Du sédévacantisme aux antipapes

L’Eglise est de nature hiérarchique, c’est l’un de ses attributs essentiel, elle est une monarchie absolue dont le monarque est le pape, monarchie de constitution divine. L’Eglise accompagnera ses enfants jusqu’à la fin des temps selon la promesse du Christ et l’enseignement de l’Eglise :

L’Église catholique peut-elle être détruite ou périr ?

« Non ; l’Église catholique peut être persécutée, mais elle ne peut être détruite ni périr. Elle durera jusqu’à la fin du monde parce que, jusqu’à la fin du monde, Jésus-Christ sera avec elle, comme il l’a promis. » Grand catéchisme de St Pie X

Or que disent les sédévacantistes ? Ils affirment qu’il n’y a plus de pape depuis Jean XXIII (ou depuis Paul VI pour d’autres), donc tous les actes posés par ces papes sont dénués d’autorité, ce qui signifie que tous les cardinaux créés par eux ne sont pas cardinaux. De plus les sédévacantistes rejetant de façon absolue toute validité notamment aux sacres des évêques selon le nouveau rite de Paul VI, tous les évêques sacrés dans ce rite ne sont pas évêques.

Nous avons donc une Eglise qui n’a plus de pape (depuis 40 ans), plus de cardinaux, plus d’évêques hormis quelques uns sacrés dans l’ancien rite et très peu de prêtres.

Il y a deux façons de considérer cette situation présumée afin de la rendre conciliable avec la croyance que nous devons tenir que l’Eglise ne peut pas périr.

1 – Soit on considère que le pape n’est pas un élément constitutif de l’Eglise, et on dira alors qu’il peut y avoir une Eglise sans pape, donc une Eglise sans tête. C’est comme dire qu’il pourrait y avoir une table sans pied, ou une voiture sans roue. Une table sans pied est un plateau, ce n’est plus une table, une voiture sans roue n’est plus une voiture car les roues sont constitutives de l’être « voiture ».

Ces sédévacantistes rétorqueront que lors du décès du pape, il n’y a plus de pape en attendant l’élection du suivant, et que pendant cette période de siège vacant, on ne peut considérer que l’Eglise n’existe plus puisque qu’il n’y a plus de souverain pontife.

Il y a deux réponses à cette objection : tout d’abord l’attente de l’élection d’un souverain pontife est une période transitoire, temporaire, elle n’est pas un état de fait permanent et définitif comme l’est le fait de considérer l’Eglise sans pape, sans cardinaux et sans évêques depuis 40 ans. Ensuite, dans l’attente de l’élection du souverain pontife, l’Eglise continue d’être dirigée par les cardinaux et les évêques. L’Eglise garde donc en tout temps une hiérarchie visible.

Or on constate chez ces sédévacantistes que pour leur part ils ne répondent à aucune hiérarchie : ils revendiquent une poignée d’évêques (à la consécration douteuse), allant d’une chapelle à l’autre, sans que ni les uns ni les autres ne répondent d’une quelconque autorité. Ce qui est constitutif de l’Eglise, à savoir une société visible et hiérarchique, même en cas de décès d’un pape, est totalement absent des mouvances sédévacantistes.

2 – Soit on considère qu’effectivement un pape est un élément constitutif de l’Eglise et on admet le fait que la situation d’une Eglise privée de pape de façon perpétuelle n’est pas possible, mais en même temps on pose le même constat que les précédents à savoir qu’il n’y a plus de pape depuis 40 ans et tout ce qui s’en suit.

Alors ces personnes, dont certaines sont évêques, d’autres simples prêtres d’autres simples laïcs, vont considérer qu’ils doivent recréer une papauté. C’est bien sûr la porte ouverte à toutes les excentricités et c’est ainsi que l’on assista dans les années 70, 80 et 90 à une floraison d’antipapes. Inutile de préciser à ce stade du sérieux de la position de ces personnes.

Dans un cas comme dans l’autre, nous pouvons constater que la position sédévacantiste mène au schisme le plus complet. Ils pourront garder l’encens, les ornements, le décorum et une apparente doctrine traditionnelle, mais comme nous le rappelle Saint-Pie X dans son grand catéchisme :

« Le Pontife Romain est le chef visible de l’Église, parce qu’il la dirige visiblement avec l’autorité même de Jésus-Christ qui en est le chef invisible.
[…]
Le Pape est infaillible seulement lorsque, en sa qualité de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit, pour être tenue par toute l’Église, une doctrine concernant la foi et les mœurs.
[…]
Non, tous ceux qui ne reconnaissent pas le Pontife Romain pour leur chef n’appartiennent pas à l’Église de Jésus-Christ. »

A ceux qui malgré tout voudraient croire que l’Eglise n’a plus de pape à sa tête, qu’ils se rappellent les paroles du premier concile du Vatican :

« Ce que le Christ notre Seigneur, chef des pasteurs, pasteur suprême des brebis, a institué pour le salut éternel et le bien perpétuel de l’Église doit nécessairement, par cette même autorité, durer toujours dans l’Église, qui, fondée sur la pierre, subsistera ferme jusqu’à la fin des siècles.  » Personne ne doute, et tous les siècles savent que le saint et très bienheureux Pierre, chef et tête des Apôtres, colonne de la foi, fondement de l’Église catholique, a reçu les clés du Royaume de notre Seigneur Jésus-Christ, Sauveur et Rédempteur du genre humain : jusqu’à maintenant et toujours, c’est lui qui, dans la personne de ses successeurs « , les évêques du Saint-Siège de Rome, fondé par lui et consacré par son sang,  » vit « , préside  » et exerce le pouvoir de juger « . »

Austremoine