Eschaton : Pape François égal à lui-même…

Source : eschaton.ch

Pape François, dans sa récente  exhortation apostolique, Evangelii gaudium, réaffirme qu’il suffit d’accentuer les réformes de Vatican II pour que la réévangilisation donne tout son fruit. Au programme plus de collégialité, plus de dialogue, plus de sortie « en dehors de soi » dans la joie etc. Les vieilles recettes qui ont accentué la déchristianisation par le flou doctrinal auquel elles s’adossaient, pas la créativité liturgique désordonnée qu’elles promouvaient sont donc reconduites au nom de la « joie » qui nous remplit le cœur d’être chrétien et qui doit d’elle-même irradier en-dehors de nous. C’est, en caricaturant quelque peu, tout le propos du pape dans son exhortation, avec au passage plusieurs coups de griffes, naturellement, à ceux qui sont attachés à la beauté de la liturgie(*), à la rigueur de la doctrine ou aux règles et habitudes de vie catholique (**).

Sur le fond, pape François met essentiellement l’accent sur des problèmes d’ordre psychologiques, existentiels ou relationnels. Nous nous situons toujours dans un registre qui privilégie la sensibilité ( pour ne pas dire la sensiblerie) au détriment de l’analyse doctrinale, philosophique ou théologique. Comme si les désorientations philosophiques et théologiques et la désacralisation de la liturgie n’étaient pas les premières responsables des problèmes qui déchirent l’Eglise. Il y a dans cette façon de communiquer une volonté évidente d’esquiver les réels enjeux. L’étendue des problèmes abordés, sous cet angle de vue essentiellement psychologisant pour lecteurs de presse féminine, a pour but de donner l’illusion d’une prise à bras le corps des urgences actuelles. Mais de même que nos Etats ne font que de se donner du temps par l’usage massif de la blanche à billets, les instances dirigeantes de l’Eglise ne font que gesticuler et diluer le dépôt de la révélation dont elles ont la garde dans un flot d’eau tiède et saumâtre.

Restent cependant quelques perles. Notamment quand pape François écrit :  » Les jeunes nous appellent à réveiller et à faire grandir l’espérance, parce qu’ils portent en eux les nouvelles tendances de l’humanité et nous ouvrent à l’avenir, de sorte que nous ne restions pas ancrés dans la nostalgie des structures et des habitudes qui ne sont plus porteuses de vie dans le monde actuel.  » Faut-il rappeler au pape ce que sont ces nouvelles tendances de l’humanité que les jeunes portent en eux comme des boulets ou des camisoles de force intérieures: foi en déshérence, absence presque intégrale de conscience historique, sensiblerie exacerbée, course à la jouissance et matérialisme effrénés, refuge dans les addictions ( drogue, alcool, console, réseaux sociaux…)

Mais le plus décapant concerne l’islam. Pape François écrit : « Pour soutenir le dialogue avec l’Islam une formation adéquate des interlocuteurs est indispensable, non seulement pour qu’ils soient solidement et joyeusement enracinés dans leur propre identité, mais aussi pour qu’ils soient capables de reconnaître les valeurs des autres, de comprendre les préoccupations sous jacentes à leurs plaintes, et de mettre en lumière les convictions communes. Nous chrétiens, nous devrions accueillir avec affection et respect les immigrés de l’Islam qui arrivent dans nos pays, de la même manière que nous espérons et nous demandons à être accueillis et respectés dans les pays de tradition islamique. Je prie et implore humblement ces pays pour qu’ils donnent la liberté aux chrétiens de célébrer leur culte et de vivre leur foi, prenant en compte la liberté dont les croyants de l’Islam jouissent dans les pays occidentaux ! Face aux épisodes de fondamentalisme violent qui nous inquiètent, l’affection envers les vrais croyants de l’Islam doit nous porter à éviter d’odieuses généralisations, parce que le véritable Islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence. »

Pape François entend donc dialoguer avec l’islam dont il a un profond respect. Ce ne sont donc plus avec des personnes, qui méritent en effet notre respect, que nous avons à discuter. Mais avec l’islam. Car en grand mufti, pape François sait ce qu’est le vrai islam. Il l’écrit : « le véritable Islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence ». Pas mal pour une religion dont le prophète était un guerrier sanguinaire qui a participé à des dizaines de combats et qui est l’auteur du Coran qui appelle à la guerre contre ceux qui refusent de le suivre en plus de 100 endroits.

Quelques rappels :  » Un prophète ne devrait pas faire de prisonniers de guerre avant d’avoir fait un grand carnage » Coran: 8:67

  »Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez (le chrétiens). Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre, car Dieu est Pardonneur et Miséricordieux » Coran:9:5

 « Combattez ceux qui ne croient ni en Dieu, ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce que Dieu et son messager ont interdit, et ceux des gens du Livre qui ne se donnent pas comme religion la religion de vérité, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation sur le revenu des mains ; et qu’ils se fassent petits. »9:29

Julien Gunzinger

(*) »Cette obscure mondanité, écrit le pape, se manifeste par de nombreuses attitudes apparemment opposées mais avec la même prétention de “dominer l’espace de l’Église”. Dans certaines d’entre elles on note un soin ostentatoire de la liturgie, de la doctrine ou du prestige de l’Église, mais sans que la réelle insertion de l’Évangile dans le Peuple de Dieu et dans les besoins concrets de l’histoire ne les préoccupe. De cette façon la vie de l’Église se transforme en une pièce de musée, ou devient la propriété d’un petit nombre. »

(**)  » Les jeunes nous appellent à réveiller et à faire grandir l’espérance, parce qu’ils portent en eux les nouvelles tendances de l’humanité et nous ouvrent à l’avenir, de sorte que nous ne restions pas ancrés dans la nostalgie des structures et des habitudes qui ne sont plus porteuses de vie dans le monde actuel. «


Xavier Celtillos : l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium du Pape François et l’Islam

Source : medias-presse.info

L’exhortation apostolique Evangelii Gaudium du Pape François a été publiée ce 26 novembre 2013. Le texte, comme souvent pour ce type de document, est assez long. Le style est, contrairement à celui de Benoit XVI ou de Jean Paul II, assez accessible.

En attendant d’en proposer un résumé, le paragraphe 253 nous a sauté aux yeux :

« 253. Pour soutenir le dialogue avec l’Islam une formation adéquate des interlocuteurs est indispensable, non seulement pour qu’ils soient solidement et joyeusement enracinés dans leur propre identité, mais aussi pour qu’ils soient capables de reconnaître les valeurs des autres, de comprendre les préoccupations sous-jacentes à leurs plaintes, et de mettre en lumière les convictions communes. Nous chrétiens, nous devrions accueillir avec affection et respect les immigrés de l’Islam qui arrivent dans nos pays, de la même manière que nous espérons et nous demandons à être accueillis et respectés dans les pays de tradition islamique. Je prie et implore humblement ces pays pour qu’ils donnent la liberté aux chrétiens de célébrer leur culte et de vivre leur foi, prenant en compte la liberté dont les croyants de l’Islam jouissent dans les pays occidentaux ! Face aux épisodes de fondamentalisme violent qui nous inquiètent, l’affection envers les vrais croyants de l’Islam doit nous porter à éviter d’odieuses généralisations, parce que le véritable Islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence. »

De telles lignes appellent les réflexions suivantes :

–          Le pape François semble ignorer la vraie nature de l’Islam, qui, si l’on accepte éventuellement  de la considérer comme une fausse religion, est d’abord et avant tout un système social, sociétal, politique et économique d’une extrême violence.

  • La violence n’est pas une interprétation possible de l’Islam, elle en est une composante intrinsèque.  Affirmer le contraire, c’est ne jamais avoir lu le Coran. Est-ce la cas du pape François ?
  • Contrairement à ce que dit le pape François, la nature violente de l’Islam nous impose la plus grande prudence vis-à-vis des populations soumises à ce système. Il suffit pour cela de considérer que la majorité des violences commises le sont au nom de l’Islam.
  • Accepter d’accueillir l’Islam en tant que tel, d’accueillir ses adeptes sans leur imposer une assimilation ne peut que nous conduire au suicide civilisationnel que nous sommes en train de vivre. Faire cela, c’est livrer l’Europe à la Charia, tôt ou tard.
  • Il est absolument illusoire de considérer que par la liberté religieuse accordée aux musulmans, l’Occident apostat obtiendra un retour dans le même sens pour les chrétiens en pays Islamique. C’est même le contraire qui se produit : depuis que l’Islam envahit l’Occident, celui-ci se trouve incapable d’imposer le respect des minorités chrétiennes. Il suffit d’accepter de considérer la réalité du Moyen-Orient pour s’en convaincre.

