Le lien canonique : cause ou conséquence ?

« Refuser de chercher à rétablir le lien canonique avec l’Église, dans l’état où elle est aujourd’hui, telle qu’elle vit et souffre aujourd’hui, quel que soit le prétexte invoqué, c’est tout simplement refuser l’Église, ce qui n’est pas catholique. »

Voilà ni plus ni moins ce qui est affirmé dans l’un des bulletin de l’une des chapelles de la tradition. Deux réponses peuvent être apportées :

1 –  L’exemple de Mgr Lefebvre

– jusqu’en 1988, jusqu’aux sacres, Mgr Lefebvre a cherché un accord pratique, une régularisation canonique. Pour autant, il a agit d’une telle façon qu’il a perdu la régularité canonique en adoptant une attitude de refus des réformes qui menait inexorablement à cette rupture.

– après 1988, Mgr Lefebvre n’a plus voulu rechercher un accord pratique, il en a même, à partir de cette date, refusé le principe, principe qui fut tenu par la FSSPX jusqu’en 2012 comme étant « une voie de mort ». Est-ce à dire que Mgr Fellay a refusé l’Eglise quand il disait que l’impossibilité d’accepter un accord pratique relevait d’une cause de nature ? Cela veut-il dire qu’à partir de 1988 Mgr Lefebvre a refusé l’Eglise, tout comme l’ensemble de la FSSPX de 1988 à 2012 ?

Si l’auteur de ces lignes pense une telle chose, se maintenir dans la FSSPX constitue pour lui une acceptation du schisme latent qu’il dénonce, étant donné que les instituts Ecclesia Dei Adflicta répondent parfaitement à ses objections.

2 – Une inversion des principes

Le lien canonique n’est pas une fin en soi, encore moins en temps de crise. Ce lien vient sanctionner le partage d’une même Foi. Toute la difficulté de la crise actuelle, crise sans commune mesure avec toutes les précédentes, vient du fait que c’est le pape qui déverse dans l’Eglise des doctrines erronées, et que de fait, ces papes, loin de confirmer leurs frères dans la Foi, les en détournent.

Devant un tel mystère, il convient d’établir la hiérarchie des choses, car dans le cas présent, il y a incompatibilité entre le fait de conserver la Foi exprimée à travers le Magistère constant de l’Eglise et un éventuel lien canonique qui ne sous sera accordé que si précisément nous acceptons les nouveautés conciliaires contraires à cette Foi.

Il est bien évident que la Foi est au-dessus d’un lien canonique qui n’a pas de sens ni de valeur s’il est déconnecté de cette Foi. C’est tout le drame des sacres et  c’est là que ce situe l’acte de Foi héroïque posé par Mgr Lefebvre en 1988. Ne pas le comprendre, c’est ne pas saisir le combat qui se déroule depuis 50 ans déjà.

La FSSPX n’est pas le problème, la FSSPX n’a pas d’autres problèmes que ceux qui veulent la changer et la détourner de la prudence toute surnaturelle de son fondateur. Le problème vient de Rome, la perte de la Foi vient de Rome, du Concile et des réformes qui en sont issues. Que Rome revienne à la Tradition, et la FSSPX ne sera plus un problème, que ce soit au niveau doctrinal, comme au niveau canonique.

Austremoine


Abbé Pierre Duverger : abîmés par l’iceberg du libéralisme, du protestantisme et de la révolte !

Source : La Porte Latine

Monseigneur Lefebvre, le 11 juin 1988, envisageant un accord, décrivait les conséquences de cet esprit libéral et protestant, si nous n’étions pas bien fermes et solides dans la Foi et l’agir qu’elle implique.

« S’il y avait un arrangement (avec Rome), nous serions envahis par quantité de monde. Maintenant que vous avez la Tradition et êtes reconnus par Rome, on va venir chez vous. Il y a quantité de gens qui vont garder leur esprit moderne et libéral, mais qui viendront chez nous parce que cela leur fera plaisir d’assister de temps en temps à une cérémonie traditionnelle, d’avoir des contacts avec les traditionalistes. Et cela va être très dangereux pour nos milieux. Si nous sommes envahis par ce monde-là que va devenir la tradition ? Petit à petit, il va y avoir une espèce d’osmose qui va se produire, une espèce de consensus. Oh, après tout, la nouvelle messe, ce n’est pas si mal que ça, il ne faut pas exagérer. Tout doucement, tout doucement on va finir par ne plus voir la distinction entre le libéralisme et la Tradition. C’est très dangereux. « 

Ce danger n’est pas chimérique aujourd’hui.

