Jean XXIII et Jean-Paul II canonisés

 Ca y est ! Nos nouveaux amis à Rome, qui étaient de plus en plus « conservateurs » au point de faire en sorte que tout redevienne bientôt « harmonieusement traditionnel », vont reconnaître les papes Jean XXIII et Jean Paul II comme « saints ». Il paraîtrait même, et si, qu’il y aurait eu une conversion à Rome ! Et oui ! Des experts vous expliqueront d’ailleurs, le nouveau sens de ce mot, trop, comment disent-ils, outrancier ?! 

Ne soyez pas sarcastique, me direz-vous, c’est le fait du pape François ! On ne pouvait pas s’attendre sérieusement à voir élu un pape si progressiste ! Et non vous répondrai-je, cette « sanctification » a commencé sous Benoît XVI, qui a « béatifié » ces deux papes révolutionnaires.

Qui dira que tout allait mieux à Rome ? Qui a oublié Assise en 2011, la béatification de Jean-Paul II la même année ? Qui dira décemment qu’il s’agit là d’une surprise ? Il n’y a pas de surprise, c’est la consécration de la révolution conciliaire qui a besoin pour se pérenniser de porter sur les autels ses leaders ! 

Il parait qu’il y en a encore qui désirent faire un accord si le pape en exprime le désir « légitime ». Et si François en exprime le désir ? Et si aujourd’hui nous étions sous une prélature Saint-Pie X, nous mettrions-nous à genoux devant le nouveau « Saint » Jean-Paul II ? Nous pouvons maintenant pleinement considérer l’ampleur catastrophique d’une telle folie !

Nous attendons les champions du tour de France de la saison 2011-2012 pour expliquer maintenant aux fidèles pourquoi c’est pure folie de faire un accord pratique sans accord doctrinal, ces même champions qui toisaient dédaigneusement les fidèles, qui pauvres idiots, ne comprenaient pas la nécessité de signer un accord où l’on reconnaissait la légitimité du nouveau rite et la bienfaisance du concile, lumière nouvelle et éclairante de la Tradition. Cela permettrait de mettre quelques rustines dans une chambre à air traditionnelle qui garde quelques clous de travers…!

Nous n’avons plus la même liturgie, nous n’avons plus la même doctrine, nous n’avons plus les mêmes saints…nous n’avons plus la même Foi ! Voilà la réalité vraie.

Que ceux qui veulent changer de crèmerie ne se gênent pas. Leur nouveau « saint » est pour nous un « anti-Christ », selon le propre terme de Mgr Lefebvre.

Austremoine


La Tradition dans sa conception traditionnelle

Il est commun de parler de la Tradition liturgique et doctrinale, comme de la transmission d’un dépôt gardé et transmis fidèlement. Les modernistes parlent eux de « tradition vivante », ce qui leur permet de justifier une évolution qui n’aurait jamais cessé au cours des siècles et dont le concile Vatican II ne serait qu’une étape.

La Tradition est une notion qui peut être abordée sous plusieurs aspects.

La Tradition n’est autre que le dépôt de la Foi, dépôt nécessaire et immuable, ensemble des vérités nécessaires au salut et donc déjà présentes, de façon implicite ou explicite, dans la Révélation, écrite ou non écrite. C’est la Tradition quant à son objet. C’est ainsi que si on reprend la déclaration du dogme de l’Immaculée Conception, on peut constater qu’il ne s’agit que de l’explicitation d’une vérité déjà contenue dans l’enseignement de l’Eglise tout au long des siècles.

On constate cependant, que l’Eglise explicite au cours du temps ce dépôt de la Foi. Il y a donc un certain développement (et non changement) de cette Tradition. Cet acte d’explicitation de la Tradition peut s’appeler Tradition active (et non pas vivante), cette explicitation du dépôt de la Foi étant la façon actuelle d’énoncer le magistère invariable de l’Eglise. C’est la Tradition quant à son acte. On voit que celle-ci ne concerne pas seulement l’explicitation du dépôt, mais encore la simple exposition du depositum fidei.

Cette Tradition est le fait d’une autorité, celle du pape et des évêques, qui ont reçu de Dieu la mission d’enseigner les vérités nécessaires au salut des âmes. Or il ne suffit pas que l’autorité agisse pour que le pouvoir de cette autorité soit engagé. Encore faut-il qu’elle s’applique au domaine qui lui est confié (exposer et défendre le depositum fidei), et que cette autorité veuille user de ce pouvoir et l’impose comme tel.

Ainsi lorsque le pape se prononce ex cathedra, il s’agit du  magistère infaillible. Il pourra également faire acte de magistère ordinaire, engageant d’une façon moins forte son autorité, en rappelant la doctrine inchangée de l’Eglise. C’est la Tradition quant à son sujet.

Saint Pie X avait dans son serment anti-moderniste remarquablement décelé les attaques qu’allaient subir la Tradition :

Quatrièmement, je reçois sincèrement la doctrine de la foi transmise des apôtres jusqu’à nous toujours dans le même sens et dans la même interprétation par les pères orthodoxes ; pour cette raison, je rejette absolument l’invention hérétique de l’évolution des dogmes, qui passeraient d’un sens à l’autre, différent de celui que l’Eglise a d’abord professé.

[…]De même, je réprouve l’erreur de ceux qui affirment que la foi proposée par l’Eglise peut être en contradiction avec l’histoire, et que les dogmes catholiques, au sens où on les comprend aujourd’hui, ne peuvent être mis d’accord avec une connaissance plus exacte des origines de la religion chrétienne.

[…]Enfin, je garde très fermement et je garderai jusqu’à mon dernier soupir la foi des Pères sur le charisme certain de la vérité qui est, qui a été et qui sera toujours « dans la succession de l’épiscopat depuis les apôtres », non pas pour qu’on tienne ce qu’il semble meilleur et plus adapté à la culture de chaque âge de pouvoir tenir, mais pour que « jamais on ne croie autre chose, ni qu’on ne comprenne autrement la vérité absolue et immuable prêchée depuis le commencement par les apôtres.

C’était il y a un siècle, en 1910.

Austremoine


Eschaton : cap sur les années 70, toutes voiles dehors !

Source : eschaton.ch

Le pape François nous a gratifié, dans une récente interview, d’un véritable festival de catholicisme flasque et bienpensant faisant écho aux creuses, soumises et  stériles années 70 . A travers ses propos, les seuls qui peuvent se sentir  remis en cause sont les conservateurs, soucieux de cohérence doctrinale tout autant que de morale catholique. Le plus comique dans tout cela c’est que tout en dénonçant la tentation conservatrice le pape se replie, lui, dans le pire des conservatismes, celui des années 70 et du catholicisme neuneu qui se revendique sans cesse de Vatican II et dont le pape François dit qu’il a produit des « fruits considérables ». Autre aspect particulièrement comique, la dénonciation de l’idéologisation qui serait liée au vetus ordo,  comme si le nouvel ordo n’était-elle pas l’un des principaux vecteurs de la propagation de tous les délires hérétiques que colporte massivement le personnel pastoral de l’Eglise conciliaire, comme si tant d’enragés  du nouvel ordo ne mettaient pas tout en œuvre pour contourner l’application du motu proprio de Benoît XVI.

Tout tourne autour de l’idée d’actualisation de la foi, de relecture de l’évangile dans un contexte nouveau. C’est un programme en tous points anti-traditionnel et largement protestant, on ne peut ,quand on est catholique, à ce point mépriser la tradition. Toute cette interview est une véritable insulte envers l’intelligence de la foi, une déclaration de guerre envers ceux qui luttent après avoir compris, grâce à l’enseignement des saints papes du XIXe et du début du XXe, que notre époque, où triomphent les forces antéchristiques, est le résultat d’un projet de destruction de la civilisation chrétienne,  notamment par la contestation de ses habitus, de sa doctrine du salut et des rapports entre l’Eglise et l’Etat. Plus que jamais, notre époque à la lumière la Sainte Ecriture et de la Tradition, valide les analyses de ceux que le pape François décrie.

J’ai bien peur qu’avec ce pape nous ayons reçu, nous autres catholiques, le salaire de notre lâcheté et de notre médiocrité.

Florilège

Au sujet du P. Aruppe, supérieur (et fossoyeur) de la Compagnie de Jésus de 1965 à 1981 :

Je me souviens de lui priant assis par terre, en tailleur, comme le font les Japonais. C’est pour cela qu’il avait une attitude juste et qu’il a pris les bonnes décisions.

Les lamentations qui dénoncent un monde “barbare” finissent par faire naître à l’intérieur de l’Église des désirs d’ordre entendu comme pure conservation ou réaction de défense. Non: Dieu se rencontre dans l’aujourd’hui.

Ma manière autoritaire et rapide de prendre des décisions m’a conduit à avoir de sérieux problèmes et à être accusé d’ultra-conservatisme […] mais je n’ai jamais été conservateur.

C’est impressionnant de voir les dénonciations pour manque d’orthodoxie qui arrivent à Rome! Je crois que ces cas doivent être étudiés par les conférences épiscopales locales.

L’Église s’est parfois laissé enfermer dans des petites choses, de petits préceptes. Le plus important est la première annonce: “Jésus Christ t’a sauvé!”.

Un jour quelqu’un m’a demandé d’une manière provocatrice si j’approuvais l’homosexualité. Je lui ai alors répondu avec une autre question: “Dis-moi: Dieu, quand il regarde une personne homosexuelle, en approuve-t-il l’existence avec affection ou la repousse-t-il en la condamnant?” Il faut toujours considérer la personne.»

Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents. Une pastorale missionnaire n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrine à imposer avec insistance.

Il est nécessaire d’agrandir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église. Je crains la solution du “machisme en jupe” car la femme a une structure différente de l’homme. Les discours que j’entends sur le rôle des femmes sont souvent inspirés par une idéologie machiste. Les femmes soulèvent des questions que l’on doit affronter.

