Un épiscopat et une doctrine empoisonnés

Chaque jour apporte son lot de souffrance et de nouvelles terribles à une société qui n’en finit pas de rejeter le Créateur.

Il y a encore quelques jours à Bombay, l’Islamisme frappait. Nous le savons parce que les médias en ont parlé. La réalité est que l’Islamisme frappe tous les jours, semant la mort et la destruction dans tous les pays où les Musulmans sont nombreux : Soudan, Inde, Irak, Pakistan, Turquie, etc. Tous les jours des hommes meurent sous les coups de terroristes se réclamant de Mahomet, et de façon plus particulière les Chrétiens.

Mais là n’est que l’aspect terrifiant des évolutions de notre monde.

Car personne ne se soucie des ces femmes qui ont avorté, seules dans leur malheur et leur profonde détresse, de ces enfants déchirés entre leurs parents qui se séparent, de ces vieillards abandonnés par leurs famille dans leurs maisons de retraites, de ces pauvres qui vivent et élèvent leurs familles avec 1000 € par mois, pendant que les grands spéculateurs jouent avec la richesse du monde. Parce que dans une société où règnent le bruit et le plaisir apparent, cette superficialité ne parvient pas à combler la grande détresse qui emplit les hommes lorsqu’ils se retrouvent face à eux-mêmes.

Face à ce monde à la dérive depuis le péché originel, le Christ est venu il y aura bientôt 2008 ans pour apporter le remède de sa miséricorde : Ce Dieu fait homme, né pour mourir, né pour la croix, né pour son sacrifice. Le Christ n’est pas venu sur terre pour ressusciter, il est venu pour y mourir afin de racheter les péchés des hommes.

Et pour prolonger cette œuvre salvifique, il a instauré son Eglise, afin de transmettre la doctrine du salut, et le sacerdoce, afin de perpétrer son sacrifice, source de rémission. « Pierre tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise », et c’est ainsi que le Christ donna pourvoir au pape sur son Eglise et associa les évêques à cette mission d’évangélisation : « Allez enseigner toutes les nations et baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du St Esprit ».

Mais Seigneur, dans ce monde qui rejette votre loi, les portes de l’enfer n’auraient-elles point prévalu contre l’Eglise ? Qui donc aujourd’hui enseigne la doctrine du sacrifice ? Qui enseigne le Christ aux Nations et brise leurs idoles ? Qui défend le mariage et condamne le divorce ? Qui combat sans concession les massacres des enfants innocents ?

Aujourd’hui, ne résonne aux oreilles du monde que les mots amour, vie, laïcité, liberté religieuse, liberté individuelle, droits de l’homme. Que de concepts dont on a dévoyé le sens et dont on fait des principes absolus. Même les hommes d’Eglise, jusque dans ses plus hautes sphères, n’a que ces mots à la bouche !

Alors que depuis un certain nombre d’années une pression odieuse tente d’imposer la légalisation du couple homosexuelle et l’euthanasie comme un geste d’humanité, le silence assourdissant de l’épiscopat français est une honte.

Tout juste entend-t-on quelques timides protestations, quelques mots bien pesés lâchés ici ou là au détour d’un entretien. S’il fallait qualifier les interventions épiscopales, elles seraient comparables à un jus de chaussette dont la teneur pourtant si diluée, ne parvient pas à masquer une odeur nauséabonde de renoncement et de lâcheté.

Ils font preuve de renoncement et de lâcheté devant leur charge. Pourquoi ne pas dire que l’acte homosexuel va contre la loi de Dieu, que c’est un grave péché qui mène à l’enfer ? Mais encore faudrait-il prêcher ce qu’est l’enfer, une réalité que jamais les évêques ne rappellent, jamais ! Pourquoi ne pas rappeler que l’avortement est un crime horrible, qu’il tue des êtres humains composés d’un corps et d’une âme ? Pourquoi ne pas dire que l’Islam est une religion erronée, qui est dangereuse pour l’âme et qui l’écarte du salut ? Pourquoi ne pas dire tout simplement que le problème aux maux de la société est le Christ, et que c’est pour cela que les nations doivent être chrétiennes ?