Beaucoup se sont déjà habitués à des messes célébrées par des prêtres qui acceptent des accommodements dans la doctrine ou la soumission sans garantie aux autorités ecclésiastiques, le silence sur les documents conciliaires ou leur lecture authentique.D’autres, au contraire, suivent des pasteurs abandonnés à leur jugement, loin de tout lien hiérarchique qui les rattache à l’Église.

Ce n’est plus la Tradition de l’Église, ce n’est plus la Foi intégrale, librement prêchée, ce n’est plus l’exemple d’une adhésion d’intelligence et de coeur.

Pourtant, Monseigneur nous avait engagés à prendre nos distances avec prudence

« Alors quelle est notre attitude ? Il est clair que tous ceux qui nous quittent ou qui nous ont quittés pour sédévacantisme ou parce qu’ils veulent être soumis à la hiérarchie actuelle de l’Église tout en espérant garder la Tradition, nous ne pouvons plus avoir de rapports avec eux. Ce n’est pas possible. Nous disons nous, que l’on ne peut pas être soumis à l’autorité ecclésiastique et garder la Tradition. Eux affirment le contraire. C’est tromper les fidèles. Nous avons beau les estimer, il n’est bien entendu pas question de les insulter, mais nous ne voulons pas entamer de polémiques et nous préférons ne plus avoir affaire avec eux. C’est un sacrifice à faire. Mais il n’a pas commencé aujourd’hui, il dure depuis vingt ans. » (Flavigny, décembre 1988)

C’est ce que firent les Vendéens et les Chouans face aux curés jureurs. Parfois même ces jureurs étaient leurs propres curés. Ils les avaient baptisés, confessés, mariés, sanctifiés. Et à cette époque, point de changement ni dans les rites, ni dans la morale mais seulement un point de doctrine qui regardait la constitution divine de l’Église. Dans la tourmente révolutionnaire, cela pouvait sembler bien éloigné des préoccupations quotidiennes. Mais ces paysans à la Foi vive croyait en l’Église. Ils rejetèrent les jureurs, préférant se passer de sacrements, de messe, d’églises, de pasteurs ! Et le petit Jean-Marie Vianney fera sa première communion dans une grange derrière deux chars de foin !

« Tous ceux qui se séparent de nous, nous en sommes très affectés, mais on ne peut vraiment pas faire d’autre choix si nous voulons garder la Tradition. Nous devons être indemnes de compromission tant à l’égard des sédévacantistes qu’à l’égard de ceux qui veulent absolument être soumis à l’autorité ecclésiastique. Nous voulons demeurer attachés à Notre Seigneur Jésus-Christ. Or Vatican II a découronné Notre Seigneur. Nous, nous voulons rester fidèles à Notre Seigneur, roi, prince et dominateur du monde entier. Nous ne pouvons rien changer à cette ligne de conduite. » (Flavigny, décembre 1988)

De même, tous ceux qui prétendent aujourd’hui défendre la Tradition et la maintenir dans l’indépendance de nos évêques ne peuvent tenir. Cette allégeance, cette dépendance vis-à-vis de l’Évêque, c’est l’esprit de l’Église, aucun de ses membres ne peut s’en affranchir.Certes nos évêques ne jouissent à l’égard des âmes assoiffées que d’une d’une juridiction de suppléance, mais cela ne légitime pas un libre examen, une émancipation des règles d’agir dans l’Église. Il nous faut conserver l’esprit de l’Église à défaut de pouvoir jouir du recours à l’autorité compétente.

Exercer un ministère pastoral sans mandat d’aucune sorte, maintenir une vie religieuse sans inviter l’oeil de l’évêque, prétendre rompre des voeux publics ou s’affranchir des liens d’un mariage qui semble nul sans jugement de l’évêque, fonder une école catholique sans autorisation ecclésiastique préalable, donner ou recevoir la confirmation des mains d’un prêtre sans raisons extrêmes, tout cela va contre l’esprit de l’Église. La crise de l’autorité n’autorise pas à vivre dans la crise, le désordre, l’indépendance, la révolution.

« Pour ma part, je suis convaincu que la Tradition ne peut subsister sans évêque traditionnel. Les fidèles et les prêtres ont besoin d’évêques. Vouloir maintenir et faire l’expérience de la Tradition sous des évêques modernistes et libéraux, c’est une utopie et un mensonge. C’est précisément ce qui m’a fait rompre les entretiens romains : la conviction qu’on ne voulait pas me donner un évêque traditionnel, pas de représentation valable à Rome. C’en était donc fini de la Tradition après mon décès et celui de Monseigneur de Castro Mayer. Un évêque n’est pas seulement celui qui accomplit matériellement un rite, fut-il traditionnel. Un évêque enseigne et sanctifie par sa doctrine et son exemple de la fidélité à la foi de toujours. » (Ecône, 29 janvier 1989)

L’iceberg n’est pas seulement dangereux pour ceux qui y sont réfugiés mais surtout pour ceux qui veulent naviguer autour, sur de frêles barques à la dérive, n’ayant d’autre guide que leurs propres yeux. Avec ou sans accord, il s’agit surtout, pour nous, de ne pas se faire abîmer par l’iceberg du libéralisme, du protestantisme et de la révolte !

