Conférence de Mgr Fellay : pour la paix dans la FSSPX ?

Le 12 octobre 2013 à Kansas City aux Etats-Unis, Mgr Fellay Supérieur Général de la FSSPX a donné une conférence inédite depuis 2009. Le constat qu’il dresse de l’état de l’Eglise est sans ambiguïté.

Le 1er juin 2008, Mgr Fellay avait déjà parlé du pape Benoît XVI comme étant parfaitement libéral, ce qui avait valu à l’époque à la FSSPX de se voir imposé un ultimatum auquel avait magnifiquement répondu Mgr Alfonso de Galarreta, ultimatum resté sans effet…Sans effet immédiat, car depuis cette date, de tels jugements sur le Saint-Père cessèrent de la part de Mgr Fellay et de la Maison Générale.

Cette conférence semble donc marquer un tournant : le discours semble vouloir s’attaquer de nouveau aux fauteurs d’erreurs, et en premier lieu la pape François qui n’en finit pas de défrayer la chronique par ses déclarations hétérodoxes.

Le ton n’est plus à l’euphorie de l’année 2011 et à la vision d’une curie gagnée par « l’amitié » envers la FSSPX, mais au constat d’une Eglise dans un état toujours plus catastrophique en proie à une tragédie jamais vue, apocalyptique.

La réaffirmation de l’illégitimité de la nouvelle messe et de sa nocivité intrinsèque, du refus de l’herméneutique de la réforme avancée par Benoît XVI, ainsi que de l’impossibilité de considérer le concile Vatican II comme faisant parti de la Tradition est dite. On ne peut que s’en réjouir.

Mais surtout, il y a enfin la reconnaissance que l’accord voulu en 2012 aurait été une catastrophe pour la Fraternité. Et c’est là un point important tant on nous a affirmé tant et tant le contraire à grand renfort de conférences, de sermons et d’entretiens… Cet aveu était nécessaire.

Il y a aussi le coté désolant de cette conférence qui refuse de regarder honnêtement les causes des graves divisions : la légitimité de la promulgation de la nouvelle messe est dans le préambule du 14 avril 2012 signé par Mgr Fellay tout comme l’inclusion du concile Vatican II dans la Tradition.

Ce préambule n’a été ni plus ni moins la ratification par Mgr Fellay de l’herméneutique de la réforme. Ce n’est pas parce qu’un principe vrai et bon préside ce texte inadmissible que l’ensemble du texte s’en trouve justifié et que les propositions gravement erronées qui s’y trouvent deviennent justes ou qu’elles n’existent plus.

Il est donc faux de dire que les accusations d’acceptation de la légitimité de la nouvelle messe de l’acceptation de l’herméneutique de la réforme sont infondées.

Ce sont des faits, tout comme sont des faits la réponse à la lettre des 3 évêques qui relativise la nocivité du Concile et qui annonce la volonté de l’accord pratique au détriment du bien commun, ainsi que la désobéissance au chapitre de 2006 qui interdisait tout accord pratique, etc…

La privation des ordres majeurs aux communautés amies, pour le seul fait qu’elles aient averti de façon privée de leur opposition à la politique de ralliement opérée par Menzingen est aussi un fait, fait d’autant plus grave que la FSSPX n’a aucune espèce de juridiction sur ces communautés.

Mgr Fellay regrette les intentions qui lui ont été prêtées : sans doute certains ont pêché par médisance. Mais il n’en reste pas moins que les éléments que je viens d’évoquer constituent de faits, et s’il est vrai qu’on ne doit pas juger des intentions, on peut et on doit, dans une matière aussi grave, la Foi, considérer les faits objectivement.

Et les faits qui n’ont cessés de jalonner les années 2011 et 2012 montrent une défaillance grave de l’autorité qui a agit contre sa fin et contre le bien commun. Ce fut là une œuvre de sédition dont les conséquences sont catastrophiques pour la FSSPX. Et continuer de nier ces éléments factuels c’est continuer cette oeuvre séditieuse.

D’ailleurs on constate que les sophismes qui nous ont mené au bord de la catastrophe sont toujours de mise, ce qui laisse entrevoir que ce qui c’est passé en 2012 peut très bien se réitérer au prochain changement de pape plus conciliant. En effet, le raisonnement tenu par Mgr Fellay est complètement subjectiviste, car il ne révise son jugement qu’à travers un changement de personnalité à savoir le pape, alors que dans les principes, il n’y a pas de différence fondamentale entre Benoît XVI et François.

De même, il est facile de dire que l’on retire un texte parce qu’il serait « trop subtil ». Enoncer un principe vrai qui permettrait d’énoncer des propositions fausses n’est pas de la subtilité, c’est de la tromperie, telle qu’elle a été menée par les progressistes au Concile Vatican II. On pourrait donc dire tout et n’importe quoi à partir du moment où ce qui est dit se soumet à un grand principe de base énoncé comme vrai ! Non seulement cela n’a rien à voir avec de la subtilité, mais c’est un sophisme gravissime et une contradiction affligeante !

Nous sommes en 2013, et le pape François règne.

Il est possible de refaire l’unité, c’est même un devoir vis-à-vis de la providence qui nous a épargné du désastre programmé de l’accord en 2012. Et si Mgr Fellay reconnaît aujourd’hui l’ampleur de ce qu’aurait été une telle catastrophe si cette opération suicide avait été menée jusqu’au bout, alors il convient par justice de faire la paix avec tous ces prêtres, qui en conscience, avec plus ou moins de prudence, ont averti avec raison le supérieur, leurs confrères et les fidèles, du mur où les emmenait la Maison Générale.

Une vraie paix et une vraie unité ne pourront se reconstruire que dans la vérité.

Austremoine