Eschaton : dérives de la papauté et sédévacantisme

Cet article repris du blog eschaton.ch expose de façon très synthétique mais clair l’erreur majeure du sédévacantisme qui est dans une certains meusure aussi celle des progressistes : un pape est infaillible, par nature.

Source : eschaton.ch

Le sédévacantisme est une tentation que je peux aisément comprendre, mais il n’en demeure pas moins qu’elle constitue une erreur grave qui s’origine dans un dégoût légitime mais insuffisamment réfléchi devant les turpitudes des instances dirigeantes de l’Eglise qui fait perdre le sens  de la mesure et de la prudence à ses adeptes. Ce qui a pour conséquence qu’ils s’enhardissent pour des solutions extrêmes qu’ils ont le tort de vouloir absolutiser, à défaut, le plus souvent, d’une culture théologique suffisante.

C’est ainsi qu’ils prétendent que le pape est infaillible en tous ses actes, or les papes actuels enseignent des erreurs, c’est donc qu’ils ne sont pas papes. Mais le concile Vatican I a clairement restreint les conditions de l’infaillibilité à 5 critères. Il faut que le pape :

–          Remplisse sa charge de pasteur et docteur de tous les chrétiens.

–          définisse,

–          en vertu de sa suprême autorité apostolique

–          une doctrine en matière de foi et de mœurs

–          qui doit être tenue par toute l’Eglise.

Ce que le catéchisme de Saint Pie X résume ainsi :  « le pape est infaillible seulement lorsque, en sa qualité de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit, pour être tenue par toute l’Eglise, une doctrine concernant la foi et les moeurs. »

Les codes de droit canonique de 1917 et 1983 précise que pour qu’un enseignement soit reconnu comme étant défini il faut qu’il le soit manifestement établi :  « Declarata seu definita dogmatice res nulla intelligitur, nisi id manifeste constiterit. (Aucune chose ne doit être comprise comme déclarée ou définie dogmatiquement, à moins que cela ne soit manifestement établi) » an. 1323, § 3. Ceci est repris dans le nouveau code de Droit canon (1983) : Can 749 – § 3 : Infaillibiliter definita nulla intellegitur doctrina, nisi id manifesto constiterit. Aucune doctrine n’est considérée comme infailliblement définie que si cela est manifestement établi.)

Or, en ce qui concerne Vatican II il est évident que celui-ci n’a rien défini. Paul VI  dans son sermon de clôture du Concile a expliqué que ce dernier n’a pas «  voulu se prononcer sous forme de sentences dogmatiques extraordinaires » et dans l’audience du 12 janvier 1966 il a affirmé que le concile avait « évité de prononcer d’une manière extraordinaire des dogmes comportant la note d’infaillibilité. »Mgr Ocariz a récemment également expliqué : « Le Concile Vatican II n’a défini aucun dogme, au sens où il n’a proposé aucune doctrine au moyen d’un acte définitif » et Joseph Ratzinger a dit de même «  La vérité est que le concile n’a défini aucun dogme et a voulu cosnciemment s’exprimer à un niveau plus modeste simplement comme un concile pastoral » (DISCOURS AUX EVEQUES CHILIENS, 13 JUILLET 1988)

Depuis aucun acte du magistère n’a davantage engagé la note d’infaillibilité, c’est également facilement vérifiable.

Les sédévacantistes usent ensuite d’un autre argument, celui qui voudrait qu’un pape ne peut en aucune manière être hérétique tout en restant légitimement à la tête de l’Eglise. Si c’est effectivement l’opinion de Bellarmin, il ne s’agit nullement d’une opinion qui a pour elle l’assentiment général des docteurs de l’Eglise. En effet,  Suarez enseignait très clairement : «  en aucun cas, même d’hérésie, le pape n’est privé de sa dignité et de son pouvoir, immédiatement, par Dieu lui-même, avant le jugement et la sentence des hommes » ( De fide, dis.X, sect VI, no3-10, p.316-318.)   Billuart est sur la même ligne , de Fide dis.V, a.3, et 3, obj.2. « selon l’opinion commune, le Christ, par une providence particulière, pour le bien commun et la tranquillité de l’Eglise, continue de donner juridiction à un pontife même manifestement hérétique, jusqu’à ce qu’il soit déclaré manifeste par l’Eglise. » Suarez ajoutait que c’était également l’opinion commune à son époque, en particulier celle de Cajetan( De Auctoritate pape, cap.18 et 19), Soto (4, d.22,q,a.2), Cano( 4 De locis, c.ult.ad 2) Corduba (livre IV, q.11)

Bref, le sédévacantisme repose sur deux déformations manifestes résultant d’un manque de culture théologique qui fait prendre à ses partisans, d’une part,  une réception à l’évidence fausse du concile Vatican I pour la vérité et d’autre part  des positions qui les rassurent, dans le contexte actuel, pour des certitudes imparables qui n’ont surtout pas pour elles l’unanimité des docteurs de l’Eglise, loin s’en faut.