Mgr Williamson : humanisation fatale

Quelques catholiques qui soutiennent que le Siège Apostolique est vacant, protestent fermement contre les récents numéros de ce « Commentaire », car ils paraissent mettre au même niveau l’hérésie universelle du libéralisme et l’opinion particulière du sédévacantisme. Mais alors que ce « Commentaire » ne cesse d’attaquer la plaie du libéralisme, a-t-il fait récemment plus que d’apporter des arguments selon lesquels personne n’est obligé d’être sédévacantiste ? Et si l’on considère quel piège stérilisant s’avère être le sédévacantisme dans certains cas, n’est-ce pas là une prise de position bien modérée ?

Ce que maintient ce « Commentaire», c’est que le sédévacantisme, bien qu’admirable en tant qu’effort pour combattre le libéralisme dans l’Église, est au mieux un moyen inadéquat de ce faire, car il partage avec les libéraux d’aujourd’hui l’une de leurs erreurs fondamentales, à savoir l’exagération de l’infaillibilité papale. Dans toute sa profondeur cette erreur nous ramène au cœur de l’actuelle crise sans précédent de l’Eglise, et voilà pourquoi ce « Commentaire » va insister, tout en demandant pardon aux lecteurs indûment ennuyés ou offensés. Car c’est toute l’Eglise qui est en jeu et pas seulement les sensibilités de tels ou tels de ses membres.

Cette erreur en toute sa profondeur s’étale sur les 700 dernières années. C’est l’humanité tournant le dos lentement mais sûrement à Dieu, à Son Fils et à Son Eglise. Au sommet du Moyen Âge, les Catholiques avaient une Foi claire et forte, saisissant l’unicité et l’exclusivité du Dieu objectif et de sa Vérité sans contradiction. Par exemple Dante n’eut aucune difficulté à mettre plusieurs Papes dans son Inferno. Mais au fur et à mesure que l’homme se plaça lui-même toujours plus au centre de toutes choses, Dieu perdit sa transcendance absolue au dessus des créatures, et la Vérité devint de plus en plus relative, non plus à l’autorité de Dieu, mais à celle de l’homme.

Dans le cas de l’Eglise, prenez par exemple la 13ème des 17 « Règles pour sentir avec l’Eglise » du célèbre livre des Exercices Spirituels de Saint Ignace, loué par d’innombrables Papes depuis lors et sans aucun doute responsable d’avoir contribué puissamment au salut de millions d’âmes. Saint Ignace écrit : « Pour ne nous écarter en rien de la vérité, nous devons maintenir le principe de croire que le blanc que je vois est noir, si l’Eglise hiérarchique le décide ainsi ». Une telle position pourrait renforcer l’autorité des hommes d’Eglise à court terme, mais ne court-elle pas le risque grave de séparer l’autorité de la vérité à long terme ? « Nous n’avons aucune autorité contre la vérité, m ais pour la vérité » (II Cor, XIII, 8).

De fait, vers la fin du 19ème siècle le libéralisme était devenu si puissant que l’Eglise se vit obligée à renforcer sa propre autorité par la Définition en 1870 de son Magistère opérant au maximum de son pouvoir, à savoir chaque fois que 1) un Pape 2) définit 3) un point de Foi ou de morale 4) de manière à obliger en conscience toute l’Eglise. Mais mus depuis lors par une pensée trop humaine, trop de Catholiques, au lieu de rapporter ce Magistère Extraordinaire à Dieu et à l’immuable Vérité du Magistère Ordinaire de l’Eglise, ont eu tendance à prêter à la personne humaine du Pape une infaillibilité qui provient de Dieu et qui n’appartient qu’à Dieu seul. Ce processus d’humanisation a engendré une infaillibilité envahissante qui devait d’une façon presque inévitable aboutir dans la prétention grotesque de Paul VI de refondre la Tradition de l’Eglise au nom d’un « Solennel Magistère Ordinaire ». La grande majorité des Catholiques l’ont suivi docilement, et jusqu’à ce jour la plupart d’entre eux deviennent jour après jour libéraux en suivant les Papes Conciliaires, tandis qu’une petite minorité de catholiques se voit acculée à nier que les responsables de la folie conciliaire puissent être Papes tout simplement.