Abbé Pierre Duverger


De concession en concession…

Source : La Porte Latine

Nombreux sont ceux qui ont cru à sa bonne foi et se sont laissé prendre au double langage de ce personnage qui, de sournoises dérives en dérives assumées, en est arrivé à concélébrer dans le rite « ordinaire » (1) sans aucun état d’âme.

Même l’abbé Paul Aulagnier, membre éminent de l’IBP, alors encore prêtre de la FSSPX, déclarait en 2002 :

« ITEM est heureux de diffuser cette interview importante de Mgr RIFAN à l’occasion du deuxième anniversaire de la fondation, par Rome, de l’Administration Apostolique Saint Jean Marie Vianney: le 18 janvier 2002, dans le diocèse de Campos au Brésil. Ces prêtres connaîssent  toujours le même rayonnement et  même plus encore, comme l’explique Mgr Rifan, depuis la normalisation de leur situation avec Rome. Contrairement à ce que certains colportent, les pères de Campos ne souffrent d’aucune division interne. Ils s’adonnent à leur apostolat avec toujours la même passion, la même fidélité au dépot de la foi, avec le même amour de l’Eglise, avec le même zêle des âmes, avec la même fidélité à la messe dite de Saint Pie V. » (2)

En fait, ayant changé de camp, Mgr Rifan n’a pas cessé d’accumuler les preuves de la sincérité de son ralliement. Comme disait Abel Bonnard :  » Un rallié n’est jamais assez rallié.  » Autorité de Vatican II, légitimité de la nouvelle Messe, obligation de se soumettre au  » magistère vivant  » des Papes libéraux, condamnation de Mgr Lefebvre : tout cela Mgr Rifan l’a approuvé et le proclame toute honte bue. Il l’a fait avec une assurance sans faille et croissante. On aurait dit même qu’il y mettait plus de zèle que la plupart des progressistes.

Et pourtant ses déclarations de ne jamais bi-rutualiser résonnent encore à nos oreilles comme les trois reniements de saint Pierre :

« À l’occasion de la dernière assemblée générale de l’épiscopat brésilien, qui compte 414 évêques, je me suis présenté à tous, publiquement, en expliquant notre position. Beaucoup d’évêques m’ont félicité. Même si tous n’ont pas applaudi notre position, au moins ai-je trouvé des compréhensions et des sympathies. Une semaine avant l’assemblée, qui dure dix jours, un évêque m’a téléphoné en me disant qu’il avait reçu l’ordre de l’évêque président de notre région apostolique, pour me préparer une chapelle privée pour que je puisse dire ma messe, puisqu’il savait que je ne concélèbrerai pas. » (3)

Et que reste-t-il de ses positions d’alors ? :

« Nous sommes pour la royauté sociale du Christ-Roi, nous sommes contre la liberté religieuse en tant que relativisme doctrinal, laïcisme de l’État, indifférentisme et syncrétisme religieux, égalité de toutes les religions devant la loi, en un mot contre la liberté religieuse condamnée par Grégoire XVI, Pie IX et Pie XII. Nous sommes contre l’œcuménisme de complémentarité, ou d’irénisme et nous sommes pour le retour ou la conversion des séparés. Nous sommes contre la démocratisation de l’Église à tous les niveaux. » (4)

Ce n’est plus une conversion, c’est un exemple emblématique de trahison du combat de la Tradition pour lequel il a été sacré.

Alors peut-on dire que que ce revirement est insolite ? Oui, si l’on sait que « insolitus » en latin signifie aussi « inoui » !

La Porte Latine – Janvier 2014

Notes

(1) Nous entendons par ordinaire le rite très ordinaire d’une messe bâtarde : « De cette union adultère ne peut venir que des bâtards. Et qui sont ces bâtards? Ce sont nos rites. Le rite de la nouvelle messe est un rite bâtard. Les sacrements sont des sacrements bâtards. Nous ne savons plus si ce sont des sacrements qui donnent la grâce ou qui ne la donnent pas. Nous ne savons plus si cette messe nous donne le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ ou si elle ne les donne pas. Les prêtres qui sortent des séminaires ne savent plus eux-mêmes ce qu’ils sont. C’est le cardinal de Cincinnati qui, à Rome, disait pourquoi il n’y a plus de vocations, parce que l’Eglise ne sait plus ce qu’est un prêtre. Alors, comment peut-elle encore former des prêtres si elle ne sait plus ce qu’est un prêtre? Les prêtres qui sortent des séminaires sont des prêtres bâtards. » Mgr Lefebvre, Sermon historique du 29 août 1976, à Lille.
(2) http://la.revue.item.free.fr/interview_rifan0104.htm
(3) Idem
(3) Id.


