Les divorcés-remariés ou le pape François piégé entre progressisme et collégialité

Le pape François est au pied du mur et face à ses contradictions. Après avoir mis en avant de façon publique, répétée et appuyée le cardinal Kasper, grand défenseur de l’accès à la communion pour les divorcés remariés, il doit affronter la fronde sur cette question de la majorité des cardinaux.

Le choix est difficile pour François :

– soit suivre la majorité en conservant l’attitude actuelle inchangée et faire preuve de collégialité mais au risque de décevoir les attentes progressistes, et surtout des loges maçonniques. Et une telle déception remettrait en cause d’autres reformes qui tiennent à coeur au pape François, et notamment celles des finances du Vatican.

– soit opter contre l’avis du collège cardinalice et valider l’accès à la communion des divorcés remariés mais au risque de montrer un pouvoir solitaire et personnel et surtout, de créer une véritable rupture au sein de l’Eglise. Car c’est la première fois depuis le concile Vatican II que des cardinaux prennent position de façon aussi radicale et semble-t-il irréversible sur un sujet que le pape a voulu voir discuté.

L’article du salon beige fait le point de façon précise sur la question, certaines réactions cardinalices sont intéressantes.

Austremoine

Article du salon beige :

Dans un article paru dans La Stampa, Marco Tosatti révèle que le plaidoyer du cardinal Kasper en faveur de l’accès à la communion des divorcés-remariés a provoqué une levée de boucliers au sein du Sacré-Collège. Traduction du Salon Beige :

« Dans le Consistoire Secret où l’on a discuté des divorcés remariés et de l’eucharistie, le « théorème Kasper » a reçu très peu d’approbations et beaucoup de critiques. Voici une reconstitution de quelques-unes des interventions les plus significatives et les plus importantes. « Ce serait une erreur fatale » a dit un intervenant, de vouloir parcourir le chemin de la pastorale sans faire référence à la doctrine.

Il devait être secret, ce Consistoire du 22 février réuni pour discuter de la famille. Mais au contraire, il a été décidé en haut lieu qu’il était opportun de rendre public le long rapport du cardinal Walter Kasper sur le thème de l’eucharistie à des divorcés-remariés – probablement pour ouvrir la voie, en vue du Synode d’octobre sur la famille. Mais une moitié du Consistoire est restée secrète : celle qui concernait les interventions des cardinaux. Ce n’est peut-être pas fortuit, car après que le cardinal Kasper ait présenté sa longue (et apparemment pas très légère, tel que prononcé) intervention, plusieurs voix se sont levées pour la critiquer. Au point que, l’après-midi, lorsque le Pape lui a demandé de répondre, beaucoup ont trouvé au prélat allemand un ton vexé, voire irrité.

L’opinion courante est que le « théorème Kasper » tend à faire en sorte que de manière générale les divorcés remariés puissent communier sans que le précédent mariage soit reconnu nul. Actuellement ceci n’est pas le cas, sur la base des mots de Jésus, très sévères et explicites sur le divorce. Celui qui a une vie matrimoniale complète sans que le premier lien soit considéré non valable par l’Église se trouve, selon la doctrine actuelle, en situation permanente de péché. 

C’est en ce sens qu’ont parlé clairement le cardinal de Bologne, Mgr Caffarra [voir notre traduction, NDMJ], ainsi que le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le cardinal allemand Müller. Tout aussi explicite a été le cardinal Walter Brandmüller (« Ni la nature humaine, ni les Commandements, ni l’Évangile n’ont une date d’expiration… Il est bon d’avoir le courage d’énoncer la vérité, même contre les usages du moment. Un courage que toute personne qui parle au nom de l’Église doit posséder, si elle ne veut pas manquer à sa vocation… le désir d’obtenir l’approbation et l’adhésion est une tentation toujours présente dans la diffusion de l’enseignement religieux… » – des paroles qu’il a ensuite rendues publiques). Même le président des évêques italiens, le cardinal Bagnasco, s’est exprimé de manière critique sur le « théorème Kasper » ; ainsi que le cardinal africain Robert Sarah, responsable de « Cor unum », qui a rappelé, en conclusion de son intervention, qu’au cours des siècles, même sur des questions dramatiques, il y a eu des divergences et des controverses au sein de l’Église, mais que le rôle de la Papauté a toujours été de défendre la doctrine.

Le cardinal Re, un des grands électeurs de Bergoglio, a fait une très brève intervention, qui peut se résumer ainsi : « Je prends la parole un instant, parce qu’ici se trouvent les futurs nouveaux cardinaux, et peut-être que certains d’entre eux n’ont pas le courage de le dire – alors je le dis, moi : je suis totalement contre ce rapport ». Même le Préfet de la Penitenzieria, le cardinal Piacenza, s’est déclaré contre, disant à peu près : « Nous sommes ici maintenant, et nous serons ici en octobre pour un Synode sur la Famille, et si nous voulons faire un Synode positif, je ne vois pas pourquoi nous devrions aborder seulement le thème de la communion pour les divorcés. Et il a ajouté : Pour tenir un discours pastoral, il me semble que nous devrions prendre acte d’un pansexualisme très largement diffusé et d’une agression de l’idéologie du gender qui tend à détruire [littéralement : sortir de ses gonds] la famille telle que nous l’avons toujours connue. Il serait providentiel que nous soyons la Lumen gentium pour expliquer dans quelle situation nous nous trouvons et ce qui peut détruire la famille. » Il a conclu en exhortant à reprendre en main les catéchèses de Jean-Paul II sur la corporéité parce qu’elles contiennent de nombreux éléments positifs sur la sexualité, sur l’être homme, l’être femme, la procréation et l’amour.

Le cardinal Tauran, du Dialogue Interreligieux, a repris le thème de l’agression contre la famille, y compris sous l’angle des rapports avec l’islam. Et le cardinal de Milan lui-même, Mgr Scola, a formulé des doutes théologiques et doctrinaux.