–          La liberté religieuse reste une constante dans ce nouveau magistère issu du concile Vatican II. On avait souvent défendu cette liberté religieuse comme étant une donnée politique, s’adressant d’abord et avant tout aux non chrétiens afin de faciliter un dialogue de paix. Sur de telles considérations, certains avançaient qu’une telle liberté religieuse n’allait donc pas à l’encontre des condamnations portées par les papes du XVIIIème et XIXème siècle (1), condamnations qui abordaient le côté doctrinal du problème et qui s’adressaient aux catholiques. Or nous sommes là dans une exhortation apostolique, qui parle donc de doctrine et qui s’adresse aux catholiques.

  • Dans son aspect doctrinal la liberté religieuse est une aberration, car si on croit que le Christ est le Chemin, la Vérité et la Vie, et qu’en dehors de l’Eglise il n’y a pas de Salut, alors on ne peut logiquement admettre qu’une fausse religion, violente de surcroit, puisse librement répandre ses erreurs causer tant de dommages dans les âmes.
  • Dans son aspect politique la liberté religieuse peut s’avérer un suicide. Qu’une telle liberté soit tolérée pour éviter des troubles importants de l’ordre public, peut se comprendre. Mais le fait que depuis 50 ans nous laissons la liberté à l’islam de s’installer sur notre territoire au nom de la liberté religieuse est une folie politique dont nous payerons tôt ou tard les conséquences, comme c’est déjà le cas de tant de pays.

De tels propos dans une exhortation apostolique sont d’une extrême gravité : ils viennent confirmer s’il en était encore besoin que la doctrine issue du concile Vatican II est un non-sens doctrinal aux conséquences pratiques et politiques dramatiques.

Alors que l’Europe sombre sous les assauts du laïcisme et de l’Islam, il est impératif pour notre survie que se dressent de nouveau les remparts de la Rome Eternelle, maîtresse et sagesse de Vérité. Très Saint-Père, rendez à l’Eglise catholique sa doctrine, car nous périssons !

Xavier Celtillos


Les 25 ans de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre

A l’occasion des 25 ans de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, le pape François, par l’intermédiaire du nonce apostolique Mgr Ventura, a envoyé une lettre très symptomatique de l’état d’esprit des autorités romaines.

Tout y est.

Il est particulièrement intéressant de regarder les termes utilisés dans cette lettre qui reprennent exactement ceux utilisés pour justifier la condamnation de Mgr Lefebvre lors des sacres. Tout comme le motu proprio Ecclesia Dei, de triste mémoire, il est fait état tout d’abord de la base théologique sensée justifier de l’évolution de l’Eglise tout en se refusant à considérer une rupture : c’est le concept de Tradition vivante.

Ce nouveau concept de la Tradition vise à faire du magistère actuel non pas une partie intégrante de ce qui a toujours été cru et enseigné mais une expression actualisée et pourquoi pas nouvelle ayant pour référentiel les circonstances du temps présents. C’est ainsi que la Tradition vivante peut comporter à leur sens des contradictions sans que cela ne pose problème, car les circonstances ayant changées, le magistère s’adapte à l’évolution du monde. C’est ainsi que l’on en viendra à parler de dogmes évolutifs. Naturellement une telle conception de la Tradition n’est pas du tout conforme à l’enseignement de l’Eglise, Tradition qui reste inchangée à travers les âges.

C’est donc en acceptant cette Tradition vivante que les membres de la FSSP sont invités à vive leur « sensibilité » en conformité avec le concile Vatican II. Il en découle nécessairement deux choses :

–           le « choix » de la messe tridentine est simplement une question de sensibilité par rapport à la messe nouvelle de Paul VI, ce qui implique de facto la reconnaissance de la légitimité du Novus Ordo comme étant l’expression d’une autre sensibilité et non d’une autre Lex Credendi dont elle est la nouvelle Lex Orandi.

–          Le concile Vatican II est la norme et l’unique norme dont tous les autres aspects, même ceux relevant éventuellement de ce que l’on pourrait appeler la Tradition, doivent se conformer. Ce qui implique de facto la reconnaissance de la doctrine du Concile et des réformes qui en sont issues.

Cette courte lettre nous permet donc de confirmer s’il en était besoin que la façon dont Rome aborde la Tradition n’a pas changée et que l’herméneutique de la réforme telle que voulue par Benoit XVI n’était en réalité pas nouvelle : ce qui justifia les sacres et fut le mobile de la condamnation de Mgr Lefebvre est toujours autant d’actualité. On ne peut accepter ce Concile tout entier empoissonné, ni ses réformes et ni ses « Saints ».

Austremoine


Dici : l’Illinois approuve le “mariage” homosexuel en se référant au pape

Information très révélatrice des conséquences immédiates, certes des propos du pape en tout premier lieu, mais qui ne sont eux-mêmes que la conséquence aboutie de la relativisation générale opérée par le concile Vatican II et que des erreurs graves qu’il contient.

Source : Dici

Avec 61 voix pour et 54 contre, la Chambre de l’Illinois a approuvé la loi qui, après la signature du gouverneur Pat Quinn, autorisera, à partir de juin 2014, le « mariage » homosexuel. Le Chicago Tribune met en lumière un aspect particulier de cette légalisation des unions contre-nature, en soulignant que les militants homosexuels de l’Illinois se sont appuyés sur la phrase du pape François, lors du vol de retour de la Journée mondiale de la Jeunesse à Rio de Janeiro, lorsqu’il affirma aux journalistes présents dans l’avion : « Si une personne est homosexuelle et cherche Dieu de bonne foi, qui suis-je pour la juger ? ». Selon le journal de Chicago cette affirmation a conduit plusieurs législateurs catholiques à un « examen de conscience », y compris la démocrate Linda Chapa LaVia et le président de la Chambre, Michael Madigan. Ce dernier a souligné que les commentaires du pape sur l’homosexualité ont assuré entre 5 et 10 votes décisifs pour le passage de la loi.

En commentant la nouvelle, le site canadien LifeNews.com rapporte une déclaration de Linda Chapa LaVia qui justifie son vote en faveur du « mariage » homosexuel en disant : « en tant que catholique disciple de Jésus et du pape François, il est clair pour moi que notre doctrine religieuse catholique a en son centre l’amour, la compassion et la justice pour toutes les personnes ». De son côté Michaël Madigan, sans nommer directement le pape, a fait clairement référence à sa phrase en déclarant : « Pour ceux qui se trouvent être homosexuels et qui vivent leur relation dans un cadre harmonieux et productif (sic), mais illégal, qui suis-je pour juger qu’ils devraient rester illégaux ? ».

Comme le faisait remarquer le journaliste de La Vie, Jean Mercier, dans son article intitulé « Le pape est-il démago ? » (voir DICI n°282 du 04/10/13) : « Lorsqu’on demande au pape de se positionner sur l’homosexualité, il répond : ‘Qui suis-je pour juger…?’ Tout est dans le ‘Qui suis-je ?’. Eh bien, tout simplement : il est le pape… Et c’est pour cela qu’on lui pose la question. (…) Sa réponse est soit une manière de ne pas assumer son état, soit une pirouette destinée à séduire la totalité de la planète médiatique par son humilité – et faire conclure à une ‘révolution’ sur l’attitude de l’Eglise. »

(Source : Correspondance Européenne – DICI n°285 du 22/11/13)


Justin Petipeu : une prélature … n’aurait été qu’une coquille (presque) vide

Excellente analyse de l’un des intervenants du forum catholique.

Source : le forum catholique.

