Caritas in veritate ou la chartre du nouvel ordre mondial

Nous aurions voulu nous réjouir de la dernière encyclique du pape Benoit XVI Caritas in veritate. Le nom est était prometteur et le sujet porteur d’espoir de voir le retour de l’Eglise dans les débats qui secouent la société, surtout en des temps d’actualités sociales brûlantes.

Ce n’est pas le fait que le pape constate en s’y résignant l’emprise de la mondialisation sur les peuples, ni que le St Père propose la création d’une autorité mondiale qui remet en cause à des degrés plus ou moins importants l’autorité des états qui pose le principale problème, c’est le fait de ne pas voir et de ne pas affirmer comment Notre Seigneur Jésus Christ est le maitre des sociétés pour leur bien.

Car ne pas voir que toute morale nécessaire au bien commun de toute société découle uniquement de la religion est actualiser cette grande erreur de l’homme bon promu par Rousseau. L’histoire le prouve, les faits divers continuent de le faire : l’home a besoin d’un repère qui le transcende, car livré à lui-même, il devient une bête pour son prochain. C’est la conséquence du péché originel.

Face à un occident qui se livre à la débauche, face au désespoir d’une société matérialiste, face à la pauvreté engendrée par la corruption et par l’anéantissement de peuples entiers devenus esclaves modernes, il était facile de faire le constat qu’une société sans Dieu est une société malheureuse et livrée à tous les maux.

La liberté religieuse est la principale cause de la sécularisation de nos sociétés. Et c’est la cause du mal que cherche à dénoncer le pape qui est promu dans l’encyclique :

« La religion chrétienne et les autres religions ne peuvent apporter leur contribution au développement que si Dieu a aussi sa place dans la sphère publique, et cela concerne les dimensions culturelle, sociale, économique et particulièrement politique. La doctrine sociale de l’Église est née pour revendiquer ce « droit de cité» [135] de la religion chrétienne. » Benoit XVI, Caritas in veritate, ƒ56

Nous voici donc face à la promotion de la liberté religieuse, qui relativisant toute forme de vérité et d’absolu, détruit tout repère transcendantale nécessaire au bon fonctionnement d’une société. L’encyclique relativise également son propre message et celui de l’Eglise Catholique par cet œcuménisme qui reconnait la présence de Dieu dans les fausses religions.

Dangereuse dans ses préconisations politiques, cette encyclique est surtout une attaque contre la doctrine de l’Eglise : liberté religieuse, œcuménisme, engendrant un relativisme généralisé, un tel texte mène un peu plus l’humanité sur la voix d’un melting-pot religieux sans saveur à la solde de ce nouvel ordre mondial. Le Christ Roi est plus absent que jamais, oublié de Pierre. Le Vicaire du Christ a dans son encyclique fait siens les désirs de la Franc-maçonnerie.

Austremoine


Le schisme sans danger d’une Eglise sans lendemain

Incompréhension d’un pape piégé par les herméneutiques

La lettre du pape Benoit XVI du 10 mars 2009 aux évêques catholiques montre l’incompréhension d’un pape face à une Eglise déchirée par un schisme latent. Une incompréhension mais aussi un certain désarmement tant il constate l’impossible réconciliation entre un épiscopat qui brandit le concile Vatican II pour mieux rejeter 2000 ans de magistère et une Fraternité St-Pie X qui ne souhaite ni plus ni moins le délaissement de ce Concile.

Cette lettre résonne comme un cri sorti du cœur, comme un cri dans le désert d’une Eglise exsangue après quarante ans de réformes. Un appel aux accents d’une sincérité poignante où le pasteur de l’Eglise universelle tente de faire entendre que ce Concile, fustigé par les uns et brandi par les autres, se situe dans la longue tradition de l’Eglise.

Parce que si l’aile progressiste de l’Eglise a pu constater ces dernier mois que le pape Ratzinger n’est pas un inconditionnel des réformes issues du Concile, et notamment des réformes liturgiques qu’il a, à maintes reprises, dénoncées, il n’est pas non plus ce pape conservateur et traditionnaliste que certains espèrent voir en lui.

Benoit XVI est un pape viscéralement attaché au concile Vatican II, et comme il l’avait rappelé à Mgr Fellay lors de leur entretien au mois d’août 2005, il ne peut pas concevoir qu’un catholique ne soit pas imbibé de l’esprit du Concile, mais d’un esprit qui interprète le Concile à la « lumière de la tradition ».

