La Tradition a-t-elle un seul ami à Rome ?

Il paraîtrait que oui, il nous faudrait croire que oui, on nous affirme bien fort que c’est le cas, évidemment. Soyons naïf, espérons-le.

Le 10 décembre 2012, sur consultation du pape, les cardinaux et évêques de la congrégation des Saints composée de 36 membres ont approuvé à l’unanimité l’ouverture du processus visant la béatification de Paul VI. A l’unanimité.

Aujourd’hui, le 19 décembre, Benoit XVI a signé le décret de reconnaissance des vertus héroïques du pape Montini. Il est vrai qu’après la béatification de Jean-Paul II plus rien ne devrait nous effrayer, l’un ayant établi et promu les principes de l’église conciliaire, l’autre les ayant appliqués avec un zèle débordant. Deux futurs « bienheureux » peut-être bientôt « saints », maitres d’œuvre et artisans d’un concile Vatican II dont on nous dit pourtant qu’il a été mal compris. Pas facile de s’y retrouver.

Qui sont les coupables ? Pas une seule voix ne s’est encore élevée contre ce nouveau scandale qui montre combien le retour de la Tradition à Rome n’est pas du tout à l’ordre du jour. Y-a-t-il eu des absents à ce vote ? Ils ont eu tord de ne pas être présent pour y faire part de leur réprobation, surtout pour un vote concernant l’un des personnages clef de la révolution conciliaire. Les présents eux, ont tous voté pour l’héroïcité de Paul VI.

Voici comment ces gens sont les amis de la Tradition : en portant sur les autels ceux qui l’ont abattu !

Ce jour là la Tradition a cherché un seul ami à Rome, elle n’en a point trouvé. Je ne peux m’empêcher de penser à ce Dieu qui cherchait ne serait-ce que 10 justes dans Sodome et Gomorrhe. Aujourd’hui, il n’y en eut pas un seul parmi ces trente six.

Austremoine


Des prêtres non validement ordonnés dans la FSSPX ?

Voilà la thèse véhiculée par les groupuscules sédévacantistes : le rite nouveau de l’ordination étant invalide, certains prêtres ordonnés selon ce rite ayant rejoints la FSSPX, celle-ci compte de faux prêtres dans ses rangs.

Je ne citerai pas ceux qui se permettent de nommer des prêtres et de remettre en cause de façon publique leur ordination.

Mais puisque ces sédévacantistes se réclament de Mgr Lefebvre et attaquent Mgr Fellay sur le fait que celui-ci ne réordonnerait pas de façon systématique les prêtres ordonnés dans le nouveau rite qui rejoignent la FSSPX, distillant ainsi de faux prêtres en son sein, voici ce que disait Mgr Lefebvre sur le sujet en 1989 lors d’une retraite :