Personnellement je respecte bon nombre de sédévacantistes, dans la mesure où ils croient en l’Eglise et où ils désespèrent de trouver une autre solution à un problème infiniment grave de l’Eglise. Mais à mon avis ils feraient bien de regarder plutôt vers l’infinie hauteur et profondeur de Dieu Lui-même.

Kyrie Eleison.

Mgr Richard Williamson

Le problème du sédévacantisme est celui du monde et de l’Église modernes : prendre trop en considération l’homme, et trop peu Dieu.


Mgr Williamson : Anxiété sédévacantiste II

Excellente synthèse et réfutation de l’erreur sédévacantiste.
 

1 Ou bien on accepte les Papes Conciliaires en bloc (comme le font les libéraux – Dieu nous en préserve !) ou bien on les rejette en bloc (comme le font les sédévacantistes). Les accepter partiellement oui et partiellement non, c’est sélectionner et choisir ce que l’on acceptera, comme le fit Luther, et comme le font tous les hérétiques (du Grec : celui qui choisit). Cela est vrai si l’on sélectionne et choisit selon son propre choix personnel, mais cela n’est pas vrai si, comme Monseigneur Lefebvre, on juge selon la conformité ou non à la Tradition catholique, laquelle se trouve dans le trésor de 2000 ans de documents magistériels de l’Église. Dans ce cas on juge en accord avec 260 Papes contre seulement six, mais cela ne prouve pas l’invalidité de ces six derniers Papes.

2 Mais ces six Papes Conciliaires ont empoisonné la Foi et ont mis en danger le salut éternel de millions de Catholiques : cela est contraire à l’indéfectibilité de l’Église.Lors de la crise Arienne du 4ème siècle, le Pape Libère mit la Foi en danger en condamnant Saint Athanase et en accordant son appui aux évêques Ariens de l’Est. Alors pour un certain temps l’indéfectibilité de l’Église n’était plus assurée par l’intermédiaire du Pape mais par son adversaire apparent. Cependant cela ne signifie pas que Libère ait cessé d’être le Pape, ni qu’Athanase ait été le Pape. De même aujourd’hui, l’indéfectibilité de l’Église passe par ceux qui suivent fidèlement la ligne de conduite établie par Monseign eur Lefebvre, mais cela ne signifie pas nécessairement que Paul VI n’ait pas été le Pape.

3 Ce que les évêques du monde enseignent, unis au Pape, c’est le Magistère Ordinaire Universel de l’Église, lequel est infaillible. Or voici que, au cours des 50 dernières années, les évêques du monde unis aux Papes Conciliaires ont enseigné le délire Conciliaire. Par conséquent ces Papes ne peuvent avoir été de vrais Papes.Si le Magistère Ordinaire de l’Église devait s’éloigner de la Tradition en opposition avec elle, il ne serait plus « Ordinaire »,mais plutôt tout ce qu’il y a de plus extraordinaire, parce que la doctrine de l’Église n’admet pas de nouveautés, devant être « Universel » autant dans le temps que dans l’espace. Or la doctrine Conciliaire s’écarte de beaucoup de la Tradition (par exemple la liberté relig ieuse et l’œcuménisme). Par conséquent la doctrine qui est propre au Concile ne tombe pas sous le Magistère Ordinaire Universel, et elle ne peut servir de preuve que les Papes Conciliaires ne furent point Papes.

4 Le Modernisme est « la synthèse de toutes les hérésies » (Saint Pie X). Or, les Papes Conciliaires furent tous des modernistes « publiques et manifestes », c’est-à-dire des hérétiques d’une nature telle que Saint Robert Bellarmin déclarait qu’ils ne pouvaient être membres de l’Église, et à plus forte raison en être la tête. Voyez le « Commentaire » de la semaine dernière. Aux jours de Saint Bellarmin les choses étaient beaucoup plus claires, à savoir « publiques et manifestes », qu’elles ne le sont de nos jours où c’est la confusion qui règne dans les esprits et les cœurs. L’hérésie objective des Papes Conciliaires (c’est-à-dire ce qu’ils disent) est publique et manifeste, mais ce n’est pas le cas de leur hérésie subjective ou formelle (c’est-à-dire leur intention consciente et résolue de nier ce qu’eux savent être l’immuable dogme catholique). La preuve de leur hérésie formelle ne peut être obtenue que par une confrontation avec l’autorité doctrinale de l’Église, par exemple l’Inquisition ou Saint Office (quelque soit son nom). Mais le Pape est lui-même l’autorité doctrinale la plus haute de l’Église, au dessus et au-delà de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Comment donc pourrait-il être lui-même prouvé coupable d’appartenir à cette classe d’hérétique dont on suppose qu’elle seule peut le rendre incapable d’être le chef de l’Église?