L’attachement au Pape n’est pas sentimental

L’attachement au pape et à l’institution du pape ne doit pas être sentimental, ou si un certain sentiment peut être bien légitime, il ne doit avoir pour objet que d’aider la raison et l’intelligence à un tel attachement.

Le modernisme est la religion du sentiment : c’est ainsi que tout passe au prisme du ressenti, et l’intelligence et la volonté sont reléguées voir ignorées. Ainsi l’acte de foi n’est plus un acte de l’intelligence et de la volonté, mais « une rencontre avec le Christ ». La liturgie n’est plus orientée d’abord à la gloire de Dieu mais elle est considérée comme un outil adaptable à chacun afin de l’aider à ressentir « sa foi » et « faire communion » !

Il en va de même pour l’attachement à l’institution de la papauté et au  pape : certains finissent par ne le considérer que comme un sentiment qui du coup, interdirait toute considération venant heurter ce sentiment. Et pourtant cet attachement au pape est nécessaire à l’âme catholique, car c’est sur Pierre que le Christ a fondé son Eglise, Pierre est cette clef de voûte de l’institution qui ne peut disparaître sans que l’édifice ne s’écroule.

C’est la triste histoire de tous les schismes qui déchirèrent malheureusement l’Eglise : se séparant de Pierre, toutes les dérives virent le jour, et les sectes schismatiques disparaissent les unes après les autres tandis que traverse les âges cette Eglise, épouse du Christ, qui régénère perpétuellement cette institution salie par les atteintes que lui portent les hommes qui la composent.

Non l’attachement à Pierre n’est pas optionnel, il est de foi, cet attachement est éminemment volontaire, surtout aujourd’hui. Car malgré toutes les vicissitudes que connaît aujourd’hui l’Eglise, notre foi nous commande de rester attachés à la papauté. Et c’est tout le remarquable exemple de Mgr Lefebvre. Malgré le libéralisme de Jean XXIII, malgré les destructions liturgiques et doctrinales de Paul VI, malgré le scandale d’Assise et les excommunications qui furent fulminées contre lui par Jean-Paul II, l’archevêque resta attaché de toutes les fibres de son être au pape.

Mais, à l’exemple de saints de l’histoire de l’Eglise, en commençant par saint Paul, cet attachement le contraint à devoir reprendre le pape dans des termes parfois très forts, parce que ce dernier agissait contre son devoir. L’opposition de Mgr Lefebvre ne fut pas mièvre, il ne fut pas mou, il ne se perdit pas dans des contorsions de langage ou dans des rondeurs d’expression. Le respect dû à la fonction et à la personne du pape ne l’empêcha pas de dénoncer avec les mots appropriés le scandale provoqué par ces derniers.

C’est ainsi que Mgr Lefebvre n’hésita pas à employer le mot d’anti-Christ, d’apostat, de schismatique ! Et il le fit à l’encontre des fossoyeurs de l’Eglise, fussent-ils papes, non pour les insulter, non pour les dénigrer ou les rabaisser, mais pour désigner avec vérité la gravité de la réalité des actes de ces personnes, sans que cela ne l’empêcha un seul instant de montrer la plus grande déférence et le plus grand respect pour le pape.

La condescendance mondaine voudrait imposer, sous prétexte d’un faux respect et d’une charité dévoyée, un langage aseptisé au point que toute dénonciation de l’erreur serait perçue comme une atteinte à l’honneur et à la fonction de la personne. Ce pain vicié ne fut pas celui de Mgr Lefebvre. Ce grand prélat donné par la providence nous a montré comment aimer le prochain et l’Eglise, et notamment le Souverain Pontife dans ces temps de crise. La vraie charité est celle qui déteste le péché mais qui aime par le Christ et pour le Christ le pécheur : Credidimus Caritati, nous avons cru en la Charité ; ce fut la maxime épiscopale de Mgr Lefebvre qu’il appliqua avec tant de vertu.

Austremoine


Mgr Lefebvre : je le vois d’ici (le visiteur), minimiser (les difficultés) et magnifier (les propositions romaines)

Dans cette conférence donnée lors de la retraite des prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X du 4 septembre 1987, Mgr Lefebvre aborde la question du visiteur apostolique avec des pouvoirs élargis que voulait envoyer Rome, et il imagine très concrètement la façon de ce dernier de procéder.