Une forte critique est venue du cardinal Camillo Ruini: « Je ne sais pas si j’ai bien noté, mais jusqu’ici 85 pour cent environ des cardinaux qui se sont exprimés semblent contre à la position du rapport », ajoutant que parmi ceux qui n’avaient rien dit et ne pouvaient pas être classifiés, il avait observé des silences « qui [lui] semblaient embarrassés ».

Le cardinal Ruini a ensuite cité le Bon Pape, disant en substance : « Lorsque Jean XXIII a prononcé le discours d’ouverture du Concile Vatican II, il a dit qu’on pouvait tenir un Concile pastoral parce que, heureusement, la doctrine était pacifiquement acceptée par tous et qu’il n’y avait pas de controverses ; donc on pouvait prendre une approche pastorale sans crainte d’être mal compris, puisque la doctrine restait très claire. Si Jean XXIII a eu raison à cet instant, a noté le prélat, Dieu seul le sait, mais apparemment cela était peut-être vrai en grande partie. Aujourd’hui, cela ne pourrait plus être dit de manière aussi absolue, parce que la doctrine non seulement n’est pas partagée, mais elle est combattue. Ce serait une erreur fatale de vouloir parcourir le chemin de la pastorale sans faire référence à la doctrine. » 

Il est donc compréhensible que le cardinal Kasper ait paru être un peu vexé dans l’après-midi lorsque le pape Bergoglio lui a permis de répondre, sans cependant permettre de susciter une vraie contradiction : seul Kasper a parlé. Aux critiques formulées en Consistoire envers le « théorème Kasper », il s’en ajoute d’autres, formulés en privé au Pape, ou publiques, de la part de cardinaux de chaque partie du monde. Des cardinaux allemands, qui connaissent bien Kasper, disent qu’il se passionne pour ce thème depuis les années 70. Le problème soulevé par beaucoup de voix critiques est que sur ce point l’Évangile est très explicite. Et ne pas en tenir compte (c’est cela que l’on craint) rendrait très instable, et modifiable à loisir, n’importe quel autre point de doctrine basé sur les Évangiles. »


Il y a 23 ans décédait Mgr Marcel Lefebvre

Il y a 23 ans, le 25 mars 1991 s’éteignait Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.

Le film Mgr Lefebvre un évêque dans la tempête est en vente sur le site du film au prix de 12 €. Il retrace la vie exceptionnelle de celui fut l’instrument docile de la providence pour sauver le sacerdoce et la doctrine catholique.

Ce film est un excellent moyen de faire connaitre et comprendre les circonsances et la nécessité du combat de Mgr Lefebvre, loin des caricatures et des calomnies.


Qui conseillera à cette femme de se suicider ?

Beaucoup de catholiques souffrent de la situation de l’Eglise et du rejet de la Tradition par les autorités romaines. Cet état de fait qui dure depuis 50 ans maintenant semble ne pas vouloir changer, alors certains cherchent un modus vivendi – ou le souhaitent – avec ces autorités devenues modernistes.

C’est ainsi que des sophismes sonnent comme autant de slogans : la situation de la FSSPX n’est pas normale, il est juste de vouloir se faire reconnaître, nous avons le droit à notre titre de catholique, ne pas accepter un désir légitime du pape c’est être sédévacantiste, etc., etc., …

Si comparaison n’est pas raison, il est cependant possible d’illustrer la situation actuelle. Que peut faire une épouse dont le mari violent menace jusqu’à sa vie ? Si elle reste sous le toit conjugal elle encourt un péril de mort, si elle veut préserver sa santé, elle se doit se séparer de corps.

Il est évident que dans un tel cas, il est juste et nécessaire à cette femme de quitter la maison commune, non avec le désir de quitter son mari et de rompre le lien qui l’unit à lui, mais dans le but unique de préserver son intégrité physique. Une telle décision sera bonne et méritoire si cette femme continue d’aimer son mari en lui pardonnant, de prier pour lui, de tout faire pour l’aider à se corriger, et si elle conserve dans son cœur le désir de revenir dès qu’il ne sera plus périlleux de le faire.

Que penserait-on si quelqu’un venait dire à une telle épouse : « madame, votre situation n’est pas normale, votre mari a autorité sur vous, son désir que vous rentriez à la maison est légitime, vous n’avez pas le droit de refuser sans divorcer de fait et être infidèle. » Il serait juste de répondre à un tel individu : « monsieur, si cette femme revient chez son mari, elle risque de perdre sa vie, ce n’est pas le situation de cette femme qui est anormale, c’est l’attitude de son mari, attitude qui la contraint à se protéger légitimement. Et non seulement son attitude est juste, mais elle est héroïque car elle continue d’aimer son mari malgré la maltraitance de celui-ci. »

Le parallèle est évident : la violence des autorités romaines envers la Tradition n’échappe à personne, et tant que celles-ci adhèrent à la théologie du concile Vatican II elles ne peuvent que vouloir la mort de la Tradition.

Ce n’est pas la situation de la FSSPX qui est anormale, c’est la situation de l’Eglise.

Le pape est incontestablement le chef de l’Eglise, mais pour une question de survie de la Foi on ne peut se plier à tous ses ordres, et ce n’est pas parce que ses désirs peuvent paraître légitimes, qu’il y a une obligation d’obtempérer vue la situation de danger de mort pour la Foi que nous vivons.

Nous avons le droit à notre titre de catholiques, et le meilleur moyen de le conserver et de le revendiquer, c’est de tenir cette attitude héroïque d’amour du pape et de l’Eglise tout en subissant les persécutions qu’ils infligent et en refusant de mettre en danger notre Foi.

Celui qui dit à cette femme de rentrer chez elle dans de pareilles circonstances la pousse au suicide. C’est pour cela que Mgr Lefebvre refusa « l’opération suicide » pour entreprendre avec héroïsme « l’opération survie ».