Si le chrétien est légaliste ou cherche la restauration, s’il veut que tout soit clair et sûr, alors il ne trouvera rien. La tradition et la mémoire du passé doivent nous aider à avoir le courage d’ouvrir de nouveaux espaces à Dieu. Celui qui aujourd’hui ne cherche que des solutions disciplinaires, qui tend de manière exagérée à la “sûreté” doctrinale, qui cherche obstinément à récupérer le passé perdu, celui-là a une vision statique et non évolutive. De cette manière, la foi devient une idéologie parmi d’autres.

Il y a des normes et des préceptes secondaires de l’Église qui ont été efficaces en leur temps, mais qui, aujourd’hui, ont perdu leur valeur ou leur signification. Il est erroné de voir la doctrine de l’Église comme un monolithe qu’il faudrait défendre sans nuance.

Vatican II fut une relecture de l’Évangile à la lumière de la culture contemporaine. Il a produit un mouvement de rénovation qui vient simplement de l’Évangile lui-même. Les fruits sont considérables. Il suffit de rappeler la liturgie. Le travail de la réforme liturgique fut un service du peuple en tant que relecture de l’Évangile à partir d’une situation historique concrète. Il y a certes des lignes herméneutiques de continuité ou de discontinuité, pourtant une chose est claire : la manière de lire l’Évangile en l’actualisant, qui fut propre au Concile, est absolument irréversible. Il y a ensuite des questions particulières comme la liturgie selon le vetus ordo. Je pense que le choix du pape Benoît fut prudentiel, lié à l’aide de personnes qui avaient cette sensibilité particulière. Ce qui est préoccupant, c’est le risque d’idéologisation du vetus ordo, son instrumentalisation.

A ces propos s’ajoutent ceux tenus en d’autres circonstances:

Au sujet du cardinal Martini à l’occasion du second anniversaire de sa mort : “[il a été] une figure prophétique…un homme de discernement et de paix… un père pour l’Eglise tout entière”. Il fallait oser quand même nous donner en exemple ce moderniste achevé.  Ou encore: « Jamais l’Eglise ne s’est portée aussi bien qu’aujourd’hui. » (16/09/2013 au clergé de Rome).


Mgr Lefebvre : pourquoi j’ai refusé de me mettre entre leurs mains

Il y a 25 ans, pour le numéro 0 de « Controverses », Mgr Lefebvre a bien voulu parler avec sa franchise habituelle des derniers événements touchant au milieu traditionaliste juste après le sacre des évêques et répondre aux différentes questions que de nombreux fidèles se posaient. [in Le Rocher n° 84 d’août-septembre 2013 – Revue officielle du District de Suisse de la FSSPX]

Controverses : Monseigneur, les sacres que vous avez faits le 30 juin dernier ont suscité beaucoup de remous. Curieusement, ce ne sont pas les fidèles « silencieux », mais les principaux porte-parole des diverses associations traditionalistes qui ont manifesté leur réprobation à votre décision d’assurer l’avenir de la Tradition. Comment expliquez- vous leurs déclarations d’attachement indéfectible au siège de Pierre ?

Mgr Lefebvre : A vrai dire, je ne vois pas très bien quelles sont ces associations traditionalistes qui ont manifesté leur réprobation pour les sacres. En général, les personnes qui ont manifesté leur réprobation n’étaient pas entièrement avec nous et ne fréquentaient pas nos oeuvres, mais avaient une certaine sympathie pour la Tradition, en même temps qu’elles professent une soumission inconditionnelle à Rome. Il faut absolument savoir qu’aujourd’hui Rome est au service de la révolution et donc terriblement antitraditionaliste.

C’est pourquoi j’ai refusé de me mettre entre leurs mains. Ils ne voulaient ni plus, ni moins, qu’en reconnaissant mes erreurs, je les aide à continuer leur révolution dans l’Eglise. Tous ceux qui nous ont quittés ne se rendent pas compte de cette situation et croient à la bonne volonté et à la rectitude de pensée des évêques ou cardinaux romains. Rien n’est plus faux ! Ce n’est pas possible qu’ils nous entraînent dans la révolution, disent ceux qui rejoignent le pape et ses évêques. Eh bien, c’est exactement cela qui se passera !

Controverses : Dans des journaux comme « 30 Jours dans l’Eglise » et dans « Le Monde », « Vie actuelle » et d’autres encore, les cardinaux Ratzinger et Oddi ont accordé des interviews où ils admettent, pour ne citer que le cardinal Oddi, que « vous n’aviez pas eu tort sur toute la ligne ». Ce qui fait dire à certains qu’il y a un certain changement au sein de la curie romaine. Quel est votre avis ?

Mgr Lefebvre : Si on lit bien l’interview du cardinal Ratzinger, il faudra dorénavant prendre garde de bien appliquer le concile, de ne pas se tromper dans son application et de faire attention de ne pas répéter les erreurs qu’on a pu commettre. Il ne parle pas d’en changer les principes.(1)

Même s’il en vient à admettre que les fruits du dernier concile ne sont pas ceux qu’il attendait, il opte pour en reprendre les principes de base et faire en sorte qu’ainsi il n’y ait plus de difficulté à l’avenir. Ils n’ont donc pas compris ce que signifie le retour à la Tradition que nous réclamons et ne veulent par conséquent pas revenir à la Tradition des prédécesseurs de Jean XXIII.

Controverses : On entend souvent ces derniers temps parler de « Tradition vivante ». Quel est selon vous le sens de cette expression ?

Mgr Lefebvre : Eh bien, prenons la condamnation que nous fait le pape dans le Motu proprio (2). Cette condamnation repose sur un mauvais concept de la Tradition. En effet, le pape, dans le Motu proprio, nous condamne parce que nous n’admettons pas la « Tradition vivante ». Mais la manière dont est comprise cette « Tradition vivante » a été condamnée par saint Pie X dans son encyclique « Pascendi » contre le modernisme, parce qu’elle comporte une évolution liée à l’histoire, qui ruine la notion du dogme, défini pour toujours.

La Tradition, selon eux, est quelque chose de vivant et qui évolue. Cette « Tradition vivante », c’est maintenant l’Eglise Vatican II. C’est très grave et ça dénote un esprit moderniste. Cette nouvelle doctrine, car c’est bien de cela qu’il s’agit, est formellement condamnée par le pape saint Pie X. L’Eglise porte avec elle sa Tradition. On ne peut pas dire quelque chose de contraire à ce que les papes ont affirmé autrefois. On ne peut pas admettre une pareille chose. C’est impossible.

Controverses : Est-ce que selon vous c’est la raison pour laquelle depuis une vingtaine d’années il n’y a plus eu d’actes d’infaillibilité ?

Mgr Lefebvre : Pour le Concile Vatican II, le pape Paul VI n’a pas utilisé le principe de l’infaillibilité dogmatique. Il s’est contenté de le déclarer pastoral.

Les papes conciliaires sont incapables d’employer leur infaillibilité doctrinale parce que le fondement même de l’infaillibilité, c’est de croire qu’une vérité doit être fixée à jamais et ne peut plus changer : elle doit rester ce qu’elle est.

Jean-Paul II, plus encore que Paul VI, ne croit pas à l’immuabilité de la vérité.

L’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie a été définie par le pape Pie XII en 1950. C’est désormais un dogme immuable. Pour eux, non ! Avec le temps, il y a des explications scientifiques nouvelles, le développement de l’esprit humain, le progrès qui modifient la vérité. Par conséquent, on pourrait éventuellement affirmer autre chose que ce que les papes ont dit. Lors d’une entrevue avec le pape Jean-Paul II, je lui ai demandé s’il admettait l’encyclique Quas primas de Pie XI, sur le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il m’a répondu : « Je pense que le pape ne l’écrirait plus de la même façon ». Voilà nos dirigeants actuels. On ne peut décidément pas se mettre entre leurs mains.

Controverses : Parmi ceux qui ont accepté les propositions du pape, il y a Dom Gérard. Que pensez-vous personnellement de sa décision ?

Mgr Lefebvre : Lors de notre dernière rencontre, il m’a demandé s’il pouvait accepter le protocole que j’ai moi-même refusé. Je lui ai répondu que sa situation n’était pas la même que la mienne, que la Fraternité est répandue dans le monde entier, alors que lui n’est responsable que de son monastère. « Vous pourrez peut-être vous défendre plus facilement. Mais je ne suis pas pour un accord, j’estime qu’actuellement un accord est mauvais. » Et je le lui ai même écrit. Il ne faut plus dialoguer avec les autorités romaines. Elles ne veulent que nous ramener au Concile, il ne faut pas avoir de relations avec elles. Dom Gérard m’a répondu que son cas était différent et qu’il allait quand même essayer. Je ne l’approuve pas. La dernière fois que nous nous sommes vus, je lui ai dit :

« Dom Gérard, vous ferez ce que vous voudrez et moi je dirai ce que je veux. Pour les gens, votre passage sous l’autorité de Rome, c’est votre séparation d’Ecône et de Mgr Lefebvre. Dorénavant, vous chercherez votre soutien auprès d’autres évêques. Jusqu’à présent, vous vous êtes adressé à moi, eh bien, à présent, c’est fini. Je vous considère comme les prêtres qui nous ont quittés. Nous n’aurons plus de relations puisque vous avez des relations avec ceux qui nous persécutent. Vous vous êtes mis en d’autres mains.»

Il y a cinq ans déjà, Dom Gérard a fait une déclaration dans son bulletin pour les bienfaiteurs, dans lequel il disait vouloir s’ouvrir davantage à tous ceux qui ne sont pas comme nous, ne plus demeurer dans la critique stérile, recevoir tout le monde dans l’espoir de les faire participer à la Tradition. C’est ce qu’il a fait, et maintenant il est prisonnier de tout ce monde, de ces écrivains, de la presse, des professeurs, comme Bruckberger, Raspail ; il les a préférés à nous. Il est désormais dans les mains des modernistes.

Controverses : Comment jugez-vous les propositions faites au père prieur du monastère du Barroux ?