Tradition ou tradition ?

Vieille formule que celle-ci, formule qui devait sceller l’accord entre le St Siège et Mgr Lefebvre en 1988. Formule ambigüe et trompeuse tant elle prête à confusion. Car il ne faut pas s’y tromper, aujourd’hui Benoit XVI continue de poser des actes et de prôner des doctrines qui sont en rupture avec la Tradition. L’œcuménisme, la collégialité et la liberté religieuse sont les plus importants. Pourtant Benoit XVI dit se situer dans la Tradition de l’Eglise, un tel désaccord s’explique par le fait que la notion de la tradition n’est pas la même pour tout le monde.

C’est pourquoi Mgr Fellay rappelle dans son communiqué du 12 mars 2009, consécutif à la lettre du Souverain Pontife, la définition de la Tradition telle que l’entend la FSSPX et, surtout, le magistère de toujours :

« Loin de vouloir arrêter la Tradition en 1962, nous souhaitons considérer le Concile Vatican II et l’enseignement post-conciliaire à la lumière de cette Tradition que saint Vincent de Lérins a définie comme « ce qui a été cru toujours, partout et par tous » (Commonitorium), sans rupture et dans un développement parfaitement homogène. C’est ainsi que nous pourrons contribuer efficacement à l’évangélisation demandée par le Sauveur. (cf. Matthieu 28,19-20) »

 Face à cela le pape Benoit XVI prône une herméneutique de la continuité, pourtant bien conscient que le Concile marque une rupture qui pour lui reste purement apparente :

 « Le Concile Vatican II, avec la nouvelle définition de la relation entre la foi de l’Eglise et certains éléments essentiels de la pensée moderne, a revisité ou également corrigé certaines décisions historiques, mais dans cette apparente discontinuité, il a en revanche maintenu et approfondi sa nature intime et sa véritable identité. »

Le pape Benoit XVI reste très attaché à l’aspect traditionnel de l’Eglise, surtout dans son aspect liturgique et extérieur, et pense même que c’est essentiel afin que l’Eglise opère les mutations doctrinales d’adaptation au monde moderne. D’une façon imagée, il voudrait que le Concile change le contenu tout en conservant l’aspect du contenant : la rupture dans la continuité. C’est ce qui ressort par exemple du livre du Cardinal Razinger « Les principes de la théologie catholique » :

« De tous les textes du IIe Concile du Vatican, la constitution pastorale «sur l’Eglise dans le monde de ce temps» (Gaudium et spes) a été incontestablement le plus difficile et aussi, à côté de la constitution sur la liturgie et du décret sur l’œcuménisme, le pus riche en conséquences. Par sa forme et la direction de ses déclarations, il s’écarte dans une large mesure de la ligne de l’histoire des conciles et permet, par le fait même, plus que tous les autres textes, de percevoir la physionomie spéciale du dernier Concile. C’est pourquoi il a été considéré de plus en plus après le Concile comme le véritable testament de celui-ci…

[…] Si l’on cherche un diagnostic global du texte, on pourrait dire qu’il est (en liaison avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions du monde) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre-Syllabus. Harnack, on le sait, a interprété le Syllabus de Pie IX tout simplement comme un défi à son siècle; ce qu’il y a de vrai, c’est qu’il a tracé une ligne de Séparation devant les forces déterminantes du XIXe siècle: les conceptions scientifiques et politiques du libéralisme.

[…] Contentons-nous ici de constater que le texte joue le rôle d’un contre-Syllabus dans la mesure où il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l’Eglise avec le monde tel qu’il était devenu depuis 1789… »

Il y a là un désaccord profond sur la nature de la Tradition, qui touche à la conception même du magistère et donc de la nature et de la mission de l’Eglise.

Les fruits de 40 années d’une « tradition » conciliaire

Ce mot honni de « tradition » que le pape ne craint pas mais que les évêques dans leur grande majorité ont voulu opposer à la modernité en l’assimilant à une conception passéiste et sclérosée du magistère et de la liturgie est aujourd’hui l’objet d’une attention toute particulière.