Austremoine


Louis Veuillot : le catholique libéral n’est ni catholique ni libéral

Le Libéral avait repris haleine. Dès qu’il eut repris haleine, il reprit son discours, et l’on vit bien que ce qu’il venait d’entendre n’avait fait aucune impression sur lui, si même il l’avait entendu. Il ajouta force paroles à celles qu’il avait déjà dites en grande abondance; rien de nouveau. Ce fut un mélange plus épais d’arguments historiques contre l’histoire, d’arguments bibliques contre la Bible, d’arguments patristiques contre l’histoire, contre la Bible, contre les Pères et contre le sens commun. Il témoigna le même dédain, je devrais dire la même aversion pour les bulles des Souverains Pontifes, se perdit dans les mêmes emphases et les mêmes vaticinations. Il allégua encore le monde nouveau, l’humanité émancipée, l’Eglise endormie et prête à se réveiller pour rajeunir ses symboles. Le passé mort, l’avenir radieux., la liberté, l’amour, la démocratie, l’humanité, étaient mêlés là-dedans comme les faux brillants que les dames répandent aujourd’hui sur leurs fausses chevelures. Tout cela ne parut pas plus clair ni plus vrai que la première fois. Il s’en aperçut, nous dit que nous nous séparions du monde et de l’Église vivante qui sauraient bien aussi se séparer de nous, nous maudit presque, et enfin nous laissa consternés de sa folie.

Chacun en exprima du chagrin et produisit quelques raisons contre tant d’extravagances. Pour moi, j’eus assurément regret, comme les autres, de voir un si galant homme empêtré dans une si grande erreur. Mais puisque enfin il y était, je ne fus pas fâché d’en avoir eu le spectacle et la leçon.

Jusqu’alors je n’avais vu le catholique libéral que mêlé d’ancien catholique intégral, c’est-à-dire intolérant. Je n’avais entendu que la thèse officielle, laquelle n’est jamais entière, et prend toujours une physionomie personnelle que le parti peut désavouer. Cet enthousiaste venait de me donner la gnose en même temps que la thèse extérieure. Je possédais désormais le catholique libéral à fond; je savais par cœur ses sophismes, ses illusions, ses entêtements, sa tactique. Hélas! Et rien de tout cela ne m’était nouveau. Le catholique libéral n’est ni catholique ni libéral. Je veux dire par là, sans douter encore de sa sincérité, qu’il n’a pas plus la notion vraie de la liberté que la notion vraie de l’Église. Catholique libéral tant qu’il voudra ! Il porte un caractère plus connu, et tous ses traits font également reconnaître un personnage trop ancien et trop fréquent dans l’histoire de l’Église : SECTAIRE, voilà son vrai nom.

Louis Veuillot, extrait de l’Illusion libérale


Sur l’autorisation des « remariages » par l’Eglise des premiers siècles

Dans la suite de l’article concernant l’appréciation du cardinal Ouellet sur les divorcés remariés, il est primordiale, au delà de l’aspect doctrinal de la question, de répondre à l’objection historique énoncée par le cardinal Kasper selon laquelle l’impossibilité d’accéder aux sacrements serait une disposition purement disciplinaire apparut au cours des siècles. Certains même osent prétendre que les « remariages » étaient autorisés dans l’Eglise des premiers siècles.

L’extrait de l’article de correspondanceeuropeenne.eu répond très précisément à ces mensonges et à cette falsification de l’histoire appuyée jusqu’au sommet de l’Eglise afin de pouvoir justifier d’un changement de doctrine concernant les mœurs.

Source : correspondanceeuropeenne.eu

L’Eglise des origines, selon le cardinal Kasper, «nous donne une indication qui peut servir d’issue» à ce qu’il définit comme “le dilemne”. Le cardinal affirme que dans les premiers siècles il existait la pratique par laquelle quelques chrétiens, bien que le partenaire soit encore en vie, après un temps de pénitence, vivaient une seconde union. « Ce droit coutumier est expressément signalé par Origène, qui ne le juge pas déraisonnable. De même Basile le Grand et Grégoire de Nazianze – deux pères de l’Église encore unie – y font référence. Toutefois Augustin lui-même en parle, dans un passage : il ne semble donc pas avoir exclu dès le départ toute solution pastorale. Ces pères voulaient pour des raisons pastorales, afin d’éviter le pire, tolérer ce qu’en soit est impossible d’accepter ».

Il est regrettable que le cardinal ne donne pas ses références patristiques, parce que la réalité historique est toute autre que celle qu’il décrit. Le père George H. Joyce, dans son étude historico-doctrinale sur le Mariage Chrétien (1948) a montré que durant les cinq premiers siècles de l’ère chrétienne on ne peut trouver aucun décret d’un Concile ni aucune déclaration d’un Père de l’Eglise qui soutienne la possibilité de dissolution du lien matrimonial.

Quand, au deuxième siècle, Giustinien, Atenagoras, Théophile d’Antioche, font allusion à l’interdiction évangélique du divorce, ils ne donnent aucune indication d’exception. Clément d’Alexandrie et Tertullien sont encore plus explicites. Et Origène, tout en cherchant quelque justification à la pratique adoptée par certains évêques, précise que celle-ci contredit l’Ecriture et la Tradition de l’Eglise (Comment. In Matt., XIV, c. 23, in Patrologie Grecque, vol. 13, col. 1245).

Deux des premiers conciles de l’Eglise, le concile d’Elvire (306) et celui d’Arles (314), le rappellent clairement. Dans toutes les parties du monde l’Eglise retenait la dissolution de l’union comme impossible et le divorce avec droit à de secondes noces était totalement inconnu. Celui, parmi les  Pères, qui traita plus largement la question de l’indissolubilité fut Saint Augustin, dans nombre de ses oeuvres, depuis le De diversis Quaestionibus (390) jusqu’au De Coniugijs adulterinis (419). Il récuse qui se plaint de la sévérité de l’Eglise en matière matrimoniale et il est toujours inébranlablement ferme sur la dissolution du mariage, en montrant que celui-ci, una fois contracté, ne peut plus se rompre pour quelque raison ou circonstance. C’est à lui qu’on doit la célèbre distinction entre les trois biens du mariage : proles, fides et sacramentum.

