Du magistère conciliaire à la mentalité contraceptive

Un lecteur prêtre me fait la remarque ci-dessous au sujet de ma première réponse à l’abbé Fabrice Loiseau.

Dans la réponse que vous faites à l’abbé Loiseau et que vous avez postée le 30 avril, vous écrivez :

Il est évident que si la fin primaire du mariage n’est pas la procréation, alors l’acte conjugal peut en exclure la finalité, ce qui est la porte ouverte à la mentalité contraceptive, mentalité largement rependue (sic) chez les catholiques et qui s’est amplifiée sous Jean-Paul II.

En disant cela, vous allez peut-être un peu vite en besogne.

Un premier fait aurait dû vous mettre en alerte. Même si le Concile a passé sous silence la hiérarchie des fins du mariage, le magistère post-conciliaire en matière morale a réaffirmé l’immoralité de la contraception (Paul VI, encyclique Humanae vitae de Paul VI, 25 juillet 1968) et de la fécondation artificielle (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Donum vitae, 22 février 1987 et Instruction Dignitas personae, 8 septembre 2008). Dans les deux cas, les textes se fondent sur l’inséparabilité des dimensions unitive et procréative du mariage et de l’acte conjugal.

Les rappels de Pie XII sur les fins du mariage se trouvent dans 4 documents : le discours à la Sainte Rote du 3 octobre 1941, la sentence de Mgr Wynen du 22 janvier 1944 (publiée dans les AAS, ce qui est exceptionnel), le décret du Saint Office du 1er avril 1944 sur les fins du mariage, le discours aux sages-femmes du 29 octobre 1951 (auquel vous renvoyez). De ces divers documents, il appert que trois erreurs sont flétries : considérer les fins secondes comme accidentelles, dissocier les fins, mettre sur un pied d’égalité les fins.

De ces erreurs, Vatican II n’est tombé que dans la troisième, dans la mesure où le Concile s’est refusé à assumer la hiérarchie des fins enseignée par le Code Droit canon de 1917 (can. 1013 § 1) et le pape Pie XII (cf. références ci-dessus). Par contre, Gaudium et spes rappelle l’inséparabilité des fins (n° 51 § 2), ce qui permettra au magistère de garder le cap en matière de contraception et de fécondation artificielle, malgré son silence sur la hiérarchie des fins du mariage.

La contraception étant rejetée par le magistère conciliaire, la mentalité contraceptive s’introduit dans la pensée et la pratique des catholiques par le biais des méthodes naturelles de régulation des naissances. En effet, les époux assument librement une mission qu’ils doivent accomplir, à moins que des éléments graves les en empêchent. En l’absence de tels motifs, le péché des époux ne s’oppose pas à la loi de l’acte conjugal mais à la loi de l’état conjugal (Pie XII, Discours aux sages-femmes, 29 octobre 1951 et Discours au 7e congrès international d’hématologie, 12 septembre 1958).

En omettant de rappeler l’ordre des fins du mariage, le magistère conciliaire et post-conciliaire expose les fidèles à tomber, sans même s’en rendre compte, dans une mentalité contraceptive dans l’usage des méthodes naturelles. Jean-Paul II lui-même avait fini par le constater, mais sa vision personnaliste l’empêchait de remettre le mariage dans son contexte objectif. Or sans contexte objectif, il n’est pas possible de distinguer les motifs sérieux des motifs futiles de recourir aux méthodes naturelles de régulation des naissances. Beaucoup se rassurent en se disant que l’acte conjugal n’est pas perverti par les méthodes naturelles (alors qu’il l’est par la contraception), mais il ne perçoivent plus que la mission propre des époux est frustrée dans son accomplissement normal.

L’expression “l’acte conjugal peut en exclure la finalité” est assez maladroite. Elle doit signifier que tout acte conjugal doit rester ouvert à la vie, même s’il est naturellement infécond.