Mais diront certains, il ne sert à rien de parler de Dieu dans un monde qui L’ignore. Prenons l’exemple du dimanche que certains aimeraient voir travaillé. Que de réactions molles de l’épiscopat, expliquant que ce jour est nécessaire au repos, que c’est un jour pour se retrouver, qu’il fait parti de notre culture etc. Il me semble que seul la cardinal Barbarin a osé une défense un peu plus catholique. Mais quoiqu’il en soit, l’épiscopat d’une façon officielle et coordonnée se mure dans un silence sur tous les points de la doctrine catholique.

Saint François Xavier, en prêtre qu’il était, agissait autrement. Difficile d’expliquer aux indigènes l’importance sociale du dimanche chômé ! Il a montré la croix à ces peuples, les enseignant de la doctrine du Christ et de ses exigences. On est bien loin du jus conciliaire de ces quarante dernières années.

Il n’y a pas cinquante remèdes aux maux de la société : c’est le Christ, le règne exclusif du Christ sur les cœurs, les familles et les états. Le rappel dans toute son exigence de la seule Vérité. Nous sommes si loin de la liberté religieuse, de la laïcité. Les évêques ne croient plus au règne intégral du Christ sur les sociétés. Comment peuvent-ils se dire encore successeurs des apôtres ?

Austremoine


Le Novus Ordo Missae : un triple déni de justice pour un rite illégitime

Monsieur l’abbé de Tanouarn tient le Novus Ordo Missae (NOM) pour valide, légal et légitime.

Il est incompréhensible de la part d’un prêtre de refuser de célébrer ou de concélébrer dans le nouveau missel s’il lui accorde ces trois qualités, ce qui est le cas de l’abbé de Tanouarn : il s’agirait de sa part d’un refus obstiné et téméraire d’une réforme qu’il considère comme légale et légitime. Car certes il peut objecter qu’il refuse l’obligation d’abandonner le missel tridentin, ce qui est effectivement son droit, mais il ne peut pas refuser de célébrer selon un rite valide, légal et légitime promulgué par l’autorité compétente sans commettre un acte de désobéissance grave aux conséquences funestes !

C’est ici la première incohérence de monsieur l’abbé de Tanouarn. Mais ce n’est pas la plus grave. Car cette première dénonce seulement un manque d’obéissance et de soumission aux directives du Saint Siège. Non, c’est la deuxième incohérence qui est la plus lourde de conséquences, celle de considérer le Novus Ordo Missae comme légitime, car c’est refuser de voir une des causes premières de la crise de l’Eglise et donc priver le Corps mystique du Christ du remède nécessaire pour retrouver sa vitalité.

Pourquoi refusons-nous le NOM ?

Est-ce pour sa validité ? La réponse est non, car on ne peut mettre en cause la validité du nouveau rite lorsqu’il est célébré de la façon dont il est prévu et lorsque le prêtre a l’intention nécessaire.

Est-ce pour sa légalité ? La réponse est non, car il est difficile de juger de la légalité de la nouvelle messe ou du moins de conclure à son illégalité de par le manque de documents et de l’opacité ayant entouré cette réforme. Monsieur l’abbé Aulagnier dans différentes analyses la remet sérieusement en cause mais cette question ne semble pas tranchée.

Est-ce pour sa légitimité ? La réponse est oui. Oui, nous réfutons de façon absolue et sans aucune ambigüité la légitimité du NOM.

Pourquoi ?

D’abord, qu’est-ce que la légitimité ? Il semble que cette notion ne soit pas claire dans l’esprit de beaucoup.

Monsieur l’abbé de Tanoüarn n’en donne aucune définition mais donne sa conception de la légitimité par l’exemple suivant :

« Aucun Etat n’a le droit de s’attaquer à la vie humaine depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. Il peut mettre en place un dispositif législatif qui permette cette pratique, mais il ne peut pas la déclarer bonne ou indifférente. Ce n’est pas à lui d’édicter la loi morale. Cette loi libéralisant l’avortement n’est donc pas légitime, parce qu’elle prétend dirimer un problème d’ordre moral qui, par définition, échappe au législateur politique. »

Si nous saisissons bien la pensée de notre contradicteur, il définit une loi illégitime lorsqu’elle celle-ci échappe aux prérogatives du législateur.