[…] Je dis seulement que cette soif d’unité n’était partagée que par un évêque et une poignée de prêtres…ce qui n’est pas méprisant dans mon esprit mais indique un petit nombre. Certes un accord avait été trouvé, mais entre qui et qui ? On a vu nombre de prêtres tirer à boulets rouges sur Rome, et pas des moindres ; je pense aux supérieurs des districts de France, d’Amérique du Sud, d’Angleterre, d’Italie. L’un qualifiait Benoît XVI d’apostat et de blasphémateur à l’occasion d’Assise, l’autre enterrait les propositions avant que le supérieur n’y ait réagi lui-même, le troisième appelait à la résistance jusqu’au martyre. Les sites internet se multipliaient pour traîner dans la boue le supérieur général pendant qu’en France, le pauvre abbé Simoulin dans le Seignadou a dû se sentir bien seul pour défendre Mgr Fellay tandis que la Porte Latine n’a même pas daigné publier ses articles…

Alors oui, lorsque la lettre des trois évêques est parue, qui menaçait ouvertement la FSSPX d’éclatement, je pense que Rome a été largement prise de court. On se souvient du piteux communiqué de la Commission Ecclesia Dei qui informait sans rire que « le cas des trois autres évêques serait traité à part »…Quelle farce !

Mgr Fellay a d’ailleurs convenu depuis que ce texte était diviseur, sans attendre celui de Juin 2012.

Quant’au terme « récupérer » qui vous choque, vous pouvez le changer s’il vous déplaît tant que ça. En attendant, c’était bien l’esprit de Benoît XVI affiché clairement dans la lettre qui accompagnait la levée des excommunications en 2009.
Devons-nous impassiblement les laisser aller à la dérive loin de l’Église ? Je pense par exemple aux 491 prêtres. Nous ne pouvons pas connaître l’enchevêtrement de leurs motivations. Je pense toutefois qu’ils ne se seraient pas décidés pour le sacerdoce si, à côté de différents éléments déformés et malades, il n’y avait pas eu l’amour pour le Christ et la volonté de L’annoncer et avec lui le Dieu vivant. Pouvons-nous simplement les exclure, comme représentants d’un groupe marginal radical, de la recherche de la réconciliation et de l’unité ? Qu’en sera-t-il ensuite ?

Lorsqu’il a été clair que trois évêques sur quatre et l’écrasante majorité des prêtres ne suivrait pas, je ne vois pas trop ce qu’il restait à faire, à part sauver la tête de Mgr Fellay en lui permettant de rentrer la tête haute à la maison…et de ne pas devenir le Tjibaou de la FSSPX.

Aucun mépris dans mes propos mais créer une prélature personnelle pour Benoît XVI était infiniment plus facile que de libérer la messe et lever les excommunications. Excusez-moi mais votre analyse ne tient pas. S’il n’y a pas eu de prélature, c’est parce qu’elle n’aurait été qu’une coquille (presque) vide.

Justin Petipeu


Dominicains d’Avrillé : la foi et l’expérience de Lumen Fidei

Excellent article qui montre bien que la crise que nous traversons n’est pas seulement une querelle ou un différent théologique, mais qu’elle est avant tout l’altération de la conception même de ce qu’est la Foi, et qui par le fait même, ruine tout rapport objectif avec ce qu’est la religion. Il devient dès lors impossible de débattre rationnellement de l’objet du différent étant donné que la base conceptuelle des choses n’est plus la même.

Source : La Porte Latine

DANS L’ENCYCLIQUE LUMEN FIDEI (29 juin 2013), les papes François et Benoît XVI nous décrivent la foi comme le fruit d’une expérience, celle de la rencontre avec Dieu et son amour. Voici quelques phrases de l’encyclique qui expriment cela (1) :

La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui nous appelle et nous révèle son amour, un amour qui nous précède et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour être solides et construire notre vie. Transformés par cet amour nous recevons des yeux nouveaux, nous faisons l’expérience qu’en lui se trouve une grande promesse de plénitude et le regard de l’avenir s’ouvre à nous. (Lumen fidei, § 4.)

[Pour les premiers chrétiens] la foi, en tant que rencontre avec le Dieu vivant manifesté dans le Christ, était une « mère », parce qu’elle les faisait venir à la lumière, engendrait en eux la vie divine, une nouvelle expérience, une vision lumineuse de l’existence pour laquelle on était prêt à rendre un témoignage public jusqu’au bout (§ 5).

[La foi] est une rupture avec les idoles pour revenir au Dieu vivant, au moyen d’une rencontre personnelle. Croire signifie s’en remettre à un amour miséricordieux (§ 13).

La vie du Christ, sa façon de connaître le Père, de vivre totalement en relation avec lui, ouvre un nouvel espace à l’expérience humaine et nous pouvons y entrer (§ 18).

« Abba, Père » est la parole la plus caractéristique de l’expérience de Jésus, qui devient centre de l’expérience chrétienne (§ 19) (2).

La manière dont le philosophe Ludwig Wittgenstein a expliqué la connexion entre la foi et la certitude est bien connue. Croire serait semblable, selon lui, à l’expérience de tomber amoureux, une expérience comprise comme subjective, qui ne peut pas être proposée comme une vérité valable pour tous. Pour l’homme moderne, en effet, la question de l’amour semble n’avoir rien à voir avec le vrai. L’amour se comprend aujourd’hui comme une expérience liée au monde des sentiments inconstants, et non plus à la vérité. […] [Mais en réalité,] celui qui aime comprend que l’amour est une expérience de vérité, qu’il ouvre lui-même nos yeux pour voir toute la réalité de manière nouvelle, en union avec la personne aimée (§ 27).

La vérité à laquelle la foi nous ouvre est une vérité centrée sur la rencontre avec le Christ, sur la contemplation de sa vie, sur la perception de sa présence (§ 30).

Dans la mesure où elle annonce la vérité de l’amour total de Dieu et ouvre à la puissance de cet amour, la foi chrétienne arrive au plus profond du coeur de l’expérience de chaque homme (§ 32).

Dans cette prière [le Pater], le chrétien apprend à partager l’expérience spirituelle elle-même du Christ et commence à voir avec les yeux du Christ (§ 46) (3).

La foi naît de la rencontre avec l’amour originaire de Dieu en qui apparaît le sens et la bonté de notre vie (§ 51).

La doctrine de l’expérience : une caractéristique du modernisme

Cette insistance sur l’expérience est caractéristique du modernisme. Dans l’encyclique Pascendi, le pape saint Pie X dit en effet :

Si maintenant vous demandez sur quoi, en fin de compte, cette certitude [de la foi en Dieu] repose, les modernistes répondent : sur l’expérience individuelle. […] Et cela est une véritable expérience et supérieure à toutes les expériences rationnelles (4).

Et le saint pape explique que « cela est contraire à la foi catholique » en citant cette condamnation de l’Église :

Si quelqu’un dit que la Révélation divine ne peut être rendue croyable par des signes extérieurs, et que ce n’est donc que par l’expérience individuelle ou par l’inspiration privée que les hommes sont mus à la foi, qu’il soit anathème (5).

Il est vrai, sans doute, qu’il existe des expériences dans la vie chrétienne. Celles-ci peuvent précéder la foi, comme certaines expériences sensibles qui aident à y conduire. Elle peuvent aussi suivre la foi, comme les expériences mystiques qui procédent des dons du Saint-Esprit.

Mais la foi elle-même n’a rien de sensible. C’est une vertu intellectuelle qui s’appuye sur l’autorité de Dieu : on croit toutes les vérités que Dieu, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper, nous a révélées. On peut avoir la foi sans avoir eu aucune expérience sensible préalable. Quant aux expériences mystiques, même de grands saints (par exemple sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus) en ont eu peu.

La doctrine de l’expérience consacre comme vraie toute religion

Saint Pie X explique encore que cette « doctrine de l’expérience »

consacre comme vraie toute religion, sans en excepter la religion païenne. Est-ce qu’on ne rencontre pas dans toutes les religions des expériences de ce genre ? Beaucoup le disent. Or, de quel droit les modernistes dénieraient-ils la vérité aux expériences religieuses qui se font, par exemple, dans la religion mahométane ? Et en vertu de quel principe attribueraient-ils aux seuls catholiques le monopole des expériences vraies ? Ils s’en gardent bien : les uns d’une façon voilée, les autres ouvertement, ils tiennent pour vraies toutes les religions (6).

Ne retrouve-t-on pas là l’oecuménisme et le dialogue interreligieux caractéristiques de l’Église conciliaire ?

Qu’on n’objecte pas que dans l’encyclique Lumen fidei, les deux papes qui ont écrit l’encyclique ne parlent que de la rencontre avec l’amour de Dieu en Jésus.