Est de même erronée la thèse d’une double position, latine et orientale, face au divorce, dans les premiers siècles de l’Eglise. Ce fut seulement après Justinien que l’Eglise d’Orient commença à céder au césaropapisme en s’adaptant aux lois byzantines qui toléraient le divorces, tandis que l’Eglise de Rome affirmait la vérité et l’indépendance de sa doctrine face au pouvoir civil. Quant à Basile, nous invitons le cardinal Kasper à lire ses lettres et à y trouver un passage qui autorise explicitement le second mariage.

Sa pensée est résumée dans ce qu’il écrit dans l’Ethique : «Il n’est pas permis à un homme de répudier sa femme et d’en épouser une autre. Il n’est pas permis à un homme d’épouser une femme qui ait divorcé de son mari» (Ethica, Regula 73, c. 2, in Patrologie Grecque, vol. 31, col. 852). On dit de même de l’autre auteur cité par le cardinal, San Grégoire de Naziance, qui écrit clairement : «le divorce est absolument contraire à nos lois, bien que les lois des Romains en jugent autrement» (Lettre 144, in Patrologie Grecque, vol 37, col.248).

La “pratique de pénitence canonique” que le cardinal Kasper propose comme issue au “dilemne”, avait dans les premiers siècles une signification exactement opposée à celle qu’il semble vouloir lui atttribuer. Elle n’était pas accomplie pour expier le premier mariage, mais pour réparer le péché du second, et elle exigeait bien sûr le regret de ce péché. Le onzième concile de Carthage (407), par exemple, publia un  canon ainsi conçu : «Nous décrétons que, selon la discipline évangélique et apostolique, la loi ne permet ni à un homme divorcé de sa femme ni à une femme répudiée par son mari de passer à d’autres noces; mais que ces personnes doivent rester seules, ou bien se réconcilient entre elles et que si elles violent cette loi, elles doivent faire pénitence» (Hefele-Leclercq, Histoire des Conciles, vol. II (I), p. 158).


Des divorcés-remariés en état de grâce pour le cardinal Ouellet, à la communion pour tous

Dans un livre intitulé Actualité et avenir du Concile oecuménique Vatican II paru en mai 2012, le cardinal Ouellet, actuel préfet de la congrégation pour les évêques écrivit :

« Je ne dirais pas que les divorcés remariés n’ont pas accès à l’Eucharistie : ils continuent d’être invités à l’Eucharistie, ils participent à l’assemblée eucharistique, ils écoutent avec les autres toute la Parole de Dieu y compris celle qui se fait sacrement, ce que nous appelons la Présence réelle. Ils participent à l’offrande. Le Christ s’offre et tout le monde s’offre avec lui. Ces personnes ont une limite au niveau du témoignage public de la communion mais rien ne les empêche de communier spirituellement au Corps du Christ qui est donné à l’assemblée. D’ailleurs, en vérité, toute communion sacramentelle doit d’abord être communion spirituelle. S’il n’y a pas une communion spirituelle que le sacrement vient exprimer et nourrir, il n’y a pas de communion au Corps du Christ. On peut s’avancer en état de péché mortel et recevoir le Corps du Christ, on n’en recevra pas un bénéfice, mais un moins car on n’en est pas digne et cette communion n’est pas réalisée dans les dispositions requises.

Les personnes peuvent retrouver l’état de grâce devant Dieu, même dans le cas d’une limite objective d’un mariage qui fut un échec, lorsque se noue une nouvelle union qui est peut-être la bonne mais pour laquelle il n’est pas possible d’établir que le premier mariage est nul. Même si elles ne peuvent pas recevoir les sacrements explicites, ces personnes peuvent retrouver la grâce de Dieu par le repentir de l’échec initial, par des activités de charité. Leur témoignage est alors le suivant : leur communion s’ex- prime par le fait qu’elles ne reçoivent pas les sacrements, y compris par respect pour la réalité sacramentelle de l’Eglise. Car le mariage est une expression du mystère de l’union du Christ et de l’Eglise, de cette seule chair du Christ et de l’Eglise.

Tous les mariages sont scellés par la communion à ce mystère. Quand on se trouve dans une nouvelle union, on ne peut pas publiquement aller dire à la communauté et au monde qu’on ne fait qu’un avec ce mystère, on ne peut pas l’exprimer au plan sacramentel public. Mais on peut s’abstenir de communier et exprimer ainsi que l’on est dans le respect du mystère sacramentel de l’Eglise. Il est important de confronter ce choix avec le pasteur de la communauté, se faire aider par lui à vivre dans la paix, comme membre de la communauté à part entière, avec cette limite de ne pas pouvoir recevoir la communion sacramentelle. Cette limite peut être vécue dans un sens positif comme un témoignage rendu à l’indissolubilité du mariage. »

Cet extrait a un double intérêt : il est un exemple remarquable et concentré de la contradiction intrinsèque de la pensée moderniste et il nous éclaire sur l’intention des autorités romaines concernant l’accès aux sacrements des divorcés remariés et donc par ricochet, à une reconsidération de la doctrine concernant les mœurs.

Le principe de non contradiction est tout simplement absent de la pensée du cardinal Ouellet. Ce réputé conservateur, proche de Benoit XVI, utilise un vocabulaire d’approche traditionnelle et semble tenir un discours assez ferme. Il parle même de « péché mortel » et maintient au final le refus de la communion.