Cela prête presque à rire de voir ces épiscopes des plus progressistes que les erreurs modernes aient engendré tenter de sauver leurs délires révolutionnaires en les revendiquant de la tradition de l’Eglise. L’exemple de Mgr Claude Dagens, Évêque d’Angoulême, qui ne passe pourtant pas pour être des plus progressistes, est très éclairant :

« Il me paraît impossible de revisiter le Concile ou de distinguer ce qui serait conforme ou non à la Tradition. Le Concile forme un tout cohérent. Il n’a pas été une trahison de la Tradition. On ne peut pas céder à sa révision. Si cet acte de réconciliation nous oblige à relire le chemin parcouru depuis cinquante ans, nous le ferons avec fierté, et non pas en nous battant la coulpe. »

Ce même évêque qui s’est notamment rendu, entre autres scandales, le 15 novembre 2008 à la célébration du 250ème anniversaire de la franc-maçonnerie en Charente. Ce même évêque, membre de l’Académie Française qui n’a pas émit la moindre réserve devant l’élection de l’avorteuse Simone Veil à la même institution. Est-ce là sa conception de la tradition, est-ce là tout simplement sa façon d’être catholique ?

On connait les accointances de certains prélats avec la Franc-maçonnerie. Elle n’étonne plus depuis bien longtemps. Ce qui étonne beaucoup plus est le silence pesant d’une grande majorité de l’épiscopat devant le génocide de l’avortement. Où est la conception de la tradition des 99 évêques français qui n’ont pas soutenus la marche pour la vie ?

Le pape Benoit XVI, tout en restant fidèle à sa conception de l’herméneutique de la continuité ne s’y est pas trompé :

« Cependant, à certains de ceux qui se proclament comme de grands défenseurs du Concile, il doit aussi être rappelé que Vatican II renferme l’entière histoire doctrinale de l’Église. Celui qui veut obéir au Concile, doit accepter la foi professée au cours des siècles et il ne peut couper les racines dont l’arbre vit. »

Le schisme est consommé

Inutile de réécrire ce qui l’est déjà. Changeons de pays afin de varier les exemples. Reprenons le communiqué de l’abbé Franz Schmidberger, supérieur du district d’Allemagne de la FSSPX :

 « 5. Les évêques exigent de la part de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X la reconnaissance de l’autorité du Pape, bien que la FSSPX n’ait jamais mis en doute cette autorité. Cela indique que les évêques n’ont pas débattu substantiellement sur les positions de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, ni ne veulent ce débat.

6. La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X constate au contraire un refus subconscient de l’autorité du Pape au sein de l’épiscopat allemand. Le comportement de ce dernier à l’égard des toutes dernières publications du Pape le prouve :

a) Le souhait du pape de corriger les mauvaises traductions des paroles de la consécration a été, à ce jour, ignoré des évêques allemands.

b) Le Motu Proprio pour la libéralisation de la messe ancienne est traité par certains évêques de façon tellement restrictive qu’il a dû rester presque sans effet.

c) Les intentions du Vendredi Saint du Pape ont été elles aussi faussement dénoncées par certains théologiens d’Allemagne comme « antisémites ».

d) En Allemagne, la position claire du Pape concernant la notion d’Église attribuée au sein des communautés protestantes s’est majoritairement heurtée à l’incompréhension.

e) Malgré plusieurs rappels, les évêques allemands n’ont pas retiré la Déclaration de Königstein qui rend inefficace l’Encyclique « Humanae vitae » de Paul VI.

f) Enfin, la déclaration « Dominus Jesus » a elle aussi été vivement critiquée justement par les théologiens allemands parce qu’elle signifie que l’unique chemin de salut est l’Église.

7. Considérant ces faits, nous voyons que certains évêques refusent le chemin indiqué par le Pape, chemin de la clarté et de la réconciliation. Ils veulent évidemment l’abandon complet de tous les points de vue conservateurs au sein de l’Église. Cette opposition contre le Pape ne s’exprime pas encore ouvertement, mais elle existe depuis longtemps de façon sous-jacente dans de nombreuses manifestations. »

Ce n’est que l’illustration du fait que la grande majorité des évêques, et notamment des pays occidentaux, cela même qui utilisent la « communion » qui, prétendent-ils, les unirait au siège apostolique, n’accordent aucune importance aux désirs du pape et au bien de l’Eglise.

Dans le triste constat dressé par monsieur l’abbé Franz Schmidberger, il est intéressant et dramatique de constater que les évêques vont à l’encontre du pape et de l’Eglise en trois endroits :

– en matière de doctrine

– en matière de loi

– en matière politique

Il n’est pas possible dans un cas comme celui-ci de parler même de « communion imparfaite », car de communion, il n’y a pas du tout.

