSPX pour la « conciliariser » ont besoin de montrer un visage qui ne soit pas défavorable. Cette dernière raison est d’autant plus valable après la destruction des franciscains de l’Immaculée pour cause de « lefebvrisme ».

La Fontaine ne racontait pas autre chose dans sa fable du corbeau et du renard. Le corbeau méfiant finit par lâcher son fromage sous les flatteries du renard. « Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute ? ».

Combien faudra-t-il de fromage dans la gueule du renard pour cesser de croire que le renard ne veut pas autre chose que de manger le fromage ?

Austremoine


Qui conseillera à cette femme de se suicider ?

Beaucoup de catholiques souffrent de la situation de l’Eglise et du rejet de la Tradition par les autorités romaines. Cet état de fait qui dure depuis 50 ans maintenant semble ne pas vouloir changer, alors certains cherchent un modus vivendi – ou le souhaitent – avec ces autorités devenues modernistes.

C’est ainsi que des sophismes sonnent comme autant de slogans : la situation de la FSSPX n’est pas normale, il est juste de vouloir se faire reconnaître, nous avons le droit à notre titre de catholique, ne pas accepter un désir légitime du pape c’est être sédévacantiste, etc., etc., …

Si comparaison n’est pas raison, il est cependant possible d’illustrer la situation actuelle. Que peut faire une épouse dont le mari violent menace jusqu’à sa vie ? Si elle reste sous le toit conjugal elle encourt un péril de mort, si elle veut préserver sa santé, elle se doit se séparer de corps.

Il est évident que dans un tel cas, il est juste et nécessaire à cette femme de quitter la maison commune, non avec le désir de quitter son mari et de rompre le lien qui l’unit à lui, mais dans le but unique de préserver son intégrité physique. Une telle décision sera bonne et méritoire si cette femme continue d’aimer son mari en lui pardonnant, de prier pour lui, de tout faire pour l’aider à se corriger, et si elle conserve dans son cœur le désir de revenir dès qu’il ne sera plus périlleux de le faire.

Que penserait-on si quelqu’un venait dire à une telle épouse : « madame, votre situation n’est pas normale, votre mari a autorité sur vous, son désir que vous rentriez à la maison est légitime, vous n’avez pas le droit de refuser sans divorcer de fait et être infidèle. » Il serait juste de répondre à un tel individu : « monsieur, si cette femme revient chez son mari, elle risque de perdre sa vie, ce n’est pas le situation de cette femme qui est anormale, c’est l’attitude de son mari, attitude qui la contraint à se protéger légitimement. Et non seulement son attitude est juste, mais elle est héroïque car elle continue d’aimer son mari malgré la maltraitance de celui-ci. »

Le parallèle est évident : la violence des autorités romaines envers la Tradition n’échappe à personne, et tant que celles-ci adhèrent à la théologie du concile Vatican II elles ne peuvent que vouloir la mort de la Tradition.

Ce n’est pas la situation de la FSSPX qui est anormale, c’est la situation de l’Eglise.

Le pape est incontestablement le chef de l’Eglise, mais pour une question de survie de la Foi on ne peut se plier à tous ses ordres, et ce n’est pas parce que ses désirs peuvent paraître légitimes, qu’il y a une obligation d’obtempérer vue la situation de danger de mort pour la Foi que nous vivons.

Nous avons le droit à notre titre de catholiques, et le meilleur moyen de le conserver et de le revendiquer, c’est de tenir cette attitude héroïque d’amour du pape et de l’Eglise tout en subissant les persécutions qu’ils infligent et en refusant de mettre en danger notre Foi.

Celui qui dit à cette femme de rentrer chez elle dans de pareilles circonstances la pousse au suicide. C’est pour cela que Mgr Lefebvre refusa « l’opération suicide » pour entreprendre avec héroïsme « l’opération survie ».

Austremoine


François donnera-t-il un statut canonique à la FSSPX ?

La question continue d’être posée, et pas seulement par ceux qui, dans la FSSPX, militent bruyamment pour un accord pratique. L’une des dernières interventions en la matière est celle de Patrick Archbold qui a publié sur le site National Catholic Register un texte intitulé Le pape François et la FSSPX : une opportunité.

Il y défend la thèse que la régularisation de la FSSPX serait plus facile pour le pape François dont le progressisme évident adulé par les médias le protège de toute accusation de vouloir mettre à la poubelle le concile Vatican II, ce qui n’était pas le cas de Benoît XVI, facilement soupçonnable par ses aspirations conservatrices.

Il est toujours possible de faire des plans sur la comète sur ce qui parait tout de même autrement improbable, le pape François n’ayant pas fait mystère de son mépris pour la messe tridentine qui n’est pour lui qu’une mode, comme pour l’ensemble du monde traditionnel qu’il juge recroquevillé sur des habitudes d’un christianisme enfantin.

Ce qui est improbable n’est cependant pas impossible.

Mais quel avenir aujourd’hui pour une telle hypothèse ? Quel avenir en cas d’acceptation d’une telle solution ?

Il convient de voir l’application concrète. Que dira-t-on des nouveaux « saints » ? Même si le Vatican ne demande aucune contrepartie, acceptera-t-il longtemps que Jean-Paul II soit refusé comme saint ? Acceptera-t-il longtemps de subir les critiques de chaque déclaration hétérodoxe du pape ? Et tant de questions de ce type peuvent se poser !

Les réponses sont évidentes : si Rome accepte un tel marché, c’est uniquement dans la perspective de ramener les œuvres de la Tradition dans le giron et la pensée conciliaire. Et le passé donne raison à une telle stratégie. Il n’y a pas un seul institut Ecclesia Dei qui dénonce le Concile, et tous acceptent déjà par avance de reconnaître le pape d’Assise comme « saint » !