Cela se comprend, car ils écrivent pour des chrétiens. Mais nulle part ils ne disent qu’on ne peut faire cette expérience de l’amour de Dieu dans d’autres Églises que l’Église catholique, voire dans d’autres religions.

Il y a bien un paragraphe consacré au « salut par la foi », mais c’est pour expliquer que l’on doit s’ouvrir à quelque chose d’autre pour éviter que « notre existence échoue » (Lumen fidei, § 19) :

Le commencement du salut est l’ouverture à quelque chose qui précède, à un don originaire qui affirme la vie et conserve dans l’existence. C’est seulement dans notre ouverture à cette origine et dans le fait de la reconnaître qu’il est possible d’être transformés, en laissant le salut opérer en nous et rendre féconde notre vie, pleine de bons fruits. Le salut par la foi consiste dans la reconnaissance du primat du don de Dieu, comme le résume saint Paul : « Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu » (Ep 2, 8) (Lumen fidei, § 19).

Ce n’est pas celui qui a la foi catholique et observe les commandements de la charité qui est sauvé (8), mais celui « qui reconnaît que l’origine de la bonté est Dieu » (Lumen fidei, § 20). La foi dans le Christ nous y aide : « La foi dans le Christ nous sauve parce que c’est en lui que la vie s’ouvre radicalement à un Amour qui nous précède » (ibid.). Mais il n’est pas dit que « l’ouverture à quelque chose qui précède » ne peut se faire que par la foi dans le Christ, ni que la foi dans le Christ consiste à croire ce qu’il nous a enseigné, à professer de coeur et de bouche les douze articles du Credo.

La doctrine de l’expérience ruine la notion de Tradition

Saint Pie X explique également que la doctrine moderniste de l’expérience ruine totalement la notion de Tradition telle que l’entend l’Église, car pour les modernistes elle devient « la communication faite à d’autres de quelque expérience originale » (Pascendi, § 17).

On retrouve cette déformation de la notion de Tradition dans l’encyclique Lumen fidei :

Pour transmettre un contenu purement doctrinal, une idée, un livre suffirait sans doute, ou bien la répétition d’un message oral. Mais ce qui est communiqué dans l’Église, ce qui se transmet dans sa Tradition vivante, c’est la nouvelle lumière qui naît de la rencontre avec le Dieu vivant, une lumière qui touche la personne au plus profond, au coeur, impliquant son esprit, sa volonté et son affectivité, et l’ouvrant à des relations vivantes de communion avec Dieu et avec les autres (§ 40).

Ainsi la foi n’est pas transmise par un livre (la sainte Écriture), ni par un message oral (la Tradition divine), mais par une « tradition vivante », communication d’une lumière qui touche le coeur et qui provient de l’expérience religieuse de Jésus (voir § 18, 19 et 46) (9).

Pourquoi les modernistes insistent tant sur l’expérience

Si les modernistes insistent tant sur l’expérience, c’est qu’elle est à la base du sentiment religieux, lequel remplace l’intelligence pour nous faire atteindre Dieu :

Toute issue fermée vers Dieu du côté de l’intelligence, ils se font forts d’en ouvrir une autre du côté du sentiment et de l’action. Tentative vaine. […] Pour donner quelque assiette au sentiment, les modernistes recourent à l’expérience. Mais l’expérience, qu’y ajoute-t-elle ? Absolument rien, sinon une certaine intensité qui entraîne une conviction proportionnée de la réalité de l’objet. Or, ces deux choses ne font pas que le sentiment ne soit sentiment, ils ne lui ôtent pas son caractère, qui est de décevoir si l’intelligence ne le guide ; au contraire, ce caractère, ils le confirment et l’aggravent, car plus le sentiment est intense et plus il est sentiment (Pascendi, § 54).

Et le saint pape de rappeler la prudence qu’il convient d’avoir, en matière religieuse, avec les sentiments et les expériences.

En matière de sentiment religieux et d’expérience religieuse, vous n’ignorez pas, Vénérables Frères, quelle prudence est nécessaire, quelle science aussi qui dirige la prudence. Vous le savez de votre usage des âmes, de celles surtout où le sentiment domine ; vous le savez aussi de la lecture des ouvrages ascétiques, ouvrages que les modernistes prisent fort peu, mais qui témoignent d’une science autrement solide que la leur, d’une sagacité d’observation autrement fine et subtile. En vérité, n’est-ce pas une folie, ou tout au moins une souveraine imprudence, de se fier sans nul contrôle à des expériences comme celles que prônent les modernistes ? (Pascendi, § 54).

Saint Jean de la Croix, le grand maître de la vie mystique, expose en long et en large que l’on doit se garder des sentiments, des visions, des émotions sensibles dans la vie spirituelle et s’appuyer sur la foi pure. La foi, étant une vertu intellectuelle, n’a rien de sensible.

Sans doute, comme nous l’avons signalé plus haut, saint Jean de la Croix a eu aussi des expériences mystiques. Mais celles-ci sont des conséquences de la foi sous l’influence de la charité et des dons du Saint-Esprit. Et dans ce domaine des expériences mystiques, il convient d’exercer le discernement des esprits pour se garder des illusions de la nature ou du démon.

La seule expérience interdite par les modernistes

Le pape saint Pie X termine cet exposé sur l’expérience par une question :

Et qu’il Nous soit permis en passant de poser une question : Si ces expériences ont tant de valeur à leurs yeux, pourquoi ne la reconnaissent-ils pas à celle que des milliers et des milliers de catholiques déclarent avoir sur leur compte à eux et qui les convainc qu’ils font fausse route ? Est-ce que, par hasard, ces dernières expériences seraient les seules fausses et trompeuses ? La très grande majorité des hommes tient fermement et tiendra toujours que le sentiment et l’expérience seuls, sans être éclairés et guidés de la raison, ne conduisent pas à Dieu (Pascendi, § 55).

Sans doute aujourd’hui les « milliers et milliers de catholiques » qui ne partagent pas les opinions des modernistes ne sont pas aussi nombreux qu’au temps de saint Pie X. Mais ils transmettent l’expérience de l’Église, dans la fidélité à 2 000 ans de Tradition, cette expérience qui montre aux auto-destructeurs de l’Église « qu’ils font fausse route ».

Le Sel de la terre n° 86 de l’automne 2013 

Notes

(1) Dans toutes les citations qui suivent, les italiques sont de la rédaction.
(2) Cette phrase, ainsi que la précédente, évoque la doctrine du modernisme exposée par saint Pie X : « Toutes les consciences chrétiennes furent enveloppées en quelque sorte dans la conscience du Christ, ainsi que la plante dans son germe. Et de même que les rejetons vivent de la vie du germe, ainsi faut-il dire que tous les chrétiens vivent de la vie de Jésus-Christ. Or, la vie de Jésus-Christ est divine, selon la foi ; divine sera donc aussi la vie des chrétiens. » Saint PIE X, Pascendi, 8 septembre 1907, § 23.
(3) Voir la note précédente.
(4) Saint PIE X, Pascendi, 8 septembre 1907, § 15.
(5) Concile Vatican I, DS 3033. Voir Pascendi, 8 septembre 1907, § 6.
(7) Saint PIE X, Pascendi, 8 septembre 1907, § 16.
(8) Voir les questions posées au candidat lors du baptême : « Que demandez-vous à l’Église de Dieu ? — Le parrain : La foi. — Que vous procure la foi ? — Le parrain : La vie éternelle. — Si donc vous voulez posséder la vie éternelle, observez les commandements : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. »
(9) De même sont défigurées la vraie nature des livres saints (Pascendi, § 26), l’explication de la naissance de l’Église (Pascendi, § 27) et la vraie notion d’apologétique (Pascendi, § 48).


Jean Madiran : Jean XXIII était en réalité un admirateur de Marc Sangnier et un disciple du Sillon

Le Sillon, fondé par Marc Sangnier, a été condamné par le pape Saint Pie X dans l’encyclique Notre charge apostolique le 25 août 1910 : « Oui, hélas ! l’équivoque est brisée ; l’action sociale du Sillon n’est plus catholique. » C’est donc le disciple d’un mouvement et de son enseignement condamné solennellement par le Magistère que le pape François veut « canoniser ». Voilà qui enlève tout doute sur la validité de cette « canonisation ».