Donc si nous appliquons le raisonnement à la nouvelle messe qu’implique cette définition, le NOM est légitime, car la possibilité d’une telle réforme rentre dans les prérogatives pontificales. Cette conclusion est fausse car la définition qui sert de socle à ce raisonnement est erronée.

Qu’est-ce que la légitimité ?

« La légitimité est la qualité de ce qui est fondé en droit, fondé en justice, en équité. » (définition du Larousse)

La légitimité réclame donc la légalité. Mais elle réclame aussi la justice. On inclue donc ici une condition morale se rapportant à la vertu de justice. C’est cette notion qui définit principalement le concept de légalité et de légitimité.

On voit bien que la notion de légitimité ne fait pas appel à une prérogative du législateur mais à une notion supérieure qui est celle de la justice, notion morale sur laquelle aucune autorité terrestre ne peut toucher.

Qu’est-ce que la justice ? D’un point de vue moral, la justice est le fait de donner à chacun ce qui lui revient. Nous y reviendrons plus tard.

Or qu’elle est l’intention et le but du législateur, à priori de Paul VI, lorsqu’il promulgue le NOM ? Voici un élément de réponse donné par Paul VI lui-même lors du consistoire secret du 24 mai 1976 :

« L’adoption du nouvel Ordo Missae n’est pas du tout laissée au libre arbitre des prêtres ou des fidèles. L’instruction du 14 juin 1971 a prévu la célébration de la messe selon l’ancien rite, avec l’autorisation de l’Ordinaire, uniquement pour des prêtres âgés ou malades, qui offrent le sacrifice divin sine populo. Le nouvel Ordo a été promulgué pour être substitué à l’ancien, après une mûre réflexion, et à la suite des instances du Concile Vatican II. Ce n’est pas autrement que notre saint prédécesseur Pie V avait rendu obligatoire le missel réformé sous son autorité, à la suite du Concile de Trente. »

On voit bien ici que Paul VI fait appel à la prérogative qui dépend de son état de pape de pouvoir réformer la liturgie pour justifier la réforme qu’il promulgue. Le problème est que Paul VI ne se contente pas de réformer la messe, il entend imposer le NOM en interdisant la messe tridentine. Et pour justifier son action, Paul VI fait appel à un texte de loi de l’Eglise qui dit et affirme justement l’exacte contraire de son intention : c’est le fameux motu proprio Quo primum tempore.

Voici ce qu’il dit :

« Nous avons décidé et déclarons que les […] prêtres de quelque nom qu’ils seront désignés, ou les religieux de n’importe quel ordre, ne peuvent être tenus de célébrer la messe autrement que nous l’avons fixée, et que jamais et en aucun temps qui que ce soit ne pourra les contraindre et les forcer à laisser ce missel ou à abroger la présente instruction ou la modifier, mais qu’elle demeurera toujours en vigueur et valide, dans toute sa force, […].

[…] Si cependant quelqu’un se permettait une telle altération, qu’il sache qu’il encourrait l’indignation de Dieu tout-puissant et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul. »

C’est fort de cette loi que nous réfutons la légitimité du nouveau missel de Paul VI car celui-ci lèse la justice nécessaire à toute légitimité en trois endroits :

1 – Cette réforme et l’intention du législateur Paul VI vont clairement contre la justice et le droit en refusant un droit à perpétuité accordé par saint Pie V. Oui, la réforme engagée entre dans les prérogatives papales, mais son imposition va contre la justice car il nie le droit accordé à chaque prêtre de célébrer à perpétuité selon le rite tridentin.

2 – Lors du baptême, le prêtre demande à l’enfant : « Que demandez-vous à l’Eglise de Dieu ? », ce à quoi les parrains et marraines répondent : « La Foi ». Il est donc justice pour le baptisé de recevoir la Foi de la Sainte Mère l’Eglise. Or les cardinaux Bacci et Ottaviani disent dans leur « bref examen critique du Novus Ordo Missae » en parlant du nouveau rite :

« L’unité de l’Eglise n’en est plus à être seulement menacée : déjà elle est tragiquement compromise. Les erreurs contre la foi ne sont plus seulement insinuées : elles sont imposées par les aberrations et les abus qui s’introduisent dans la liturgie.

