Le schisme sans danger d’une Eglise sans lendemain

Incompréhension d’un pape piégé par les herméneutiques

La lettre du pape Benoit XVI du 10 mars 2009 aux évêques catholiques montre l’incompréhension d’un pape face à une Eglise déchirée par un schisme latent. Une incompréhension mais aussi un certain désarmement tant il constate l’impossible réconciliation entre un épiscopat qui brandit le concile Vatican II pour mieux rejeter 2000 ans de magistère et une Fraternité St-Pie X qui ne souhaite ni plus ni moins le délaissement de ce Concile.

Cette lettre résonne comme un cri sorti du cœur, comme un cri dans le désert d’une Eglise exsangue après quarante ans de réformes. Un appel aux accents d’une sincérité poignante où le pasteur de l’Eglise universelle tente de faire entendre que ce Concile, fustigé par les uns et brandi par les autres, se situe dans la longue tradition de l’Eglise.

Parce que si l’aile progressiste de l’Eglise a pu constater ces dernier mois que le pape Ratzinger n’est pas un inconditionnel des réformes issues du Concile, et notamment des réformes liturgiques qu’il a, à maintes reprises, dénoncées, il n’est pas non plus ce pape conservateur et traditionnaliste que certains espèrent voir en lui.

Benoit XVI est un pape viscéralement attaché au concile Vatican II, et comme il l’avait rappelé à Mgr Fellay lors de leur entretien au mois d’août 2005, il ne peut pas concevoir qu’un catholique ne soit pas imbibé de l’esprit du Concile, mais d’un esprit qui interprète le Concile à la « lumière de la tradition ».

Tradition ou tradition ?

Vieille formule que celle-ci, formule qui devait sceller l’accord entre le St Siège et Mgr Lefebvre en 1988. Formule ambigüe et trompeuse tant elle prête à confusion. Car il ne faut pas s’y tromper, aujourd’hui Benoit XVI continue de poser des actes et de prôner des doctrines qui sont en rupture avec la Tradition. L’œcuménisme, la collégialité et la liberté religieuse sont les plus importants. Pourtant Benoit XVI dit se situer dans la Tradition de l’Eglise, un tel désaccord s’explique par le fait que la notion de la tradition n’est pas la même pour tout le monde.

C’est pourquoi Mgr Fellay rappelle dans son communiqué du 12 mars 2009, consécutif à la lettre du Souverain Pontife, la définition de la Tradition telle que l’entend la FSSPX et, surtout, le magistère de toujours :

« Loin de vouloir arrêter la Tradition en 1962, nous souhaitons considérer le Concile Vatican II et l’enseignement post-conciliaire à la lumière de cette Tradition que saint Vincent de Lérins a définie comme « ce qui a été cru toujours, partout et par tous » (Commonitorium), sans rupture et dans un développement parfaitement homogène. C’est ainsi que nous pourrons contribuer efficacement à l’évangélisation demandée par le Sauveur. (cf. Matthieu 28,19-20) »

 Face à cela le pape Benoit XVI prône une herméneutique de la continuité, pourtant bien conscient que le Concile marque une rupture qui pour lui reste purement apparente :

 « Le Concile Vatican II, avec la nouvelle définition de la relation entre la foi de l’Eglise et certains éléments essentiels de la pensée moderne, a revisité ou également corrigé certaines décisions historiques, mais dans cette apparente discontinuité, il a en revanche maintenu et approfondi sa nature intime et sa véritable identité. »

Le pape Benoit XVI reste très attaché à l’aspect traditionnel de l’Eglise, surtout dans son aspect liturgique et extérieur, et pense même que c’est essentiel afin que l’Eglise opère les mutations doctrinales d’adaptation au monde moderne. D’une façon imagée, il voudrait que le Concile change le contenu tout en conservant l’aspect du contenant : la rupture dans la continuité. C’est ce qui ressort par exemple du livre du Cardinal Razinger « Les principes de la théologie catholique » :

« De tous les textes du IIe Concile du Vatican, la constitution pastorale «sur l’Eglise dans le monde de ce temps» (Gaudium et spes) a été incontestablement le plus difficile et aussi, à côté de la constitution sur la liturgie et du décret sur l’œcuménisme, le pus riche en conséquences. Par sa forme et la direction de ses déclarations, il s’écarte dans une large mesure de la ligne de l’histoire des conciles et permet, par le fait même, plus que tous les autres textes, de percevoir la physionomie spéciale du dernier Concile. C’est pourquoi il a été considéré de plus en plus après le Concile comme le véritable testament de celui-ci…

[…] Si l’on cherche un diagnostic global du texte, on pourrait dire qu’il est (en liaison avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions du monde) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre-Syllabus. Harnack, on le sait, a interprété le Syllabus de Pie IX tout simplement comme un défi à son siècle; ce qu’il y a de vrai, c’est qu’il a tracé une ligne de Séparation devant les forces déterminantes du XIXe siècle: les conceptions scientifiques et politiques du libéralisme.

