Delendum Concilium est

Comme toutes les véritables révolutions, celle du concile Vatican II n’a rien laissé au hasard et n’a rien épargné. Les éléments les plus évidents ont été ceux de la liturgie et de la doctrine – liberté religieuse, collégialité et œcuménisme -, mais plus subversif encore, celui de la sémantique.

On peut revenir sur la liturgie, il suffit de le décider et de l’imposer, il est plus difficile de revenir sur la doctrine, bien qu’on puisse de nouveau l’enseigner. Il est quasiment irréversible de revenir sur une sémantique faussée et détournée qui coupe tout lien entre les époques, le réel et l’intelligence.

Une personne raisonne avec des mots, ces mots recouvrant une réalité, des concepts. Si deux personnes utilisent le même mot pour deux réalités différentes, la communication sera très difficile et tournera vite à l’incompréhension. Imaginez un pilote et son copilote, avec l’un et l’autre ayant une compréhension différente de ce qu’est la droite et la gauche, l’accélérateur et le frein, la marche arrière et la marche avant etc… Il n’est pas difficile d’imaginer que la voiture ira vite dans le fossé !

C’est le problème actuel. On peut toujours parler du Concile, de la liberté religieuse, de la nouvelle messe, de tout ce qui pose problème ! Mais avec quels mots ? Parlez de Dieu, de sacerdoce, de liberté, de magistère, de communion, de sacrifice, de propitiation, de pouvoir, de justification…et la liste pourrait être si longue ! Tous ces mots pourtant si nécessaires à une confrontation théologique sont devenus inutilisables car ils revêtent pour l’une et l’autre partie des sens complètement différents.

Un de mes cousins, religieux conservateur me disait attristé : « c’est terrible, j’ai comme l’impression que même Saint Thomas d’Aquin ne peut plus nous servir de base commune ». C’est si vrai. Si nous sommes deux à lire Saint Thomas avec le langage de Saint Thomas selon la conception de Saint Thomas, alors il y a une chance de pouvoir discuter. Mais si on lit Saint Thomas à la lumière sémantique de Kant, Hengel  ou  tout autre « philosophe » moderne, alors le problème reste entier, et même il s’aggrave d’avantage.

C’est l’un des grands dangers de l’herméneutique de la continuité, qui éventuellement ne refusera pas l’étude de saint Thomas mais avec une perception déformée des mots employés. Les progressistes pourront alors se vanter d’accepter la Tradition théologique de l’Eglise !

Il n’y a pas d’autre possibilité que de refuser de façon absolue non seulement la nouvelle doctrine mais également la nouvelle sémantique. Ne rentrons pas dans le piège de la « communion », cette notion fourre-tout qui justifie tout pourvu que l’on soit en « communion » avec le pape, sans se soucier de la Foi professée ! Refusons d’utiliser les termes « forme ordinaire et extraordinaire » qui n’a pour d’autre but de faire oublier qu’il a en substance deux rites radicalement opposés.

Etudions réellement le sens des mots, sacerdoce, liberté, libre arbitre, propitiation etc… tous ces mots dont la révolution conciliaire s’empare pour mieux les détruire. Redonnons aux mots leur vrai sens.

Le Concile n’est pas juste un événement qu’il faut dépasser, ce n’est pas un faux pas qu’il faut relativiser, ce n’est pas un texte ambigüe qu’il faut interpréter. Le concile Vatican II a été une révolution complète, qui n’a rien épargné, jusque dans les mots.

« Delenda Carthago est » : Rome avait compris qu’elle ne survivrait pas sous les mêmes cieux que Carthage. La Tradition ne peut pas survivre sous les mêmes auspices que l’Eglise conciliaire. « Delendum Concilium est ».

Austremoine