L’abandon d’une tradition liturgique qui fut pendant quatre siècles le signe et le gage de l’unité de culte, son remplacement par une autre liturgie qui ne pourra être qu’une cause de division par les licences innombrables qu’elle autorise implicitement, par les insinuations qu’elle favorise et par ses atteintes manifestes à la pureté de la foi : voilà qui apparaît, pour parler en termes modérés, comme une incalculable erreur. »

Le NOM est donc une grave injustice envers l’ensemble des baptisés auquel l’Eglise se doit d’apporter la foi de la façon la plus pure possible. Cette injustice nous semble plus grave car elle atteint l’Eglise dans la globalité de ses membres et non plus seulement les prêtres.

3 – La messe est le renouvellement du Sacrifice du calvaire : c’est le fils Dieu qui s’immole sur l’autel. La messe se doit donc d’exprimer au mieux dans sa liturgie le caractère propitiatoire car c’est sa finalité, et c’est encore une question de justice vis-à-vis d’un Rédempteur qui a laissé dans les mains des prêtres le pouvoir de consacrer pour continuer le calvaire. Les cardinaux Bacci et Ottaviani disent encore :

« Mais le nouvel Ordo Missæ dénature l’offrande en la dégradant. Il la fait consister en une sorte d’échange entre Dieu et l’homme : l’homme apporte le pain et Dieu le change en pain de vie ; l’homme apporte le vin, et Dieu en fait une boisson spirituelle :  » Tu es béni, Seigneur Dieu de l’univers, parce que de ta libéralité nous avons reçu le pain (ou : le vin) que nous t’offrons, fruit de la terre (ou : de la vigne) et du travail de l’homme, d’où provient pour nous le pain de vie (ou : la boisson spirituelle) ».

Le NOM s’attaque très clairement dans la forme (un repas) comme dans le fond (un échange) à l’aspect sacrificiel de la Sainte Messe : Paul VI a donc souhaité imposer une liturgie pour le moins bien moins parfaite que la liturgie tridentine. N’est-il pas un devoir de justice d’honorer le Seigneur de la façon la plus parfaite possible, surtout lorsqu’il s’agit du sacrifice de la Rédemption, sacrifice qui est l’aboutissement de tant de largesses divines et duquel partent toutes les grâces ? Le NOM est un déni de justice vis-à-vis du Dieu tout puissant, et c’est le manque de justice le plus grave.

Le NOM va clairement et de façon la plus manifeste et à trois endroits contre la justice.

Nous devons donc conclure de façon certaine à l’illégitimité totale et sans ambiguïté du nouveau rite.

Austremoine


Les dangers d’une étape et d’un espoir

« Rome revient à sa Tradition » : c’est un peu ce que chacun a comme espoir au fond du cœur et ce que tous croient observer plus ou moins à travers le pontificat de Benoît XVI. L’Eglise, comme souvent cette image a été donnée, semble être ce gros navire qui change tout doucement de cap. Son orientation se modifie lentement, comme un cargo qui changerait de route, et c’est notre espoir.

Pour autant chacun conviendra que la direction de l’Eglise n’est pas redevenue celle qui a été la sienne pendant deux millénaires, et si même certains signes forts comme le Motu Proprio réhabilitant la messe tridentine nous montrent clairement le retour progressif de la tradition liturgique dans la vie de l’Eglise, il apparait clairement que l’axe doctrinal demeure globalement inchangé.

Certes, et ce n’est pas rien, nous pouvons observer une volonté de clarifier la doctrine du concile Vatican II, notamment dans la rectification du « pro multis » et dans l’explication de la doctrine du salut. Ces points montrent une vraie volonté, mais ne peuvent porter les fruits escomptés s’ils restent en juxtaposition avec la doctrine prônée par le Concile.

Même si elles sont appliquées avec moins de virulence et d’extravagance, les erreurs du Concile que constituent l’œcuménisme, la liberté religieuse et la collégialité sont toujours régnant dans l’intelligence des autorités romaines.