Vision prophétique, heureusement non, puisqu’un telle initiative a été refusée catégoriquement par Mgr Lefebvre. Mais vision prophétique hélas, quand on ne peut qu’observer la hargne et la haine avec laquelle le visiteur apostolique Volpi détruit méticuleusement sous nos yeux les Franciscains de l’Immaculée pour avoir osé émettre des réserves sur certains points du Concile et pour avoir adopté le rite tridentin pour la messe conventuelle.

Extrait de la conférence :

Ce n’est pas possible, c’est clair. Au lieu de s’adresser à moi pour demander une signature au nom de toute la Fraternité, il va s’adresser maintenant aux candidats au sacerdoce, il va les éplucher, n’est-ce pas.

Et encore : « l’orthodoxie de l’enseignement dans les séminaires ». Donc, il va vérifier dans les séminaires, il va pouvoir interroger tous les séminaristes pour savoir ce que chaque séminariste pense ; et alors, à l’avance, déjà imposer des lignes, des limites, renvoyer, etc.

Ce n’est pas possible, nous ne sommes plus les maîtres.

Alors le cardinal Oddi me téléphone, il y a trois jours, et il me dit :

« Alors, j’espère que vous allez accepter les propositions du Saint-Siège ». J’ai dit : « Sûrement pas ! » ; j’ai dit : « Sûrement pas ; pas un cardinal, comme ça, qui va venir comme visiteur et qui aura tous les pouvoirs. Cela n’est pas possible, voyons, quand même. Pour qui nous prend-on ? Non, ce n’est pas possible. Nous voulons bien un visiteur, et surtout si c’est vous, Éminence, on vous recevra avec beaucoup de sympathie ». Il a rigolé, il a dit : « Oui, je ne pense pas que l’on vous enverra le cardinal Garrone ! »

« Surtout acceptez, acceptez ! Il faut accepter » !

Alors, lui, vous savez comment il est…, rondelet ! je crois qu’il est de Piacenza, ou quelque chose comme ça. Alors, c’est déjà un peu… ce n’est pas le midi de l’Italie, mais enfin, bon, c’est… ce n’est pas dans le nord. Alors, c’est lui qui me disait, n’est-ce pas : « Mais, Mgr, signez, signez ! puis vous ferez ce que vous voudrez après ». Avec un cardinal comme cela, qu’est-ce que vous voulez faire ?

Et puis je le (le visiteur) vois d’ici, je le vois au milieu de nous, et avec de petits groupes, il va aller se promener avec des séminaristes :

« Mais vous exagérez les difficultés. Mais voyons, le Concile : mais vous prenez ce que vous voulez, il ne faut pas comprendre le Concile à la lettre… mais ceci, mais cela… » Minimiser, minimiser, minimiser nos difficultés, n’est-ce pas, minimiser notre résistance. « Mais la liturgie, la liturgie… : puisqu’on vous accorde la messe de saint Pie V, vous pouvez quand même bien dire une fois de temps en temps la messe nouvelle. Elle n’est pas hérétique. Elle n’est pas schismatique. Il ne faut pas exagérer. » Minimiser, minimiser ; et puis, au contraire, magnifier ce que le Saint-Siège va nous donner : « Il faut s’entendre… Qu’est-ce que vous attendez ? Il ne faut pas être comme cela avec des catégories et un esprit difficile ».

Extrait de la conférence de Mgr Lefebvre lors de la retraite des prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X du 4 septembre 1987.

Source : La Porte Latine


Des ralliés non ralliés aux non ralliés…ralliés !

Correctif : j’avais indiqué que ce texte dont il est l’objet était le fait d’un laïc et d’un prêtre ex-Ecclesia Dei. Ayant eu ce dernier au téléphone, il m’a démenti en être le co-auteur et a réfuté le fait d’avoir été membre d’une communauté Ecclesia Dei ; il est justice d’en apporter la correction nécessaire, en lui présentant mes excuses.

Il est également précisé que le texte dont il est question n’a pas été publié par ce blog mais qu’il est disponible par ailleurs sur de nombreux sites Internet.

Une terrible circulaire (extrait ci-dessous), émanant de la Maison Générale, destinée aux prêtres de la FSSPX, dont nous tairons les auteurs, propose de reconsidérer l’attitude à tenir vis-à-vis des prêtres des communautés Ecclesia Dei, en commençant par proscrire le terme de « ralliés » usité pour les qualifier, au motif qu’ils n’auraient rien abandonné de la Tradition que ce soit au niveau doctrinal ou liturgique (cf l’écartèlement des Instituts Ecclesia Dei).

Le but ici n’est pas de démontrer la fausseté de telles assertions, fausseté que les faits démontrent à l’envie et résumée dans le texte de l’abbé François-Marie Chautard. Il sera encore moins question de démontrer la grotesque affirmation selon laquelle Mgr Lefebvre aurait changé d’attitude à leur égard.