« Alors le pape Pie XII a voulu après étude, après conseil, réflexions, déterminer définitivement ce qui était de l’essence des sacrements. Il l’a fait solennellement mais encore une fois en y ajoutant qu’il ne fallait modifier aucune cérémonie du rite. Le Concile Vatican II vient : il n’y a plus de limites, il n’y a plus rien, on fait ce qu’on veut, on change même les paroles de la forme aussi. Alors comme ces paroles sont mal traduites par-dessus le marché en diverses langues, on commence à discuter pour savoir si ces paroles sont valides, pas valides, surtout en anglais par exemple : la traduction anglaise pose des problèmes. Il semble que la traduction française n’en pose pas, mais la traduction anglaise pose des problèmes parce que les termes qui sont employés sont les termes qu’emploient les protestants. Alors, est-ce que ça a la signification catholique ou est-ce que ça a la signification protestante ? Les protestants ont l’intention de faire des pasteurs, et n’ont pas l’intention de faire des prêtres, alors, qu’est-ce ça signifie tout ça ? Alors ça pose des problèmes : pourquoi ? Quel besoin, quel besoin avaient-ils d’aller se mettre à modifier les choses et à laisser faire des traductions dont on doute, dont on pourrait douter à la rigueur de la validité ? Nous avons eu des discussions très pénibles avec nos confrères américains à ce sujet-là, et surtout tous les sédévacantistes qui nous ont quittés. Ils nous faisaient grief de cela parce que pour eux ils estimaient que la formule anglaise de l’ordination était invalide. Alors… Donc les prêtres qui étaient ordonnés dans l’Eglise conciliaire n’étaient pas prêtres. Alors vous voyez les conséquences. Tout cela ça nous met dans des difficultés incroyables, et tout ça inutilement, absolument inutilement. J’ai demandé à Mgr Williamson, à l’abbé Williamson à ce moment-là, directeur au séminaire, de me faire une petite enquête pour qu’on sache quand même, pour qu’on puisse s’en tenir à peu près à quelque chose, qu’on sache si vraiment ces prêtres, parce qu’il y en a qui se présentaient par exemple pour venir à la Fraternité, des prêtres qui avaient été ordonnés en dehors de la Fraternité, et ordonnés depuis 1970, donc avec le rite nouveau. Si ce rite nouveau est invalide, ils ne sont pas prêtres. Donc il fallait absolument qu’ils soient, que je, puisque j’étais seul évêque dans la Tradition, ils m’imposaient de les ordonner, il faut les réordonner, enfin les ordonner parce qu’ils ne sont pas ordonnés, ils ne sont pas prêtres. Moi je prenais comme règle : si ces prêtres même croient vraiment que par la formule dont ils ont été ordonnés, cette formule est invalide et qu’ils demandent à être réordonnés sous condition, je veux bien le faire, je l’ai fait quelquefois, j’ai réordonné sous condition ces quelques prêtres comme ça qui rentraient chez nous et qui voulaient nous aider, vivre avec nous. Je l’ai fait quelquefois. Certains, eux, étaient persuadés que leur ordination était valide ; ils étaient absolument convaincus, ils n’en n’ont jamais douté, ils avaient toujours dit la messe avec la pleine sécurité de leur ordination […] ».

Voilà de quoi démontrer le mensonge des sédévacantistes et défendre l’honneur sacerdotale de ces prêtres lâchement attaqués.

Austremoine


Différencier les personnes de leurs actes

[…] Il me parait important dans toute discussion de bien séparer les personnes, que Dieu seul jugera car seul lui en connait le for intérieur, et les actes de ces personnes, qui eux, peuvent être vus et jugés par ceux qui les voient.

Si on ne respecte pas ce principe de base on tombe dans le subjectivisme, car on ne considère plus l’acte en lui-même mais on le voit en fonction d’un présupposé d’une personne que l’on connait peut-être très mal.

Des sédévacantistes édifiants il y en a certainement, tout comme il y a des hortodoxes d’une grande sainteté, bien plus saints que des catholiques. Qu’il y ait des prêtres édifiants qui soient sédévacantistes ne fait pas du sédévacantisme une position respectable ou possible, et encore moins catholique. Combattre une erreur ce n’est pas nécessairement combattre les personnes. Même l’Eglise ne condamne les personnes qu’en dernier recours, et c’est l’Eglise !

Pour ce qui est de la position de Mgr Lefebvre, il a eu effectivement un doute sur la papauté de Jean-Paul II lors de la visite de ce dernier dans une synagogue, dans les années 70, doute qui ne s’est jamais reproduit puisque toutes ses paroles sur le sujet après cet épisode condamne fermement le sédévacantisme. Vous ne trouverez aucune citation de Mgr Lefebvre dans le sens contraire.

Et une fois de plus, le sédévacantisme ne remet pas en question l’autorité du pape d’une façon ou d’une autre puisqu’il considère qu’il n’y a pas de pape. Aucun sédévacantiste ne reconnait Benoit XVI comme pape. Et pour eux le problème n’a rien à voir avec le Concile, car la plupart refuse de reconnaître même Jean XXIII comme pape.

Donc dire que les sédévacantistes sont schismatiques rentre la définition la plus strict de ce qu’est un schismatique. Qu’ils ne se considèrent pas comme schismatiques est sans doute la cas pour un grand nombre d’entre eux, qu’ils soient de bonne foi est certainement la réalité vu la crise profonde de l’Eglise, cela ne fait pas moins que le sédévacantisme, l’acte d’adhésion en lui même au sédévacantisme, en mettant de coté toutes les considérations personnelles, constitue en lui même un acte schismatique.

Que le problème ne soit pas simple est évident, une crise comme celle que nous vivons ne peut que soulever des problématiques graves, mais comme le disait Mgr Lefebvre faisant écho au songe de Saint Don Bosco, nous avons 3 points d’attache dans cette crise : la sainte Vierge, l’eucharistie, et le pape.

Austremoine