Mgr Lefebvre : Pour eux, leur objectif c’est de diviser la Tradition. Ils ont déjà eu Dom Augustin(3), ils ont eu de Blignères(4), et maintenant ils ont eu Dom Gérard. Cela affaiblit d’autant notre position. C’est leur but : diviser pour nous faire disparaître.

Le cardinal Ratzinger a déclaré dans une interview donnée à un journal de Francfort qu’il trouve inadmissible qu’il y ait des groupes de catholiques qui s’attachent à la Tradition, de telle manière qu’ils ne sont plus en concordance parfaite avec ce que pensent tous les évêques du monde. Ils ne veulent pas admettre notre existence. Ils ne peuvent pas nous tolérer dans l’Eglise. Dom Gérard ne veut pas croire tout cela.

Controverses : Marc Dem vient de publier un très beau livre consacré à Dom Gérard et à son oeuvre. Cette sortie semble mal tomber pour le père prieur qui y est décrit comme l’un des piliers de la reconstruction de la chrétienté, fidèle à la Tradition et à Votre Excellence.

Mgr Lefebvre : J’ai félicité Dom Gérard pour ce livre et il m’a répondu : « Ne me parlez pas de cela, je ne veux pas en entendre parler, ce n’est pas moi qui l’ai fait, c’est Marc Dem. » Tout cela parce que Marc Dem a présenté Dom Gérard dans sa première forme de combattant et de lutteur de la foi.

Controverses : Les contacts avec Rome ne sont pas rompus. Il paraîtrait même que des discussions pourraient reprendre cet automne. Pouvezvous nous en parler ?

Mgr Lefebvre : Ce sont des inventions. Si jamais il y a de la part de Rome une volonté de reprendre les conversations, c’est moi cette fois qui poserai les conditions. Comme l’a dit le cardinal Oddi : « Mgr Lefebvre est en position de force. » C’est pourquoi j’exigerai que la discussion porte sur des points doctrinaux. Qu’ils en finissent avec leur oecuménisme, qu’ils redonnent son vrai sens à la messe, qu’ils redonnent la vraie définition de la foi, qu’ils redonnent la vraie définition de l’Eglise, qu’ils rendent à la collégialité son sens catholique et ainsi de suite.

J’attends d’eux une définition catholique et non libérale de la liberté religieuse. Il faut qu’ils acceptent l’Encyclique Quas primas sur le Christ-Roi, et le Syllabus (Pie IX). Il faut qu’ils acceptent tout cela, car c’est dorénavant la condition de toute discussion nouvelle entre eux et nous.

Controverses : En conclusion, après tous les événements de cet été, quels conseils donnez-vous à vos fidèles ?

Mgr Lefebvre : Le seul objectif que doit avoir devant les yeux le fidèle, c’est le règne universel de Notre Seigneur Jésus- Christ sur les individus, sur les familles, sur les cités ; il n’y a pas d’autre religion qui subsiste devant ce règne.

Si je venais à enseigner autre chose que cela, il ne faudrait plus me suivre. Comme le dit saint Paul : « Si un ange du ciel ou si moi-même vous enseignons une autre doctrine que celle que je vous ai enseignée autrefois, ne me suivez pas, faites-moi anathème. » Le bon sens catholique de nos fidèles a fait que 90% – et même plus encore selon moi – continuent à nous suivre.

Propos recueillis par Eric Bertinat (Entretien paru dans « Controverses » N° 0 – septembre 1988)

Source : Le Rocher n° 84 de d’août-septembre 2013

Repris sur La Porte Latine

Notes du Rocher n° 84 d’août-septembre 2013

(1) C’est ce qu’a confirmé le pontificat de Benoît XVI, qui n’a eu de cesse de défendre cette même ligne.
(2) « A la racine de cet acte schismatique, on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition. Incomplète parce qu’elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la Tradition qui, comme l’a enseigné clairement le Concile Vatican II, « tire son origine des apôtres, se poursuit dans l’Eglise sous l’assistance de l’Esprit-Saint : en effet, la perception des choses aussi bien que des paroles transmises s’accroît, soit par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur coeur, soit par l’intelligence intérieure qui’ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité ». Mais c’est surtout une notion de la Tradition, qui s’oppose au Magistère universel de l’Eglise lequel appartient à l’évêque de Rome et au corps des évêques, qui est contradictoire. Personne ne peut rester fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec celui à qui le Christ, en la personne de l’apôtre Pierre, a confié le ministère de l’unité dans son Eglise. » (Lettre apostolique « Ecclesia Dei » du pape Jean-Paul II, sous forme de Motu proprio, du 2 juillet 1988, no 4)
(3) Dom Augustin-Marie Joly (1917– 2006), fondateur de l’abbaye Saint-Joseph de Clairval, à Flavigny, reconnue comme monastère de droit diocésain le 2 février 1988.
(4) Le P. Louis-Marie de Blignières a fondé la Fraternité Saint-Vincent Ferrier en 1979. En 1987, cette communauté de la mouvance traditionaliste, « se rendant compte que leur position doctrinale sur la question de la liberté religieuse au concile Vatican II n’était pas juste », fait des démarches à Rome pour essayer d’obtenir la reconnaissance canonique. A la suite des sacres de 1988, leur petit groupe a été reconnu comme Institut religieux de droit pontifical. (cf. P. Dominique-Marie de Saint Laumer, nouveau prieur de la Fraternité Saint- Vincent Ferrier depuis septembre 2011, in La Nef no 239 juillet-août 2012)


Les raisons pour lesquelles les dernières digues morales vont sauter

Le monde catholique, et encore plus celui de tendance traditionnelle, se réveille avec la gueule de bois : le pape s’apprête à faire sauter les dernières digues morales. Divorce, contraception, homosexualité, avortement, etc. ; …le pape veut assouplir la parole de l’Eglise… Effroi et consternation y compris chez les ralliéristes les plus « dociles » !

Et pourtant, il n’y a là rien de surprenant, car si les digues morales tenaient encore bon, du moins dans les principes, celles concernant le dogme et la doctrine ont depuis longtemps sautées.

Le concile Vatican II a mis l’Homme au centre de la religion et de son enseignement. Tout s’est donc déplacé de Dieu vers l’Homme, notamment la notion du péché, qui n’étant plus une offense faite à Dieu, est devenu un vague  concept comme étant une atteinte à l’Homme, à l’humanisme, qui par le fait même offenserait Dieu.

« La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion (car c’en est une) de l’homme qui se fait Dieu.

Qu’est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pouvait arriver ; mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du bon Samaritain a été le modèle et la règle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes pour les hommes l’a envahi tout entier. La découverte et l’étude des besoins humains (et ils sont d’autant plus grands que le fils de la terre se fait plus grand), a absorbé l’attention de notre Synode.

Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous, humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaître notre nouvel humanisme : nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme. », Pape Paul VI, lors de son discours de clôture du funeste Concile Vatican II.

Retirez la notion du péché, la contrition de l’offense faite à Dieu, et tout, tôt ou tard, s’écroulera, car aucune justification théologique ne permet de défendre et de justifier les contraintes morales. Qui osera encore prétendre que le Concile éclaire certains aspects de la vie ecclésiale et du Magistère le précedent ?

Nous allons boire les conséquences du Concile jusqu’à la lie.

Misere nobis, Domine.

Austremoine


Pensée pour un prêtre exilé

Aujourd’hui je voudrais avoir une pensée pour un prêtre prisonnier et exilé en pays de langue allemande. Il a écrit dans des emails (normalement privés), qu’il était contre les agissements doctrinalement déviants de son supérieur.

Il est suspendu de ministère depuis plus de 6 mois maintenant, dans un pays dont il ne connait pas la langue.

Cela fait 6 mois, 6 mois de peine et de sanction, sans le moindre jugement. Ce sont des faits.

Vladimir Ilitch fait encore des émules. Mais lui aussi a été jugé par Dieu.

Austremoine


Mgr Lefebvre : nous avons affaire à des personnes qui n’ont aucune notion de la Vérité

Mgr Lefebvre écrivit cette lettre à son ami Madiran quelques mois seulement avant les sacres, événement qui marqua la rupture entre les deux amis, tous deux combattants des premières heures.

« Nous avons affaire à des personnes qui n’ont aucune notion de la Vérité », terrible phrase que vient 25 ans après confirmer de façon catastrophique, une fois de plus, le pape François, à travers son interview à la revue jésuite Etudes.

On y voit la lucidité de l’archevêque sur la situation réelle de l’Eglise et des hommes occupant les postes hiérarchiques. Trente ans plus tard, la situation est toujours aussi dramatique, tellement crûment dramatique, mais il en reste aussi qui se bercent d’illusions.

L’intellectuel hors norme s’est trompé, il le reconnaîtra 25 ans plus tard. Le missionnaire pragmatique a eu raison : il n’y a pas de vraie Charité et d’amour sincère de Dieu sans Vérité.

Lettre de Mgr Lefebvre à Jean Madiran du 29 janvier 1988

Bien cher Monsieur Madiran,

Dans les circonstances que l’Église traverse aujourd’hui, je rends grâces à Dieu que vous soyez présent par Itinéraires et le journal Présent.

Je crois sincèrement que vous êtes le seul parmi les écrivains, même dits traditionalistes, à voir clairement et à dénoncer avec une parfaite justesse l’entreprise diabolique et maçonnique qui se réalise actuellement par le Vatican et la grande majorité des évêques.

Le plan annoncé dans les Actes de la Haute Vente et publié par ordre du pape Pie IX se réalise aujourd’hui sous nos yeux. J’étais la semaine dernière à Rome, appelé par le cardinal Gagnon, qui m’a remis la lettre que je vous communique ci-joint. Un réseau très bien organisé tient en main toute l’activité de la curie, intérieure et extérieure.