Cet apparent discours catholique contient en réalité des erreurs gravissimes. On remarquera tout d’abord que le péché mortel n’est pas une offense faite à Dieu, mais il est réduit à l’insuffisance du témoignage publique. C’est ce qui permet à notre cardinal d’affirmer tout simplement :

« Les personnes peuvent retrouver l’état de grâce devant Dieu, même dans le cas d’une limite objective d’un mariage qui fut un échec, lorsque se noue une nouvelle union qui est peut-être la bonne mais pour laquelle il n’est pas possible d’établir que le premier mariage est nul »

De tels propos sont contraires à la doctrine catholique : nulle mention de la confession, nul rappel du pardon de l’offense faite à Dieu. Depuis quand l’état de grâce se retrouve lorsque se noue une nouvelle union qui est par définition adultérine ?

La réalité d’une telle réponse démontre que le cardinal n’a pas une conception catholique du péché, de ce qu’est l’état de grâce. Sa conception du péché est sociale, elle a évacué en réalité toute référence à Dieu.

On s’étonne d’ailleurs de constater que le cardinal Ouellet, tout en reconnaissant à ces personnes la capacité à cet « état de grâce », veuille continuer à les maintenir loin des sacrements. C’est un non sens absolu. Soit cette nouvelle union rend l’état de grâce et alors ces personnes peuvent recevoir l’Eucharistie, soit leur état les plonge dans le péché mortel et elles ne peuvent accéder aux sacrements.

On peut relever la même contradiction concernant le « témoignage » : soit leur état est compatible avec l’état de grâce et il est bon, soit il constitue un scandale qui ne saurait constituer « un témoignage rendu à l’indissolubilité du mariage. ». Transformer une relation adultérine en « un témoignage rendu à l’indissolubilité du mariage » relève de la prestidigitation la plus élaborée qui soit ! Il fallait oser !

Il y aurait tant à dire sur ces quelques lignes gravissimes. Et le livre fait 248 pages !!!

Il est clair que si l’accès aux sacrements se réduit à un témoignage, alors cette question ne relève plus de la doctrine mais uniquement de la pastorale et recouvre un aspect avant tout disciplinaire. Et ce qui est disciplinaire n’est pas gravé dans le marbre et peut donc être changé.

Même si la conclusion du cardinal semble vouloir sauver l’aspect extérieur en refusant la communion aux divorcés-remariés, il est évident que son raisonnement retire tout argument sérieux pour maintenir dans le temps une telle interdiction.

Si de tels propos peuvent émaner d’un cardinal conservateur, il n’y a plus de doutes à avoir sur les pensées des cardinaux considérés comme progressistes…comme le cardinal Kasper, excellent théologien selon le pape François. Tout en ayant pris soins de rappeler l’indissolubilité du mariage, voici ce qu’affirme mensongèrement ce dernier dans son discours qui a ouvert le consistoire sur la famille de février 2014 :

« L’Église des débuts nous fournit une indication qui peut aider à sortir de ce dilemme et à laquelle le professeur Joseph Ratzinger avait déjà fait allusion en 1972. (…) Dans chaque Église locale il existait un droit coutumier en vertu duquel les chrétiens qui vivaient une seconde union alors même que leur premier partenaire était encore en vie avaient à leur disposition, après un temps de pénitence, non pas un second mariage, mais plutôt, à travers la participation à la communion, une planche de salut. »

Le lien avec le concile Vatican II n’est pas loin, il est même évident pour ceux qui en connaissent la doctrine, et c’est encore le cardinal Kasper qui n’hésite pas à l’assumer dans le même discours :

« Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation semblable à celle du dernier concile, a-t-il affirmé. Déjà à ce moment-là, il y avait, par exemple à propos de la question de l’œcuménisme ou de celle de la liberté de religion, des encycliques et des décisions du Saint-Office qui paraissaient exclure d’autres voies. Le concile, sans violer la tradition dogmatique contraignante, a ouvert des portes. On peut se demander s’il n’y a pas également, pour la question dont nous parlons, la possibilité d’un nouveau développement ».

Voilà qui a le mérite de la franchise et qui augure de la réponse que s’apprête à donner le pape à ce « problème ». La communion pour tous, c’est pour bientôt.