Le pape peut donner plus de liberté à la Tradition. Qu’il le fasse. Mais nous, nous n’avons rien à accepter d’une autorité qui détruit l’Eglise, car accepter un avantage quelconque, c’est se rendre redevable d’une autorité qui n’œuvre pas au bien commun. Se rendre redevable, c’est se lier au moins moralement à ceux qui veulent la mort de la Tradition, et c’est déjà perdre la liberté pleine et entière de défendre la Foi catholique, Foi catholique qui est antinomique au Concile Vatican II, constitution de la nouvelle Eglise.

Pour les ralliéristes les plus zélés et les plus dociles, il convient également d’observer qu’une reconnaissance unilatérale ne pourrait trouver une acceptation de la part de la FSSPX de par le fait qu’elle ne répond pas aux conditions posées par le chapitre général de 2012 et notamment la première:

« Liberté de garder, transmettre et enseigner la saine doctrine du Magistère constant de l’Eglise et de la Vérité immuable de la Tradition divine ; liberté de défendre, corriger, reprendre, même publiquement, les fauteurs d’erreurs ou nouveautés du modernisme, du libéralisme, du concile Vatican II et de leurs conséquences »

A moins que le sort fait aux franciscains de l’Immaculée ne soit à envier…

Austremoine


Mgr Tissier de Mallerais : aucune apparence même de conciliation, et c’est cette apparence que nous donnerait notre soi-disant « régularisation »

Source : Rivarol

Il s’agit, comme Mgr Lefebvre le disait, de la tentative du concile Vatican II de réconcilier l’Eglise avec la révolution, de concilier la doctrine de la foi avec les erreurs libérales.

C’est Benoît XVI lui-même qui l’a dit dans son entretien avec Vittorio Messori en novembre 1984 en disant : « le problème des années 1960 (donc celui du concile) était l’acquisition des valeurs les mieux mûries des deux siècles de culture libérale.

Ce sont des valeurs qui, bien que nées hors de l’Eglise, peuvent trouver leur place, une fois purifiées et corrigées, dans sa vision du monde. Et c’est ce qui a été fait. » Voilà l’œuvre du concile : une conciliation impossible. « Quelle conciliation peut-il y avoir entre la lumière et les ténèbres ? », dit l’Apôtre, « quel accord entre le Christ et Bélial ? » (2 Cor 6, 15).

La manifestation emblématique de cette conciliation est la Déclaration sur la liberté religieuse. A la place de la vérité du Christ et de son règne social sur les nations, le concile place la personne humaine, sa conscience et sa liberté.

C’est le fameux « changement de paradigme » que confessait le cardinal Colombo dans les années 1980. Le culte de l’homme qui se fait Dieu à la place du culte de Dieu qui s’est fait homme (cf. Paul VI, discours à la clôture du concile, 7 décembre 1965).

Il s’agit d’une nouvelle religion qui n’est pas la religion catholique. Avec cette religion nous ne voulons aucun compromis, aucun risque de corruption, aucune apparence même de conciliation, et c’est cette apparence que nous donnerait notre soi-disant « régularisation ”.

Extrait de l’entretien de Mgr Tissier de Mallerais à Rivarol


Pourquoi les sacres de 1988 ?

Ces derniers temps, certains ont donné des sacres de 1988 une justification erronée, arguant du fait que cet acte était légitime car répondant à un état de nécessité, état de nécessité du fait de la mort prochaine de Mgr Lefebvre.

Réduire l’état de nécessité à l’état de santé du prélat français est absurde. Que sa santé déficiente lui ait imposé une limite temporelle est exacte, mais il ne s’agit certainement pas de ce qui en a fait la justification ni ce qui a généré cet état de nécessité.

Voici ci-dessous, exposées succintement et très clairement, les justifications des sacres de 1988, telles que les avaient données à l’époque la Maison Générale.

Source : La Porte Latine

C’est le 29 juin 1987, à Ecône, que Mgr Lefebvre annonça publiquement sa résolution de se doter de successeurs qui assureraient la pérennité de son œuvre d’Eglise : transmettre, dans toute sa pureté doctrinale et sa charité missionnaire, le sacerdoce catholique.

Deux faits précis sont à l’origine de cette décision historique qu’il qualifia lui-même « d’opération survie » de la Tradition.

D’abord la réunion interreligieuse d’Assise qui vit le pape présider, le 26 octobre 1986, un congrès des religions pour la paix, initiative jadis condamnée par les papes Léon XIII (Testem benevolentiae, 1899), saint Pie X (Notre Charge apostolique, 1910) et surtout Pie XI (Mortalium animos, 1928).

 Ensuite la confirmation, par Jean-Paul II et le cardinal Ratzinger, des thèses nouvelles sur la liberté religieuse, doctrine proclamée au concile de Vatican II en contradiction avec le magistère le plus solennel des papes des deux siècles précédents, en particulier Grégoire XVI, Pie IX (Quanta Cura et Syllabus, 1864), Léon XIII, saint Pie X, Pie XI (Quas primas, 1925) et Pie XII. Cette fausse liberté reconnaît à toutes les religions le droit absolu de professer, en public comme en privé, les erreurs et les doctrines les plus contraires à l’Evangile.

La confirmation de la liberté religieuse entendue dans un sens opposé au magistère constant de l’Eglise catholique acheva de convaincre Mgr Lefebvre de la gravité de la crise de l’Eglise et de la perte universelle du sens de la foi – jusqu’à Rome même – véritable mystère d’iniquité.

Poussé par cet état de nécessité prévu par le Droit de l’Eglise et la vertu de prudence, il résolu de procéder aux sacres dans le but de transmettre son pouvoir d’ordre. Il se garda bien de donner une quelconque juridiction aux évêques sacrés par lui, dans le but d’éviter tout schisme. Fort de l’esprit du Droit canonique qui veut que l’obéissance serve au salut des âmes et non à leur perte – ni à la mort des œuvres visiblement bénies de Dieu –, Mgr Lefebvre a préféré paraître désobéissant en passant outre à une loi de discipline ecclésiastique. Ce faisant, il entendait ne pas coopérer à la destruction universelle dont il était le témoin.