Le pape est un instrument de cette mafia, qu’il a mise en place et avec laquelle il sympathise. On ne peut espérer aucune réaction de sa part, au contraire. L’annonce de la réunion des religions à Assise en octobre, décidée par lui, est le comble de l’imposture et de l’insulte à Notre-Seigneur. Rome n’est plus la Rome catholique. Les prophéties de Notre-Dame de la Salette et de Léon XIII dans son exorcisme, se réalisent. « Là où fut institué le siège du bienheureux Pierre, et la chaire de la Vérité, là ils ont posé le trône de leur abomination dans l’impiété ; en sorte que le pasteur étant frappé, le troupeau puisse être dispersé… »

C’est Léon XIII aussi qui avait interdit le « congrès des religions » qui devait avoir lieu à Paris en 1900 à l’occasion de l’Exposition universelle, comme il avait eu lieu à Chicago en 1893.

Vous verrez, dans la réponse à notre lettre, que le cardinal Ratzinger s’efforce une fois de plus de dogmatiser Vatican Il. Nous avons affaire à des personnes qui n’ont aucune notion de la Vérité. Nous serons désormais de plus en plus contraints d’agir en considérant cette nouvelle Eglise conciliaire comme n’étant plus catholique.

Nous ne pouvons plus, sans manquer gravement à la vérité et à la charité, donner à entendre à ceux qui nous écoutent ou qui nous lisent que le pape est intouchable, qu’il est plein de désirs de revenir à la Tradition et que c’est son entourage qui est coupable, comme le font La Pensée catholiqueL’Homme nouveau et tant d’autres apparemment traditionalistes.

J’espère que cette assemblée des religions, en attendant le Comité des religions siégeant au Vatican, va leur ouvrir les yeux.

 † Marcel LEFEBVRE

Source de la lettre : La Porte Latine


Interview du pape François

Le pape François  a donné une longue interview à la revue jésuite Etudes. Le pape y aborde un grand nombre de sujets.

On peut dire qu’il s’agit du programme du pontificat, programme en réalité dans la grande ligne de Jean XXIII sur la forme, refusant la condamnation et préférant une alliance positive avec la société, doctrinalement dans la pleine continuité du concile Vatican II, tant sur la conception de l’Eglise que de son rôle auprès des hommes.

Je reviendrai sur plusieurs aspects de cet article, le lecteur pourra déjà remarquer que la notion de péché, corrolaire de l’amour de Dieu, est y totalement absent.

Puisse cet entretien sortir de leur létargie certains médias d’information de la Tradition et quelques autorités silencieuses : Dici veritatem, veritas liberavit vos.

Austremoine


Cardinal Pie : la Vérité est nécessairement intolérante !

Saint Pie X appelait le cardinal Pie son « maître ». Voici quelques lignes qui montrent l’estime que le saint pape portait au cardinal de Poitiers :

Pie X s’adresse a un prêtre poitevin : « Oh ! Vous avez eu l’honneur d’être ordonné par le cardinal Pie ! Je vous en félicite.»  « Très saint Père, je suis son fils spirituel, non seulement par l’ordination, mais par la doctrine. » « Je vous en félicite doublement. Il est là, Mgr Pie. » Et le Pape montrait les œuvres du cardinal de Poitiers à portée de sa main. « Très saint Père, je lis et relis ses œuvres, je m’en imprègne sans me lasser. » « C’est parfait, vous faites comme le Pape. Dès que je puis dérober quelques instants, je lis, moi aussi, quelque chose de votre grand cardinal. », Moussac, ap. Revue Catholique et royaliste, 20 août 1908, p. 109

Voici un texte qu’écrivit le cardinal Pie en 1841 :

Sur l’intolérance doctrinale

Notre siècle crie: Tolérance ! tolérance ! Il est convenu qu’un prêtre doit être tolérant, que la religion doit être tolérante.

Mes Frères, en toutes choses rien n’égale la franchise; et je viens vous dire sans détour qu’il n’existe au monde qu’une seule société qui possède la vérité, et que cette société doit nécessairement être intolérante.

Mais, avant d’entrer en matière, pour nous bien entendre, distinguons les choses, convenons du sens des mots et ne confondons rien. (…)

1. La religion qui vient du ciel est vérité, et elle est intolérante envers les doctrines.

2. La religion qui vient du ciel est charité, et elle est pleine de tolérance envers les personnes.

Il est de l’essence de toute vérité de ne pas tolérer le principe contradictoire. L’affirmation d’une chose exclut la négation de cette même chose, comme la lumière exclut les ténèbres. Là où rien n’est certain, où rien n’est défini, les sentiments peuvent être partagés, les opinions peuvent varier.

Je comprends et je demande la liberté dans les choses douteuses : In dubiis libertas. Mais dès que la vérité se présente avec les caractères certains qui la distinguent, par cela même qu’elle est vérité, elle est positive, elle est nécessaire, et, par conséquent, elle est une et intolérante : In necessariis unitas.

Condamner la vérité à la tolérance, c’est la forcer au suicide. L’affirmation se tue, si elle doute d’elle-même; et elle doute d’elle-même, si elle laisse indifféremment la négation se poser à côté d’elle. Pour la vérité, l’intolérance c’est le soin de la conservation, c’est l’exercice légitime du droit de propriété. Quand on possède, il faut défendre, sous peine d’être bientôt entièrement dépouillé.

Aussi, mes Frères, par la nécessité même des choses, l’intolérance est partout, parce que partout il y a bien et mal, vrai et faux, ordre et désordre; partout le vrai ne supporte pas le faux, le bien exclut le mal, l’ordre combat le désordre.

Quoi de plus intolérant, par exemple, que cette proposition: 2 et 2 font 4 ? Si vous venez me dire que 2 et 2 font 3, ou que 2 et 2 font 5, je vous réponds que 2 et 2 font 4. Et si vous me dites que vous ne contestez point ma façon de compter, mais que vous gardez la vôtre, et que vous me priez d’être aussi indulgent envers vous que vous l’êtes envers moi; tout en demeurant convaincu que j’ai raison et que vous avez tort, à la rigueur je me tairai peut-être, parce qu’après tout il m’importe assez peu qu’il y ait sur la terre un homme pour lequel 2 et 2 font 3 ou 5.

Sur un certain nombre de questions, où la vérité serait moins absolue, où les conséquences seraient moins graves, je pourrai jusqu’à un certain point composer avec vous. Je serai conciliant, si vous me parlez de littérature, de politique, d’art, de sciences agréables, parce qu’en toutes ces choses il n’y a pas un type unique et déterminé. Là le beau et le vrai sont, plus ou moins, des conventions; et, au surplus, l’hérésie en cette matière n’encourt d’autres anathèmes que ceux du sens commun et du bon goût.

Mais s’il s’agit de la vérité religieuse, enseignée ou révélée par Dieu lui-même; s’il y va de votre avenir éternel et du salut de mon âme, dès lors plus de transaction possible. Vous me trouverez inébranlable, et je devrai l’être.

C’est la condition de toute vérité d’être intolérante; mais la vérité religieuse étant la plus absolue et la plus importante de toutes les vérités, est par conséquent aussi la plus intolérante et la plus exclusive.

Cardinal Pie


Autorité et principe d’autorité

Bien souvent nous confondons trop facilement l’autorité et le principe d’autorité et nous refusons de « remettre en cause l’autorité » parce que de facto il serait  porter atteinte au principe d’autorité en lui-même, ce qui serait une œuvre révolutionnaire et libérale.

Pourtant, il faut bien considérer les choses selon leur place et leur but. L’autorité n’est pas là pour elle-même, elle ne se suffit pas à elle-même. Elle rentre dans un ordre, contre lequel elle ne peut aller sans se pervertir.

Les parents ont autorité sur leur enfant pour leur éducation naturelle et spirituelle, en vue de leur procurer un maximum de bien, et ultimement, sauver leur âme. Le chef d’entreprise a autorité en vue du bien commun de l’entreprise, pour la prospérité de l’ensemble de ceux qui y collaborent. Que penser de parents qui n’habilleraient pas leur enfant, les tiendraient dans l’ignorance et leur enseigneraient l’immoralité, et que penser d’un patron qui conduirait l’entreprise à la ruine ? Que vaudrait une telle manifestation de  l’autorité ?

Saint Thomas d’Aquin répond que l’obéissance est une partie de la justice. C’est-à-dire que l’application de l’autorité, sa réalisation concrète sur autrui, à savoir l’obéissance, répond de la vertu de justice. L’obéissance est un dû qui ne se discute pas, là est le principe de l’autorité.

Saint Thomas d’Aquin dit encore :

« l’homme doit obéir aux princes séculiers autant que l’ordre de la justice l’exige. C’est pourquoi si leur pouvoir n’est pas légitime, mais qu’il soit usurpé, ou s’ils commandent des choses injustes, on n’est pas tenu de leur obéir, sinon par accident pour éviter un scandale ou un danger ».

Est-ce que le chef d’entreprise a autorité pour choisir le prénom de mes enfants ? Il est évident que non, ce serait une autorité usurpée. Est-ce que des parents peuvent imposer à leur enfant de poser un acte immoral ? Il s’agit là d’un ordre allant contre la justice.

C’est donc respecter le principe d’autorité que de refuser d’obtempérer à l’ordre d’une autorité usurpée ou à un ordre allant contre la justice.

L’objection qui peut se poser est le fait de devoir juger si un acte est juste ou injuste, et dans quelle mesure nous avons le devoir de nous y opposer, car il y a le risque évident de juger de façon permanente et systématique le bien fondé des ordres donnés par l’autorité et in fine, de détruire cette autorité.

L’obéissance étant une vertu, elle est soumise comme nous l’avons dit au respect de la justice. Elle est donc soumise à un ordre, à une hiérarchie des vertus. L’obéissance, vertu cardinale, ne peut s’appliquer si elle va contre l’une des vertus théologale, la Foi, l’Espérance ou la Charité, tout ce qui concerne la morale ou les mœurs répondent de la Charité, de l’amour de Dieu.

C’est pourquoi, les vertus théologales concernant Dieu et l’obéissance à Dieu sont prééminentes de façon systématique sur l’obéissance. L’obéissance allant contre une de ces vertus constitue en réalité une faute, une fausse obéissance. Il est du devoir de chacun de connaitre  et de refuser les ordres qui iraient contre l’une des vertus théologales.