5 Mais dans ce cas-là l’Église a fait naufrage sans possibilité de s’en sortir. Encore une fois, voyez le « Commentaire » de la semaine dernière. Les esprits sont aujourd’hui si universellement embrouillés que Dieu seul peut débrouiller un tel chaos. Plutôt que de prouver que ces Papes embrouillés ne sont pas Papes, cette objection suggérerait que Lui seul doit intervenir (et vite, dirait-on !). Mais patience. Dieu nous soumet tous à l’épreuve, et Il a parfaitement le droit de le faire.

Kyrie eleison.
Mgr Williamson


Sédévacantisme et libéralisme : le même problème selon Mgr Lefebvre

A l’heure où certains voudraient que nous acceptions le concile Vatican II comme faisant parti du magistère – un tel refus ferait soit-disant de nous des sédévacantistes -, et où d’autres voudraient que les papes post-conciliaires soient considérés comme n’étant pas des papes, il est bon de revenir au bon sens catholique de Mgr Lefebvre. Le fondateur, dans cette sagesse toute divine que lui donna la providence en ces temps de crise, n’avait pas besoin de grands discours ni de considérations abstraites pour saisir et entrevoir les solutions qui seront sans doutes explicitées par l’Eglise plus tard.

La fidélité à l’Eglise passe, dans ces temps de crise pour la FSSPX et l’Eglise, par la fidélité à la pensée de son fondateur. S’en écarter, c’est prendre des chemins qui ont montré qu’ils sont une voie de mort : d’un coté le schisme par la séparation d’avec Pierre, et de l’autre, l’abandon du combat de la Foi par l’acceptation plus ou moins implicite des erreurs qui détruisent l’Eglise.

Austremoine

Lecture recommandée sur le sujet du magistère sur Vatican II en question.

Mgr Lefebvre :

L’histoire d’Ecône est suffisamment émaillée d’événements qui sont des conséquences de la situation dans laquelle l’Eglise se trouve aujourd’hui et qui pose évidemment un problème, un problème d’ailleurs qui, en définitive, est unique. C’est le même problème qui se pose à ceux qui nous quittent en disant que nous n’obéissons pas au pape et puis ceux qui nous quittent parce qu’ils disent qu’il n’y a pas de pape. Ils partent du même principe, en définitive : que le pape ne peut pas, dans les voies universelles, disons, dans les actes universels qu’il fait, il ne peut pas se tromper et ne peut pas engager l’Eglise dans une voie qui n’est pas conforme à la foi et aux mœurs.

Alors voilà le principe énoncé. Alors les uns disent : – Bien. Voilà le principe. Il est fermement établi par la Tradition, par les théologiens, par la doctrine de l’Eglise. Or le pape publie des actes qui sont nocifs à l’Eglise dans le domaine de la foi et des mœurs. Donc il n’est pas pape, puisqu’il ne peut pas le faire. Alors s’il n’est pas pape, et bien il n’y a plus de pape. Ce n’est pas difficile. Donc nous sommes libérés de tous les principes qui nous relient à Rome, et ainsi de suite… Nous sommes indépendants… Bon, c’est une solution.