Ainsi, face aux désordres et aux scandales répandus partout dans l’Eglise, face à la corruption des rites des sacrements et à la perversion du sacerdoce catholique, Mgr Lefebvre a restauré l’Ordre et posé les bases d’un véritable renouveau pour l’Eglise d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Car Dieu ne change pas. Il est le même, hier et aujourd’hui, et dans les siècles des siècles.

Source : FSSPX – Maison Généralice


abbé François Knittel : leçons du passé, orientations pour l’avenir

Ci-dessous un la conclusion d’un article très intéressant écrit en 2002 par M. l’abbé François Knittel sur les 32 ans (de l’époque) de relations entre le Saint Siège et la FSSPX. Si seule la conclusion est reprise ici, il est fortement conseillé de relire l’article en intégralité.
 
 
Avant de conclure, qu’il nous soit permis de présenter en un tableau synoptique l’ensemble des propositions romaines faites à ce jour à la Fraternité Sacerdotale St-Pie X.
 
A la lecture du tableau synoptique (ci-dessous), il appert clairement que si les propositions romaines cédèrent peu à peu sur la question disciplinaire et canonique (existence de la Fraternité, des séminaires, des prieurés, etc.), en revanche l’acceptation du Concile et de la Messe de Paul VI sont des préalables non négociables, exigés par les autorités actuelles dans l’Eglise. Rien d’étonnant à cela puisque ces deux points définissent le caractère conciliaire de ces autorités ecclésiastiques. Ôtez-les et l’Eglise “conciliaire” cesse d’exister !
 
Si au commencement de l’histoire de la Fraternité, Mgr Lefebvre penchait pour une solution pratique et un modus vivendi concret, la profondeur de la crise et sa prolongation dans le temps lui firent voir l’impossibilité d’un accord pratique, sans un fondement doctrinal commun.
 
Certes, l’autorité conciliaire depuis une quinzaine d’années n’a cessé de vouloir faire signer à Mgr Lefebvre et à ses successeurs des formules doctrinales portant sur le Concile et la nouvelle Messe.
 
Il est toutefois évident que ces textes sont équivoques dans la mesure où ils ne signifient pas la même chose des deux côtés. Ce qui favoriserait nécessairement la secte moderniste qui s’est emparé des postes de commande dans l’Eglise.
 
Il semble donc indispensable de continuer le combat doctrinal contre les erreurs contemporaines : tels Mgr Lefebvre présentant à Rome ses dubia sur la liberté religieuse ou Mgr Fellay présentant à Jean-Paul II ses doutes sur la réforme liturgique. Tout accord véritable devra se faire sur la base de la doctrine traditionnelle, seule voie de salut. À l’inverse, il faudra rejeter tout accord tendant à déterminer la dose de libéralisme et de modernisme que les défenseurs de la Tradition seraient prêts à avaler pour être réintégrés dans le périmètre visible de l’Eglise officielle.
 
Lorsque qu’existera la communion dans la profession de la doctrine traditionnelle, il n’y aura plus aucun différend à régler. Tant qu’un tel accord fera défaut, les formules pseudo doctrinales seront des accords de dupes et leur volet pratique une tentative de plus pour que le petit reste, lui aussi, lui enfin, sacrifié à la révolution.
 
Abbé François Knittel

Père Jean : aujourd’hui, le problème est un problème de principes actuellement dans la Tradition

La communauté des franciscains de Morgon (Rhône) est une communauté traditionnelle amie de la FSSPX. Elle a été fondée le 10 août 1972 par le père Eugène de Villeurbanne et compte actuellement 4 maisons (dont une de clarisses).

Ce sermon constitue la première évocation officielle par les franciscains des désaccords qui surviennent dans la tradition suite à la volonté de la Maison Générale de la FSSPX de ne plus poser comme préalable à tout accord pratique la résolution des différents doctrinaux avec Rome. En juin 2012, Mgr Fellay avait décidé de reporter les ordinations des frères franciscains et dominicains. Il s’agit de la septième communauté religieuse amie de la FSSPX à prendre ses distances avec certaines autorités de la FSSPX, les derniers ayant été les dominicains d’Avrillé le 7 janvier 2014.

Si le fond et les arguments sont bien naturellement ce qui importe le plus, on remarquera aussi la bienveillance, la délicatesse et la charité avec laquelle ces sujets délicats et hautement passionnels sont abordés. Que l’on soit d’accord ou pas avec le père Jean, son exposé a l’avantage de poser une partie de la divergence de façon sereine et claire.

Père Jean,Capucin de Morgon, le 26 janvier 2014

«Autant qu’il vous est possible, soyez en paix avec tout le monde. » Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ainsi soit-il.

Mes chers amis, ce sermon commencera sur cette explication ou plutôt cette invocation de la parole de Dieu tirée non de l’Évangile du jour, mais de l’épître de Saint Paul aux Romains. « Autant qu’il vous soit possible, soyez en paix avec tout le monde. » Autant qu’il soit possible précise Saint Paul. Parce que cette nuit, dans notre office des matines à Morgon, nous avons lu une autre épître de Saint Paul, celle des Galates. Nous avons commencé, pendant cette semaine, nous lirons les matines au milieu de la nuit toute l’épître des Galates. Et au premier chapitre de l’épître des Galates, Saint Paul dit : « si quelqu’un n’a pas le même Évangile qu’il soit anathème ! » Ce n’est plus le même langage. Là, c’est plus possible d’être en paix avec quelqu’un qui a une autre doctrine, un autre évangile.