Il en va de même de tout ordre venant d’une autorité qui agirait de façon contraire à la fin qui est la sienne : l’autorité n’étant pas pour elle-même, elle est pour une fin. Si elle agit contre cette fin,  alors elle se ruine d’elle-même et ne peut demander à s’exercer. Par exemple, le supérieur d’un institut religieux doit exercer son autorité en vue du bien commun de la société qu’il dirige. S’il use de son autorité contre le bien commun, alors il détruit lui-même son autorité, sapant le fondement qui la soutient.

Saint Thomas l’expose de cette façon :

« il y a deux sortes de bien : l’un que l’homme est nécessairement tenu de faire, comme aimer Dieu ; on ne doit d’aucune manière se dispenser de faire ce bien pour obéir. Il y a un autre bien auquel l’homme n’est pas nécessairement obligé. Quelquefois on doit omettre cette espèce de bien par obéissance : parce qu’on ne doit pas faire un bien en se rendant coupable d’une faute. Toutefois, comme l’observe saint Grégoire (ibid.), celui qui détourne ceux qui lui sont soumis d’un bien quelconque, doit leur faire beaucoup d’avantages, de peur qu’il ne ruine absolument leurs âmes si, en les éloignant de tout bien, il leur imposait une privation absolue. C’est ainsi que par l’obéissance et par d’autres biens semblables on peut compenser la perte d’un bien quelconque. »

Austremoine


Sur le célibat sacerdotal

Nommé le 31 août 2013 secrétaire d’État du Saint-Siège par le pape François, Mgr Pietro Parolin annonce de façon détournée la possible remise en cause du célibat sacerdotal en vigueur dans la majorité des Eglises dont l’Eglise latine.

Voici les propos du nouveau bras droit du pape François ; à la question de savoir si le célibat sacerdotal est un dogme, celui-ci répond : « Non, ce n’est pas un dogme de l’Église et il peut être discuté parce que c’est une tradition ecclésiastique. […] L’effort fait par l’Église pour établir le célibat ecclésiastique doit être pris en considération. On peut parler, réfléchir et approfondir ces thèmes qui ne sont pas définis dans la foi et penser à quelque modification, mais toujours au service de l’unité et tout selon la volonté de Dieu. »

En soi, cela est vrai. Le célibat sacerdotal est une discipline. En tant que tel il n’est pas un absolu, il n’a pas le caractère contraignant que peut avoir le dogme en matière de Foi (1). On doit cependant considérer que si l’Eglise a cru devoir bon pendant 2 millénaires demander à la majorité de ses prêtres le célibat, ce n’est pas par hasard.

Voici quelques lignes qui permettront d’éclairer les lecteurs sur cette question, sous la plume de monsieur l’abbé de la Rocque, prêtre de la FSSPX :

1.-Le célibat sacerdotal n’est pas contraire à la nature humaine :

1.1– Il n’est pas contraire à la nature humaine prise in abstracto. Saint Thomas d’Aquin l’a clairement établi en distinguant les nécessités naturelles propres à chaque individu (la nutrition) de celles propres à la collectivité : « S’agit-il des premières, il importe à chacun d’y pourvoir ; quant aux nécessités de groupe, il n’est pas exigé que chaque membre de ce groupe en soit chargé, et c’est même impossible (…) Or la génération n’est pas une nécessité pour chaque individu, mais pour l’espèce prise dans son ensemble ; aussi il n’importe pas que tout homme exerce cette activité génératrice » (Contr. Gent. III, 136, ad 1).

1.2– Il n’est pas contraire à la nature humaine prise in concreto. Dans le même passage (ad 5), le docteur commun répond à l’objection de l’appel des sens : « Les soucis et les occupations qui accaparent les gens mariés sont continuels, qu’il s’agisse de leur femme, de leurs enfants, de leur subsistance. Au contraire, le trouble qui accompagne la lutte contre la concupiscence est de peu de durée. Il s’amoindrit d’ailleurs à mesure que celle-ci est davantage maîtrisée ». Rappelons que le combat contre la concupiscence, loin de nuire à la nature de l’homme, vient la libérer progressivement du fomes peccati demeuré après le baptême.

2.-Le célibat est conforme à la nature du sacerdoce :

2.1– Parce qu’il est au service de Dieu, le prêtre a le devoir de tendre à la perfection : « Soyez saints parce que je suis saint » (Lev. xix, 2). Aussi convient-il qu’il se dégage de toute préoccupation étrangère. Or, « Celui qui n’est pas marié a souci des choses du Seigneur, il cherche à plaire au Seigneur ; celui qui est marié a souci des choses du monde, il cherche à plaire à sa femme, il est partagé » (I Cor. vii, 32)

2.2– Au service de Dieu, le prêtre offre le sacrifice du corps et du sang du Seigneur. Si les ministres de l’ancienne loi, remarque Origène (Hom. 23 in Num.) devaient vivre dans la continence pendant les jours de leur ministère, à plus forte raison il convient que le prêtre de la nouvelle loi, qui offre quotidiennement le sacrifice, garde la continence perpétuelle.

2.3– Au contact du corps du Christ, le prêtre doit retracer en lui la virginité dont le Christ a voulu s’entourer ici-bas : « Ce n’est pas sans un dessein divin qu’une Vierge prépara Jésus à sa mission sacerdotale, mission qui devait s’accomplir dans le célibat. C’est là que se trouve la première origine de ce choix de vie auquel les prêtres sont appelés » (Jean-Paul II, le 19 août 1990).

2.4– Au service des hommes, le prêtre doit en tout temps prier pour les âmes qui lui sont confiées. Or l’apôtre recommande aux personnes mariées de « garder la continence pour un temps, afin de vaquer à la prière » (I Cor. vii, 5). Afin de prier toujours pour son troupeau, le prêtre doit, nous dit saint Jérôme (Lib. 1 ad Jovin.), s’abstenir toujours du mariage.

2.5– Pour servir les hommes, le prêtre doit être au milieu d’eux le représentant de Jésus-Christ ; il convient donc qu’il retrace en lui la pureté de Notre-Seigneur, ce qui facilitera de la part des fidèles la vénération et la confiance qu’ils doivent avoir dans le prêtre. « Par l’éclat de sa chasteté, le prêtre devient semblable aux anges, et apparaît ainsi plus digne de la vénération du peuple chrétien » (saint Pie X, Haerent animo).

2.6– Pour être totalement à ses fidèles, il convient que le prêtre acquiert la liberté spirituelle du corps et de l’âme, que seule la chasteté parfaite est capable de donner. « Ainsi libéré des principaux liens qui pourraient le tenir attaché au monde, le prêtre sera davantage enflammé de ce feu céleste de l’amour, l’amour des âmes s’entend, qui jaillit du Cœur de Jésus-Christ et ne cherche qu’à se communiquer aux cœurs apostoliques et à embraser toute la terre » (Pie XI, Ad cath. sacerdotii fastigium).« , Lettre à nos frères prêtres n° 4 de décembre 1999

Voilà de quoi permettre à Mgr Pietro Parolin d’expliciter ce choix que l’Eglise a fait durant 2 millénaires : une tradition aussi mémorielle se respecte, s’explicite, s’explique, se justifie.

Austremoine

(1) Sur ce sujet on lit d’ailleurs tout et n’importe quoi, cette question du célibat ne peut pas être un dogme puisqu’elle n’a rien à voir avec ce qu’est un dogme. Cette question est purement disciplinaire même si elle trouve sa justification dans certaines considérations doctrinales. Le dogme concerne l’adhésion à des vérités de Foi. L’expression de Mgr Pietro Parolin est pour le moins inappropriée.

Pour en savoir plus sur le célibat sacerdotal :
– Ivan Gobry, Le célibat sacerdotal, Editions Clovis, BP 88, 91152 Etampes Cedex
– C. Cochini, L’origine apostolique du célibat ecclésiastique, Lethielleux, 1982
– Cardinal Stickler, Il celibato eccesiastico, Libreria editrice Vaticana, 1994


Mgr Lefebvre : le résultat de ce Concile est bien pire que celui de la Révolution

Source : La Porte Latine

Bien chers lecteurs,

Au soir d’une longue vie – puisque né en 1905, je vois l’année 1990 -, je puis dire que cette vie a été marquée par des événements mondiaux exceptionnels: trois guerres mondiales, celle de 1914-1918, celle de 1939-1945 et celle du Concile Vatican Il de 1962-1965.

Les désastres accumulés par ces trois guerres, et spécialement la dernière, sont incalculables dans le domaine des ruines matérielles, mais bien plus encore spirituelles. Les deux premières ont préparé la guerre à l’intérieur de l’Eglise en facilitant la ruine des institutions chrétiennes et la domination de la Franc-Maçonnerie, devenue si puissante qu’elle a pénétré profondément par sa doctrine libérale et moderniste les organismes directeurs de l’Eglise.

Par la grâce de Dieu, instruit dès mon séminaire à Rome du danger mortel pour l’Eglise de ces influences par le Recteur du Séminaire français, le vénéré Père Le Floch, et par les professeurs: les RR. PP. Voetgli, Frey, Le Rohellec, j’ai pu constater tout au long de ma vie sacerdotale combien leurs appels à la vigilance, basés sur les enseignements des papes et surtout de saint Pie X, étaient justifiés.

J’ai pu constater à mes dépens combien cette vigilance était justifiée non seulement doctrinalement, mais aussi par la haine qu’elle provoquait dans les milieux libéraux laïcs et ecclésiastiques, une haine diabolique. Les innombrables contacts, auxquels m’ont amené les charges qui m’ont été conférées, avec les plus hautes autorités civiles et ecclésiastiques dans de nombreux pays et particulièrement en France et à Rome, m’ont précieusement confirmé que le vent était généralement favorable à tous ceux qui étaient disposés aux compromissions avec les idéaux maçonniques libéraux, et défavorable au maintien ferme de la doctrine traditionnelle.