On pourra utilement rappeler que pour ces prêtres Ecclesia Dei la nouvelle messe, bien que moins satisfaisante que l’ancienne, est parfaitement orthodoxe, et que dans ce sens, elle leur apparait comme parfaitement légitime.

On pourra constater que les communautés Ecclesia Dei acceptent le « magistère » du concile Vatican II et notamment celui sur la liberté religieuse – défendue notamment par le père Basile Valuet du Barroux dans sa thèse – et qu’ils ont accepté sans sourciller la béatification de Jean Paul II, pape d’Assise et du baiser du coran.

Il ne faudrait donc plus appeler nos amis ralliés…ralliés. Déminons le terrain.

Le terme « rallié » n’a rien à voir avec le ralliement sous Léon XIII. Ne faisons pas comme ceux qui nous empêchent d’utiliser le mot « occupation » sous prétexte que ce terme renverrait systématiquement « aux heures les plus sombres de notre histoire » !!!

Le terme « rallié » n’est pas non plus une insulte, il ne dit pas que ces personnes sont des traitres ou des lâches ou que sais-je ! Il y a parmi les fidèles et les prêtres de ces communautés une majorité de personnes tout à fait sympathiques, sans doute une majorité d’entre elles sont de bonne foi, et qu’il y a parmi eux des personnes pieuses et saintes comme on peut également en trouver dans l’Eglise conciliaire ou la FSSPX.

Ce mot de « rallié » signifie simplement le fait d’avoir, tout en conservant un certain décorum traditionnel -possibilité que l’on doit à Mgr Lefebvre et aux sacres de 1988 -, rallié les nouvelles orientations théologiques et liturgiques données par le concile Vatican II, ralliement effectué en 1988 à l’occasion des sacres et de la condamnation de Mgr Lefebvre.

Ce mot de rallié désigne simplement un état de fait, une réalité. Il est compréhensible que ce mot qui rappelle cette réalité dérange, surtout ceux qui au fond d’eux mêmes voudrait voir la FSSPX suivre le même chemin, que ce soit par facilité, lassitude, ignorance, libéralisme, mondanité, orgueil ou aveuglement.

On nous demande de considérer que les ralliés ne sont pas ralliés…c’est difficile ! En revanche il ne fait pas de doute que d’autres qui ne sont pas ralliés officiellement le sont dans leur tête. La crise de l’Eglise se complexifie : si nous avons des ralliés non ralliés, voici maintenant des non ralliés…ralliés.

Austremoine

A lire aussi : Réponse à monsieur l’abbé Ribeton.

Extrait de la circulaire :

5.   L’attitude  à l’égard des milieux Ecclesia Dei est contre-productive. On ne peut compter le nombre de fois où est répété le terme « rallié ». Dès la présentation du livre, l’abbé Pivert avance que les communautés Ecclesia Dei auraient abandonné la tradition doctrinale ni plus ni moins.
 
Au fil des pages, on découvre des jugements assez sévères à leur encontre lesquels ne sont pas remis dans leur contexte. Entre les sacres et sa mort, Mgr Lefebvre n’a guère eu le temps de voir évoluer ces communautés. Les seuls exemples qui l’incitent- et ils les citent  à  titre  d’exemple  à  cette  époque  – à  être  particulièrement sévère sont:  le monastère  Saint-Joseph de  Clairval à Flavigny-sur-Ozerain (Côte-d’Or) qui, après avoir accepté l’indult de 1984, a adopté le nouveau missel, et le séminaire Mater Ecclesiae  à Rome qui, à  peine  mis  en  place, recycle des rescapés d’Écône en  faveur des réformes. Par conséquent, il n’est pas étonnant que Mgr Lefebvre ait écrit in privatim à l’abbé Couture que les messes permises par l’indult  étaient  des « attrapes nigauds. »
Il est évident que ces essais apparaissaient comme autant de pièges tendus pour conduire les âmes vers la liturgie réformée. Il affirmait  également qu’il ne donnait guère de temps aux prêtres de la Fraternité Saint-Pierre pour  adopter  la nouvelle  messe.   Finalement  les faits ont  montré  que ces derniers ont su résister aux assauts. En 1999, ils ont eu raison d’une tentative de mise au pas de Rome et, progressivement, la quasi-totalité  des seize signataires d’une lettre préconisant le  biritualisme   ont  dû quitter   la  FSSP.   Aujourd’hui,   ils  sont  250  prêtres  célébrant exclusivement l’ancien rite. Nul ne peut dire que Mgr Lefebvre aurait maintenu la même appréhension qu’en  1988  au fil  des années. En même  temps, si on  se penche sur la correspondance de Mgr Lefebvre, on pourra également trouver des morceaux plus modérés à l’endroit des communautés Ecc/esia Dei, concédant le fait qu’ils ne sont pas ralliés d’esprit et qu’ils ont l’avantage de rappeler quotidiennement  aux évêques ce qu’est la Tradition :