Alors, permettez-moi donc de partir sur cette parole de Dieu pour essayer de faire l’application à la situation actuelle, aujourd’hui. Quand nous prêchons, nous devons avoir le souci à la fois de vous expliquer la parole de Dieu, la volonté de Dieu, la vérité et puis aussi, eh bien, de l’appliquer au besoin présent, au besoin de vos âmes. Et la plupart d’entre vous, je pense, êtes au courant que depuis quelques semaines, eh bien, il y a de graves événements qui secouent notre monde de la Tradition. Pour ceux qui ne seraient pas trop au courant, je résume très vite. Un certain nombre de prêtres ont quitté la Fraternité et aussi des communautés amies, donc, ont pris leur distance par rapport aux autorités de la Fraternité. Alors vous êtes en droit de vous poser : Et vous Morgon, qu’est-ce que vous faites ? Qu’est-ce que vous pensez de cela ?

J’ai demandé au Père Gardien si je pouvais vous prêcher aujourd’hui sur ce sujet. Non pas de prendre parti pour l’un ou pour l’autre, encore une fois, « autant qu’il vous soit possible soyez en paix avec tout le monde». Samedi-dimanche derniers j’étais avec le père Fidèle-Marie à Avignon, dans un centre de messe de la Fraternité, et nous avons fait du bon ministère, nous avons beaucoup prêché, confessé et ça c’est très bien passé. Et dans quelques semaines, je dois aller à Avrillé prêcher ou plutôt faire une séance de sessions de théologie mariale pendant une semaine aux pères d’Avrillé. «Autant qu’il vous est possible, soyez en paix avec tout le monde. » Voilà.

Mais, donc, j’ai demandé au Père Gardien, et il m’a donné son accord, bien sûr, eh bien, de vous expliquer pourquoi il y a cette division. Je crois que c’est ça le plus important à comprendre. Parce que cette division, visible, sensible, douloureuse même d’une certaine manière, en fait c’est quelque chose qui nous est apparent, visible. Elle est le résultat d’une division beaucoup plus profonde, plus grave sur laquelle je voudrais vous parler : c’est une division sur les principes. C’est très important, mes bien chers fidèles, que vous compreniez cela. Ce n’est pas une question de personnes, c’est une question de principes. Si vous avez seulement retenu cela en sortant de cette église, je pense avoir rempli ma mission. C’est ce que j’ai expliqué au Père Gardien, ce que je compte essayer de vous faire comprendre. Et vous avez à la sortie de la messe des photocopies d’un texte que j’avais fait, déjà, il y a quelque temps, et donc il n’est pas signé, mais je l’assume, c’est moi qui l’ai rédigé. Le Père Gardien m’a permis de vous le donner pour vous donner ce que je ne peux pas vous dire dans un sermon. Ce sermon risque d’être un peu plus long, déjà, que d’habitude et je ne peux pas entrer dans tous les détails. Vous avez ce texte, vous pouvez le prendre. Il y a en tout une cinquantaine de photocopies, je pense qu’il y en a assez pour tout le monde. Et vous pouvez photocopier, diffuser si vous voulez, j’en assume la responsabilité.

Le plan de ce sermon, si c’est un sermon, va être assez simple. Je vais d’abord vous montrer qu’il est très important que nous soyons des hommes de principes. La deuxième partie, je vais essayer de vous expliquer que, si nous sommes depuis une cinquantaine d’années, dans notre résistance, dans notre combat de la foi, de la Tradition, c’est parce que nous sommes des hommes de principes et nos pionniers ont été des hommes de principes. Et troisièmement, je vais essayer d’appliquer la situation actuellement.  Aujourd’hui, le problème est un problème de principes actuellement dans la Tradition.

Alors, premier point, nous devons être des hommes de principes. Je vais me baser sur l’enseignement des papes. Vous avez le pape Pie IX en 1871 qui a reçu des Français à Rome. Et il leur a dit : « En France depuis la révolution, ce qui empêche que vous ayez la bénédiction de Dieu sur votre pays, c’est parce que vous avez altéré les principes.» Voilà ce qu’a dit le pape Pie IX. Vous avez altéré les principes. Ensuite, le pape saint Pie X dans son encyclique Pascendi, nous dit, et il ne fait que répéter Saint Thomas d’Aquin, c’est donc la doctrine de l’Église, la pure doctrine traditionnelle de l’Église. Le pape saint Pie X nous dit : « quand on altère, quand on dévie un tant soit peu d’un principe, les conséquences sont énormes ! »

C’est un peu comme le tir au fusil. Si vous déplacez d’un petit millimètre, à deux cents mètres, vous êtes à un mètre de la cible. Ensuite le pape Pie XII, recevant aussi des Français. Nous sommes plus proches. Le pape Pie XII leur a dit : «La France ne se relèvera que quand les catholiques seront des hommes de principes, des hommes de doctrine, des hommes formés.» Voilà comment le pape Pie XII parlait à la veille du concile à des catholiques français : « Il faut que vous soyez des hommes de principes.»

J’arrête-là les citations des papes parce que je voudrais citer aussi ces grands évêques que fut un cardinal Pie qui a fait tout un sermon pour expliquer à ses diocésains : l’Église a toujours été intransigeante sur les principes et tolérante dans la pratique, avec les personnes. Et le monde, les libéraux, c’est le contraire. Ils sont très tolérants sur les principes : pensez ce que vous voulez, vous avez le droit de penser ce que vous voulez. Et ils sont intolérants en pratique. Voilà ce qu’explique le cardinal Pie. Et Mgr Freppel dit : «quand nous abandonnons les principes, c’est la ruine.» Et ces évêques, ces grands évêques qui ont vécu le siècle qui a suivi la révolution, nous disent, et c’est vrai, que toutes les révolutions ne sont pas faites par des personnes, ce sont des batailles de principes. Et c’est vrai et nous allons avoir tout à l’heure l’explication pour le deuxième point.