[…] Contentons-nous ici de constater que le texte joue le rôle d’un contre-Syllabus dans la mesure où il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l’Eglise avec le monde tel qu’il était devenu depuis 1789… »

Il y a là un désaccord profond sur la nature de la Tradition, qui touche à la conception même du magistère et donc de la nature et de la mission de l’Eglise.

Les fruits de 40 années d’une « tradition » conciliaire

Ce mot honni de « tradition » que le pape ne craint pas mais que les évêques dans leur grande majorité ont voulu opposer à la modernité en l’assimilant à une conception passéiste et sclérosée du magistère et de la liturgie est aujourd’hui l’objet d’une attention toute particulière.

Cela prête presque à rire de voir ces épiscopes des plus progressistes que les erreurs modernes aient engendré tenter de sauver leurs délires révolutionnaires en les revendiquant de la tradition de l’Eglise. L’exemple de Mgr Claude Dagens, Évêque d’Angoulême, qui ne passe pourtant pas pour être des plus progressistes, est très éclairant :

« Il me paraît impossible de revisiter le Concile ou de distinguer ce qui serait conforme ou non à la Tradition. Le Concile forme un tout cohérent. Il n’a pas été une trahison de la Tradition. On ne peut pas céder à sa révision. Si cet acte de réconciliation nous oblige à relire le chemin parcouru depuis cinquante ans, nous le ferons avec fierté, et non pas en nous battant la coulpe. »

Ce même évêque qui s’est notamment rendu, entre autres scandales, le 15 novembre 2008 à la célébration du 250ème anniversaire de la franc-maçonnerie en Charente. Ce même évêque, membre de l’Académie Française qui n’a pas émit la moindre réserve devant l’élection de l’avorteuse Simone Veil à la même institution. Est-ce là sa conception de la tradition, est-ce là tout simplement sa façon d’être catholique ?

On connait les accointances de certains prélats avec la Franc-maçonnerie. Elle n’étonne plus depuis bien longtemps. Ce qui étonne beaucoup plus est le silence pesant d’une grande majorité de l’épiscopat devant le génocide de l’avortement. Où est la conception de la tradition des 99 évêques français qui n’ont pas soutenus la marche pour la vie ?

Le pape Benoit XVI, tout en restant fidèle à sa conception de l’herméneutique de la continuité ne s’y est pas trompé :

« Cependant, à certains de ceux qui se proclament comme de grands défenseurs du Concile, il doit aussi être rappelé que Vatican II renferme l’entière histoire doctrinale de l’Église. Celui qui veut obéir au Concile, doit accepter la foi professée au cours des siècles et il ne peut couper les racines dont l’arbre vit. »

Le schisme est consommé

Inutile de réécrire ce qui l’est déjà. Changeons de pays afin de varier les exemples. Reprenons le communiqué de l’abbé Franz Schmidberger, supérieur du district d’Allemagne de la FSSPX :

 « 5. Les évêques exigent de la part de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X la reconnaissance de l’autorité du Pape, bien que la FSSPX n’ait jamais mis en doute cette autorité. Cela indique que les évêques n’ont pas débattu substantiellement sur les positions de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, ni ne veulent ce débat.

6. La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X constate au contraire un refus subconscient de l’autorité du Pape au sein de l’épiscopat allemand. Le comportement de ce dernier à l’égard des toutes dernières publications du Pape le prouve :

a) Le souhait du pape de corriger les mauvaises traductions des paroles de la consécration a été, à ce jour, ignoré des évêques allemands.

b) Le Motu Proprio pour la libéralisation de la messe ancienne est traité par certains évêques de façon tellement restrictive qu’il a dû rester presque sans effet.

c) Les intentions du Vendredi Saint du Pape ont été elles aussi faussement dénoncées par certains théologiens d’Allemagne comme « antisémites ».

d) En Allemagne, la position claire du Pape concernant la notion d’Église attribuée au sein des communautés protestantes s’est majoritairement heurtée à l’incompréhension.

e) Malgré plusieurs rappels, les évêques allemands n’ont pas retiré la Déclaration de Königstein qui rend inefficace l’Encyclique « Humanae vitae » de Paul VI.

f) Enfin, la déclaration « Dominus Jesus » a elle aussi été vivement critiquée justement par les théologiens allemands parce qu’elle signifie que l’unique chemin de salut est l’Église.

7. Considérant ces faits, nous voyons que certains évêques refusent le chemin indiqué par le Pape, chemin de la clarté et de la réconciliation. Ils veulent évidemment l’abandon complet de tous les points de vue conservateurs au sein de l’Église. Cette opposition contre le Pape ne s’exprime pas encore ouvertement, mais elle existe depuis longtemps de façon sous-jacente dans de nombreuses manifestations. »

Ce n’est que l’illustration du fait que la grande majorité des évêques, et notamment des pays occidentaux, cela même qui utilisent la « communion » qui, prétendent-ils, les unirait au siège apostolique, n’accordent aucune importance aux désirs du pape et au bien de l’Eglise.