Source : La Porte Latine

Malgré quelques apparences contraires qu’il avait prodiguées no­tamment lorsqu’il était nonce à Paris, Jean XXIII était en réalité un admirateur de Marc Sangnier et un disciple du Sillon.

Révélation ? Oui. Comme le disait Henri Rambaud, le véritable « inédit » c’est… l’imprimé, celui que l’on n’avait pas remarqué au moment de sa parution.

La lettre du nonce Roncalli que nous reproduisons ci-après avait pourtant été publiée déjà en 1965 dans le livre d’Ernest Pezet : Chrétiens au service de la cité, de Léon XIII au Sillon et au MRP (NEL). Elle était passée inaperçue, du moins de nous. Voici qu’elle est republiée dans L’âme populaire, organe toujours vivant du « Sillon catholique » fondé par Robert Pigelet en 1920, 60e année, numéro 571 d’août-septem­bre 1980.

Cette lettre a été adressée par le nonce Roncalli à Mme Marc Sangnier, le 6 juin 1950, à l’occasion de la mort de Marc Sangnier, son contenu, sa portée dépassent de beaucoup un simple message de condoléances, comme on va le voir :

« Paris, le 6 juin 1950

Madame,

J’avais entendu parler Marc Sangnier pour la première fois à Rome vers 1903 ou 1904, à une réunion de Jeunesse Catholique. La puissante fascination de sa parole, de son âme, m’avait ravi, et je garde de sa personne et de son activité politique et sociale le souvenir le plus vif de toute ma jeunesse sacerdotale.

Son humilité noble et grande à accepter plus tard, en 1910, l’admonition, du reste bien affectueuse et bienveillante du Saint Pape Pie X, donne à mes yeux la mesure de sa véritable grandeur.

Des âmes capables de se tenir aussi fidèles et res­pectueuses que la sienne de l’Évangile et de la Sainte Église sont faites pour les plus hautes ascensions qui assurent la gloire d’ici bas auprès des contem­porains et de la postérité, à qui l’exemple de Marc Sangnier resteracomme un enseignement et un encouragement.

A l’occasion de sa mort, mon esprit a été bien réconforté de constater que les voix les plus auto­risées à parler au nom de la France officielle se sont rencontrées, unanimes, à envelopper Marc Sangnier comme d’un manteau d’honneur, du discours sur la Montagne. On ne pouvait rendre hommage et éloge plus éloquent à la mémoire de cet insigne Français, dont les contemporains ont su apprécier la clarté d’une âme profondément chrétienne et la noble sincérité du cœur. « 

Par l’effet magique d’une sorte de « réinterprétation » implicite des textes, – qui annonce les prodiges que réalisera en ce domaine l’évo­lution conciliaire, – Marc Sangnier et son Sillon ne reçurent donc du « saint pape Pie X » rien d’autre qu’une « admonition bien affectueuse et bienveillante » ; il ne reste le souvenir d’aucune erreur qui aurait été condamnée, d’aucun enseignement qui aurait été formulé à l’encontre du Sillon. Le seul « enseignement » dont se souvienne à ce propos le futur Jean XXIII, c’est celui de… Marc Sangnier lui-même !
Sans doute saint Pie X reconnaissait dans les chefs du Sillon « des âmes élevées, supérieures aux passions vulgaires et animées du plus noble enthousiasme pour le bien » ; mais il déclarait aussi : « Nous avons eu la douleur de voir les avis et les reproches glisser sur leurs âmes fuyantes. » Les gens du Sillon sont « emportés dans une voie aussi fausse que dangereuse ». Le Sillon « bâtit sa cité sur une théorie con­traire à la vérité catholique et il fausse les notions essentielles et fonda­mentales qui règlent les rapports sociaux » ; il « sème des notions erronées et funestes » ;  il a « une fausse idée de la dignité humaine » ; « son esprit est dangereux et son éducation funeste » ; et désormais « il ne forme plus qu’un misérable affluent du grand mouvement d’apostasie organisé dans tous les pays ».

Qui le soupçonnerait, à lire la réinterprétation lénifiante de Roncalli ? Qui pourrait supposer qu’en réalité, dans sa Lettre sur le Sillon, saint Pie X avait doctrinalement défini et dénoncé cette DÉMOCRATIE RELIGIEUSE qui, un demi-siècle plus tard, à travers la soi-disant ÉVOLUTION CONCILIAIRE, entraînerait la société ecclésiastique dans l’APOSTASIE IMMANENTE ?

Au demeurant le nonce Roncalli aimait en 1950 se souvenir qu’il avait été « fasciné » et « ravi » par Marc Sangnier : souvenir qui demeure « le plus vif de toute (sa) jeunesse sacerdotale ».

Le même nonce Roncalli, avec d’autres interlocuteurs, arrivait à se faire passer plutôt pour un admirateur et un disciple du cardinal Pie nous en avons le témoignage précis. Malheureux Jean XXIII, sur qui l’abbé Berto avait eu ce mot terrible : – C’est un sceptique.

Un sceptique, oui ; mais non point, pour autant, impartial entre les doctrines, ou indifférent devant elles. Comme tous les sceptiques de tempérament, il inclinait activement du côté des anti-dogmatiques ; des modernistes ; des sillonistes. Son admiration pour le cardinal Pie, c’était de la frime ; ou disons : un respect protocolaire ; dont il jouait habile­ment. Son cœur était pour le Sillon.

Le plus frappant, c’est l’audace tranquille avec laquelle le nonce Roncalli se permettait de parler de la lettre de saint Pie X sur le Sillon en la « réinterprétant » de manière à lui enlever toute sa signifi­cation morale et doctrinale. Qu’on relise cette lettre Notre charge apos­tolique du 25 août 1910, et l’on apercevra aussitôt à quel point la ma­nière dont en parle le nonce Roncalli manifeste une totale effronterie.

En 1950, le substitut Jean-Baptiste Montini traitait exactement de la même manière l’encyclique Humani generis de Pie XII : on en trouve le récit dans l’un et l’autre des deux livres que Jean Guitton a consacrés à Paul VI. J’avais analysé en détail ce phénomène à l’occasion du premier volume : dans le numéro 128 d’ITINÉRAIRES, décembre 1968, pages 154 à 159. Je n’y nommais pas Montini, j’examinais son propos, je le qualifiais par litote d’ « inattention aux textes » et de « rêverie gratuite », estimant que mon commentaire « ne changerait actuellement rien à rien et trouverait sa place normale en son temps, avec du recul et dans une perspective déjà historique ».

Le nom de Montini n’apparais­sant pas, mon analyse ne retint guère l’attention. On peut s’y reporter aujourd’hui, après le second ouvrage de Jean Guitton sur Paul VI, qui est venu confirmer la teneur authentique et l’audace effrontée des pro­pos montiniens de 1950.

C’était le 8 septembre. Roncalli, le 6 juin de la même année. L’occasion de l’un et l’autre texte était différente. La substance, la méthode intellectuelle était identique. Voilà donc en quelles mains l’Église militante était tombée.

Jean Madiran, in Itinéraires n° 247. Novembre 1980.


Lettre du R.P. Fernando Arêas Rifan à Dom Gérard, du 3 juillet 1988

Source : La Porte Latine

Cher Dom Gérard Calvet,

Laudetur Jesus Christus !

L’amitié sincère qui nous unit, à vous et aux monastères du Barroux et du Brésil, me permet de vous dire ici, un peu, les sentiments de mon cœur sacerdotal.

Je crois que seul l’amour de Notre Seigneur, de la Sainte Eglise et des âmes nous anime.

J’ai eu connaissance de la visite des envoyés de Rome à notre cher Monastère du Barroux. Certainement, ils vont proposer des accords.

L’étude détaillée du cas de Mgr Lefebvre me permet de constater le véritable piège dans lequel ils cherchent à nous faire tomber. Ils ne sont pas sincères. Ils l’ont démontré ; juste après la signature du protocole, ils demandaient déjà plus : que nous reconnaissions les erreurs doctrinales que nous avons commises ; après, la célébration de la Nouvelle Messe à St Nicolas, etc.

Voyons ce qui est arrivé avec Dom Augustin ! Il a commencé en se séparant de nous. Maintenant il est déjà en train de donner la communion dans la main ! Le chemin est glissant. Ils ont commencé en voulant la légalité. Après, ils ont dû recevoir l’Evêque pour célébrer la Messe au Monastère. Ils ont terminé avec la communion dans la main.