Austremoine


Jean Madiran : la vérité ne suffit pas à sa propre défense

Il est courant d’entendre dire que ce qui compte est la proclamation de la Foi dans une approche positive qui se passerait des dénonciations. C’est ainsi que l’on entend ici ou là que la FSSPX n’a pas été créée contre le Concile mais pour le sacerdoce, que les dénonciations incessantes des erreurs par la FSSPX sont négatives et occultent l’aspect spirituel etc… Toutes choses qui pourraient s’avérer justes si les dénonciations nécessaires étaient faites par les autorités de l’Eglise et si de telles affirmations n’avaient pas objectif inavoué de vouloir justifier – en osant même utiliser à cette fin pourquoi pas Mgr Lefebvre lui-même – des silences coupables sur les scandales continuels de l’Eglise conciliaire et sur les doctrines erronées qu’elle répand.
Jean Madiran fut de ceux qui troquèrent en 1988 la liberté de dénoncer les erreurs du concile Vatican II contre une apparente légalité. Ce n’est que quelque temps avant se mort que ce compagnon d’armes de Mgr Lefebvre reconnut le bien-fondé des sacres et écrivit ce texte qui rappelle plein de bon sens que « la vérité ne suffit pas à sa propre défense » et que les condamnations et les anathèmes sont « indispensables à la vie intellectuelle, à la vie sociale, à la vie religieuse ».
Source : Présent
Remarque sur un passage du discours d’ouverture
« L’anniversaire », tout court, c’est l’anniversaire de la naissance (ou bien du baptême, seconde naissance). En fixant au 12 octobre 2012 le début d’une Année de la Foi, Benoît XVI a inévitablement ramené l’attention d’abord sur le discours d’ouverture de Jean XXIII dont c’est le 50e anniversaire.
L’un des passages de ce discours ayant le plus durablement frappé les esprits est celui où Jean XXIII voit « les opinions incertaines des hommes s’exclure les unes les autres » et observe qu’« à peine les erreurs sont nées qu’elles s’évanouissent comme brume au soleil » ; en conséquence, il annonce un changement radical dans l’attitude de l’Eglise :
« L’Eglise n’a jamais cessé de s’opposer à ces erreurs. Elle les a même souvent condamnées, et très sévèrement. Mais aujourd’hui l’Epouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine. »
Sans doute Jean XXIII voulait-il, avec sa simplicité et sa bonhomie habituelles, demander que l’on traite les personnes qui se trompent avec davantage de miséricorde que de sévérité, et que l’on évite de les « condamner ».
Seulement son texte dit littéralement autre chose.
Il ne parle pas des personnes, il parle des « erreurs » que l’Eglise a « souvent condamnées, et même très sévèrement », et c’est cela qu’il demande à l’Eglise de ne plus faire : ne plus « condamner les erreurs ».
Effectivement c’est bien cela que l’Eglise n’a plus fait (presque) jamais.
Et ce changement de stratégie a été inscrit d’une manière structurelle jusque dans les institutions de l’Eglise de Rome, puisque l’instrument des sévérités et des condamnations, la Congrégation (suprême) du Saint-Office a été supprimée, remplacée par une simple Congrégation de la doctrine (qui en outre n’est plus « suprême »).
Bien sûr Jean XXIII mettait dans une telle révolution stratégique beaucoup d’un optimisme personnel qu’il est permis de trouver parfois excessif. Les temps changent, il lui semblait qu’ils changeaient en mieux. Les conciles précédents, disait-il, ont connu « vicissitudes », « graves difficultés », « motifs de tristesse », à cause de « l’intrusion du pouvoir civil » ; tandis qu’« aujourd’hui l’Eglise, enfin libérée de tous les obstacles profanes d’autrefois, peut faire entendre sa voix », et c’est « une aurore resplendissante qui se lève sur l’Eglise ».
Cet optimisme n’était qu’une opinion discutable, particulière à la personnalité de Jean XXIII. Mais (sans l’avoir voulu ?) elle allait à la rencontre d’une idéologie déjà dominante, une idéologie que résume la formule de Teilhard imaginant que « du prolongement même de ce qui fait l’incroyance d’aujourd’hui sortira la foi de demain ». Dans une telle perspective, il convenait donc de demander à chacun non pas de se convertir mais d’aller jusqu’au bout de sa croyance ou de son incroyance.
Et puis, il n’y a pas seulement des « erreurs » à considérer. Il y a les attaques, il y a les haines, il y a les persécutions. Il n’y a pas seulement des incroyants sympathiques et des frères trompés mais aussi des ennemis acharnés, les uns sincères, les autres démoniaques. Dans la vie réelle des familles, des métiers, des paroisses, l’origine du contraire de la vérité est beaucoup moins l’erreur que le mensonge. Les grands médias, l’école publique, les rapports sociaux transmettent une histoire de l’Eglise extravagante et sommaire, écrite par les ennemis de l’Eglise. La miséricordieuse bonne volonté de Jean XXIII et son ouverture au monde ont ouvert la porte à ce que Jean-Paul II appellera la culture de mort (NDLR : ouverture que Jean-Paul II a continué dans des proportions que nul n’avait imaginé, et donc culture de mort qu’il a lui même largement encouragé).
C’est aussi que la vérité ne suffit pas à sa propre défense. L’esprit humain est ainsi fait qu’il assimile mal une idée vraie si l’on n’en précise pas les contours par une condamnation qui anathématise ce qui lui est contraire. Ne voulant plus entendre parler de condamnation ni d’anathème, on ne les a remplacés par rien pour tenir leur rôle, pourtant indispensable à la vie intellectuelle, à la vie sociale, à la vie religieuse.
Jean Madiran
PRESENT Article extrait du n° 7698 du Mardi 2 octobre 2012

François donnera-t-il un statut canonique à la FSSPX ?

La question continue d’être posée, et pas seulement par ceux qui, dans la FSSPX, militent bruyamment pour un accord pratique. L’une des dernières interventions en la matière est celle de Patrick Archbold qui a publié sur le site National Catholic Register un texte intitulé Le pape François et la FSSPX : une opportunité.

Il y défend la thèse que la régularisation de la FSSPX serait plus facile pour le pape François dont le progressisme évident adulé par les médias le protège de toute accusation de vouloir mettre à la poubelle le concile Vatican II, ce qui n’était pas le cas de Benoît XVI, facilement soupçonnable par ses aspirations conservatrices.

Il est toujours possible de faire des plans sur la comète sur ce qui parait tout de même autrement improbable, le pape François n’ayant pas fait mystère de son mépris pour la messe tridentine qui n’est pour lui qu’une mode, comme pour l’ensemble du monde traditionnel qu’il juge recroquevillé sur des habitudes d’un christianisme enfantin.

Ce qui est improbable n’est cependant pas impossible.

Mais quel avenir aujourd’hui pour une telle hypothèse ? Quel avenir en cas d’acceptation d’une telle solution ?

Il convient de voir l’application concrète. Que dira-t-on des nouveaux « saints » ? Même si le Vatican ne demande aucune contrepartie, acceptera-t-il longtemps que Jean-Paul II soit refusé comme saint ? Acceptera-t-il longtemps de subir les critiques de chaque déclaration hétérodoxe du pape ? Et tant de questions de ce type peuvent se poser !

Les réponses sont évidentes : si Rome accepte un tel marché, c’est uniquement dans la perspective de ramener les œuvres de la Tradition dans le giron et la pensée conciliaire. Et le passé donne raison à une telle stratégie. Il n’y a pas un seul institut Ecclesia Dei qui dénonce le Concile, et tous acceptent déjà par avance de reconnaître le pape d’Assise comme « saint » !