Au fil du temps, si la tradition doctrinale ne reconquiert pas le siège de Pierre, nous allons arriver à une situation paradoxale qui, si elle perdure, va accentuer un peu plus la crise de l’Église. D’un côté la liturgie traditionnelle aura regagné d’une façon générale la majorité des autels de la Chrétienté, car ce mouvement est inéluctable, de l’autre les faux principes institués par le concile Vatican II règneront encore sur la plupart des esprits.

Cette situation, si elle se présente, marquera le paroxysme de la crise de l’église. Les esprits ayant été habitués par quarante années de libéralisme à concilier l’inconciliable, ne verront pas de problème à accepter la messe tridentine, expression de la foi catholique telle qu’elle est exposée par deux mille années de Magistère et l’enseignement du concile Vatican II qui promeut l’œcuménisme et la liberté religieuse, révolution sans conteste de l’enseignement romain. Il y a là un danger considérable.

C’est pourquoi certains prêtres, nombreux sans doute, en célébrant la messe tridentine, retrouveront et reviendront à la doctrine catholique. C’est inévitable, et les premiers témoignages le montrent. Mais malheureusement aussi, il faut bien constater les dégâts du libéralisme, qui, présent depuis déjà des décennies, avaient gagnés les esprits. Souvenons-nous que lorsque le Concile a commencé, la majorité du clergé était déjà acquis aux idées nouvelles, alors que pourtant la nouvelle messe n’existait pas. De même pendant le Concile. Ce qui montre que dans les esprits, le rite traditionnel peut, à cause des intelligences ravagées par le libéralisme et le relativisme, côtoyer la doctrine d’inspiration néo-protestante de Vatican II.

Benoît XVI s’inscrit entièrement dans cette démarche, par le développement de l’herméneutique de la continuité. Sa démarche intellectuelle n’est autre que de concilier l’enseignement traditionnel de l’Eglise avec celui de Vatican II. Intellectuellement cela ne posera pas de problème majeur à nos contemporains qui acceptent sans sourciller déjà qu’il puisse exister plusieurs vérités, et qu’une vérité qu’ils considèrent objective ne s’oppose pas à une autre vérité qu’ils vont également considérer comme objective, alors que l’une et l’autre sont contradictoires. Appliqué au dogme, cette destruction de la pensée fait que pour le moderniste, l’enseignement de l’Eglise peut évoluer sans contradiction. Et c’est toute la démarche du pape Benoît XVI dans son « herméneutique de la continuité ».

C’est bien ce que dénonçait le saint pape Pie X dans son encyclique « Pascendi Dominici Gregis » :

« Evoluer et changer, non seulement le dogme le peut, il le doit : c’est ce que les modernistes affirment hautement et qui d’ailleurs découle manifestement de leurs principes. Les formules religieuses, en effet, pour être véritablement religieuses, non de simples spéculations théologiques, doivent être vivantes, et de la vie même du sentiment religieux ; ceci est une doctrine capitale dans leur système, et déduite du principe de l’immanence vitale. »

C’est pourquoi, arrivée à ce stade, la crise peut se figer durablement, car ayant retrouvé la liturgie tridentine, cette liturgie qui parle aux âmes et qui permet aux hommes de se rapprocher de leur créateur, l’Église va sans doute retrouver quelques forces, d’autant plus que la célébration de l’ancienne messe aura également un impact plus ou moins rectificatif de la théologie. Mais malgré tout perdureront les erreurs du Concile et leurs funestes conséquences qui empêcheront à l’Eglise de retrouver son élan missionnaire et donc son engouement à sauver les âmes : ce pourquoi elle a été créée par Notre-Seigneur.

C’est un peu comme face à une maladie incurable. Dans un premier temps on administre le médicament qui va permettre de freiner les symptômes, afin d’éviter le pire. Mais rapidement il faut s’attaquer au virus, à la cause de cette maladie, au risque que celle-ci ne s’installe durablement, et que les symptômes ayant été contrôlés, on en oublie le risque de la maladie qui continue de progresser.

Il est important d’affronter rapidement l’aspect doctrinal, c’est la condition sine qua non à la fin de la crise de l’Eglise. Car si le retour de la messe tridentine était dans un premier temps nécessaire, il est impératif d’examiner les causes théologiques d’une telle déroute.

