Eschaton : cap sur les années 70, toutes voiles dehors !

Source : eschaton.ch

Le pape François nous a gratifié, dans une récente interview, d’un véritable festival de catholicisme flasque et bienpensant faisant écho aux creuses, soumises et  stériles années 70 . A travers ses propos, les seuls qui peuvent se sentir  remis en cause sont les conservateurs, soucieux de cohérence doctrinale tout autant que de morale catholique. Le plus comique dans tout cela c’est que tout en dénonçant la tentation conservatrice le pape se replie, lui, dans le pire des conservatismes, celui des années 70 et du catholicisme neuneu qui se revendique sans cesse de Vatican II et dont le pape François dit qu’il a produit des « fruits considérables ». Autre aspect particulièrement comique, la dénonciation de l’idéologisation qui serait liée au vetus ordo,  comme si le nouvel ordo n’était-elle pas l’un des principaux vecteurs de la propagation de tous les délires hérétiques que colporte massivement le personnel pastoral de l’Eglise conciliaire, comme si tant d’enragés  du nouvel ordo ne mettaient pas tout en œuvre pour contourner l’application du motu proprio de Benoît XVI.

Tout tourne autour de l’idée d’actualisation de la foi, de relecture de l’évangile dans un contexte nouveau. C’est un programme en tous points anti-traditionnel et largement protestant, on ne peut ,quand on est catholique, à ce point mépriser la tradition. Toute cette interview est une véritable insulte envers l’intelligence de la foi, une déclaration de guerre envers ceux qui luttent après avoir compris, grâce à l’enseignement des saints papes du XIXe et du début du XXe, que notre époque, où triomphent les forces antéchristiques, est le résultat d’un projet de destruction de la civilisation chrétienne,  notamment par la contestation de ses habitus, de sa doctrine du salut et des rapports entre l’Eglise et l’Etat. Plus que jamais, notre époque à la lumière la Sainte Ecriture et de la Tradition, valide les analyses de ceux que le pape François décrie.

J’ai bien peur qu’avec ce pape nous ayons reçu, nous autres catholiques, le salaire de notre lâcheté et de notre médiocrité.

Florilège

Au sujet du P. Aruppe, supérieur (et fossoyeur) de la Compagnie de Jésus de 1965 à 1981 :

Je me souviens de lui priant assis par terre, en tailleur, comme le font les Japonais. C’est pour cela qu’il avait une attitude juste et qu’il a pris les bonnes décisions.

Les lamentations qui dénoncent un monde “barbare” finissent par faire naître à l’intérieur de l’Église des désirs d’ordre entendu comme pure conservation ou réaction de défense. Non: Dieu se rencontre dans l’aujourd’hui.

Ma manière autoritaire et rapide de prendre des décisions m’a conduit à avoir de sérieux problèmes et à être accusé d’ultra-conservatisme […] mais je n’ai jamais été conservateur.

C’est impressionnant de voir les dénonciations pour manque d’orthodoxie qui arrivent à Rome! Je crois que ces cas doivent être étudiés par les conférences épiscopales locales.

L’Église s’est parfois laissé enfermer dans des petites choses, de petits préceptes. Le plus important est la première annonce: “Jésus Christ t’a sauvé!”.

Un jour quelqu’un m’a demandé d’une manière provocatrice si j’approuvais l’homosexualité. Je lui ai alors répondu avec une autre question: “Dis-moi: Dieu, quand il regarde une personne homosexuelle, en approuve-t-il l’existence avec affection ou la repousse-t-il en la condamnant?” Il faut toujours considérer la personne.»

Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents. Une pastorale missionnaire n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrine à imposer avec insistance.

Il est nécessaire d’agrandir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église. Je crains la solution du “machisme en jupe” car la femme a une structure différente de l’homme. Les discours que j’entends sur le rôle des femmes sont souvent inspirés par une idéologie machiste. Les femmes soulèvent des questions que l’on doit affronter.

Si le chrétien est légaliste ou cherche la restauration, s’il veut que tout soit clair et sûr, alors il ne trouvera rien. La tradition et la mémoire du passé doivent nous aider à avoir le courage d’ouvrir de nouveaux espaces à Dieu. Celui qui aujourd’hui ne cherche que des solutions disciplinaires, qui tend de manière exagérée à la “sûreté” doctrinale, qui cherche obstinément à récupérer le passé perdu, celui-là a une vision statique et non évolutive. De cette manière, la foi devient une idéologie parmi d’autres.

Il y a des normes et des préceptes secondaires de l’Église qui ont été efficaces en leur temps, mais qui, aujourd’hui, ont perdu leur valeur ou leur signification. Il est erroné de voir la doctrine de l’Église comme un monolithe qu’il faudrait défendre sans nuance.

Vatican II fut une relecture de l’Évangile à la lumière de la culture contemporaine. Il a produit un mouvement de rénovation qui vient simplement de l’Évangile lui-même. Les fruits sont considérables. Il suffit de rappeler la liturgie. Le travail de la réforme liturgique fut un service du peuple en tant que relecture de l’Évangile à partir d’une situation historique concrète. Il y a certes des lignes herméneutiques de continuité ou de discontinuité, pourtant une chose est claire : la manière de lire l’Évangile en l’actualisant, qui fut propre au Concile, est absolument irréversible. Il y a ensuite des questions particulières comme la liturgie selon le vetus ordo. Je pense que le choix du pape Benoît fut prudentiel, lié à l’aide de personnes qui avaient cette sensibilité particulière. Ce qui est préoccupant, c’est le risque d’idéologisation du vetus ordo, son instrumentalisation.

A ces propos s’ajoutent ceux tenus en d’autres circonstances:

Au sujet du cardinal Martini à l’occasion du second anniversaire de sa mort : “[il a été] une figure prophétique…un homme de discernement et de paix… un père pour l’Eglise tout entière”. Il fallait oser quand même nous donner en exemple ce moderniste achevé.  Ou encore: « Jamais l’Eglise ne s’est portée aussi bien qu’aujourd’hui. » (16/09/2013 au clergé de Rome).