Et puis il y a les autres qui disent : – Non, il n’est pas possible que le pape puisse donner quelque chose qui soit nuisible à l’Eglise, dans un autre domaine, indirectement ou implicitement, pour la foi et les mœurs. Or le pape est pape. Donc il faut accepter ce que le pape nous donne. Et donc, tout ce qui vient de Rome est bon. C’est essentiellement bon. Il peut bien y avoir quelques incidents, quelques bavures, quelques petites choses qui ne sont pas très bonnes, mais enfin c’est bon. La messe est bonne. On ne peut pas dire que la messe est mauvaise. Elle est peut-être mauvaise extrinsèquement, par quelques choses extrinsèques, mais elle n’a pas de principe mauvais. Les principes mêmes de la messe ne sont pas touchés. Ils sont intangibles, puisque c’est le pape qui les a donnés. Le pape ne peut pas faire quelque chose contre la foi et les mœurs lorsqu’il parle pour l’Eglise universelle, donc essentiellement tous les actes qui viennent du Saint-Siège sont bons, donc le Droit Canon est bon. Il y a peut-être des petites phrases qu’on pourrait changer, des petits détails, d’accord, mais fondamentalement il est bon parce qu’ il ne peut pas donner des choses mauvaises. C’est fini, c’est clair.

Alors vous, vous contestez le Droit Canon, vous contestez la messe, vous contestez la bible œcuménique, vous contestez tout ce qui vient de Rome d’une manière grave. Par conséquent vous êtes dans la désobéissance et on vous quitte. Nous, on préfère être dans l’obéissance.

Ils s’en vont et ils rentrent dans l’obéissance, c’est-à-dire dans le libéralisme, dans le progressisme, dans la destruction de l’Eglise et dans la nouvelle messe et dans le nouveau Droit…

Alors qu’est-ce que vous faites ? Il me semble que ces solutions pèchent, à mon sens, d’abord par trop de simplisme. On énonce le principe comme ça, et on ne l’étudie pas à fond. Or un principe comme celui-là dans l’infaillibilité de l’Eglise dans les matières disciplinaires, dans les matières liturgiques, c’est tout de même un principe qui nous vient de la Tradition. Ça n’a pas été dit explicitement par Notre-Seigneur, ce n’est pas, si vous voulez, aussi explicite que dans la Révélation, que l’infaillibilité au point de vue de la foi et des mœurs, ça c’est clair, ça c’est l’objet direct de l’infaillibilité, donc il n’y a pas de problèmes. Mais il y a un objet indirect de l’infaillibilité, un objet comme complémentaire de l’infaillibilité, qui est précisément les faits dogmatiques, par exemple. Les faits dogmatiques qui sont les conclusions théologiques, les faits dogmatiques, les questions disciplinaires et cultuelles de l’Eglise, donc qui sont l’objet indirect, qui soutiennent l’objet primaire qui est l’objet de la foi et des mœurs et qui sont impliqués justement dans la mesure où la foi et les mœurs sont impliqués aussi dans ces faits, dans les conclusions théologiques, dans les faits dogmatiques, dans les questions disciplinaires et cultuelles.

Alors, pour déterminer ça, ça a été la Tradition de l’Eglise, les théologiens, les papes dans leurs Encycliques, dans leur manière dont ils font publier les décrets concernant ces différents sujets. Alors on en a conclu, les théologiens dans l’ensemble en ont conclu, que quand le pape fait un décret pour l’Eglise universelle et qui a trait à la liturgie, à la discipline générale de l’Eglise, et bien le pape ne peut pas se tromper, le pape est infaillible.

Mais si on étudie les choses de près, on s’aperçoit tout de même que cette infaillibilité, l’infaillibilité dans ce domaine-là, est tout de même moins absolue que dans l’objet primaire qui est directement la foi et les mœurs.

Et donc il peut y avoir des exceptions, il peut y avoir des cas où le pape, soit par son mode d’expression, soit par ses affirmations personnelles au sujet de ce qu’il édicte, et bien manifeste qu’il n’a pas l’intention d’utiliser son infaillibilité.

Je pense qu’il faut lire non seulement une seule page concernant la loi et l’infaillibilité du livre que vous connaissez bien de Xavier da Silveira. En effet il tire en conclusion dans ce sujet que d’une manière générale, l’Eglise est infaillible en manière de discipline et liturgie. Mais la thèse n’affirme en aucune façon que la loi doit être la plus parfaite possible, ni qu’elle devrait contenir implicitement toute la doctrine sur la question à laquelle elle se réfère, mais elle traite seulement de la non-existence, dans ce que prescrit la loi, de toute erreur implicite ou explicite en matière de foi et de morale.