 « La tension  va monter  entre  les évêques et  Rome au sujet  de ces prêtres et séminaristes ralliés sans être ralliés. Les évêques n’en veulent pas. L’entreprise de Rome risque de tourner  à l’échec. Que va faire l’évêque de Laval avec des prêtres affublés de l’habit  dominicain ? Ainsi se trouve constamment posé à Rome et aux évêques le problème du Concile et la Tradition ! « 

Dans ce passage, Mgr Lefebvre admettait  que ceux qui ont régularisé leur situation – ralliés sans être ralliés – posaient constamment à Rome et aux évêques le problème du Concile et de la Tradition. Ce sont ses termes.
 
Par ailleurs, l’abbé Pivert compare le monde Ecclesia Dei au clergé jureur car il dépendrait directement d’un épiscopat moderniste. Certes, mais la comparaison a ses limites : le clergé jureur  était  en effet  soumis à un épiscopat clairement  schismatique. De plus, en faisant signer la reconnaissance de la Fraternité à Mgr François Charrière, évêque de Fribourg, imbu des idées d’œcuménisme et  de liberté  religieuse, Mgr Lefebvre se trouvait  en régularité canonique de 1970 à 1975. Fallait-il l’assimiler à un évêque jureur, soumis aux hommes de Vatican Il ?

Notre brevet de catholiques

Le monde de la Tradition se voit régulièrement accusé de schisme, ou du moins, d’être en marge de l’Eglise catholique par son refus d’obéissance au pape et aux évêques. A ce titre, nous ne serions pas catholiques ou du moins, considérés uniquement comme des catholiques de seconde zone. C’est sur ce constat, le considérant cette situation comme injuste, qu’il nous fut expliqué qu’il était normal de chercher à ce que notre titre de catholiques soit pleinement reconnu par Rome.

Il est vrai qu’il est désagréable de se voir refuser la reconnaissance ce qui pourtant est le plus cher à notre cœur tant attaché à  la Foi catholique. Et il est vrai que chercher à se faire connaitre comme catholiques et attachés à la Tradition, parce que catholiques, est tout à fait juste et louable.

Mais qu’est-ce qui nous donne ce brevet de catholicité tant recherché ? Certains nous ont dit que ceux qui devaient nous le rendre sont ceux qui précisément nous l’avaient ôté, à savoir Rome, et à sa tête  le pape. D’autres, considérant Rome comme moderniste et anticatholique cherche ce brevet dans le fait d’être opposé à la  Rome conciliaire.

Ces deux attitudes sont erronées, car elles recherchent chez les hommes le fait d’être catholique ou non. Or être catholique ne découle pas d’une reconnaissance ou d’une opposition, mais simplement d’une adhésion à la doctrine catholique, à la Foi catholique. Nous sommes catholiques par notre baptême et par la correspondance de notre vie à cette grâce reçue. Et c’est cette attitude, cette adhésion, cette correspondance à la Foi catholique qui est le seul brevet, la meilleure preuve et le meilleur témoignage de notre catholicité.

Si nous perdons de vue ce témoignage, cette adhésion, et que nous ramenons à la reconnaissance humaine notre adhésion à l’Eglise, alors les voies d’égarement menacent et elles risquent même de mettre en danger la cohérence et la crédibilité de notre témoignage de catholiques.

Comment vouloir être reconnus comme catholiques par ceux qui font Assise, qui baisent le Coran, qui vénèrent des « saints » qui n’en sont pas, qui font la promotion du culte de l’homme, qui ont évacué Dieu de l’Eglise pour en faire une vaste association caritative basée sur les droits de l’homme.

« Le résultat de ce concile est bien pire que celui de la Révolution; les exécutions et les martyrs sont silencieux, des dizaines de milliers de prêtres, de religieux et religieuses abandonnent leurs engagements, les autres se laïcisent, les clôtures disparaissent, le vandalisme envahit les églises, les autels sont détruits, les croix disparaissent les séminaires et les noviciats se vident.

Les sociétés civiles encore catholiques se laïcisent sous la pression des autorités romaines : Notre Seigneur n’a plus à régner ici-bas ! l’enseignement catholique devient œcuménique et libéral, la Grégorienne à Rome devient mixte, saint Thomas n’est plus à la base de l’enseignement » (Mgr Lefebvre, Itinéraire spirituel, p.7).

C’était il y a 30 ans. Toutes ces choses sont maintenant réalisées. Est-ce à cette Rome que nous demandons un brevet de catholicité ? Quelle cohérence ? Quel brevet obtenir de ceux qui détruisent l’Eglise ? Il n’y en a pas, cela n’a pas de sens, c’est se fourvoyer sur notre combat et sur celui des modernistes et des francs-maçons.