Le pape peut donner plus de liberté à la Tradition. Qu’il le fasse. Mais nous, nous n’avons rien à accepter d’une autorité qui détruit l’Eglise, car accepter un avantage quelconque, c’est se rendre redevable d’une autorité qui n’œuvre pas au bien commun. Se rendre redevable, c’est se lier au moins moralement à ceux qui veulent la mort de la Tradition, et c’est déjà perdre la liberté pleine et entière de défendre la Foi catholique, Foi catholique qui est antinomique au Concile Vatican II, constitution de la nouvelle Eglise.

Pour les ralliéristes les plus zélés et les plus dociles, il convient également d’observer qu’une reconnaissance unilatérale ne pourrait trouver une acceptation de la part de la FSSPX de par le fait qu’elle ne répond pas aux conditions posées par le chapitre général de 2012 et notamment la première:

« Liberté de garder, transmettre et enseigner la saine doctrine du Magistère constant de l’Eglise et de la Vérité immuable de la Tradition divine ; liberté de défendre, corriger, reprendre, même publiquement, les fauteurs d’erreurs ou nouveautés du modernisme, du libéralisme, du concile Vatican II et de leurs conséquences »

A moins que le sort fait aux franciscains de l’Immaculée ne soit à envier…

Austremoine


abbé Régis de Cacqueray : Vérité et sainteté : ces canonisations seront récusées

Source : La Porte Latine

La sainteté équivaut au choix courageux que le catholique fait de la vérité tout au long de son existence, sans se laisser jamais arrêter par la confrontation avec le monde qui en résultera obligatoirement pour lui.

« De quelle confrontation voulez- vous parler ?»

Il s’agit de la confrontation à laquelle nous assistons, dans l’Évangile, entre le Fils de Dieu qui fait entendre sa doctrine de vérité et de sainteté et le monde qui n’en veut pas. L’eau se sera réconciliée avec le feu avant que l’esprit de l’Évangile ne s’allie avec celui du monde ! Il n’est pas besoin que l’âme chrétienne se mette en quête de combats ; ils arrivent tout seuls et se trouvent déjà là, dans les âmes de ceux qui veulent se sauver !

Combats d’autant plus féroces et plus violents, comme l’illustre la vie des saints, que la fidélité à suivre l’exemple de Notre-Seigneur Jésus- Christ se fait plus parfaite. Ne rêvons pas d’une sainteté chimérique que l’on poursuivrait au fond des boudoirs ou des cocons. La sainteté ne s’obtient jamais ailleurs que sur un champ de bataille et sur la croix du Golgotha, au bout de toutes les intransigeances de la vérité. Sauf à l’avoir falsifiée…

« Évoquez-vous une falsification en particulier ?»

Je veux parler de la plus grande falsification de toute l’histoire de l’Église, celle qui s’est produite pendant le concile Vatican II.

« Encore !»

Oui, encore. Il faut revenir sur ce concile à temps et à contre temps.

« Mais pourquoi donc ?»

Parce que, de même que l’on ne comprend rien à la vie profonde d’un pays si l’on n’a pas connaissance de sa constitution, l’on ne peut rien comprendre de ce dernier demi-siècle de l’histoire de l’Église si l’on ignore qu’il prend sa source dans le Concile. C’est là qu’on y trouve légitimées les racines des maux essentiels dont souffre l’Église. Les vérités catholiques y sont diluées, rendues floues, tronquées. C’est en les tordant que l’on a justement espéré diminuer le risque de confrontation entre l’Église et le monde, que l’on a caressé l’espoir de pouvoir servir deux maîtres, de jouir de l’estime du monde sans pour autant manquer son Ciel…

Si, d’une phrase, il fallait tenter d’expliquer comment une telle falsification a été rendue possible, je citerais celle d’un expert du concile devenu le cardinal Joseph Ratzinger, futur pape Benoît XVI et enfin pape démissionnaire : « La fidélité à la vérité d’hier consiste précisément à abandonner celle-ci, en l’assimilant à la vérité d’aujourd’hui. » (Cardinal Ratzinger, Les principes de la théologie catholique). Que l’on se rassure si l’on a du mal à comprendre ce que signifie cette phrase : cette perplexité indique plutôt la bonne santé d’un esprit.

Cette parole signifie que le changement des circonstances dans lesquelles vivent les hommes d’époques très différentes n’amènera pas seulement comme conséquence que les principes de l’Évangile devront être appliqués d’une autre façon. Non, c’est la vérité elle-même qu’il faudra abandonner au motif qu’elle était celle d’hier et qu’elle n’est donc plus celle d’aujourd’hui. Le principe de la Croisade ou celui de l’Inquisition, la reconnaissance du catholicisme comme religion d’État ou l’affirmation de l’unicité de la religion catholique comme religion vraie sont sans doute de respectables vérités des siècles passés. Elles sont non seulement réputées inapplicables et indicibles mais elles doivent être changées pour s’accommoder à notre temps, à la vérité d’aujourd’hui, laquelle sera elle-même démodée un jour.

Ainsi en va-t-il de la vérité ; ainsi en va-t-il de la sainteté ! Nous allons assister aux canonisations de Jean XXIII et de Jean-Paul II ? Ce qui nous console, c’est qu’elles ne pourront pas prétendre consacrer autre chose, à l’aune de ces nouveaux principes, que la sainteté de ce temps, de notre pauvre époque qui a tronqué la religion catholique. De tels exemples de sainteté se trouveront relégués lorsque la grande falsification de la vérité du catholicisme aura pris fin. Ces canonisations seront récusées ; les autels construits en l’honneur de ces papes seront cassés et leurs statues seront réduites en poussière. Ce ne sont point là des pensées violentes. Les idées ne sont jamais violentes, elles sont ou vraies ou fausses. Il ne s’agit jamais que de savoir si elles sont vraies ou fausses.