Ça c’est la conclusion générale de son étude de la Tradition. Mais après, il met bien : c’est une thèse à considérer dans ses nuances.

Comme nous l’avons vu, la thèse selon laquelle les décrets disciplinaires et liturgiques promulgués pour l’Eglise universelle sont toujours garantis d’infaillibilité, semblent recevoir le support total de la Tradition.

Cependant avant de continuer en se demandant s’il n’y a pas dans la Tradition des témoignages contraires, il nous semble qu’on peut et doit douter que la thèse de l’infaillibilité dans les décrets disciplinaires et liturgiques ait l’ampleur que certains théologiens pensent pouvoir lui attribuer.

Bon, il faut compléter, il ne faut pas seulement lire une phrase, il faut tout lire. Ensuite, un peu plus loin, il fait de nouveau appel à cela :

Avant d’examiner le cas concret du Nouvel Ordo, nous allons reprendre les principes exposés jusqu’ici et fixer clairement l’état de la question.

Premièrement, nous avons vu que, en général, les manuels néo-scolastiques considèrent la thèse selon laquelle les lois universelles de l’Eglise qui incluent les lois liturgiques engagent l’infaillibilité comme théologiquement certaine.

Deuxièmement, nous avons montré ensuite que cette thèse a, ou semble avoir, un support solide dans la Tradition.

Troisièmement, nous avons souligné que, malgré les témoignages de la Tradition qui ont été allégués, il y a de graves raisons aussi, aussi bien d’ordre doctrinales qu’historiques pour nous, de douter que les lois universelles impliquent toujours et nécessairement l’infaillibilité de l’Eglise.

Nous avons remarqué que ce doute a un support dans la Tradition car, dans de nombreux documents, on trouve des hésitations, des expressions restrictives, au sujet de la thèse de l’infaillibilité en matières disciplinaires et liturgiques.

C’est ce danger, voyez-vous, de toujours prendre certaines vérités qui ont besoin d’être expliquées, interprétées par les conditions dans lesquelles se réalisent les principes, et bien on nie ces conditions, on nie, je dirais, les conditions historiques de l’application de ces principes et on ne pense qu’aux principes eux-mêmes, et on en tire les conclusions sans se préoccuper des conditions historiques dans lesquelles on se trouve.

Mgr Lefebvre, 1984


François, semeur de sédévacantisme ?

Le successeur de Benoît XVI ne fait pas dans la dentelle. Quelques mois de pontificat et tout le monde sait où le pape veut mener l’Eglise, pour la simple et bonne raison qu’il ne s’en cache pas. La voix est celle d’une application très progressiste du concile Vatican II.

Il est vrai qu’après le retour des beaux ornements et de l’encens à Rome sous l’impulsion du pape Ratzinger, la « traditionalisation » extérieure voulue par Benoît XVI avait permis un intermède plus doux dans la révolution. La voici repartie, de plus belle. 

Suite aux quelques déclarations scandaleuses du nouveau pape, j’ai pu entendre les réflexions suivantes : « François, on n’est sûr qu’il n’est pas pape », ou encore, « cette fois-ci, on n’est sûr qu’il ne peut pas être pape », ou « avec François, il ne reste que le sédévacantisme ».

Hommes à la mémoire courte et à la Foi si faible ! Qu’a donc fait François de si terrible ? Il  considère toutes les religions comme possédant des éléments de salut et la conscience comme étant seule son propre arbitre pour définir le bien et le mal. Il est donc un oeucuméniste engagé et œuvre pour la liberté religieuse. Il conçoit l’Eglise comme la sacrement de la rencontre du peuple de Dieu avec le Christ, il souhaite donc la promotion et l’application de la collégialité.

Il est vrai que de telles doctrines dans la bouche du successeur de Pierre ne peuvent que choquer et indigner une âme catholique. Mais pour autant, il n’y a là rien de nouveau qui ne soit advenu depuis le concile Vatican II, sauf que ces doctrines erronées sont moins emballées dans les ambiguïtés mêlant le vrai et le faux.