Notre Seigneur nous demande d’unir la simplicité de la colombe à l’adresse du serpent.

Cher Dom Gérard, l’affection que nous avons pour le Monastère nous pousse à vous demander de ne pas faire ces accords avec ceux qui ne veulent pas le bien de l’Eglise.

Le Cardinal Gagnon a déclaré (dans nos journaux brésiliens) que la tactique du Vatican sera, désormais, de bien traiter les traditionalistes afin de les séparer de Mgr Lefebvre. Diviser pour vaincre.

C’est clair : si nous restons tous unis, les ennemis auront peur et reculeront. “Vis unita fit fortior”. Si il y avait un accord de la part de quelques uns d’entre nous, ce serait l’affaiblissement général de la Tradition. Le meilleur service que nous pouvons rendre à la Sainte Eglise, est de résister ensemble.

C’est au nom de cette union que nous avons publié dans notre Bulletin “Heri et hodie” votre sermon “5 raisons pour un sacre épiscopal”, où vous nous incitez à avoir confiance en Mgr Lefebvre. Comme votre article a aidé à rassurer les consciences !

De plus, nous devons considérer la situation de toute l’Eglise et non vouloir résoudre seulement notre cas particulier. Ce serait une trahison à la cause pour laquelle nous combattons ensemble depuis déjà tant de temps.

D’autant plus qu’ils confessent leur tactique insidieuse ! Ce serait le comble de l’ingénuité de croire en ce piège. En plus, tous savent que Dieu vous réserve un rôle providentiel dans l’Eglise d’aujourd’hui. Tous reconnaissent ce que Dieu fait par votre intermédiaire et par votre influence.

Cher Dom Gérard, c’est la Chrétienté de demain qui implore votre fermeté. Aidez-nous, par votre exemple, à rester ferme.

Si le Monastère du Barroux fait un tel accord, cher Dom Gérard avez-vous déjà pensé aux troubles que cela créera dans les milieux traditionalistes ? Et aux divisions qui se produiront dans le Monastère ? Au Brésil, la répercussion sera catastrophique. Le Monastère da Santa Cruz pourra aller jusqu’à disparaître. Les fidèles de Campos n’y iront plus. Nos prêtres ne donneront plus leur appui. Les vocations disparaîtront, et ceux qui s’y trouvent, peut-être, sortiront tous. Ce sera une disgrâce ! Et après tout l’appui donné par les prêtres de Campos, tous les efforts faits par le Père Possidente pour les vocations du Monastère, parcourant le diocèse avec les moines, une trahison comme celle-ci serait une déception pour tout le diocèse de Campos et pour tout le Brésil.

J’ai reçu beaucoup de correspondance du Père L. M. de Blignières accompagnant sa régression. La revue “30 Giorni” publie un article sur sa nouvelle position montrant comment les traditionalistes peuvent se “convertir” au progressisme. Je ne sais pourquoi il dépense autant d’énergie pour défendre la liberté religieuse du Concile, faisant une étude traditionnelle du texte, si Rome elle-même l’interprète dans le sens d’“Assise” ? ! L’arbre se reconnaît à ses fruits : l’arbre bon ne peut pas donner de mauvais fruits. “Assise” est le fruit de “Dignitatis Humanae”. L’œcuménisme actuel, l’indifférentisme religieux des états, patronnés par le Vatican, la laïcisation de la société, sont les fruits de “Dignitatis Humanae”. Et le Cardinal Ratzinger lui-même confesse (dans une interview à “Jésus”) que “Dignitatis Humanae” est l’anti-syllabus !

Et on ne peut pas argumenter en affirmant que, dans d’autres lieux, la vérité est maintenue. Il est nécessaire de savoir reconnaître que nous avons affaire à des Modernistes et à un Concile Moderniste ! St Pie X l’a déjà démasqué dans “Pascendi”, quand il dit : si nous lisons une de leur page nous avons la parfaite doctrine traditionnelle, mais quand nous tournons la page nous rencontrons l’hérésie. Il est bon de se rappeler le principe que la pire fausse-monnaie est celle qui apparaît comme vraie. Et elle est d’autant plus dangereuse qu’elle y ressemble davantage.

Cher Dom Gérard, je vous demande pardon de vous écrire tout cela mais c’est notre amitié sincère et notre affection pour votre Monastère qui nous a poussé à l’écrire. L’heure est grave. Nous restons unis dans la prière et dans l’identité de doctrine.

Que votre enthousiasme pour la cause de l’Eglise,

Que Notre Dame de la Sainte Espérance nous garde unis dans le même idéal.

Vôtre,

En Jésus et Marie,

P. Fernando Arêas Rifan


François, semeur de sédévacantisme ?

Le successeur de Benoît XVI ne fait pas dans la dentelle. Quelques mois de pontificat et tout le monde sait où le pape veut mener l’Eglise, pour la simple et bonne raison qu’il ne s’en cache pas. La voix est celle d’une application très progressiste du concile Vatican II.

Il est vrai qu’après le retour des beaux ornements et de l’encens à Rome sous l’impulsion du pape Ratzinger, la « traditionalisation » extérieure voulue par Benoît XVI avait permis un intermède plus doux dans la révolution. La voici repartie, de plus belle. 

Suite aux quelques déclarations scandaleuses du nouveau pape, j’ai pu entendre les réflexions suivantes : « François, on n’est sûr qu’il n’est pas pape », ou encore, « cette fois-ci, on n’est sûr qu’il ne peut pas être pape », ou « avec François, il ne reste que le sédévacantisme ».

Hommes à la mémoire courte et à la Foi si faible ! Qu’a donc fait François de si terrible ? Il  considère toutes les religions comme possédant des éléments de salut et la conscience comme étant seule son propre arbitre pour définir le bien et le mal. Il est donc un oeucuméniste engagé et œuvre pour la liberté religieuse. Il conçoit l’Eglise comme la sacrement de la rencontre du peuple de Dieu avec le Christ, il souhaite donc la promotion et l’application de la collégialité.

Il est vrai que de telles doctrines dans la bouche du successeur de Pierre ne peuvent que choquer et indigner une âme catholique. Mais pour autant, il n’y a là rien de nouveau qui ne soit advenu depuis le concile Vatican II, sauf que ces doctrines erronées sont moins emballées dans les ambiguïtés mêlant le vrai et le faux.

François n’a rien fait de plus que le concile Vatican II, il n’a pas été plus loin que Paul VI, Jean-Paul II ou Benoît XVI. On ne peut pas plus fouler aux pieds la doctrine catholique qu’en convoquant ou en célébrant Assise, qu’en embrassant le Coran, qu’en participant activement à des cultes païens ou hérétiques. Tous ces maux ont leurs racines plus ou moins explicites dans les textes mêmes du Concile Vatican II.

Sédévacantiste depuis François ? Cela n’a pas plus de sens sous François que sous Benoît XVI, Jean-Paul II ou Paul VI ! Peut-être est-ce simplement en réalité la fatigue trop binaire d’un combat qui dure et qui s’éternise et dont la providence nous cache encore une résolution dont elle garde le secret.

Ne soyons pas de ceux qui refusèrent dans cet homme mourant sur la Croix d’y voir le fils de Dieu ! Ne refusons pas la réalité des évènements qui se déroulent sous nos yeux : il y a un pape, qui comme jamais dans l’histoire de l’Eglise, plutôt que de confirmer ses frères dans la Foi, les entraîne sur les chemins de l’erreur. L’autre réalité est que Dieu n’abandonne pas son Eglise et qu’elle accompagnera les hommes jusqu’à la fin des temps.

Il y a un mystère dans ce que nous vivons, si le mystère dépasse notre raison il ne la contredit jamais. Acceptons dans la limite de notre nature de ne pas comprendre toute la réalité de ce qui nous ne pouvons que constater.

De saint Pierre qui renia trois fois le Christ à François son successeur, restons attaché au souverain Pontife, non pas par un attachement sentimental, mais par un attachement fondé sur la Foi catholique, cette Foi que notre baptême nous interdit de brader et nous ordonne de conserver intacte et intègre. 