Donc, retenons bien, mes bien chers frères : nous devons être des hommes de principes. Les papes nous le disent, l’Église nous le dit. Si nous sommes des hommes d’intérêt, si nous faisons plier les principes qui sont au-dessus de nous, pour nos intérêts, nous allons à la catastrophe, nous ne faisons pas la volonté de Dieu. Les principes ne sont pas des dogmes de foi, forcément, mais si on ne les respecte pas, eh bien, ils se vengent. C’est un principe dans n’importe quel pays, en Angleterre comme en France, qu’on doit tous conduire dans le même sens sur les routes, même si en Angleterre on conduit à gauche et nous à droite. Mais le principe est le même. Et si vous ne voulez pas respecter ce principe, eh bien, vous allez à la catastrophe. Pas besoin de vous faire un dessin. C’est un ordre de nature. Ce n’est pas un dogme de Foi. Ce n’est pas écrit dans les conciles, mais c’est un principe. Si on ne le respecte pas ce principe, on va à la catastrophe, à l’accident.

Alors, maintenant, deuxième point, je voudrais vous montrer que dans la Tradition, dans notre résistance que nous faisons, malgré nous, de mauvais cœur d’une certaine manière, à la hiérarchie en place au pape, aux évêques, c’est parce que c’est une question de principes. Nous ne sommes pas contre le pape, nous ne sommes pas contre les évêques. Au contraire, on prie pour eux. Mais nous sommes contre leurs faux principes. Oui. Et je donne un exemple que vous comprendrez tout de suite. Le concile Vatican I avait posé un principe: « Tout est ordonné ici-bas à la gloire de Dieu.»

Un principe, c’est même dogmatique, c’est dans la Sainte Écriture. Vatican I n’a rien inventé en déclarant ça. Il n’y avait pas de concile qui l’avait dit avant Vatican I. Vatican I n’a fait que rappeler un principe qui est inéluctable : tout ici-bas a été créé par Dieu pour sa gloire. Vatican II a posé un autre principe : « Tout ici-bas est ordonné à l’homme.» C’est en toute lettre dans Vatican II. On a posé un autre principe. Et nos anciens, un Mgr Lefebvre, un père Calmel, un père Eugène, n’ont pas accepté ce nouveau principe.

Et vous bien chers fidèles, les anciens surtout parmi vous, je m’adresse, vous n’avez pas accepté aussi, vous, dans la pratique parce que la nouvelle religion qui ordonne à l’homme, eh bien, elle a retourné l’autel. Et vous avez été surpris un jour en arrivant dans votre église de voir que l’autel était dans l’autre sens. Vous vous êtes dit : mais le sacrifice, il est offert à Dieu, ce n’est pas un bon repas entre nous. Votre bon sens, et même votre sens catholique, a, sans connaître le principe, l’a tout de suite vu.

Et s’il m’est permis de parler de ma famille, j’ai de très bons souvenirs, c’était à la fin du concile, mon père ne voulait plus aller à la messe de la paroisse parce qu’on avait retourné l’autel dans l’autre sens. Il allait à une paroisse plus loin où il y avait le vieux doyen qui célébrait la messe comme toujours. Et on pourrait continuer comme ça. Nos anciens, les pionniers, ceux grâce à qui nous avons fait le bon combat de la foi, nous avons eu la grâce de continuer, grâce à mon père, grâce à Mgr Lefebvre, s’ils n’avaient pas existé, on ne serait pas là. Et ce furent des hommes de principes. Ils n’ont pas voulu transiger. Mgr Lefebvre, vous le savez bien, je crois, on a cherché à tout prix à lui faire célébrer au moins une fois dans sa vie la nouvelle messe. Il était Flavigny, un père jésuite qui a été envoyé de Rome avec un missel de Paul VI sous le bras, et il suppliait Monseigneur :

« – Mais concélébrons la messe une fois, Monseigneur, une fois. »

Monseigneur Lefebvre était un homme de principes :

«- Non, si cette messe est mauvaise, je ne veux pas la célébrer, même pas une seule fois.»

Malgré ce bon jésuite envoyé de Rome par le pape Paul VI en personne et les papiers qu’il fallait, qui le suppliait presque à genoux de concélébrer avec lui. Il aurait pu dire, Monseigneur Lefebvre non comme un homme qui n’était plus un homme de principes, mais un homme d’intérêt : Oh, ça va arranger les choses, ils vont être plus gentils. Allez une fois. Personne ne va le voir. Dans une petite chapelle, à l’oratoire Lacordaire là. Et puis c’est tout, et puis ça va arranger les choses. Autre exemple qui me vient à l’esprit. Je ne me rappelle plus le nom de ce pape, mais quand le roi d’Angleterre voulu divorcer pour se remarier, le pape lui a dit:

« – Mais non ce n’est pas possible. Vous ne pouvez pas divorcer.

– Si vous ne faites pas ça, moi, je quitte l’Église romaine.

– Non, non. Ce n’est pas possible, je n’ai pas le droit et je ne peux pas. C’est un principe qui est au-dessus de moi. Vous êtes marié, vous êtes marié et je ne peux pas, vous avez eu un mariage devant Dieu, vous êtes marié. »

Et résultat, le roi d’Angleterre s’est séparé, et on a ce schisme, voyez. On pourrait dire : eh bien le pape quand même s’il avait dit oui, cela aurait arrangé les choses et puis l’Angleterre serait restée catholique. C’aurait été bien mieux etc. Non ! C’est un faux calcul. C’est un calcul d’intérêt. Voilà, c’est comme ça. On respecte les principes. C’est dans la sainte Écriture. Saint Paul le dit. On n’a pas le droit de faire un mal pour en espérer un bien. On n’a pas le droit de trahir un principe voulu de Dieu pour un intérêt passager ou particulier qui va contre le bien commun. Et on pourrait continuer d’autres exemples, mais bien chers frères, je ne voudrais pas trop continuer sur ce deuxième point, mais je le résume si vous le voulez. Nos anciens ont été fidèles à leurs principes et c’est grâce à eux qu’on est là, qu’on a fait le bon combat.