Une révolution sans engeance

L’échec de l’ « aggiornamento » est aujourd’hui patent. Et les faits sont têtus. Ce n’est pas Mgr Hyppolite Simon, archevêque de Clermont-Ferrand, qui interdit à ses prêtres d’accompagner les défunts au cimetière pour l’absoute sous prétexte que les Chrétiens doivent apprendre à se débrouiller tout seul, qui le niera. Ni même Mgr Rouet, repris par Pèlerin Info :

« L’archevêque de Poitiers, Mgr Albert Rouet, teste une nouvelle voie dans son diocèse. Des « communautés locales » de laïcs y prennent en charge toute l’intendance, des finances à l’animation liturgique, afin de permettre aux prêtres de se recentrer sur le cœur de leur ministère : assurer le lien entre les communautés chrétiennes et leur apporter la parole de Dieu. Soit un véritable retour aux premiers siècles du christianisme, pour une Eglise qui n’a plus les moyens, désormais, de fonctionner comme un service public dans chaque village. »

Certes si l’Europe parait plus sinistrée que le reste du monde, au moins au niveau des statistiques, cela n’empêche pas le pape Benoit XVI de crier son inquiétude :

« À notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s’alimenter, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Non pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1) – en Jésus Christ crucifié et ressuscité. En ce moment de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l’horizon des hommes et que tandis que s’éteint la lumière provenant de Dieu, l’humanité manque d’orientation, et les effets destructeurs s’en manifestent toujours plus en son sein. »

Le constat est là : la Foi s’éteint, car elle ne trouve plus à s’alimenter. L’aliment de la Foi ce sont les sacrements, distribués par les prêtres ordonnés pour le sacrifice source de toutes grâces, dans un rite qui exprime la Vérité et la Force qui se déversent par ce moyen dans le cœur de l’homme. Et sans une Foi nourrie par une doctrine sûre, le don à Dieu dans le sacerdoce disparait. Et sans prêtre, plus de sacrement, et sans sacrements, plus de chrétien.

Le schisme sans danger de conséquence

Face à une frange progressiste qui appelle de ses vœux une Eglise sans prêtres, qui ne respecte ni la doctrine, ni la discipline et ni la politique de l’Eglise Catholique, dont les fruits sont la destruction complète de la foi et de la culture chrétienne, et qui refuse de remettre en question son idéologie que tous constatent mortifère, le schisme de cette frange n’est pas une menace mais une chance, et ne représente aucune conséquence dommageable bien au contraire.

Les hommes qui refusent le sens de l’histoire sont voués à l’oubli ou au mépris. Et le sens de l’histoire montre à l’Eglise qu’il faut qu’elle renoue avec sa Tradition, doctrinale et liturgique. Le pape marche dans cette direction. Les chiffres montrent cette évidence. Aujourd’hui, en France, alors que l’ancienne messe avait été déclarée interdite par l’épiscopat français et même mondial, un prêtre sur quatre est ordonné pour le rite tridentin. Les pays où les réformes conciliaires ont été appliquées avec le plus de dureté sont ceux dont la déchristianisation est maintenant achevée.

Qu’importe la « communion » des destructeurs du sacerdoce, ces loups déguisés en brebis qui hurlent avec les hordes infernales. Ils refusent l’évidence des faits, ils refusent la doctrine de l’Eglise. Si le schisme n’est pas prononcé il n’en est pas moins effectif. Il serait bon maintenant, afin d’éclairer les âmes dans cette tempête déchainée, que ceux-ci soient dénoncés et fermement condamnés.

« Les docteurs d’impiété. Aversion et mépris : voilà ce qu’ils méritent. Ce sont ou bien des ignorants qui s’attachent à la religion sans la connaître et qui se gardent bien d’en étudier les preuves ; ou bien des menteurs qui affichent des convictions qu’ils n’ont pas, car il est impossible à un homme d’être convaincu que la religion est fausse ; ou bien des cœurs gâtés qui blasphèment la religion uniquement parce qu’elle gêne leurs vices. Ignorants, menteurs, impudiques ou voleurs : parmi ceux qui attaquent habituellement la religion, il n’y en a pas un qui ne rentre dans l’une ou l’autre de ces quatre catégories. […] Fermez-leur impitoyablement votre porte ; à l’occasion, imposez-leur silence, surtout quand vos enfants sont là. » Saint Alphonse de Liguori

Cette Église conciliaire qui masque le visage de l’Epouse virginale du Christ doit mourir. La Vérité doit être proclamée et l’erreur condamnée. Et malgré le déchainement des puissances infernales, l’Eglise resplendira de nouveau, pour le salut des hommes, car « les portes l’enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16, 18).