Dans le triste constat dressé par monsieur l’abbé Franz Schmidberger, il est intéressant et dramatique de constater que les évêques vont à l’encontre du pape et de l’Eglise en trois endroits :

– en matière de doctrine

– en matière de loi

– en matière politique

Il n’est pas possible dans un cas comme celui-ci de parler même de « communion imparfaite », car de communion, il n’y a pas du tout.

Une révolution sans engeance

L’échec de l’ « aggiornamento » est aujourd’hui patent. Et les faits sont têtus. Ce n’est pas Mgr Hyppolite Simon, archevêque de Clermont-Ferrand, qui interdit à ses prêtres d’accompagner les défunts au cimetière pour l’absoute sous prétexte que les Chrétiens doivent apprendre à se débrouiller tout seul, qui le niera. Ni même Mgr Rouet, repris par Pèlerin Info :

« L’archevêque de Poitiers, Mgr Albert Rouet, teste une nouvelle voie dans son diocèse. Des « communautés locales » de laïcs y prennent en charge toute l’intendance, des finances à l’animation liturgique, afin de permettre aux prêtres de se recentrer sur le cœur de leur ministère : assurer le lien entre les communautés chrétiennes et leur apporter la parole de Dieu. Soit un véritable retour aux premiers siècles du christianisme, pour une Eglise qui n’a plus les moyens, désormais, de fonctionner comme un service public dans chaque village. »

Certes si l’Europe parait plus sinistrée que le reste du monde, au moins au niveau des statistiques, cela n’empêche pas le pape Benoit XVI de crier son inquiétude :

« À notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s’alimenter, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Non pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1) – en Jésus Christ crucifié et ressuscité. En ce moment de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l’horizon des hommes et que tandis que s’éteint la lumière provenant de Dieu, l’humanité manque d’orientation, et les effets destructeurs s’en manifestent toujours plus en son sein. »

Le constat est là : la Foi s’éteint, car elle ne trouve plus à s’alimenter. L’aliment de la Foi ce sont les sacrements, distribués par les prêtres ordonnés pour le sacrifice source de toutes grâces, dans un rite qui exprime la Vérité et la Force qui se déversent par ce moyen dans le cœur de l’homme. Et sans une Foi nourrie par une doctrine sûre, le don à Dieu dans le sacerdoce disparait. Et sans prêtre, plus de sacrement, et sans sacrements, plus de chrétien.

Le schisme sans danger de conséquence

Face à une frange progressiste qui appelle de ses vœux une Eglise sans prêtres, qui ne respecte ni la doctrine, ni la discipline et ni la politique de l’Eglise Catholique, dont les fruits sont la destruction complète de la foi et de la culture chrétienne, et qui refuse de remettre en question son idéologie que tous constatent mortifère, le schisme de cette frange n’est pas une menace mais une chance, et ne représente aucune conséquence dommageable bien au contraire.

Les hommes qui refusent le sens de l’histoire sont voués à l’oubli ou au mépris. Et le sens de l’histoire montre à l’Eglise qu’il faut qu’elle renoue avec sa Tradition, doctrinale et liturgique. Le pape marche dans cette direction. Les chiffres montrent cette évidence. Aujourd’hui, en France, alors que l’ancienne messe avait été déclarée interdite par l’épiscopat français et même mondial, un prêtre sur quatre est ordonné pour le rite tridentin. Les pays où les réformes conciliaires ont été appliquées avec le plus de dureté sont ceux dont la déchristianisation est maintenant achevée.

Qu’importe la « communion » des destructeurs du sacerdoce, ces loups déguisés en brebis qui hurlent avec les hordes infernales. Ils refusent l’évidence des faits, ils refusent la doctrine de l’Eglise. Si le schisme n’est pas prononcé il n’en est pas moins effectif. Il serait bon maintenant, afin d’éclairer les âmes dans cette tempête déchainée, que ceux-ci soient dénoncés et fermement condamnés.

« Les docteurs d’impiété. Aversion et mépris : voilà ce qu’ils méritent. Ce sont ou bien des ignorants qui s’attachent à la religion sans la connaître et qui se gardent bien d’en étudier les preuves ; ou bien des menteurs qui affichent des convictions qu’ils n’ont pas, car il est impossible à un homme d’être convaincu que la religion est fausse ; ou bien des cœurs gâtés qui blasphèment la religion uniquement parce qu’elle gêne leurs vices. Ignorants, menteurs, impudiques ou voleurs : parmi ceux qui attaquent habituellement la religion, il n’y en a pas un qui ne rentre dans l’une ou l’autre de ces quatre catégories. […] Fermez-leur impitoyablement votre porte ; à l’occasion, imposez-leur silence, surtout quand vos enfants sont là. » Saint Alphonse de Liguori

Cette Église conciliaire qui masque le visage de l’Epouse virginale du Christ doit mourir. La Vérité doit être proclamée et l’erreur condamnée. Et malgré le déchainement des puissances infernales, l’Eglise resplendira de nouveau, pour le salut des hommes, car « les portes l’enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16, 18).

Austremoine