Je crois pouvoir dire que peu de personnes dans l’Eglise ont pu avoir et faire cette expérience d’information, dans la mesure où j’ai pu la faire moi-même, non par ma propre volonté, mais par la volonté de la Providence.

Missionnaire au Gabon, les contacts avec les autorités civiles étaient évidemment plus fréquents que comme vicaire au Marais-de-Lomme dans le diocèse de Lille. Ce temps de mission fut marqué par l’invasion gaulliste; nous avons pu constater la victoire de la Maçonnerie contre l’ordre catholique de Pétain. C’était l’invasion des Barbares, sans foi ni loi!

Peut-être un jour, mes mémoires donneront quelques détails sur ces années qui vont de 1945 à 1960 et qui illustreront cette guerre à l’intérieur de l’Eglise! Lisez les livres de M. Marteaux sur cette période, ils sont révélateurs.

La rupture s’accentuait à Rome et au dehors de Rome entre le libéralisme et la doctrine de l’Eglise.

Les libéraux arrivant à faire nommer des papes comme Jean XXIII et Paul VI feront triompher leur doctrine par le Concile, moyen merveilleux pour obliger toute l’Eglise à adopter leurs erreurs.

Ayant assisté à la joute dramatique entre le Cardinal Bea et le Cardinal Ottaviani, représentant le premier le libéralisme et l’autre la doctrine de l’Eglise, il était clair après le vote des soixante-dix cardinaux que la rupture était consommée. Et on pouvait sans se tromper penser que l’appui du Pape irait aux libéraux. Voilà le problème désormais posé au grand jour! Que vont faire les évêques conscients du danger que court l’Eglise? Tous constatent le triomphe, à l’intérieur de l’Eglise, des idées nouvelles issues de la Révolution et des Loges: deux cent cinquante cardinaux et évêques se réjouissent de leur victoire, deux cent cinquante sont atterrés, mille sept cent cinquante essayent de ne pas se poser de problèmes et suivent le Pape: « on verra bien plus tard!… »

Le Concile passe, les réformes se multiplient le plus vite possible. La persécution commence contre les cardinaux et évêques traditionnels, puis bientôt partout contre les prêtres et les religieux ou religieuses s’efforçant de garder la Tradition. C’est la guerre ouverte contre le passé de l’Eglise et ses institutions: « Aggiornamento, aggiornamento! »

Le résultat de ce Concile est bien pire que celui de la Révolution; les exécutions et les martyres sont silencieux; des dizaines de milliers de prêtres, de religieux et religieuses abandonnent leurs engagements, les autres se laïcisent, les clôtures disparaissent, le vandalisme envahit les églises, les autels sont détruits, les croix disparaissent… les séminaires et noviciats se vident.

Les sociétés civiles encore catholiques se laïcisent sous la pression des autorités romaines: Notre Seigneur n’a plus à régner ici-bas! L’enseignement catholique devient œcuménique et libéral. Les catéchismes sont changés et ne sont plus catholiques. La Grégorienne à Rome devient mixte, saint Thomas n’est plus à la base de l’enseignement.

Devant ce constat public, universel, quel est le devoir des évêques officiellement membres responsables de l’institution qu’est l’Eglise? Que feront-ils? Pour beaucoup l’institution est intangible même si elle ne se conforme plus à la fin pour laquelle elle a été instituée!… Ceux qui occupent les sièges de Pierre et des évêques sont responsables; il fallait bien que l’Eglise s’adapte à son temps. Les excès passeront. Mieux vaut accepter la Révolution dans notre diocèse, la conduire que la contredire.

Parmi les traditionalistes, un bon nombre, méprisés désormais par Rome, donneront leur démission et quelques-uns comme Mgr Morcillo, archevêque de Madrid, et Mgr Mac Quaid, archevêque de Dublin, en mourront de tristesse, comme beaucoup de bons prêtres.

Il est évident que si beaucoup d’évêques avaient agi comme Mgr de Castro Mayer, évêque de Campos au Brésil, la Révolution idéologique à l’intérieur de l’Eglise aurait pu être limitée, car il ne faut pas avoir peur d’affirmer que les autorités romaines actuelles depuis Jean XXIII et Paul VI se sont faites les collaboratrices actives de la Franc-Maçonnerie juive internationale et du socialisme mondial. Jean Paul Il est avant tout un politicien philo-communiste au service d’un communisme mondial à teinte religieuse. Il attaque ouvertement tous les gouvernements anti-communistes, et n’apporte par ses voyages aucun renouveau catholique.

Ces autorités romaines conciliaires ne peuvent donc que s’opposer farouchement et violemment à toute réaffirmation du Magistère traditionnel. Les erreurs du Concile et ses réformes demeurent la norme officielle consacrée par la profession de foi du Cardinal Ratzinger de mars 1989.

Personne ne niait que j’étais membre officiel reconnu du corps épiscopal. L’Annuario Pontificio l’a affirmé jusqu’au moment du sacre des évêques de 1988, me présentant comme Archevêque-Evêque émérite du diocèse de Tulle.

C’est à ce titre d’archevêque catholique que j’ai pensé rendre service à l’Eglise meurtrie par les siens, en fondant une société pour la formation de vrais prêtres catholiques, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, dûment approuvée par Mgr Charrière, Evêque de Fribourg en Suisse et dotée d‘une lettre de louanges par le Cardinal Wright, Préfet de la Congrégation pour le Clergé.

Je pouvais penser à juste titre que cette Fraternité, qui se voulait attachée à toutes les traditions de l’Eglise, doctrinales, disciplinaires, liturgiques etc, ne demeurerait pas longtemps approuvée par les démolisseurs libéraux de l’Eglise.

Ce qui est un mystère, c’est qu’il n’y ait pas eu cinquante, cent évêques à agir comme Mgr de Castro Mayer et moi-même, en vrais successeurs des apôtres contre les imposteurs.

Ce n’est pas de l’orgueil et de la suffisance que de dire que Dieu dans sa miséricordieuse Sagesse, a sauvé l’héritage de son sacerdoce, de sa grâce, de sa révélation, à travers ces deux évêques. Ce n’est pas nous qui nous sommes choisis, mais Dieu qui nous a guidés dans le maintien de toutes les richesses de son Incarnation et de sa Rédemption. Ceux qui estiment devoir minimiser ces richesses et même les nier ne peuvent que nous condamner, ce qui ne fait que confirmer leur schisme d’avec Notre-Seigneur et son Règne, par leur laïcisme et leur œcuménisme apostat.

J’entends dire: « Vous exagérez, il y a de plus en plus de bons évêques qui prient, qui ont la foi, qui sont édifiants… » Seraient-ils des saints, dès lors qu’ils admettent la fausse liberté religieuse, donc l’Etat laïque, le faux œcuménisme, donc l’admission de plusieurs voies de salut, la réforme liturgique, donc la négation pratique du sacrifice de la Messe, les nouveaux catéchismes avec toutes leurs erreurs et hérésies, ils contribuent officiellement à la révolution dans l’Eglise et à sa destruction.

Le Pape actuel et ces évêques ne transmettent plus Notre Seigneur Jésus-Christ mais une religiosité sentimentale, superficielle, charismatique, où ne passe plus la vraie grâce de l’Esprit-Saint dans son ensemble. Cette nouvelle religion n’est pas la religion catholique; elle est stérile, incapable de sanctifier la société et la famille.

Une seule chose est nécessaire pour la continuation de l’Eglise catholique: des évêques pleinement catholiques, sans aucune compromission avec l’erreur, qui fondent des séminaires catholiques, où des jeunes aspirants pourront se nourrir au lait de la vraie doctrine, mettront Notre-Seigneur Jésus-Christ au centre de leurs intelligences, de leurs volontés, de leurs cœurs; une foi vive, une charité profonde, une dévotion sans bornes les uniront à Notre Seigneur; ils demanderont comme saint Paul que l’on prie pour eux, pour qu’ils avancent dans la science et la sagesse du « Mysterium Christi » où ils découvriront tous les trésors divins.

Qu’ils se préparent à prêcher Jésus-Christ, et Jésus- Christ crucifié « importune, opportune… »

Soyons chrétiens! Que même toutes les sciences humaines, rationnelles soient éclairées par la lumière du Christ, qui est la Lumière du monde et qui donne à chaque homme son intelligence lorsqu’il vient au monde!

Le mal du Concile c’est l’ignorance de Jésus-Christ et de son Règne. C’est le mal des mauvais anges, c’est le mal qui est le chemin de l’Enfer.

C’est parce que saint Thomas a eu une science exceptionnelle du Mystère du Christ, que l’Eglise en a fait son docteur. Aimons à lire et relire les encycliques des papes sur saint Thomas et la nécessité de le suivre dans la formation des prêtres, afin de ne pas hésiter un instant sur la richesse de ses écrits et surtout de sa Somme théologique pour nous communiquer une foi immuable et le moyen le plus sûr d’aborder dans l’oraison et la contemplation, les rivages célestes qui, au travers des vicissitudes de cette vie terrestre, ne quitteront plus nos âmes embrasées de l’esprit de Jésus. « 

+ Marcel Lefebvre


Roberto de Mattei : Lex dubia non obligat

Ce dernier article de Roberto de Mattei mérite beaucoup d’attention car il met en avant un principe bien oublié en cette période de crise de l’Eglise : « Lex dubia non obligat ». C’est d’autant plus intéressant et nouveau que c’est aussi l’un des aspects de l’argumentation de la FSSPX développée pour refuser le Novus Ordo Missae, mais plus encore, pour justifier les sacres : « Salus animarum suprema lex ».

Je reviendrais sur ce texte car il me semble souffrir d’une carence majeure : il ne se situe que d’un point de vue canonique, duquel découle un aspect moral. Mais il ne semble pas remarquer que le problème actuel dépasse largement ce cadre, puisqu’il s’agit dans l’ensemble des réformes issues du Concile d’un problème de Foi, et non de droit.