François n’a rien fait de plus que le concile Vatican II, il n’a pas été plus loin que Paul VI, Jean-Paul II ou Benoît XVI. On ne peut pas plus fouler aux pieds la doctrine catholique qu’en convoquant ou en célébrant Assise, qu’en embrassant le Coran, qu’en participant activement à des cultes païens ou hérétiques. Tous ces maux ont leurs racines plus ou moins explicites dans les textes mêmes du Concile Vatican II.

Sédévacantiste depuis François ? Cela n’a pas plus de sens sous François que sous Benoît XVI, Jean-Paul II ou Paul VI ! Peut-être est-ce simplement en réalité la fatigue trop binaire d’un combat qui dure et qui s’éternise et dont la providence nous cache encore une résolution dont elle garde le secret.

Ne soyons pas de ceux qui refusèrent dans cet homme mourant sur la Croix d’y voir le fils de Dieu ! Ne refusons pas la réalité des évènements qui se déroulent sous nos yeux : il y a un pape, qui comme jamais dans l’histoire de l’Eglise, plutôt que de confirmer ses frères dans la Foi, les entraîne sur les chemins de l’erreur. L’autre réalité est que Dieu n’abandonne pas son Eglise et qu’elle accompagnera les hommes jusqu’à la fin des temps.

Il y a un mystère dans ce que nous vivons, si le mystère dépasse notre raison il ne la contredit jamais. Acceptons dans la limite de notre nature de ne pas comprendre toute la réalité de ce qui nous ne pouvons que constater.

De saint Pierre qui renia trois fois le Christ à François son successeur, restons attaché au souverain Pontife, non pas par un attachement sentimental, mais par un attachement fondé sur la Foi catholique, cette Foi que notre baptême nous interdit de brader et nous ordonne de conserver intacte et intègre. 

« Pierre tu est Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. »

Austremoine


Eschaton : dérives de la papauté et sédévacantisme

Cet article repris du blog eschaton.ch expose de façon très synthétique mais clair l’erreur majeure du sédévacantisme qui est dans une certains meusure aussi celle des progressistes : un pape est infaillible, par nature.

Source : eschaton.ch

Le sédévacantisme est une tentation que je peux aisément comprendre, mais il n’en demeure pas moins qu’elle constitue une erreur grave qui s’origine dans un dégoût légitime mais insuffisamment réfléchi devant les turpitudes des instances dirigeantes de l’Eglise qui fait perdre le sens  de la mesure et de la prudence à ses adeptes. Ce qui a pour conséquence qu’ils s’enhardissent pour des solutions extrêmes qu’ils ont le tort de vouloir absolutiser, à défaut, le plus souvent, d’une culture théologique suffisante.

C’est ainsi qu’ils prétendent que le pape est infaillible en tous ses actes, or les papes actuels enseignent des erreurs, c’est donc qu’ils ne sont pas papes. Mais le concile Vatican I a clairement restreint les conditions de l’infaillibilité à 5 critères. Il faut que le pape :

–          Remplisse sa charge de pasteur et docteur de tous les chrétiens.

–          définisse,

–          en vertu de sa suprême autorité apostolique

–          une doctrine en matière de foi et de mœurs

–          qui doit être tenue par toute l’Eglise.

Ce que le catéchisme de Saint Pie X résume ainsi :  « le pape est infaillible seulement lorsque, en sa qualité de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit, pour être tenue par toute l’Eglise, une doctrine concernant la foi et les moeurs. »

Les codes de droit canonique de 1917 et 1983 précise que pour qu’un enseignement soit reconnu comme étant défini il faut qu’il le soit manifestement établi :  « Declarata seu definita dogmatice res nulla intelligitur, nisi id manifeste constiterit. (Aucune chose ne doit être comprise comme déclarée ou définie dogmatiquement, à moins que cela ne soit manifestement établi) » an. 1323, § 3. Ceci est repris dans le nouveau code de Droit canon (1983) : Can 749 – § 3 : Infaillibiliter definita nulla intellegitur doctrina, nisi id manifesto constiterit. Aucune doctrine n’est considérée comme infailliblement définie que si cela est manifestement établi.)

