De la légitimité du Novus Ordo à la communion dans la main

Il est des chutes qui n’étonnent pas, même si elles attristent profondément. En 2008, avec une certaine stupéfaction, nous pouvions lire de l’un des membres fondateurs de l’IBP, qu’il reconnaissait la légitimité du nouveau rite de Paul VI. En 2013, cet ancien prêtre de la FSSPX, donnait la communion dans la main, lors d’une messe tridentine célébrée par lui dans une église ardéchoise.

Titre provocateur diront certains, car à priori il n’existe pas de lien juridique entre la nouvelle messe et la communion dans la main. Cela est vrai, mais pourtant, dans la tourmente que nous connaissons, les liens à rechercher sont d’abord ceux d’un état d’esprit, d’une mentalité, d’une véritable révolution spirituelle.

On ne peut comprendre l’usage de la communion dans la main si on ne se penche pas sur l’esprit du Novus Ordo, lui-même consécutif à la volonté et à l’esprit du concile Vatican II. On ne peut reconnaître la légitimité du Novus Ordo – ou de sa promulgation, ce qui est la même chose – et rejeter en même temps les conséquences théologiques et pratiques d’une telle affirmation.

Le but n’est pas ici de refaire le procès du nouveau rite, chose très bien faite par le Bref examen critique des cardinaux Bacci et Ottaviani, et encore dans l’ouvrage intitulé le problème de la réforme liturgique. On y démontre très clairement comment d’une liturgie faite pour la gloire de Dieu, sacrifice propitiatoire pour les péchés, on est passé à une liturgie anthropocentrique guidée par une notion protestante du sacerdoce et évacuant par conséquent la notion du sacrifice.

« La désacralisation est portée à son comble par les nouvelles et parfois grotesques modalités de l’offrande. L’insistance est mise sur le pain ordinaire aux lieu et place du pain azyme. La faculté est donnée aux enfants de chœur, et aux laïcs lors de la communion sous les deux espèces, de toucher les vases sacrés (numéro 244). Une invraisemblable atmosphère se trouvera créée dans l’église : on verra en effet y alterner sans trêve le prêtre, le diacre, le sous-diacre, le psalmiste, le commentateur (le prêtre lui-même est d’ailleurs devenu commentateur, puisqu’il est invité à « expliquer « continuellement ce qu’il est sur le point d’accomplir), les lecteurs hommes et femmes, les clercs ou les laïcs qui accueillent les fidèles à la porte de l’église et les accompagnent à leur place, qui font la quête, qui portent les offrandes, qui trient les offrandes… […]Et enfin la manie de la concélébration : elle achèvera de détruire la piété eucharistique du prêtre et d’estomper la figure centrale du Christ, unique Prêtre et Victime, et de la dissoudre dans la présence collective des concélébrants. », in Bref examen critique.

Comment ne pas voir dans une telle désacralisation et désacerdotalisation, directement issue des textes du concile Vatican II, la porte ouverte à tous les délires et sacrilèges, dont celui de la communion dans la main. Car on tient le Novus Ordo comme loi liturgique légitimement promulguée, en se basant sur le fait que l’autorité qui la promulgue est légitime, alors on doit également accepter comme légitime l’autorisation donnée par Rome et déléguée aux conférences épiscopales de l’usage de la communion dans la main.

D’où une certaine mise en pratique logique de la pensée de ce prêtre de l’IBP. Les mots ont un sens, ils recouvrent une réalité, réalité qui s’impose tôt ou tard. En voulant justifier la légitimité du Novus Ordo en modifiant le sens du mot légitimité, ce prêtre a fini par accepter la réalité vraie recouverte par ce mot, à savoir celle d’une loi juste. Et aujourd’hui il ne peut refuser ce qu’il a fini malgré tout par accepter dans les mots comme une loi juste.

Ainsi glissent et se perdent ceux qui veulent jouer avec l’erreur. Tout ceux qui se sont engagés dans cette voix ont fini par accepter tout ou partie des réformes conciliaire et post conciliaire. Tous. Dom Gérard a fini par concélébrer dans le Novus Ordo, rite qu’il considérait lui aussi comme légitimement promulgué et orthodoxe. Il conseilla à d’autres une telle concélébration. Il accepta et justifia aussi les doctrines conciliaires, même les plus graves, comme la liberté religieuse.

Comment ne pas penser au malheureux diocèse de Campos, qui d’un refus clair et net du nouveau rite, voulu concilier la Tradition avec les réformes conciliaire. C’est ainsi que leur évêque Mgr Rifan concélèbre aujourd’hui de façon régulière dans le nouveau rite, et lors de célébrations aux sacrilèges odieux ! Et le malheureux se justifia à l’époque en expliquant qu’il avait fait « semblant » de concélébrer !

Ce prêtre a mis 5 ans pour donner la communion dans la main, 5 ans après avoir accepté la légitimité du rite nouveau de Paul VI, rite mauvais, néo protestant. La justification malheureuse de ce terme n’a pas permis à ce prêtre d’éviter de continuer de glisser : reconnaître et rétracter son erreur lui aurait peut-être donné la grâce et l’opportunité de se ressaisir.

Combien d’autres exemples malheureux nous faudra-t-il pour tenir une ligne ferme et sans ambiguïté face à ce qui détruit l’Eglise et condamne les âmes ? Combien d’abandon, de lâcheté et de reniement faudra-t-il pour que les catholiques comprennent qu’il n’y a pas d’accord possible avec l’erreur, que le plat de lentilles accepté par Esaü lui fit perdre la bénédiction du ciel ?

Certains rêvent de paix, poursuivent une trêve. Ils ont oublié que ce combat n’est pas le leur, qu’il n’est pas de dimension humaine, sa dimension est eschatologique, il dépasse les hommes les temps et les lieux, il se situe dans cette grande lutte du Bien contre le Mal. Ni la paix ni la guerre ne dépendent de nous, seul dépend de nous le camp que nous choisissons.

« Nous refusons donc d’admettre comme légitime cette liturgie mauvaise, qui s’oppose à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Nous réputons au contraire la nouvelle messe illégitime et illicite. Ceux qui se sanctifient en y assistant se sanctifient malgré elle et non pas grâce à elle. Un jour, elle sera à jamais bannie des sanctuaires catholiques. » Abbé Régis de Cacqueray, Lettre aux amis et bienfaiteurs n° 80 de mars 2013

« La nouvelle messe, promulguée en 1969, amoindrit l’affirmation du règne du Christ par la Croix (« regnavit a ligno Deus»). En effet son rite lui-même estompe et obscurcit la nature sacrificielle et propitiatoire du sacrifice eucharistique. Sous-jacente à ce nouveau rite se trouve la nouvelle et fausse théologie du mystère pascal. L’un et l’autre détruisent la spiritualité catholique fondée sur le sacrifice de Notre Seigneur au Calvaire. Cette messe est pénétrée d’un esprit œcuménique et protestant, démocratique et humaniste qui évacue le sacrifice de la Croix. Elle illustre la nouvelle conception du « sacerdoce commun des baptisés » qui escamote le sacerdoce sacramentel du prêtre. » Déclaration des évêques de la FSSPX à l’occasion du 25e anniversaire des sacres épiscopaux [30 juin 1988 – 27 juin 2013]

Austremoine