Source : correspondanceeuropeenne.eu

Le “cas” des Franciscains de l’Immaculée pose une nouvelle fois une question d’ordre canonique, moral et spirituel, qui est souvent venue sur le devant de la scène et a parfois explosé au cours des années du post-Concile, à savoir le problème de l’obéissance à une loi injuste.

Une loi peut être injuste non seulement lorsqu’elle viole la loi divine et naturelle mais également lorsqu’elle viole une loi ecclésiastique de portée supérieure. C’est le cas du Décret du 11 juillet 2013 par lequel la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée établit la mise sous tutelle des Franciscains de l’Immaculée. La lésion du droit ne se trouve pas dans le fait en soi mais dans la partie du Décret qui prétend obliger les Franciscains de l’Immaculée à renoncer à la Messe selon la forme extraordinaire du Rite romain ou rite romain antique.

Il existe en effet, outre la Bulle Quo primum de Saint Pie V (1570), le Motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI (2007), c’est-à-dire une loi universelle de l’Eglise, qui accorde à tout prêtre le droit de « célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulguée par le Bienheureux Jean XXIII en 1962 et jamais abrogée, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église ». L’article 2 de ce même Motu proprio précise que n’est nécessaire aucune autorisation du Saint-Siège pas plus que de l’Ordinaire en ce qui concerne les Messes célébrées sine populo. L’article 3 ajoute par ailleurs que non seulement les prêtres pris individuellement mais « si des communautés d’Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique, de droit pontifical ou de droit diocésain, désirent, pour la célébration conventuelle ou de communauté, célébrer dans leurs oratoires propres la Messe selon l’édition du Missel romain promulgué en 1962, cela leur est permis ». Dans le cas où une communauté particulière ou un Institut ou une Société dans son ensemble voudrait « avoir de telle célébrations souvent ou habituellement ou de façon permanente, la chose doit être déterminée par les Supérieurs majeurs selon les règles du droit et les lois et statuts particuliers».

Dans ce cas, il n’est pas nécessaire de remonter aux principes de la loi divine et naturelle mais le droit canonique suffit. Un éminent juriste comme Pedro Lombardia (1930-1986) rappelle que le canon 135, § 2, du nouveau Code de Droit Canonique sanctionne le principe de la légalité en matière de législation dans le sens que « le pouvoir législatif doit être exercé de la manière établie par le droit », en particulier par les canons 7 à 22, qui constituent le titre dédié par le Code aux Lois ecclésiastiques (P. Lombardia, Lezioni di diritto canonico, Giuffré, 1986, p. 206). Le Code rappelle que les lois ecclésiastiques universelles sont celles « promulguées par leur publication dans l’Actorum Apostolicae Sedis commentarium officiale » (canon ; qui « sont tenus par les lois universelles tous ceux pour qui elles ont été portées» (canon 12§1), précisant que « les lois qui établissent une peine ou qui restreignent le libre exercice des droits ou qui comportent une exception à la loi sont d’interprétation stricte » (canon 18). Il établit par ailleurs que « une loi nouvelle abroge la précédente ou y déroge, si elle le déclare expressément, si elle lui est directement contraire ou si elle réorganise entièrement la matière » (canon 20). Il affirme également que, « en cas de doute, la révocation d’une loi en vigueur n’est pas présumée, mais les lois nouvelles doivent être rapprochées des lois antérieures et, autant que possible, conciliées avec elles » (canon 21). Le canon 135 § 2 établit enfin le principe fondamental de la hiérarchie des normes en vertu de laquelle « une loi contraire au droit supérieur ne peut être validement portée par un législateur inférieur ». Pas même un Pape ne peut abroger un acte d’un autre Pape si ce n’est dans la forme prévue. La règle incontestable, d’ordre juridique et moral, est donc que prévoit le droit dérivant d’un ordre supérieur qui concerne une matière de plus grande importance et plus universelle et qui possède un titre plus évident (Régis Jolivet, Trattato di filosofia. Morale, vol. I, Morcelliana, 1959, pp. 171-172).

Selon le canon 14, en outre, la norme canonique, pour être obligatoire, ne doit pas être susceptible de doute en droit (dubium iuris), mais doit être certaine. Lorsque la certitude du droit vient à manquer, est en vigueur l’adage lex dubia non obligat. Lorsque l’on se trouve face à un doute, la gloire de Dieu et le salut des âmes prévalent sur les conséquences concrètes que peuvent comporter l’acte sur le plan personnel. Le nouveau Code de Droit canonique rappelle en effet, dans son dernier canon que, dans l’Eglise, le « salus animarum » doit être toujours « suprema lex » (canon 1752). Ce qu’avait déjà enseigné Saint Thomas d’Aquin : « le but du droit canonique tend à la paix de l’Eglise et au salut des âmes » (Quaestiones quodlibetales, 12, q. 16, a. 2) et ne cessent de répéter tous les grands canonistes. Dans son discours sur le « salus animarum » en tant que principe de l’ordonnancement canonique tenu le 6 avril 2000, S.Em. le Cardinal Julián Herranz, Président du Conseil pontifical pour les Textes législatifs, a réaffirmé combien ce dernier constitue le principe suprême de la législation canonique.

Tout cela présuppose une réflexion articulée, qui est absente du débat parce que l’on oublie souvent le fondement moral et métaphysique du droit. Aujourd’hui, prévaut une conception purement légaliste et formaliste, qui tend à réduire le droit à un simple instrument entre les mains de ceux qui détiennent le pouvoir (cf. Don Arturo Cattaneo, Fondamenti ecclesiologici del Diritto canonico, Marcianum Press, 2011). Selon le positivisme juridique, qui est parvenu à pénétrer à l’intérieur même de l’Eglise, ce qui est juste est ce que l’autorité promulgue. En réalité, le Ius divinum est à la base de toute manifestation du droit et présuppose la précédence du jus sur la lex. Le positivisme juridique inverse les termes et remplace la légitimité du jus par l’exercice de la lex. La loi représente seulement dans cette optique la volonté du gouvernant et non pas le reflet de la loi divine pour laquelle Dieu est le fondement de tous les droits. Il est le Droit vivant et éternel, principe absolu de tous les droits (cf. Ius divinum, sous la direction de Juan Ignacio Arrieta, Marcianum Press, 2010).

C’est pourquoi, en cas de conflit entre la loi humaine et la loi divine, « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29). L’obéissance est due aux supérieurs parce qu’ils représentent l’autorité même de Dieu et qu’ils la représentent en ce qu’ils conservent et appliquent la loi divine. Saint Thomas affirme qu’il est préférable d’affronter l’excommunication immédiate de l’Eglise et être exilé dans des terres lointaines – dans lesquelles le bras séculier ne peut parvenir – que d’obéir à un ordre injuste : « ille debet potius excommunicatione, sustinere (…) vel in alias regiones remotas fugere » (Summa Theologiae, Suppl., q. 45, a. 4, ob. 3). L’obéissance n’est pas seulement un précepte formel qui nous pousse à nous soumettre aux autorités humaines. Elle est d’abord et avant tout une vertu qui entraîne à la perfection. Ceux qui embrassent de manière parfaite l’obéissance ne sont pas ceux qui obéissent par intérêt, par crainte servile ou par affection humaine mais ceux qui choisissent la véritable obéissance, qui est l’union de la volonté humaine et de la volonté divine. Nous devons être prêts, par amour de Dieu, à poser ces actes de suprême obéissance à Sa loi et à Sa Volonté qui nous délient des liens d’une fausse obéissance, qui risque de nous faire perdre la foi. Malheureusement, aujourd’hui, règne un sens mal compris de l’obéissance, qui confine parfois avec le servilisme en ce que la crainte de l’autorité humaine prévaut sur l’affirmation de la vérité divine.

La résistance aux ordres illégitimes est parfois un devoir envers Dieu et envers notre prochain, qui a besoin de gestes de densité métaphysique et morale exemplaire. Les Franciscains de l’Immaculée ont reçu et accueilli de Benoît XVI le bien extraordinaire de la Messe traditionnelle, improprement dénommée tridentine qu’aujourd’hui des milliers de prêtres célèbrent légitimement dans le monde entier. Il n’est pas de meilleure manière d’exprimer leur reconnaissance à Benoît XVI pour le bien reçu et de manifester dans le même temps les sentiments de protestation envers une injustice subie que de continuer à célébrer avec la conscience tranquille le Saint Sacrifice de la Messe selon la forme extraordinaire du Rite romain. Aucune loi contraire ne les oblige en conscience. Peut-être quelques-uns le feront-ils mais la soumission visant à éviter de plus grands maux ne servira qu’à éloigner la tempête qui fait rage sur leur Institut et sur l’Eglise.

Roberto de Mattei


Et si Dieu était jetable ?

Question stupide sans doute ! Et pourtant, il faut bien constater que Dieu est considéré bien souvent comme jetable, on le prend quand il nous sert, on le jette quand il nous gêne. Cela est vrai hélas pour chacun d’entre nous à différents degrés, cela se constate aussi dans nos sociétés apostates, mais plus grave encore, on le voit avec effarement dans l’Eglise.

Et si Dieu était jetable, jetable comme ces verres de pique-nique en plastique, ces verres jetables qui servirent de ciboires aux JMJ de Rio pour distribuer la communion ? « Abus », simple « abus » diront certains, après tout ce n’est ni le premier ni le dernier !

Nous ne pouvons que récuser le fait qu’il s’agisse d’un abus : cette façon de traiter la Sainte Eucharistie est en réalité ni exceptionnel ni étonnant, car elle n’est que le révélateur de la « Foi » de cette Eglise conciliaire et de sa hiérarchie.

Car il faut bien voir que ce scandale s’est produit à la messe du pape François qui a été organisée par les évêques brésiliens. Rien n’est venu dire la désapprobation de l’épiscopat brésilien, rien n’est venu exprimer les regrets du pape, parce qu’il n’y a ni désapprobation ni regret.