Or maintenant, troisième point, l’application aujourd’hui. Aujourd’hui, ce dimanche, là, fin janvier. Eh bien, ce qui se passe, et je voudrais le dire encore en toute paix, voyez sans acrimonie, sans zèle amer, mais pour vous faire comprendre où se situe le problème, où se situe la division. Elle est dans les esprits. Elle n’est pas une question de prêtres ou de communautés qui ne sont plus avec nous, qui sont en dehors etc. La division est dans les esprits dans notre monde de la Tradition. Voilà. Dans les prieurés, dans les couvents. Oui, elle est dans les esprits c »est-à-dire qu’il y a des esprits qui professent un principe qu’on a tenu depuis des années et des années, que Mgr Lefevre nous a légué, voilà. Et puis il y en a d’autres qui n’admettent plus ce principe, qui disent que ce principe ne vaut plus, il n’est pas bon. C’est là le problème.

Alors, quel est ce principe ? Je pense que la plupart d’entre vous l’ont compris. C’est le principe que l’on ne peut pas signer un accord pratique ou canonique avec les autorités romaines si on n’est pas d’accord, avant, sur la doctrine, si nous ne professons pas les mêmes vérités. Et ça, c’est un principe catholique, et vous avez la photocopie à la sortie. Vous pourrez lire paisiblement chez vous, bien lire l’argumentation que j’ai voulu mettre pour montrer que c’est fondé sur la Sainte Écriture, que c’est fondé sur les Pères de l’Église, que c’est fondé sur la pratique de l’Église.

La pratique de l’Église, j’insiste là- dessus, c’est l’attitude des papes jusqu’à Pie XII face par exemple aux orthodoxes. Quand les orthodoxes depuis le Grand Schisme, depuis le IX siècle avec Photius, eh bien, cherchaient à discuter avec Rome pour à nouveau pour se réunir, pour faire un accord pratique, canonique, être réunis à la hiérarchie romaine, eh bien, cela a toujours buté sur des questions de doctrine. Toujours : la primauté du pape, en particulier, et le Filioque dans le Credo. Et quand il y a eu des accords, ce qu’on appelle les uniates par exemple en Grèce, en Russie, il y a eu certaines communautés orthodoxes qui se sont réunies à l’Eglise romaine, qui sont redevenues catholiques, eh bien, Rome n’a jamais transigé sur la doctrine. Jamais.

Par contre sur la pratique, la liturgie, pas de problème. Sur le mariage de vos prêtres, pas de problème. C’est traditionnel chez vous, ça toujours été. Aucun problème. Un petit exemple : avec les uniates d’Ukraine, les Ruthènes, c’était au XVIIe siècle, eh bien, Rome disait : il faut que vous acceptiez la doctrine du Filioque. C’est-à-dire que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Que vous ne disiez plus que c’est une hérésie. Et les uniates, enfin ceux qui allaient être uniates, on dit d’accord. On accepte cette doctrine : effectivement, on a réétudié la question, on a vu que c’était conforme à la tradition, c’était ce que l’Église a toujours enseigné, et nous sommes d’accord avec le Filioque. Et à ce moment-là, Rome a dit : on n’exige pas que vous le chantiez dans votre Credo parce que vous ne l’avez jamais chanté dans le Credo même dans les premiers siècles. Voyez, Rome leur a dit : nous n’exigeons pas « chantez-le dans le Credo». Elle a dit : simplement vous nous dites que vous êtes d’accord sur ce point de doctrine. Et on vous laisse, vous ne le chantez pas dans le Credo. Et d’ailleurs, la petite histoire, un siècle après, ils ont demandé à le chanter dans le Credo.

Voyez, la fermeté de Rome sur un point de doctrine. La doctrine d’abord, il faut que l’on soit d’accord sur la doctrine et après, des questions pratiques, des questions liturgiques, pas de problème, ça s’arrangera, mais la foi on ne transige pas. Là on est intolérant. Tout à fait et on est fier de l’être. C’est la foi, ça ne nous appartient pas. C’est un dépôt qu’on a reçu, c’est au-dessus de nous. On n’a pas le droit d’y toucher, même si on est pape.

Alors, notre problème actuel. Pendant des années Mgr Lefebvre jusqu’aux sacres a cherché à discuter avec Rome. Voilà. Depuis 75, l’année de la condamnation injuste et nulle de Rome de la Fraternité Saint-Pie-X, jusqu’en 88. Mgr Lefebvre, quand on l’appelait à Rome, il y allait toujours, et il discutait de foi, de doctrine d’abord. Et puis, il essayait au niveau pratique. Est-ce qu’il y a un moyen de s’arranger etc. Ce qui fait qu’il y avait toujours cet aspect doctrine et pratique qui jouait. Alors, des fois, Mgr Lefebvre avait des déclarations plutôt dans le sens pratique en disant laissez-nous faire l’expérience de la Tradition, voilà, et puis, demandez seulement cela, faites-nous l’expérience de la Tradition. Et puis, on s’arrangera comme ça. Parce que c’était un homme d’Église, il voulait toujours, il avait cette volonté bien sûr d’être en communion autant que possible, voilà, avec la hiérarchie, avec l’Église.

Et puis, il s’est rendu compte qu’il a été trop loin, il l’a dit, il l’a reconnu. «J’ai été trop loin». Le 5 mai quand il a signé le protocole. Il a été trop loin parce qu’il a transigé sur la question de la doctrine. Il a fait passer la pratique avant. Il l’a reconnu, il le déclare dans le Fideliter n° 66. Ceux qui l’ont chez vous peuvent le lire. Et dans ce Fideliter 66 qui date de décembre 88 sur la couverture il est écrit: « À une reprise des colloques, je poserai mes conditions.» Voilà ce que Mgr Lefebvre a dit après les sacres et qu’il a toujours tenu jusqu’à la mort et ce qu’il nous a légué.