Austremoine


Les préalables ont-ils vraiment été obtenus, et leurs objectifs ont-ils été atteints ?

La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, par la voix de son Supérieur Général, Mgr Bernard Fellay, demandait à Rome, pour engager des discussions doctrinales, afin de rétablir un climat de confiance, l’octroie de deux préalables :
– la liberté pour tous les prêtres de dire la messe tridentine,
– le retrait du décret d’excommunication.

Ces deux préalables avaient un triple objectif :
– rétablir la justice lésée
– offrir une certaine liberté à la Tradition
– établir un climat de confiance.

Ces préalables ont-ils vraiment été obtenus, et leurs objectifs ont-ils été atteints ?

Par le motu proprio Sommorum Pontificum, le pape Benoît XVI affirme que la messe tridentine n’a jamais été abrogée, apportant ainsi un démenti formel au motu proprio Ecclesia Dei Afflicta de son prédécesseur qui en restreignait l’usage au bon vouloir des évêques. Mais surtout, il était enfin affirmé la liberté du rite de saint Pie V après plus de trente années d’interdiction effective.

Il est juste de reconnaître que ce motu proprio, malgré ses défauts et ses insuffisances, rétablit la justice en reconnaissant le droit de la messe de saint Pie V et offre une certaine liberté liturgique à la Tradition en reconnaissant à tout prêtre la faculté libre et entière de la célébrer.

Il est bon de se souvenir de l’opposition farouche des évêques à travers le monde pour ne pas oublier que cet acte fut un acte courageux posé de façon unilatérale. Ce fut le premier pas concret qui permit à une certaine confiance de s’installer dans le cœur des prêtres et des fidèles de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X.

Puis, ce 24 janvier 2009, par un décret en date du 21 janvier 2009 de la Congrégation pour les Evêques signé de son président, le Cardinal Giovanni Batista Re, les excommunications prononcées par la même congrégation vingt années plutôt contre Mgr Lefebvre et les quatre évêques sacrés par lui étaient déclarées privées d’effets juridiques.

Afin que justice fut rendue, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X avait bien demandé le retrait du décret d’excommunication, ce qui signifiait l’inexistence réelle de la sanction, et non pas la levée des excommunications qui aurait été la reconnaissance au moins implicite de celles-ci.

Doit-on parler aujourd’hui de retrait ou de levée ?

Il semble que pour répondre il faille considérer deux éléments que sont les circonstances et ses acteurs, et les termes utilisés dans le décret romain.

La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X revendique aujourd’hui, comme en 1988 l’état de nécessité qui a justifié les sacres. Comme en 1988, elle revendique haut et fort cet acte courageux de Mgr Lefebvre. Comme en 1988, elle continue de dénoncer avec vigueur et fermeté les erreurs contenues dans le concile Vatican II. Et comme en 1988, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X garde précieusement cette foi si difficilement transmise, cet amour indéfectible au Saint Siège et au Vicaire du Christ. Rien n’a varié dans ses positions et sa doctrine, rien dans ce qui avait porté Rome à vouloir infliger la sanction de l’excommunication n’a été modifié ou amenuisé, le décret lui-même le reconnaissant en parlant de « communion imparfaite ». C’est donc bien que le désaccord persiste.

Si malgré cela, Rome a donné sans effet son décret d’il y a vingt ans, c’est que dans les faits il s’agit bien effectivement d’un retrait pur et simple de la sanction, une décision absolument unilatérale sans aucune contre partie.

Cependant, si on regarde les termes employés dans le décret du 21 janvier, on peut y lire que le préfet de la Congrégation pour les Evêques remet la peine d’excommunication. Et s’il y a rémission, c’est qu’il y a eu pardon, ce qui n’est pas le cas. De plus, le décret de condamnation se trouve privé d’effets juridiques en date du nouveau décret. C’est donc que les effets antérieurs à cette date restent reconnus et que le décret de condamnation n’est pas purement et simplement retiré.