C’est pourquoi Mgr Fellay, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X réclame ces discussions doctrinales, leur but n’étant pas de démontrer qui a raison ou tord, mais tout simplement de redonner à l’Eglise l’éclat qu’elle a perdue depuis 40 ans, non pour l’Eglise elle-même, car elle n’est pas sa propre fin, mais pour qu’elle puisse de nouveau apporter l’Évangile au Monde, amener les cœurs et les intelligences à Notre Seigneur et, ainsi, sauver le plus grand nombre d’âmes possible.

Aujourd’hui la FSSPX représente la mauvaise conscience des autorités romaines. Elle dérange. Pourtant qu’est-ce qu’une société cinq cent prêtres ? Cette Fraternité est si petite ! Pourquoi Rome ne la traiterait pas dans le cadre de l’œcuménisme, comme des « frères séparés » ? Il est clair que la FSSPX est le sujet d’une attention toute particulière, et plus le temps avance, plus l’échec des réformes conciliaires est patente, plus la Tradition avance, plus les excommunications deviennent intenables pour ceux-là mêmes qui les ont prononcées. Tant que ces sanctions demeureront, elles rappelleront aux autorités romaines qu’elles ont renoncé à cette Tradition nécessaire à l’épanouissement de l’Eglise.

D’où l’importance de réclamer le retrait du décret d’excommunication pesant sur les quatre évêques de la FSSPX, afin de pouvoir enfin entamer une confrontation théologique dans un climat de confiance qui serve le bien de toute la Sainte Eglise.

Mais si la FSSPX a un rôle essentiel à jouer pour amorcer et nourrir cet affrontement théologique, il est important que les instituts « Ecclesia Dei » y participent. Qu’ils aient refusé de suivre Mgr Lefebvre dans les sacres est une chose, mais qu’ils observent trop souvent le silence en attendant des jours meilleurs leur empêche de remplir pleinement leur mission sacerdotale et donc évangélisatrice.

La visite du pape en France en est une inquiétante démonstration : les instituts « Ecclesia Dei » refusent de célébrer la nouvelle messe, il n’y a pour s’en persuader qu’à se rappeler la grave crise qu’a engendré la présence de prêtres bi-ritualiste au sein de la Fraternité Saint-Pierre ainsi que le souhait des évêques de voir les prêtres de cette Fraternité concélébrer avec eux une fois l’année.

Dans les faits quotidiens, on peut dire qu’ils ont refusé les réformes issues du Concile, notamment le Novus Ordo. Mais comment peuvent-ils, à l’occasion de la visite du pape, encourager et emmener leurs fidèles à la messe célébrée par le Souverain Pontife selon le nouveau rite, rite qu’ils refusent de célébrer ? Soit ce rite ne pose pas problème de conscience et on ne comprend pas pourquoi ils refuseraient de concélébrer au moins une fois l’an avec leur évêque, soit il pose de graves questions théologiques, et dans ce cas ils le refusent pour eux-mêmes mais aussi pour leurs fidèles.

C’est pourquoi il est important que ces communautés, elles-aussi, réclament et participent à cette confrontation doctrinale, qu’elles ne participent pas cette situation qui verrait la liturgie traditionnelle aux mains des tenants de la nouvelle théologie. Qu’elles continuent de se taire montrera qu’elles ont, à l’instar des autorités romaines, accepté et avalisé la théologie de Vatican II avec tout ce que cela implique. Qu’elles souhaitent le retour de la Tradition, alors elles ont l’impérieux devoir de sortir de la réserve dans laquelle elles se maintiennent. Tout ceux qui souhaitent le retour de la Tradition dans l’Eglise, tant liturgique que doctrinale, doivent ensemble réclamer et alimenter cette nécessaire confrontation.

Les lignes visibles du combat qui se livre dans l’Eglise vont dans les années qui viennent se déplacer. Si elles furent aux yeux du grand nombre « pour » ou « contre » la « messe en latin », elles seront désormais sur le champ de la vision et du contenu théologique du deuxième concile du Vatican.

C’est pourquoi il est nécessaire, afin d’obtenir au plus vite cette confrontation et de lui donner une plus grande visibilité, que le statut canonique de la FSSPX ne soit réglé qu’après les discussions doctrinales. Cela pousse les autorités romaines à enfin poser le débat de la doctrine, mais également de marquer d’une façon visible les différences.

