De quelle charité parlons-nous ?

Cham s’est moqué de la nudité de Noé, nudité dû à l’ivresse involontaire de son père. Noé n’a pas commis de faute, et Cham n’a pas secouru son père.

Où me suis-je moqué du pape et de l’Eglise ? Où me suis-je réjoui de la crise que l’Eglise traverse ? Nulle part.

Il faut être réaliste, d’un réalisme charitable, se réjouissant de ce qui est positif et s’affligeant de ce qui est négatif.

La levée des excommunications, ce fut imparfait mais positif. Summorum Pontificum de même. Dans les deux cas nous sommes passé d’un état mauvais à un état moins mauvais, mais dans les deux cas l’injustice perdure. On peut donc se réjouir de l’amélioration survenue mais rappeler l’injustice qui demeure. Voilà pour ce qui se rapporte avec la FSSPX.

Pour ce qui est de l’Eglise en général, les mauvais principes qui la minent sont toujours à l’œuvre, ceux de la liberté religieuse, de l’oeucuménisme et de la collégialité. Chaque jour qui passe et qui voit ces principes à l’œuvre voit aussi des âmes se damner parce que des doctrines erronées ravagent l’Eglise.

Où est la charité ? La charité consiste-t-elle à couvrir d’un voile consensuel les causes de la perte des âmes et de la crise de l’Eglise ? Consiste-t-elle à ne s’attacher qu’à quelques améliorations accidentelles pour mieux ignorer les causes substantielles d’une crise effroyable ? Quelle est votre conception de la charité ?

La charité c’est l’amour de Dieu, la gentillesse avec les autres n’est charité que si cette gentillesse a pour effet de rapprocher le prochain de Dieu par amour de celui-ci. C’est tout le problème de l’oeucuménisme qui veut être gentil avec autrui mais en évacuant l’objectif de l’amener à Dieu.

La charité implique d’emmener le prochain à Dieu, mais on ne peut l’emmener à Dieu si on ne lui montre pas aussi où est l’erreur. C’est ce qu’enseigna le grand St Pie X, celui qui perçu avec précision le mal qui rongeait déjà l’Eglise :

« Il en est de même de la notion de fraternité, dont ils mettent la base dans l’amour des intérêts communs, ou, par delà toutes les philosophies et toutes les religions, dans la simple notion d’humanité, englobant ainsi dans le même amour et une égale tolérance tous les hommes avec toutes leurs misères, aussi bien intellectuelles et morales que physiques et temporelles. Or, la doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de la charité n’est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelque sincères qu’elles soient, ni dans l’indifférence théorique ou pratique pour l’erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale non moins que pour leur bien-être matériel. Cette même doctrine catholique nous enseigne aussi que la source de l’amour du prochain se trouve dans l’amour de Dieu, père commun et fin commune de toute la famille humaine, et dans l’amour de Jésus-Christ, dont nous sommes les membres au point que soulager un malheureux, c’est faire du bien à Jésus-Christ lui-même. Tout autre amour est illusion ou sentiment stérile et passager. Certes, l’expérience humaine est là, dans les sociétés païennes ou laïques de tous les temps, pour prouver qu’à certaines heures la considération des intérêts communs ou de la similitude de nature pèse fort peu devant les passions et les convoitises du cœur. Non, Vénérables Frères, il n’y a pas de vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne, qui, par amour pour Dieu et son Fils Jésus-Christ notre Sauveur, embrasse tous les hommes pour les soulager tous et pour les amener tous à la même foi et au même bonheur du ciel. En séparant la fraternité de la charité chrétienne ainsi entendue, la démocratie, loin d’être un progrès, constituerait un recul désastreux pour la civilisation. Car si l’on veut arriver, et Nous le désirons de toute Notre âme, à la plus grande somme de bien-être possible pour la société et pour chacun de ses membres par la fraternité, ou, comme on dit encore, par la solidarité universelle, il faut l’union des esprits dans la vérité, l’union des volontés dans la morale, l’union des cœurs dans l’amour de Dieu et de son Fils, Jésus-Christ. Or, cette union n’est réalisable que par la charité catholique, laquelle seule, par conséquent, peut conduire les peuples dans la marche du progrès, vers l’idéal de la civilisation. » Saint Pie X, lettre sur le Sillon

Si vous relisez cette lettre, tout comme Pascendi, vous verrez avec quelle fermeté, voir quelle violence diraient certains, ce saint pape su reprendre sévèrement en son temps ses frères dont il avait la charge. Voilà la vraie charité d’un saint.

Lisez la vie de Saint Pie X, vous y verrez avec quelle fermeté il destitua plusieurs théologiens de leur chaire, de quelle façon il combattit matériellement ceux qui étaient cause de confusion doctrinale. Je me souviens même d’un patron anti-clérical qui fit faillite suite à l’action du cardinal de Venise Sarto : celui-ci veilla cependant à ce que la famille de cet homme fut logée et nourrie et ne tomba pas dans la misère. Voici une vraie charité.

Saint Pie X s’opposa avec fermeté aux ennemis de l’Eglise, on vit les forces catholiques se mobiliser et se battre avec énergie pour les droits de Dieu et de son Eglise. Léon XIII voulut composer et négocier avec la république anti-chrétienne : les forces catholiques s’en retrouvèrent durablement affaiblie.

La charité se trouve dans la Vérité. La compromission, l’ambiguïté ou le silence sur le mal ne sont pas œuvre de Dieu, les saints nous le montrent.

Austremoine