Nous sommes donc dans une situation ambigüe : la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, du fait qu’elle n’ait rien concédé, peut affirmer en conséquence et avec plus de force que les excommunications n’avaient pas de valeur ni de raison d’être, et le Saint Siège, par les termes employés, peut de son coté accéder à la demande des évêques concernés de ne plus subir cette opprobre sans pour autant perdre la face et se désavouer.

Les objectifs n’ont donc été, en ce domaine, que partiellement atteints :
– la justice est rétablie de façon partielle seulement, car n’étant pas dans les termes utilisés, un retrait pur, Mgr Lefebvre n’est pas réhabilité explicitement.
– le cordon sanitaire des sanctions, qui permettaient aux ennemis de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X de la conspuer, n’existe plus désormais. Ses détracteurs se trouvent dorénavant sans arguments solides afin de dissuader les fidèles de se confier à l’apostolat de la Fraternité. Cette nouvelle situation redonne une grande liberté à la Tradition.

Considérant ces deux actes pontificaux, avec le regard que porte sur eux le Supérieur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, il apparait aujourd’hui que Benoit XVI a bien rempli les deux préalables demandés et que ceux-ci ont, dans la globalité, atteint l’objectif qui leur étaient assignés.

Et maintenant, quel déroulement attendre de part et d’autre ?

« Dans ce nouveau climat, nous avons la ferme espérance d’arriver bientôt à la reconnaissance des droits de la Tradition catholique. » Mgr Fellay

« […]paternellement sensible au malaise spirituel manifesté par les intéressés à cause de la sanction d’excommunication et confiant dans l’engagement qu’ils ont exprimé dans la lettre citée auparavant de ne pas ménager leurs efforts pour approfondir les questions encore ouvertes, dans les échanges nécessaires avec les autorités du Saint-Siège, afin de pouvoir atteindre bientôt une solution pleine et satisfaisante au problème qui s’est posé aux origines […] » Cardinal Giovanni Battista Re

Il est clair que dorénavant, les problèmes à l’origine du désaccord, à savoir les nouveautés introduites à l’occasion du Concile, vont être pleinement posés sur la table. Il y a une volonté de part et d’autre de résoudre le problème.

Naturellement, le Vatican et la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X n’ont pas le même point de vu. Mais un élément est très important : le constat commun de la ruine de l’Eglise. Le cardinal Ratzinger le constatait avec effarement quelques mois seulement avant son élection au souverain pontificat.

D’une part, Rome reste très attachée au concile Vatican II et considère que les effets désastreux proviennent de sa mauvaise interprétation ou de sa mauvaise application. C’est toute la thèse de l’herméneutique de la continuité.

D’autre part, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X considère le deuxième concile du Vatican, comme les pères de ce Concile l’ont défini eux-mêmes, sans aucune autorité dogmatique et à portée purement pastorale. C’est ainsi qu’elle refuse avec droit les doctrines nouvelles introduites par ce Concile et qui manifestement, et à plusieurs endroits, que sont notamment l’œcuménisme, la liberté religieuse et la collégialité, vont contre la doctrine traditionnelle de l’Eglise.

Aujourd’hui les lignes se sont déplacées : il y a vingt ans, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X était prête à accepter le concile Vatican II à la lumière de la tradition, Rome en faisant le symbole d’un bouleversement, de « l’aggiornamento ». Aujourd’hui, c’est Rome qui cherche à sauver le Concile en essayant de prouver qu’il peut être vu à la lumière de la tradition, qu’il n’est pas en rupture avec le passé de l’Eglise, tandis que la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X veut le remettre en cause directement, veut en dénoncer les nouveautés comme étant incompatibles avec le magistère infaillible de l’Eglise.

Les rapports qui s’engagent aujourd’hui entre Rome et la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X partent sur des bases solides, de confiance et de liberté pour la Tradition. Le problème de fond va être posé, avec une volonté sérieuse et affirmée de chaque coté de résoudre le problème.

Rome, en réalisant les deux gestes forts et courageux, a montré sa volonté de résoudre vraiment le problème et un profond souci du bien de l’Eglise.
La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, en acceptant les opprobres et en montrant indéfectiblement son attachement au souverain pontife, a montré que son action était commandée par amour de l’Eglise.

Le champ est défriché. Reste aujourd’hui à poser des fondations solides sur lesquelles l’Eglise pourra se reconstruire. Ces fondations ne sont autres que sa tradition dogmatique et liturgique, exclusivement.

Austremoine