Le combat sera moins visible, plus subtil et plus âpre, et plus long sans doute. C’est le prix des âmes.

Austremoine


Ah, sensibilité ! Quand tu nous tiens !

Je cherche l’inspiration poétique pour chanter la sensibilité, cette nouvelle vertu des temps modernes qui fait de nous des êtres subtils et civilisés. Avec elle, les différences sont acceptées, voir louées, les oppositions, causes autrefois de conflits, deviennent aujourd’hui source d’enrichissement.

Quelle avancée humaine et théologique que cette sensibilité ; je dirais même qu’elle a permis de mettre la théologie au service de l’Homme ! N’est-il pas plus grand bienfait que cette concorde des différences et des désaccords qui se retrouvent dans cette paix harmonieuse des consciences ?

Ah, la charité fait bien pâle figure à coté de ce nouveau concept !

Et puis la charité avait le défaut originel de faire passer l’amour du prochain par l’amour du Dieu, même s’il est vrai que Dieu se moque pas mal de nombre de ces détails qui nous divisent. On a bien réussit ensuite à faire passer la charité pour le fait d’être « gentillet » avec tout le monde, de comprendre tout le monde, mais sans que cela devienne pour autant une source d’unité. C’était un apaisement des dissensions.

Mais cette sensibilité, quelle invention tout de même ! Elle apaise certes, mais elle enrichie ceux qui s’en pénètre.

Vous souvenez-vous de ces combattants de la messe en latin, violents et agressifs, refusant coûte que coûte la messe en français ? Ils prirent même violemment d’assaut l’église parisienne St-Nicolas-du-Chardonnet ! Et bien maintenant, certains de ces deux camps que tout opposait, acceptent de considérer leur oppositions d’alors comme autant de sensibilités pouvant s’enrichir mutuellement !

Même l’abbé Philippe Laguérie, battant de la première heure s’il en fut, redouté de ses ennemis, « fait la paix » avec l’un de ses opposants. Vous savez Mgr Jacques Gaillot, l’ancien évêque aux accointances communistes, partisan du préservatif, du mariage des homos etc., et bien, même cet opposant irréductible des traditionalistes, est regardé aujourd’hui par certains d’entre eux comme étant une composante des différentes sensibilités de l’Eglise.

Jusqu’au jour où la religion elle-même devient une sensibilité parmi une autre, où le catholique côtoie l’écologique…

Vous voyez, même les plus durs s’y laissent prendre.

Il est loin le temps des principes. Il est loin le temps de cette Eglise à la doctrine intangible et vraie. Véritable tour de force que cette sensibilité !

Austremoine


Sédévacantisme : voie sans issue

Le problème du sédévacantisme n’est pas un problème théologique. Il n’est pas non plus basé sur un différend de politique ecclésiale. Il est d’un coté très simple, de par le résumé de sa position, mais également très complexe de par les arguments qui émanent de la crise actuelle. C’est un cas atypique.

Il n’est pas question de parler ici de ceux qui se répandent en invectives et complots mal tramés sur Internet, ni de ceux qui utilisent l’excuse du sédévacantisme pour cacher une situation matrimoniale désapprouvée par la morale.

Pour résumer de la façon la plus sobre la position de ces gens, on peut dire que, selon eux, les papes élus pendant ou après le concile Vatican II ne sont pas papes parce qu’ils enseignent l’hérésie. Ajoutons à cela que la réforme liturgique de Paul VI rend à leurs yeux tous les sacrements donnés dans ce rite invalides. Il en découle donc que le pape n’est pas pape, que les cardinaux ne sont pas cardinaux, que les évêques ne sont pas évêques, et que les prêtres ne sont pas prêtres, exception faite naturellement de ceux qui ont acquis leur état avant ces funestes réformes.

Nul besoin d’entrer dans leur argumentation pour comprendre l’impasse pratique et intellectuelle dans laquelle ils se trouvent.