Or, en ce qui concerne Vatican II il est évident que celui-ci n’a rien défini. Paul VI  dans son sermon de clôture du Concile a expliqué que ce dernier n’a pas «  voulu se prononcer sous forme de sentences dogmatiques extraordinaires » et dans l’audience du 12 janvier 1966 il a affirmé que le concile avait « évité de prononcer d’une manière extraordinaire des dogmes comportant la note d’infaillibilité. »Mgr Ocariz a récemment également expliqué : « Le Concile Vatican II n’a défini aucun dogme, au sens où il n’a proposé aucune doctrine au moyen d’un acte définitif » et Joseph Ratzinger a dit de même «  La vérité est que le concile n’a défini aucun dogme et a voulu cosnciemment s’exprimer à un niveau plus modeste simplement comme un concile pastoral » (DISCOURS AUX EVEQUES CHILIENS, 13 JUILLET 1988)

Depuis aucun acte du magistère n’a davantage engagé la note d’infaillibilité, c’est également facilement vérifiable.

Les sédévacantistes usent ensuite d’un autre argument, celui qui voudrait qu’un pape ne peut en aucune manière être hérétique tout en restant légitimement à la tête de l’Eglise. Si c’est effectivement l’opinion de Bellarmin, il ne s’agit nullement d’une opinion qui a pour elle l’assentiment général des docteurs de l’Eglise. En effet,  Suarez enseignait très clairement : «  en aucun cas, même d’hérésie, le pape n’est privé de sa dignité et de son pouvoir, immédiatement, par Dieu lui-même, avant le jugement et la sentence des hommes » ( De fide, dis.X, sect VI, no3-10, p.316-318.)   Billuart est sur la même ligne , de Fide dis.V, a.3, et 3, obj.2. « selon l’opinion commune, le Christ, par une providence particulière, pour le bien commun et la tranquillité de l’Eglise, continue de donner juridiction à un pontife même manifestement hérétique, jusqu’à ce qu’il soit déclaré manifeste par l’Eglise. » Suarez ajoutait que c’était également l’opinion commune à son époque, en particulier celle de Cajetan( De Auctoritate pape, cap.18 et 19), Soto (4, d.22,q,a.2), Cano( 4 De locis, c.ult.ad 2) Corduba (livre IV, q.11)

Bref, le sédévacantisme repose sur deux déformations manifestes résultant d’un manque de culture théologique qui fait prendre à ses partisans, d’une part,  une réception à l’évidence fausse du concile Vatican I pour la vérité et d’autre part  des positions qui les rassurent, dans le contexte actuel, pour des certitudes imparables qui n’ont surtout pas pour elles l’unanimité des docteurs de l’Eglise, loin s’en faut.


Sédévacantisme : voie sans issue

Le problème du sédévacantisme n’est pas un problème théologique. Il n’est pas non plus basé sur un différend de politique ecclésiale. Il est d’un coté très simple, de par le résumé de sa position, mais également très complexe de par les arguments qui émanent de la crise actuelle. C’est un cas atypique.

Il n’est pas question de parler ici de ceux qui se répandent en invectives et complots mal tramés sur Internet, ni de ceux qui utilisent l’excuse du sédévacantisme pour cacher une situation matrimoniale désapprouvée par la morale.

Pour résumer de la façon la plus sobre la position de ces gens, on peut dire que, selon eux, les papes élus pendant ou après le concile Vatican II ne sont pas papes parce qu’ils enseignent l’hérésie. Ajoutons à cela que la réforme liturgique de Paul VI rend à leurs yeux tous les sacrements donnés dans ce rite invalides. Il en découle donc que le pape n’est pas pape, que les cardinaux ne sont pas cardinaux, que les évêques ne sont pas évêques, et que les prêtres ne sont pas prêtres, exception faite naturellement de ceux qui ont acquis leur état avant ces funestes réformes.

Nul besoin d’entrer dans leur argumentation pour comprendre l’impasse pratique et intellectuelle dans laquelle ils se trouvent.