Que la communion soit distribué dans de vulgaires gobelets jetables montre de façon effective et concrète que la Foi dans la présence réelle a disparu. On sert de la bière dans une choppe, du bon vin dans un beau verre, on prépare à ses hôtes une belle table et une belle chambre. Mais le Christ Lui, Dieu tout puissant, on lui laisse le gobelet jetable !

Mais l’Eglise se veut pauvre pourra-t-on nous rétorquer ! Le Christ n’a pas besoin d’or et d’encens, il veut juste qu’on l’aime !

La vertu de pauvreté n’est pas extérieure, elle ne se mesure pas, elle est un état d’esprit. La richesse de l’Eglise n’est pas pour elle-même ni pour les hommes d’Eglise, elle est pour donner à l’Eglise le moyen d’évangéliser et de rendre gloire à Dieu. Voyez l’exemple de tant de milliers de moines qui ont su construire les plus beaux sanctuaires pour glorifier Dieu alors qu’ils vivaient de privations et de pénitences !

Certes le Christ n’a besoin de personne, il n’a pas besoin d’or. Ce n’est pas Lui qui a besoin d’être honoré, car tout ce que nous pouvons Lui donner ne Lui apporte rien puisqu’Il a tout par Lui-même et se suffit à Lui-même. Mais c’est nous pauvres hommes qui devons, par devoir, par révérence, par besoin et soumission, honorer comme il se doit notre créateur et sauveur, tant par l’amour de notre cœur que par les marques extérieures les plus insignes de dévotion et d’adoration.

Il y a déjà 20 ans, en 1994, déjà 54% des français se déclarant catholiques disaient ne pas croire en la présence réelle ! Qu’en est-il aujourd’hui ?!

Cette perte de la Foi en la présence réelle vient principalement d’un état d’esprit, d’un conditionnement, social certes, mais aussi et surtout ecclésial.

« Cette tendance rejoint celle que nous constations à propos de la Présence réelle : s’il n’y a plus de sacrifice, il n’y a plus besoin de victime. La victime est présente en vue du sacrifice. Faire de la messe un repas mémorial, un repas fraternel est l’erreur des protestants. Que s’est-il passé au XVIe siècle ? Précisément ce qui est en train de se passer aujourd’hui. Ils ont immédiatement remplacé l’autel par une table, ils ont supprimé le crucifix sur celle-ci, fait tourner vers les fidèles le “président de l’assemblée”. Le scénario de la Cène protestante se trouve dans Pierres Vivantes, le recueil composé par les évêques de France et que tous les enfants des catéchismes doivent obligatoirement utiliser : “Les chrétiens se rassemblent pour célébrer l’Eucharistie. C’est la messe… Ils proclament la foi de l’Église, ils prient pour le monde entier, ils offrent le pain et le vin… Le prêtre qui préside l’assemblée dit la grande prière d’action de grâces…” » Mgr Lefebvre, lettre aux catholiques perplexes

Le fascicule Savoir et Servir – Supplément au n° 10 analyse très bien la source principale de la perte de la Foi en la présence réelle :

« En même temps que la nouvelle messe, a été promulguée l’Institutio generalis, texte qui précise en particulier les options théologiques suivies. Il y est donné, à l’article 7, une définition de la messe dont on se demande comment un Pape a pu la signer.

“La Cène du Seigneur ou Messe est la Syntaxe sacrée ou le rassemblement du peuple de Dieu sous la présidence du prêtre, pour célébrer le mémorial du Seigneur. C’est pourquoi vaut éminemment pour l’assemblée locale de la Sainte Eglise la promesse du Christ : “Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux (Matthieu XVIII; 20.”

Cette définition réduit la messe à une cène, un repas, une assemblée (!) où le prêtre n’est que le président d’un rassemblement qui, lui, célèbre le mémorial (souvenir) du Seigneur. En conséquence de ce rassemblement, le Christ est “au milieu d’eux”, comme lorsqu’une famille dit une prière.

“Tout cela n’implique ni la Présence réelle, ni la réalité du sacrifice, ni le caractère sacramentel du prêtre qui consacre, ni la valeur intrinsèque du sacrifice eucharistique, indépendamment de l’assemblée.”

“En un mot, cette nouvelle définition ne contient aucune des données dogmatiques qui sont à la messe et qui constituent la véritable définition… une telle omission volontaire signifie… au moins en pratique leur négation”.

“Dans la seconde partie de la nouvelle définition, on aggrave encore l’équivoque. On y affirme en effet que l’assemblée en laquelle consisterait la messe, réalise éminemment la promesse du Christ : “Là où deux ou trois d’entre vous sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux.” Or, cette promesse concerne formellement la présence spirituelle du Christ en vertu de la Grâce.”

Ce n’est pas la présence “substantielle”, propre au sacrement de l’Eucharistie.

Luther ne disait rien d’autre. Pour lui, la messe ou plutôt la cène (mot qui veut dire repas) est un acte de louange ou d’action de grâce et un mémorial, mais certainement pas un sacrifice expiatoire renouvelant et appliquant le sacrifice de la Croix. Toutes proportions gardées, la cène protestante a des analogies avec un banquet d’anciens combattants qui se réunissent autour de leur président pour célébrer le souvenir de leurs exploits et de leurs morts. C’est très respectable mais cela n’a rien à voir avec le sacrifice renouvelé de la messe catholique ! »

Il n’y a là pas d’erreur d’interprétation : le Novus Ordo Missae a été promulgué par le pape, il est célébré tel quel par le pape. Aucun pape depuis le Concile n’a cherché à le réformer substantiellement. Il est donc l’expression reconnue et autorisée de la réforme et de la nouvelle théologie qui sévit depuis le concile Vatican II. Pas plus qu’il n y’a de Concile des médias il n’y a de nouvelle messe des médias. La réalité se borne aux faits.

Dieu est-il jetable ? Si le rôle de la Tradition était de transmettre la Foi, de donner Dieu à toutes les âmes pour leur salut, force est de constater que le concile Vatican II et son Novus Ordo Missae L’ont chassé des consciences catholiques. Le gobelet en plastique est l’expression assez aboutie de la révérence que porte le modernisme envers Dieu.

Qui voudra s’entendre avec le modernisme et ceux qui le promeuvent ?

Austremoine


Doit-on citer les papes et le nouveau magistère ?

Il est une habitude dangereuse qui se répand dans la Tradition qui est celle de vouloir citer comme un argument de valeur les papes post Concile Vatican II ainsi que le nouvel enseignement conciliaire.

On pourra objecter qu’il est bien naturel de s’appuyer sur l’enseignement des papes, qu’il ne nous appartient pas de juger l’enseignement du siège apostolique et que nous n’avons qu’à le diffuser scrupuleusement. Et que même en admettant que la nouvelle doctrine conciliaire pose problème, il est bien normal de se référer aux autorités de l’Eglise lorsque leur enseignement est conforme à la Tradition.

La première objection est un débat bien plus vaste que ne le permet un court paragraphe, mais on peut y répondre rapidement en rappelant que l’autorité de l’Eglise si haute soit elle, ne tient son autorité que pour enseigner et rappeler le dépôt révélé, et que rien ne lui permet de le contredire.

« Mais quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Evangile que celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème! Nous l’avons dit précédemment, et je le répète à cette heure, si quelqu’un vous annonce un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème! » Epitre de Saint Paul apôtre aux Galates

Savoir si l’enseignement conciliaire est en conformité avec la Tradition n’est pas l’objet de ce texte. Les articles de ce blog s’efforcent d’apporter une réponse claire tout comme le site www.vatican2-en-questions.org; nous partirons donc du constat et du fait que ce n’est pas le cas.

Quel comportement observer vis-à-vis de textes, de réflexions ou d’éléments d’enseignements des papes post conciliaires qui nous semblent correspondre avec le magistère constant de l’Eglise ? Est-il bon de citer ces éléments comme faisant autorité, que ce soit dans des discussions, des sermons, des livres ou autres, et sur des sujets concernant même la Foi ou les mœurs ?

La réponse, dans le contexte actuel de la crise de l’Eglise est éminemment prudentielle. Prenons un exemple concret : il y a peu de temps, un prêtre de la FSSPX a écrit un bon livre sur la vie de famille. Ce qui est écrit est très bien ; le fond est parfait. Mais afin d’étayer son propos, voici que l’auteur fait force de citations de Benoît XVI et de Jean Paul II, citations par ailleurs tout à fait orthodoxe.

Certes cela permet au livre de montrer que son contenu est bon puisqu’il correspond à l’enseignement constant de l’Eglise, et même des derniers papes. Cela donne sans aucun contexte une autorité de fait et une audience élargie. Mais paradoxalement, cela donne aussi un crédit à des autorités doctrinalement déviantes, crédit qu’on ne doit en aucun cas leur donner puisque leur théologie, d’une façon générale, est profondément erronée.

Que ce dira le lecteur de ce livre qui n’aura lu que de vraies et bonnes citations de Jean-Paul II et de Benoît XVI ? Il se dira, confiant dans ce bon livre qu’il tient dans les mains, que ces papes sont bons, que leur doctrine est bonne, qu’ils sont dignes de confiance et que leur enseignement est tout ce qu’il y a de plus conforme à la Tradition ! Au mieux il relativisera le danger de tels enseignements ! Et ainsi, on induira en erreur le prochain, à partir d’éléments tout à fait vrais.

C’est pour cela qu’un minimum de prudence impose, avant d’user éventuellement de citations des papes post conciliaires ou du concile Vatican II lui-même, de prévenir le lecteur sur les éléments contradictoires, variables et dangereux de ces enseignements et de leurs auteurs.

Il n’en reste pas moins que le mieux reste de s’abstenir de telles citations et références, car les 2 000 ans de magistère de l’Eglise sont suffisamment riches pour y trouver toutes sortes de lumières et d’enseignements fiables, pour qu’on aille puiser dans des auteurs et des textes qui auraient été condamnés en d’autres temps et qui le seront un jour !

Austremoine