« Monseigneur souffrait des injustices qui lui étaient faites personnellement, des humiliations de son honneur foulé aux pieds ; Il souffrait de quelques-uns de ses fils prêtres qui lui disaient : « Cette doctrine est dure, qui peut l’entendre ? » (Jn 6,61) et qui se retiraient et n’allaient plus avec lui. Il souffrait encore mille fois plus à cause de l’Eglise, il souffrait pour l’Eglise. A vrai dire, le Christ « souffrait en lui pour accomplir dans son Corps mystique l’œuvre de la Rédemption » (Col. 1,34). », Obsèques  de Monseigneur, Sermon de M. l’abbé Schmidberger, le 2 avril 1991

Condamner toutes ces errances de l’Eglise conciliaire ne fait pas de nous pour autant des catholiques. Nous ne sommes pas catholiques parce que nous sommes opposés au concile Vatican II et à toutes ses réformes. S’enfermer dans une simple lutte d’opposition est stérile, inefficace, sans lendemain. Tout au plus attire-t-elle des réactions d’hostilité sans possibilité de comprendre le fond réel d’une telle opposition.

« Car c’est en vertu de cette Tradition, c’est-à-dire en vertu du trésor que Notre Seigneur Jésus-Christ nous a laissé dans les mains, a laissé dans les mains de ses apôtres pour qu’il soit transmis de génération en génération, que nous menons le bon combat. Car c’est cela qui nous fait chrétiens et qui nous fait catholiques, participer au trésor de la vie divine que Notre Seigneur Jésus-Christ est venu nous donner.

C’est cela la Tradition : c’est la préparation de la vie éternelle. Ce n’est pas une petite chose; ce n’est pas un mot. C’est une réalité profonde, une réalité qui doit nous mener à la vie éternelle. Sans la Tradition, c’est-à-dire sans le magistère de l’Eglise de toujours et sans ce trésor de la grâce qui est la participation même à la vie de Notre Seigneur qui est Dieu, nous ne pouvons pas atteindre la vie éternelle.

C’est donc notre vie de toujours qui est en jeu. En faisant cela, nous ne faisons pas du folklore; nous ne sommes pas attachés à quelques vestiges du passé dont on pourrait facilement s’abstenir. » Mgr Lefebvre, 29 juin 1988

Voici la promesse si pleine de Foi et d’espérance que firent les enfants de Mgr Lefebvre rassemblés autour de la dépouille de leur bien aimé Père :

« Il a en effet formé une petite élite qui est à la disposition du Saint-Siège et des évêques; mais permettez-moi de préciser : elle est à leur disposition en excluant tout compromis et toute concession vis-à-vis du concile Vatican II et des réformes qui en découlent. Tant que l’esprit de destruction soufflera dans les évêchés et dans les dicastères romains, il n’y aura aucune harmonisation ou accord possibles. Nous voulons travailler à la construction de l’Eglise et non pas à sa démolition. On lit dans les journaux que Rome aurait attendu jusqu’à la fin le “repentir” de Monseigneur. De quoi peut se repentir un homme qui a accompli son devoir jusqu’au bout en préservant ou en redonnant à l’Eglise les moyens qui sont absolument nécessaires à la sainteté ? N’était-ce pas une bonne œuvre de lui donner des pasteurs catholiques, elle qui est occupée par des mercenaires, des voleurs et des larrons ? « Et pour cette bonne œuvre vous lapidez votre frère » (Jn 10,32).

En cette heure, nous supplions Rome et les évêques : abandonnez l’œcuménisme funeste, la laïcisation de la société et la protestantisation du culte divin, retournez à la sainte tradition de l’Eglise, même si vous scellez le tombeau que vous avez creusé à la vraie Sainte Messe, au catéchisme du concile de Trente et au titre de Roi universel de Jésus-Christ, par mille décrets et excommunications : la vie ressuscitera du tombeau fermé. « Jérusalem, convertis-toi au Seigneur ton Dieu ! « Un signe essentiel d’une telle conversion et d’un tel retour pourrait être une fois fermé le tombeau de Monseigneur Lefebvre, l’ouverture officielle d’un procès d’information pour constater le degré héroïque de ses vertus. Nous ses fils, nous sommes les témoins privilégies de ses mérites, de la force de sa foi, de son amour brûlant de Dieu et du prochain, de sa résignation dans la volonté de Dieu, de son humilité et de sa douceur, de sa vie de prières et d’adoration, de sa haine du péché et son horreur de l’erreur. », Obsèques  de Monseigneur Lefebvre, Sermon de M. l’abbé Schmidberger, le 2 avril 1991

Austremoine