« Pierre tu est Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. »

Austremoine


De la fausse apologétique au vrai renoncement

Dans les moyens naturels dont nous disposons pour convaincre le prochain de son erreur et lui montrer le chemin de la Vérité, il y a celui de l’apologétique, un bien grand mot pour désigner en réalité le bon sens dans l’art de savoir convaincre mais dont l’usage peut s’avérer être un art bien délicat.

L’apologétique consiste à « démontrer la crédibilité rationnelle et historique du dogme » (cf Larousse). Dans ce but il convient de saisir chez son interlocuteur le maximum de paramètres, qu’ils soient psychologiques, religieux, sociaux, etc…, afin d’être le plus efficace possible dans la démonstration que l’on veut apporter.

On peut dire que l’apologétique est une vertu, car cet art se doit d’éviter deux écueils : la démonstration doit être adaptée à l’interlocuteur mais en conservant toute la force de la Vérité que l’on cherche à démontrer, sans être dénaturée, mais cette exigence d’intégrité et de force de la réalité que l’on souhaite rendre crédible ne doit pas nous amener à une rigidité telle qu’elle devient un repoussoir pour l’intelligence que l’on cherche à convaincre.

Il faut bien dire hélas, dans notre monde libéral, que le premier écueil est un récif sur lequel viennent s’échouer les meilleures volontés. Sous couvert d’adapter le langage pour mieux se faire comprendre, ils en viennent en réalité, à gommer et estomper la Vérité qu’au départ ils voulaient défendre.

Une partie des catholiques de la tradition s’est échouée sur ce récif croyant au départ amener les conciliaires à un regard plus favorable.

C’est ainsi que l’on parlera des ambiguïtés du Concile, que l’on peut accepter à la lumière de la Tradition, omettant de parler des graves erreurs qu’il contient et qu’un catholique ne peut accepter. C’est ainsi que l’on ne mentionnera que la validité des nouveaux rites, sous entendant que par le fait même nous les accepterions, omettant de rappeler qu’en aucune façon cette invention liturgique illégitime est acceptable car dangereuse pour la Foi.

Ce ne sont que deux exemples mais qui montrent qu’une telle attitude loin d’être apologétique entraîne ceux qui les tiennent sur des pentes glissantes.

Car d’omissions pour ne pas choquer, on en vient à chercher le plus petit dénominateur commun. Et non seulement on omet de rappeler les erreurs contenues dans le Concile pour ne relever que les ambiguïtés, mais on finit par dire et accepter que certains éléments de ce Concile catastrophique peuvent même éclairer certains aspects de la Tradition. Non seulement on omettra de rappeler l’illégitimité et donc la nocivité intrinsèque de la liturgie de Paul VI, mais on finira par vouloir trouver une formule d’accord qui reconnaîtrait la légitimité de sa promulgation, deux formes littéraires différentes pour une même réalité théologique.

Dans le même esprit, Dom Gérard accepta de considérer la nouvelle messe comme orthodoxe, ce qui l’amena quelques années plus tard à la concélébrer avec le pape Jean-Paul II afin d’obtenir le droit d’une nouvelle fondation. Le but était bon, celui de fonder un monastère, le moyen fut au final l’abandon du combat. Ce fut ensuite l’ensemble du concile Vatican II que le Barroux accepta comme catholique, allant même jusqu’à justifier la doctrine conciliaire dévastatrice sur la liberté religieuse.

Voilà une apologétique défaillante, qui donne le résultat exactement inverse de celui qui était escompté.

Si l’apologétique permet des adaptations de forme, elle interdit toute concession de fond. Plutôt que de dire à quelqu’un qu’il est hérétique, on lui dira avec délicatesse qu’il est dans l’erreur pour telle ou telle raison. Plutôt que de répondre à l’agressivité par une attitude également agressive, on dit à la personne que l’on comprend ce qu’elle ressent afin de désamorcer cette agressivité et ouvrir son cœur et son intelligence.

Mgr Tissier de Mallerais disait que l’on peut user de formules douces mais jamais ambigües. Les premières disent de façon délicate mais intègre la démonstration de la Vérité, les secondes pervertissent l’intelligence et l’âme de celui qui les prononce et discréditent aux yeux de tous son discours.

Austremoine


abbé de Cacqueray : Apologues de la dernière cartouche

Source : La Porte Latine.

Premier apologue

Au soir de cette journée, les chasseurs venaient de renverser leurs étuis : il ne leur restait plus qu’une unique et dernière cartouche. Tout naturellement, ils la remirent à celui d’entre eux qui était le meilleur fusil. En temps habituel, aucun n’aurait assurément reconnu cette supériorité de l’un d’entre eux sur les autres. Mais l’heure était suffisamment grave pour que beaucoup de sentiments d’amour-propre disparussent d’eux-mêmes. A ce dernier coup de feu, bientôt tiré, se trouverait en effet suspendue la survie de toute la population. Voilà des mois qu’ils combattaient une bête maléfique qui dévastait leurs habitations et, du cercle des chasseurs qu’ils formaient, il n’en était pas un qui ne pleurait quelque membre de sa famille emporté dans la gueule du monstre. Ils savaient, puisqu’ils avaient épuisé leur poudre, qu’ils y passeraient tous si la dernière cartouche manquait sa cible.

Ils n’avaient pas hésité à désigner leur champion. Mais aucun d’eux ne pouvait s’empêcher de penser  qu’avec cette dernière cartouche, c’était aussi sa vie et celle de tous les siens qui se trouvait remise entre les mains d’un seul homme ! Ils se le chuchotaient entre eux et leur inquiétude montait. Chacun pensait intensément- car aucun n’était inexpérimenté dans l’art de la chasse ni ne manquait d’une réelle connaissance du terrain- au choix du meilleur affût pour se poster, de l’instant le plus favorable du jour, pour ce coup qu’il restait à tirer.

Tandis que les nouvelles les plus sombres des horreurs commises par la bête continuaient de leur arriver, certains estimèrent nécessaire de donner à leur camarade, en plus de la dernière cartouche, leurs avis et vives recommandations. Ce fut un brouhaha d’opinions divergentes. Plusieurs, conscients des ravages opérés par la bête, alors même qu’on était encore en train de réfléchir et de parler, plaidaient pour qu’on ne perdît plus de temps et que l’affrontement, de toute façon inévitable, eût lieu au plus vite. D’autres, non moins justement, rétorquaient qu’à se précipiter sans avoir pris le temps de choisir le meilleur guet, le coup serait manqué et la population entière définitivement livrée à la bête. La discorde augmentait leur peine. Voilà que ceux qui devaient combattre un si grand ennemi commun se retrouvaient, à l’heure la plus grave, presque fâchés entre eux.

Les premiers se tournaient vers leur champion et le sommaient de courir sus à la bête sans plus attendre. Les autres le retenaient par la manche et lui reprochaient de penser à partir au combat sans plus de réflexion. Ils ne semblaient pas s’apercevoir que par leur désunion, le ton de leur querelle et cette soudaine appréhension, ils lui faisaient endurer deux combats au lieu d’un seul, au risque de le voir arriver affaibli pour le duel décisif.

Mais lui, conscient et même compréhensif de leur mélange de méfiance et de confiance, écoutait leurs avis et en retenait le meilleur. Il savait, depuis qu’ils avaient fait ce geste de lui remettre leur dernière cartouche et depuis qu’elle était bien passée de leurs mains dans les siennes, que, à un instant donné qui ne manquerait pas de survenir, c’est lui et lui seul qui se retrouverait devant la bête, face à face, et lui seul qui appuierait sur la gâchette.

Chasseurs ! Si vous les croyez justes, donnez tous vos conseils de chasseur à votre champion mais prenez garde cependant de ne pas l’accabler ! Il vous est évidemment difficile de remettre votre vie entre les mains de l’un des vôtres mais souvenez-vous -c’est ainsi- qu’une cartouche n’est jamais tirée que par un seul homme.

Deuxième apologue

Lorsque son étui est bien garni, le fier chasseur ne regarde pas à ses cartouches. Il se saisit impatiemment de chacune puis, qu’elle ait ou non atteint sa cible, c’est toujours son fusil, puisque la cartouche n’est plus là pour l’entendre, ou qu’il gronde ou qu’il congratule ; ce n’est jamais la cartouche.