La première impasse est pratique : pour des fidèles souhaitant vivre chrétiennement, ils se refusent cependant la fréquentation des paroisses, même lorsque celle-ci vivent selon la tradition de l’Eglise, les prêtres étant tous des hérétiques, puisque célébrant eux-mêmes « una cum » (en union) avec un imposteur (le pape). Pour les prêtres, ils n’obéissent à aucune hiérarchie puisque celle-ci est à leurs yeux soit usurpatrice, soit corrompue. Ils sont donc des électrons libres, faisant vivre de petites chapelles en de rares endroits.

La deuxième impasse est théologique et intellectuelle : comment concilier les promesses d’indéfectibilité de l’Eglise, données par Notre Seigneur Lui-même, et le fait que l’Eglise soit infailliblement, selon leur théorie, sur le chemin de l’extinction sacramentelle et donc hiérarchique ? Pour se justifier, soit ils transforment le sens des paroles du Messie, soit ils prétendent à une intervention divine. La première méthode est malhonnête et sacrilège, la deuxième va à l’encontre de la façon dont a toujours agi la divine providence dans le Nouveau Testament. Inutile de parler de ceux qui se sont autoproclamés papes, ou qui s’inventent un quelconque pouvoir épiscopal dont ils sont les seuls témoins !

La troisième impasse est spirituelle : dans la situation décrite, il n’y a pas de solution, hormis l’attente d’une intervention qui n’a jamais été annoncée. Il n’y a pas de solution, et à la non-fréquentation des sacrements, nécessaires à la vie de l’âme, s’ajoute le désespoir de ne pas envisager le moyen ni le temps par lesquels Dieu sauvera son Eglise. Les âmes des sédévacantistes sont des âmes sans sacrement et pillées par le désespoir.

A tous les niveaux, le sédévacantisme constitue une impasse.

En plus de cela, on observe que ce monde est très détonnant. De ceux qui s’autoproclament papes, qui entendent des voix, qui prétendent avoir trouvé l’épiscopat dans les délires d’un fou, qui ont des révélations en tous genres, jusqu’à ceux qui fréquentent tout simplement leur chapelle. Qu’y a-t-il donc de commun à tous ces gens qui se sont enfermés dans cette voie désespérée ?

On observe que cet univers sédévacantiste est hétéroclite : il n’est pas hiérarchisé, chaque sédévacantiste est en désaccord avec tous les autres. Il n’existe pas de société, pas d’ordre, pas de pensée, pas de théologie sédévacantiste. Au final tous, qu’ils soient prêtres ou laïcs, sont très indépendants. Chacun a sa propre pensée, et donc est son propre chef. Ce qui manque au sédévacantiste, c’est l’humilité de la soumission.

Le sédévacantisme est une œuvre de contre Église, tout comme l’est le modernisme. Ce dernier détruit la nature sociétale et hiérarchisée de l’Eglise par la collégialité, le premier agit de même en refusant tout net la reconnaissance de l’autorité jusqu’au plus petit échelon. Il n’y a ni société ni hiérarchie chez les sédévacantistes.

Le sédévacantisme est une position qui va contre la nature même de l’Eglise et qui plonge ceux qui l’adoptent dans une impasse pratique, théologique et spirituelle. Et pour ceux dont l’âme reste marquée par les scandales de l’Église conciliaire et qui ne parviennent pas à voir dans les papes actuels les vicaires du Christ, qu’ils regardent le Crucifié. Est-ce que cet homme crucifié est le fils de Dieu ? Arriveront-ils à distinguer aussi bien Dieu dans cette homme mourant sur la croix que le vicaire de Notre Seigneur en charge de l’épouse du Christ en agonie ?

Les sédévacantistes d’aujourd’hui ne sont pas différents des juifs qui ont refusé la divinité du Messie par esprit d’orgueil et d’indépendance, ni des Ariens qui l’ont refusé parce que le scandale de la croix était trop grand pour eux.

Par conséquent, la position sédévacantiste constitue une impasse totale à tous les niveaux : pratique, théologique, spirituelle. Elle s’enferme dans le désespoir absolu d’une crise sans solution. Elle refuse toute hiérarchie, elle combat par sa nature anarchique l’Église qui est une société hiérarchisée. Elle emmène ceux qui tiennent cette position à un narcissisme inéluctable.

Austremoine