Quelles sont ces conditions ? Vous pouvez les lire dans Fidéliter n°66 et vous les connaissez. « Je viendrai à Rome avec les encycliques des papes et je leur dirai: êtes-vous d’accord avec ces encycliques ? Quas Primas sur la royauté de Notre-Seigneur Jésus-Christ? Mortalium Animos sur le faux oecuménisme ? etc. etc. etc. Est-ce que vous êtes d’accord sur la doctrine de vos prédécesseurs ? » Et deuxième chose très importante qu’ajoute Mgr Lefebvre dans ses conditions, deuxième condition : «Êtes-vous prêts à réformer Vatican II sur ces encycliques ? » Parce que Vatican II dit le contraire de Mortalium Animos et dit le contraire de Quas Primas et d’autres, par exemple, encycliques sur le libéralisme de Grégoire XVI. « Est-ce que vous êtes d’accord non seulement sur la doctrine de vos prédécesseurs, mais aussi de changer, de faire revenir Vatican II aux bons principes.»

Voilà les conditions que donne Mgr Lefebvre. Je n’invente rien. Lisez Fidéliter 66, lisez-le attentivement. Vous pouvez vous le procurez. On peut vous donner des photocopies si vous voulez. Et dans d’autres déclarations, Mgr Lefebvre à Flavigny par exemple, on vous a donné des extraits de cette déclaration : « À Rome ils l’ont découronné Notre-Seigneur Jésus-Christ, on ne peut pas s’entendre avant qu’il l’ait recouronné.» Avant qu’ils disent à nouveau que Notre-Seigneur doit régner sur la société. Alors retenons, mes bien chers frères, Mgr Lefebvre après les sacres jusqu’à sa mort a toujours tenu fermement sur ce principe. « Je poserai mes conditions : la doctrine, les encycliques des papes. Est-ce que vous êtes d’accord oui ou non ? Si vous n’êtes pas d’accord, inutile de dialoguer.»

C’est écrit dans le Fidéliter 66 : inutile de discuter. Inutile. On n’est pas d’accord sur la doctrine, inutile de parler plus loin sur des questions pratiques. Voilà ce que Mgr Lefebvre nous a légué jusqu’à sa mort. Et notre mouvement de la Tradition a toujours été parfaitement uni tant qu’on a tenu ce principe. Pendant des années et des années, ce principe a été tenu. Et vous lirez sur la photocopie que vous avez à la sortie de la messe des déclarations de cinq évêques, Mgr Lefebvre et les quatre autres qu’il a sacrés, qui défendent ce principe. Clair et net. Mgr Fellay, en 2008, dans une Lettre aux amis que vous pouvez retrouver dans vos vieux papiers, octobre 2008, Lettre aux amis et bienfaiteurs qui est jointe à celle du district de France, il le dit en toute lettre, il dit ce principe est d’un ordre de nature. C’est comme la conduite sur la route. Voilà, c’est comme ça, ça s’impose à nous. C’est un ordre de nature. Il faut d’abord être d’accord sur la doctrine avant de pouvoir passer à des arrangements pratiques.

Et malheureusement, depuis quelque temps, qu’on peut situer après la fin des discutions romaines, c’est-à-dire l’automne 2011, eh bien petit à petit, nous voyons, nous sommes obligés de constater que les autorités de la Fraternité abandonnent ce principe. Je le dit sans acrimonie. Je le dit sans zèle amer. Je le dit paisiblement. Je suis prêt à assumer ce que je dis et elles ne peuvent pas le contester parce que c’est public.

Cela a commencé d’abord avec Mgr Fellay qui disait que ce principe, il peut y avoir exception. Il a fait une conférence au Canada en disant : par exemple avec les orthodoxes, on faisait des discussions, on faisait des arrangements sur la question du mariage etc. Le divorce dans certains cas. Mgr Fellay a dit : ce principe ne vaut pas, il y a des exceptions, on peut transiger avec. Mais quand on regarde bien ces questions du mariage avec les orthodoxes, ce n’est pas une question de foi ! C’est une question de discipline. Tout à fait différent. Ensuite Mgr de Galarreta, dans sa conférence qu’il a faite le 13 octobre 2012 à Villepreux où il dit : Bon. Ces questions de pratique, doctrine on met tout ça ensemble, et puis l’important, si on peut faire un accord, après nous continuerons le bon combat à l’intérieur, nous serons le fer de lance à l’intérieur, voilà on les combattra de l’intérieur.

Et puis assez récemment Mgr Tissier de Mallerais, dans une conférence qu’il a faite à Toulon en juin, voilà, il a dit, et il m’a confirmé par écrit, j’ai eu une échange de lettre avec lui, que Mgr Lefebvre a toujours cherché un accord pratique. Et je lui ai écrit en lui disant : avant les sacres c’est vrai, il y a eu des paroles, des citations de Mgr Lefebvre qui montrent que des fois il était moins ferme sur ce principe. Mais après les sacres, il a toujours été bien clair et je lui rappelle, à Mgr Tissier dans cette lettre, que dans le Fideliter 66, Mgr Lefebvre dit : «Je poserai mes conditions etc.» Réponse de Mgr Tissier de Mallerais, personnelle, j’ai la lettre datée du 11 septembre 2013 : « Il l’a dit, mais il ne l’aurait pas fait. »

Alors, je dis ça, encore une fois je ne suis contre personne : je ne suis pas contre Mgr Fellay, je ne suis pas contre Mgr de Galarreta, je ne suis pas contre Mgr Tissier. Je prie pour eux. Voilà, ce sont des évêques et l’un d’entre eux m’a donné les ordres et encore une fois, autant que possible, je voudrais être en paix avec tout le monde. Mais ce que je vous dis sont des choses publiques, ils ont parlé publiquement : au Canada, à Villepreux et à Toulon. C’est connu. Je ne dis pas des choses cachées. Je cherche à vous faire comprendre le problème en ce moment. Il y a une division dans les esprits. Ce principe qui a été tenu pendant des années, auquel nous étions tous groupés derrière ce principe, eh bien maintenant est abandonné.