Quant à la véritable violence, elle n’est pas là où on le pense. Elle est celle de nos chefs qui nous ont arraché notre messe et notre catéchisme, notre doctrine et notre morale. Plus encore, elle est la brutalité de nos chefs qui ont substitué à notre religion une nouvelle religion, une religion évolutive qui damne ceux qui la suivent. Mais cette violence est par-dessus tout celle de nos chefs qui ont opéré cette falsification en laissant accroire aux catholiques, du haut de leurs chaires de vérité, que c’était toujours le catholicisme qu’ils leur enseignaient. Voilà qui est proprement diabolique.

Abbé Régis de Cacqueray †, Supérieur du District de France


Mgr Tissier de Mallerais : aucune apparence même de conciliation, et c’est cette apparence que nous donnerait notre soi-disant « régularisation »

Source : Rivarol

Il s’agit, comme Mgr Lefebvre le disait, de la tentative du concile Vatican II de réconcilier l’Eglise avec la révolution, de concilier la doctrine de la foi avec les erreurs libérales.

C’est Benoît XVI lui-même qui l’a dit dans son entretien avec Vittorio Messori en novembre 1984 en disant : « le problème des années 1960 (donc celui du concile) était l’acquisition des valeurs les mieux mûries des deux siècles de culture libérale.

Ce sont des valeurs qui, bien que nées hors de l’Eglise, peuvent trouver leur place, une fois purifiées et corrigées, dans sa vision du monde. Et c’est ce qui a été fait. » Voilà l’œuvre du concile : une conciliation impossible. « Quelle conciliation peut-il y avoir entre la lumière et les ténèbres ? », dit l’Apôtre, « quel accord entre le Christ et Bélial ? » (2 Cor 6, 15).

La manifestation emblématique de cette conciliation est la Déclaration sur la liberté religieuse. A la place de la vérité du Christ et de son règne social sur les nations, le concile place la personne humaine, sa conscience et sa liberté.

C’est le fameux « changement de paradigme » que confessait le cardinal Colombo dans les années 1980. Le culte de l’homme qui se fait Dieu à la place du culte de Dieu qui s’est fait homme (cf. Paul VI, discours à la clôture du concile, 7 décembre 1965).

Il s’agit d’une nouvelle religion qui n’est pas la religion catholique. Avec cette religion nous ne voulons aucun compromis, aucun risque de corruption, aucune apparence même de conciliation, et c’est cette apparence que nous donnerait notre soi-disant « régularisation ”.

Extrait de l’entretien de Mgr Tissier de Mallerais à Rivarol


Pourquoi les sacres de 1988 ?

Ces derniers temps, certains ont donné des sacres de 1988 une justification erronée, arguant du fait que cet acte était légitime car répondant à un état de nécessité, état de nécessité du fait de la mort prochaine de Mgr Lefebvre.

Réduire l’état de nécessité à l’état de santé du prélat français est absurde. Que sa santé déficiente lui ait imposé une limite temporelle est exacte, mais il ne s’agit certainement pas de ce qui en a fait la justification ni ce qui a généré cet état de nécessité.

Voici ci-dessous, exposées succintement et très clairement, les justifications des sacres de 1988, telles que les avaient données à l’époque la Maison Générale.

Source : La Porte Latine

C’est le 29 juin 1987, à Ecône, que Mgr Lefebvre annonça publiquement sa résolution de se doter de successeurs qui assureraient la pérennité de son œuvre d’Eglise : transmettre, dans toute sa pureté doctrinale et sa charité missionnaire, le sacerdoce catholique.

Deux faits précis sont à l’origine de cette décision historique qu’il qualifia lui-même « d’opération survie » de la Tradition.

D’abord la réunion interreligieuse d’Assise qui vit le pape présider, le 26 octobre 1986, un congrès des religions pour la paix, initiative jadis condamnée par les papes Léon XIII (Testem benevolentiae, 1899), saint Pie X (Notre Charge apostolique, 1910) et surtout Pie XI (Mortalium animos, 1928).

 Ensuite la confirmation, par Jean-Paul II et le cardinal Ratzinger, des thèses nouvelles sur la liberté religieuse, doctrine proclamée au concile de Vatican II en contradiction avec le magistère le plus solennel des papes des deux siècles précédents, en particulier Grégoire XVI, Pie IX (Quanta Cura et Syllabus, 1864), Léon XIII, saint Pie X, Pie XI (Quas primas, 1925) et Pie XII. Cette fausse liberté reconnaît à toutes les religions le droit absolu de professer, en public comme en privé, les erreurs et les doctrines les plus contraires à l’Evangile.

La confirmation de la liberté religieuse entendue dans un sens opposé au magistère constant de l’Eglise catholique acheva de convaincre Mgr Lefebvre de la gravité de la crise de l’Eglise et de la perte universelle du sens de la foi – jusqu’à Rome même – véritable mystère d’iniquité.

Poussé par cet état de nécessité prévu par le Droit de l’Eglise et la vertu de prudence, il résolu de procéder aux sacres dans le but de transmettre son pouvoir d’ordre. Il se garda bien de donner une quelconque juridiction aux évêques sacrés par lui, dans le but d’éviter tout schisme. Fort de l’esprit du Droit canonique qui veut que l’obéissance serve au salut des âmes et non à leur perte – ni à la mort des œuvres visiblement bénies de Dieu –, Mgr Lefebvre a préféré paraître désobéissant en passant outre à une loi de discipline ecclésiastique. Ce faisant, il entendait ne pas coopérer à la destruction universelle dont il était le témoin.

Ainsi, face aux désordres et aux scandales répandus partout dans l’Eglise, face à la corruption des rites des sacrements et à la perversion du sacerdoce catholique, Mgr Lefebvre a restauré l’Ordre et posé les bases d’un véritable renouveau pour l’Eglise d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Car Dieu ne change pas. Il est le même, hier et aujourd’hui, et dans les siècles des siècles.

Source : FSSPX – Maison Généralice