Doit-on citer les papes et le nouveau magistère ?

Il est une habitude dangereuse qui se répand dans la Tradition qui est celle de vouloir citer comme un argument de valeur les papes post Concile Vatican II ainsi que le nouvel enseignement conciliaire.

On pourra objecter qu’il est bien naturel de s’appuyer sur l’enseignement des papes, qu’il ne nous appartient pas de juger l’enseignement du siège apostolique et que nous n’avons qu’à le diffuser scrupuleusement. Et que même en admettant que la nouvelle doctrine conciliaire pose problème, il est bien normal de se référer aux autorités de l’Eglise lorsque leur enseignement est conforme à la Tradition.

La première objection est un débat bien plus vaste que ne le permet un court paragraphe, mais on peut y répondre rapidement en rappelant que l’autorité de l’Eglise si haute soit elle, ne tient son autorité que pour enseigner et rappeler le dépôt révélé, et que rien ne lui permet de le contredire.

« Mais quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel vous annoncerait un autre Evangile que celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème! Nous l’avons dit précédemment, et je le répète à cette heure, si quelqu’un vous annonce un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème! » Epitre de Saint Paul apôtre aux Galates

Savoir si l’enseignement conciliaire est en conformité avec la Tradition n’est pas l’objet de ce texte. Les articles de ce blog s’efforcent d’apporter une réponse claire tout comme le site www.vatican2-en-questions.org; nous partirons donc du constat et du fait que ce n’est pas le cas.

Quel comportement observer vis-à-vis de textes, de réflexions ou d’éléments d’enseignements des papes post conciliaires qui nous semblent correspondre avec le magistère constant de l’Eglise ? Est-il bon de citer ces éléments comme faisant autorité, que ce soit dans des discussions, des sermons, des livres ou autres, et sur des sujets concernant même la Foi ou les mœurs ?

La réponse, dans le contexte actuel de la crise de l’Eglise est éminemment prudentielle. Prenons un exemple concret : il y a peu de temps, un prêtre de la FSSPX a écrit un bon livre sur la vie de famille. Ce qui est écrit est très bien ; le fond est parfait. Mais afin d’étayer son propos, voici que l’auteur fait force de citations de Benoît XVI et de Jean Paul II, citations par ailleurs tout à fait orthodoxe.

Certes cela permet au livre de montrer que son contenu est bon puisqu’il correspond à l’enseignement constant de l’Eglise, et même des derniers papes. Cela donne sans aucun contexte une autorité de fait et une audience élargie. Mais paradoxalement, cela donne aussi un crédit à des autorités doctrinalement déviantes, crédit qu’on ne doit en aucun cas leur donner puisque leur théologie, d’une façon générale, est profondément erronée.

Que ce dira le lecteur de ce livre qui n’aura lu que de vraies et bonnes citations de Jean-Paul II et de Benoît XVI ? Il se dira, confiant dans ce bon livre qu’il tient dans les mains, que ces papes sont bons, que leur doctrine est bonne, qu’ils sont dignes de confiance et que leur enseignement est tout ce qu’il y a de plus conforme à la Tradition ! Au mieux il relativisera le danger de tels enseignements ! Et ainsi, on induira en erreur le prochain, à partir d’éléments tout à fait vrais.

C’est pour cela qu’un minimum de prudence impose, avant d’user éventuellement de citations des papes post conciliaires ou du concile Vatican II lui-même, de prévenir le lecteur sur les éléments contradictoires, variables et dangereux de ces enseignements et de leurs auteurs.

Il n’en reste pas moins que le mieux reste de s’abstenir de telles citations et références, car les 2 000 ans de magistère de l’Eglise sont suffisamment riches pour y trouver toutes sortes de lumières et d’enseignements fiables, pour qu’on aille puiser dans des auteurs et des textes qui auraient été condamnés en d’autres temps et qui le seront un jour !

Austremoine