La première impasse est pratique : pour des fidèles souhaitant vivre chrétiennement, ils se refusent cependant la fréquentation des paroisses, même lorsque celle-ci vivent selon la tradition de l’Eglise, les prêtres étant tous des hérétiques, puisque célébrant eux-mêmes « una cum » (en union) avec un imposteur (le pape). Pour les prêtres, ils n’obéissent à aucune hiérarchie puisque celle-ci est à leurs yeux soit usurpatrice, soit corrompue. Ils sont donc des électrons libres, faisant vivre de petites chapelles en de rares endroits.

La deuxième impasse est théologique et intellectuelle : comment concilier les promesses d’indéfectibilité de l’Eglise, données par Notre Seigneur Lui-même, et le fait que l’Eglise soit infailliblement, selon leur théorie, sur le chemin de l’extinction sacramentelle et donc hiérarchique ? Pour se justifier, soit ils transforment le sens des paroles du Messie, soit ils prétendent à une intervention divine. La première méthode est malhonnête et sacrilège, la deuxième va à l’encontre de la façon dont a toujours agi la divine providence dans le Nouveau Testament. Inutile de parler de ceux qui se sont autoproclamés papes, ou qui s’inventent un quelconque pouvoir épiscopal dont ils sont les seuls témoins !

La troisième impasse est spirituelle : dans la situation décrite, il n’y a pas de solution, hormis l’attente d’une intervention qui n’a jamais été annoncée. Il n’y a pas de solution, et à la non-fréquentation des sacrements, nécessaires à la vie de l’âme, s’ajoute le désespoir de ne pas envisager le moyen ni le temps par lesquels Dieu sauvera son Eglise. Les âmes des sédévacantistes sont des âmes sans sacrement et pillées par le désespoir.

A tous les niveaux, le sédévacantisme constitue une impasse.

En plus de cela, on observe que ce monde est très détonnant. De ceux qui s’autoproclament papes, qui entendent des voix, qui prétendent avoir trouvé l’épiscopat dans les délires d’un fou, qui ont des révélations en tous genres, jusqu’à ceux qui fréquentent tout simplement leur chapelle. Qu’y a-t-il donc de commun à tous ces gens qui se sont enfermés dans cette voie désespérée ?

On observe que cet univers sédévacantiste est hétéroclite : il n’est pas hiérarchisé, chaque sédévacantiste est en désaccord avec tous les autres. Il n’existe pas de société, pas d’ordre, pas de pensée, pas de théologie sédévacantiste. Au final tous, qu’ils soient prêtres ou laïcs, sont très indépendants. Chacun a sa propre pensée, et donc est son propre chef. Ce qui manque au sédévacantiste, c’est l’humilité de la soumission.

Le sédévacantisme est une œuvre de contre Église, tout comme l’est le modernisme. Ce dernier détruit la nature sociétale et hiérarchisée de l’Eglise par la collégialité, le premier agit de même en refusant tout net la reconnaissance de l’autorité jusqu’au plus petit échelon. Il n’y a ni société ni hiérarchie chez les sédévacantistes.

Le sédévacantisme est une position qui va contre la nature même de l’Eglise et qui plonge ceux qui l’adoptent dans une impasse pratique, théologique et spirituelle. Et pour ceux dont l’âme reste marquée par les scandales de l’Église conciliaire et qui ne parviennent pas à voir dans les papes actuels les vicaires du Christ, qu’ils regardent le Crucifié. Est-ce que cet homme crucifié est le fils de Dieu ? Arriveront-ils à distinguer aussi bien Dieu dans cette homme mourant sur la croix que le vicaire de Notre Seigneur en charge de l’épouse du Christ en agonie ?

Les sédévacantistes d’aujourd’hui ne sont pas différents des juifs qui ont refusé la divinité du Messie par esprit d’orgueil et d’indépendance, ni des Ariens qui l’ont refusé parce que le scandale de la croix était trop grand pour eux.

Par conséquent, la position sédévacantiste constitue une impasse totale à tous les niveaux : pratique, théologique, spirituelle. Elle s’enferme dans le désespoir absolu d’une crise sans solution. Elle refuse toute hiérarchie, elle combat par sa nature anarchique l’Église qui est une société hiérarchisée. Elle emmène ceux qui tiennent cette position à un narcissisme inéluctable.

Austremoine