Mais, lorsqu’au soir de la journée, il ne lui reste plus que la dernière, voyez donc comme il la regarde, comme il la traite avec respect, comme il la polit entre ses mains ! On dirait que d’être sa dernière l’a comme transfigurée à ses yeux, qu’elle en a brusquement reçu un surcroît d’être qu’elle ne possédait pas, qu’elle mérite désormais les plus grands égards. Sans doute veut-il la tirer mais il veut encore moins la gaspiller ! Alors que le crépuscule descend, il pense qu’elle seule pourra lui procurer le couronnement de sa journée et l’ovation de ses pairs.

Le chasseur veut donc – et pour cause !- ne tirer qu’ »à coup sûr ». Mais, à dire vrai, qul est le sens de cette expression ? Ne signifie-t-elle pas qu’il faut seulement tirer lorsqu’il n’y a plus aucune chance de manquer la bête maléfique ? Cependant est-ce jamais possible ? Y a-t-il un chasseur sans faiblesse et un fusil sans défaut à qui  le triomphe soit garanti ?

S’il ne reste au dernier des chasseurs qu’une dernière cartouche pour tuer la bête maléfique, avant la tombée de la nuit, chacun comprend que le chasseur, les autres chasseurs et la population ne risquent la mort que pour deux motifs possibles. Il est certain qu’ils mourront si la cartouche n’est pas tirée à la nuit tombée. Ils mourront également si elle est tirée mais qu’elle manque la bête. N’apparaît-il donc pas qu’il vaut encore mieux se risquer à tirer plutôt que de ne pas tirer ?

Cependant, cette certitude, au yeux du détenteur de la dernière cartouche, ne constitue pour autant qu’un premier principe de sa stratégie. Il sait bien qu’elle ne le dispense nullement de se mettre en quête de toutes les circonstances qui rendront, lorsqu’il tirera, son âme paisible, parce que son coup, prudemment et parfaitement calculé, sera un coup de maître.

Comme illustration de ces deux apologues.

Autant que le plan de Dieu nous apparaisse visible, il semble que  la dernière cartouche qui doive être tirée sur l’hydre moderniste soit la Fraternité Saint-Pie X.

Autant que le plan de Dieu nous apparaisse visible, si cette dernière cartouche n’est jamais tirée, la bête ne sera pas tuée et finira par étouffer l’Eglise.

Autant que le plan de Dieu nous apparaisse visible, si cette dernière cartouche est mal tirée, la bête ne sera pas tuée et finira par étouffer l’Eglise.

Autant que le plan de Dieu nous apparaisse visible, la Fraternité Saint-Pie X est  cette dernière cartouche qui sera tirée, depuis le bon affût et à l’instant convenable, et elle tuera la bête.

C’est à la lumière de telles considérations sur la Providence que nous avons donné notre confiance à la Fraternité.

Suresnes, Avril 2008

Abbé Régis de Cacqueray-Valménier,
Supérieur du District de France de la Fraternité Saint-Pie X.


Sel de la Terre : vers la « béatification » de Paul VI

Extraits de l’excellent revue théologique des dominicains d’Avrillé le Sel de la Terre que l’on peut commander sur Internet ainsi que d’autres ouvrages tout aussi profitable.

Source : le Sel de la Terre n° 85 repris par La Porte Latine

Après les « béatifications » de Jean XXIII et de Jean-Paul II, l’Église conciliaire s’apprête à « béatifier » un troisième pape conciliaire, Paul VI.

Le 10 décembre 2012, les cardinaux de la congrégation pour les Causes des saints ont approuvé à l’unanimité la documentation rassemblée pour le procès de béatification du pape de la nouvelle messe, et ils ont reconnu le caractère « héroïque » de ses vertus. Le 20 décembre, le pape Benoît XVI a approuvé ce décret.

Il ne reste plus qu’à trouver un « miracle ». Cela ne devrait pas être trop difficile, vu la manière dont l’Église conciliaire juge les miracles. On parle d’un cas de grossesse difficile qui a conduit les médecins à conseiller l’avortement. Mais, demandant la prière du défunt pape Paul VI, la jeune maman a décidé de mener à bien sa grossesse. Elle a attendu que son enfant ait 15 ans pour parler de miracle (ce qui semble indiquer que le « miracle » n’était pas si évident).

Le pape Paul VI est le pape qui a promulgué tous les textes du Concile, notamment : Gaudium et spes, un contre-Syllabus au dire du cardinal Ratzinger ; Dignitatis humanæ, qui enseigne le droit à la liberté religieuse, droit blasphématoire selon Mgr Lefebvre (29 juillet 1976) car c’est prêter à Dieu des intentions qui détruisent sa majesté, sa gloire, sa royauté ; Unitatis redintegratio sur l’œcuménisme, qui détruit – autant qu’il est en lui – le dogme « Hors de l’Église pas de salut » en admettant que des communautés schismatiques ou hérétiques peuvent servir de moyen de salut, et Nostra ætate sur le dialogue interreligieux, qui a ouvert la porte aux réunions interreligieuses d’Assise qui sont contraires au premier commandement de Dieu et au premier article du Credo.

Le pape Paul VI est encore celui qui a promulgué la « messe de Paul VI » (inventée par le Concilium et qui favorise l’hérésie protestante et est grandement responsable de l’apostasie des nations chrétiennes). Au moyen de cette nouvelle messe, il a tenté de supprimer la messe de toujours par des procédés violents (2), sans aucun respect pour le droit ni pour les mérites acquis par de vénérables prêtres qu’il a fait chasser de leur poste.

Il est encore celui qui a essayé de dissoudre la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X fondée par Mgr Lefebvre (auquel il infligera des sanctions pour n’avoir pas voulu se soumettre à cet ordre injuste).

Pour ces raisons, et pour d’autres encore, loin de mériter d’être « béatifié », il mériterait d’être solennellement condamné, comme le fut le pape Honorius (625-638) par le troisième concile de Constantinople (680-681) :

Après avoir examiné les lettres [écrites par Serge et par Honorius] […], et après avoir trouvé qu’elles contredisent totalement les enseignements apostoliques et les commandements des saints conciles et de tous les saints Pères reconnus, et qu’elles suivent bien plutôt les fausses doctrines des hérétiques, nous les rejetons totalement et nous les abominons comme dommageables pour les âmes. (DS 550.)

Nous sommes d’avis de bannir aussi de la sainte Église de Dieu Honorius, jadis pape de l’ancienne Rome, et de le frapper d’anathème, parce que nous avons trouvé dans la lettre écrite par lui à Serge qu’il a suivi en tout l’opinion de celui-ci et qu’il a confirmé ses enseignements impies. (DS 552.)

Le pape Léon II (682-683) approuva ce concile, en modifiant toutefois quelque peu la condamnation d’Honorius :

Et de la même manière Nous anathématisons les inventeurs de la nouvelle erreur [Théodore, Serge, Pyrrhus], de même aussi qu’Honorius qui n’a pas purifié cette Église apostolique par l’enseignement de la tradition apostolique, mais a tenté de subvertir la foi immaculée en une trahison impie (texte grec : a permis que l’Église immaculée soit souillée par une trahison impie). (DS 563.)

Extraits du Sel de la Terre n° 85 – Eté 2013

Notes

(1) Sources : Zenit, 14 décembre et 20 décembre 2012.
(2) Le 24 mai 1976, il déclarait au Consistoire : « C’est au nom de la Tradition elle-même que nous demandons à tous nos fils et à toutes les communautés catholiques de célébrer avec dignité et ferveur les rites de la liturgie rénovée. L’adoption du nouvel Ordo Missæ n’est certainement pas laissée à la libre décision des prêtres ou des fidèles. L’instruction du 14 juin 1971 a prévu que la célébration de la messe selon le rite ancien serait permise, avec l’autorisation de l’Ordinaire, seulement aux prêtres âgés ou malades qui célèbrent sans assistance. Le nouvel Ordo a été promulgué pour prendre la place de l’ancien, après une mûre délibération et afin d’exécuter les décisions du concile. De la même manière, notre prédécesseur saint Pie V avait rendu obligatoire le missel révisé sous son autorité après le concile de Trente. La même prompte soumission, nous l’ordonnons, au nom de la même autorité suprême qui nous vient du Christ, à toutes les autres réformes liturgiques, disciplinaires, pastorales mûries ces dernières années en application des décrets conciliaires. »