En 2006, la Fraternité a fait un chapitre général où elle réaffirmait solennellement ce principe. Et en 2012, elle l’a abandonné. Elle a posé six conditions, si vous êtes d’accord sur les six conditions, à ce moment-là, accord canonique, accord pratique. Et Mgr Fellay écrivant au pape Benoît XVI en juin 2012, lui dit : voilà maintenant la voie qu’on a choisie, on laisse de côté les problèmes doctrinaux qui ne sont pas encore résolus suite aux discussions, d’abord un accord pratique et ensuite on verra les accords doctrinaux. Voilà. Et Mgr Fellay dit dans sa lettre à Benoît XVI : « J’ai l’intention, vraiment, de continuer sur cette voie.» Il le précise, il le dit très bien, c’est son intention. Et en juillet, un mois après, le 2 juillet, il y a une réunion des supérieurs religieux à Paris avec deux évêques, Mgr Fellay et Mgr de Galarreta. Et un Père Dominicain s’est levé en disant : mais Mgr, parce que Mgr Fellay avait avoué qu’il regrettait certaines choses etc., alors le Père Dominicain s’est levé : mais Monseigneur est-ce qu’il ne faut pas revenir au principe du chapitre de 2006. Voilà. Et Mgr Fellay a dit : Non, non. Non, non. Ce principe non, non, il n’est pas clair, il n’est pas sûr. Alors que quatre ans auparavant, il affirmait : c’est un ordre de nature. C’est-à-dire quelque chose qu’on ne peut pas toucher. Il n’y a pas d’exception possible à un ordre de nature. C’est philosophique, c’est comme ça. C’est la nature.

Donc vous voyez, mes bien chers frères, où se situe le problème. C’est ça que j’ai voulu, essayé de vous faire comprendre sans chercher à prendre parti, sans chercher à attaquer les personnes même si j’ai donné des noms. Mais je vous ai dit des choses qui sont publiques. Maintenant, je vous laisse prier, je vous laisse réfléchir sur ces choses-là pour que chacun d’entre nous, en conscience, nous puissions dire : quelle est la volonté de Dieu dans cette affaire ? C’est ça le plus important. Quelle est la volonté de Dieu dans cette affaire ? Et pas taper sur les uns et sur les autres en disant: ils ont tort etc. On n’en veut plus. Anathème à ces prêtres d’un côté ou de l’autre. Autant que possible, restons en paix, là, soyons en paix avec tout le monde. Autant que possible, et là c’est encore possible. Parce qu’il n’y a pas encore de ralliement officiel. On en est encore qu’à une bataille de principes. Et elle est très importante, elle est primordiale. C’est pour ça que vous avez ces photocopies à la sortie que je vous invite à lire, à comprendre.

Toutes les révolutions se sont jouées sur des principes. Nos anciens nous l’ont dit, il faut nous inculquer ça dans notre esprit. Et cette question de principes, il faut vraiment l’avoir compris, et ensuite, eh bien, nous devons suivre nos consciences parce qu’à chacun d’entre nous prêtres pour nous c’est un très grave problème de conscience. Et Mgr de Galarreta l’avait dit au chapitre de 2011, du 7 octobre 2011 à Albano, il avait dit: «Si on abandonne ce principe, il va y avoir un grave problème de conscience pour nos prêtres.» Il l’a dit, en chapitre. Il avait averti. Et malheureusement c’est ce que nous voyons actuellement. Ces « départs », entre guillemets, c’est parce que c’est des prêtres qui ont un grave problème de conscience et ils ne sont pas les seuls, moi aussi. Qu’est-ce que je dois faire en ce moment ? Qu’est-ce que je dois faire en ce moment ?

Alors prions bien, on nous invite à beaucoup prier en ce moment. Je pense que ça fait partie, voyez, certainement, de nos intentions de prières, eh bien, que nous soyons fidèles à ce que nous ont légué les anciens. Ces principes qui sont, j’en suis convaincu, qui viennent de Dieu, qui sont de la volonté de Dieu dans la crise actuelle, voilà dans nos rapports avec Rome. La condamnation du livre de M. l’abbé Pivert, c’est pour ça. C’est parce qu’il défend l’ancien principe. Il ne faut pas chercher ailleurs. Pourquoi le livre de M. l’abbé Pivert est défendu de vente maintenant dans les prieurés ? Nous le vendons toujours à Morgon. Eh bien parce qu’il défend le principe qu’on a toujours tenu depuis 25 ans et qui maintenant est abandonné. C’est ça. Donc vous comprenez bien, si vous avez compris cela, vous comprendrez beaucoup de choses concrètes, pratiques.

Alors mes bien chers frères, j’espère bien vous avoir parlé selon Dieu. J’espère ne causer de trouble en aucune âme, je voudrais au contraire que ce soit la paix. Je pense comme nous sommes sûrs, convaincus de la volonté de Dieu, nous ne pouvons être que dans la paix, même si on est dans les pires situations. Pensons à la sainte Vierge au pied de la croix, Stabat Mater. Elle était paisible. Stabat, elle se tenait debout. Elle n’était pas révoltée, elle n’était pas tremblante. Elle n’était pas paniquée. Voyez et pourtant, son Fils était dans une torture extraordinaire. Un cœur de mère et un cœur immaculé. Qu’est-ce qu’elle a dû souffrir ! Elle était dans la paix.

Donc nous souffrons tous, mes bien chers frères certainement de cette situation. Tous ! Dans la Tradition. Mais demandons bien à la très Sainte Vierge, voyez, comme elle au pied de la croix de rester paisible et puis de garder les yeux sur Dieu, sur la Volonté de Dieu. Pourquoi était-elle paisible ? Parce qu’elle savait que c’était la volonté de Dieu que son Fils meurt dans ces conditions et ça suffisait pour qu’elle soit paisible. Demandons bien cette grâce à Notre-Dame et, autant que possible, restons bien en paix avec tout le monde. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ainsi soit-il.

Père Jean,Capucin de Morgon