Et si Dieu était jetable ?

Question stupide sans doute ! Et pourtant, il faut bien constater que Dieu est considéré bien souvent comme jetable, on le prend quand il nous sert, on le jette quand il nous gêne. Cela est vrai hélas pour chacun d’entre nous à différents degrés, cela se constate aussi dans nos sociétés apostates, mais plus grave encore, on le voit avec effarement dans l’Eglise.

Et si Dieu était jetable, jetable comme ces verres de pique-nique en plastique, ces verres jetables qui servirent de ciboires aux JMJ de Rio pour distribuer la communion ? « Abus », simple « abus » diront certains, après tout ce n’est ni le premier ni le dernier !

Nous ne pouvons que récuser le fait qu’il s’agisse d’un abus : cette façon de traiter la Sainte Eucharistie est en réalité ni exceptionnel ni étonnant, car elle n’est que le révélateur de la « Foi » de cette Eglise conciliaire et de sa hiérarchie.

Car il faut bien voir que ce scandale s’est produit à la messe du pape François qui a été organisée par les évêques brésiliens. Rien n’est venu dire la désapprobation de l’épiscopat brésilien, rien n’est venu exprimer les regrets du pape, parce qu’il n’y a ni désapprobation ni regret.

Que la communion soit distribué dans de vulgaires gobelets jetables montre de façon effective et concrète que la Foi dans la présence réelle a disparu. On sert de la bière dans une choppe, du bon vin dans un beau verre, on prépare à ses hôtes une belle table et une belle chambre. Mais le Christ Lui, Dieu tout puissant, on lui laisse le gobelet jetable !

Mais l’Eglise se veut pauvre pourra-t-on nous rétorquer ! Le Christ n’a pas besoin d’or et d’encens, il veut juste qu’on l’aime !

La vertu de pauvreté n’est pas extérieure, elle ne se mesure pas, elle est un état d’esprit. La richesse de l’Eglise n’est pas pour elle-même ni pour les hommes d’Eglise, elle est pour donner à l’Eglise le moyen d’évangéliser et de rendre gloire à Dieu. Voyez l’exemple de tant de milliers de moines qui ont su construire les plus beaux sanctuaires pour glorifier Dieu alors qu’ils vivaient de privations et de pénitences !

Certes le Christ n’a besoin de personne, il n’a pas besoin d’or. Ce n’est pas Lui qui a besoin d’être honoré, car tout ce que nous pouvons Lui donner ne Lui apporte rien puisqu’Il a tout par Lui-même et se suffit à Lui-même. Mais c’est nous pauvres hommes qui devons, par devoir, par révérence, par besoin et soumission, honorer comme il se doit notre créateur et sauveur, tant par l’amour de notre cœur que par les marques extérieures les plus insignes de dévotion et d’adoration.

Il y a déjà 20 ans, en 1994, déjà 54% des français se déclarant catholiques disaient ne pas croire en la présence réelle ! Qu’en est-il aujourd’hui ?!

Cette perte de la Foi en la présence réelle vient principalement d’un état d’esprit, d’un conditionnement, social certes, mais aussi et surtout ecclésial.

« Cette tendance rejoint celle que nous constations à propos de la Présence réelle : s’il n’y a plus de sacrifice, il n’y a plus besoin de victime. La victime est présente en vue du sacrifice. Faire de la messe un repas mémorial, un repas fraternel est l’erreur des protestants. Que s’est-il passé au XVIe siècle ? Précisément ce qui est en train de se passer aujourd’hui. Ils ont immédiatement remplacé l’autel par une table, ils ont supprimé le crucifix sur celle-ci, fait tourner vers les fidèles le “président de l’assemblée”. Le scénario de la Cène protestante se trouve dans Pierres Vivantes, le recueil composé par les évêques de France et que tous les enfants des catéchismes doivent obligatoirement utiliser : “Les chrétiens se rassemblent pour célébrer l’Eucharistie. C’est la messe… Ils proclament la foi de l’Église, ils prient pour le monde entier, ils offrent le pain et le vin… Le prêtre qui préside l’assemblée dit la grande prière d’action de grâces…” » Mgr Lefebvre, lettre aux catholiques perplexes

Le fascicule Savoir et Servir – Supplément au n° 10 analyse très bien la source principale de la perte de la Foi en la présence réelle :

« En même temps que la nouvelle messe, a été promulguée l’Institutio generalis, texte qui précise en particulier les options théologiques suivies. Il y est donné, à l’article 7, une définition de la messe dont on se demande comment un Pape a pu la signer.

“La Cène du Seigneur ou Messe est la Syntaxe sacrée ou le rassemblement du peuple de Dieu sous la présidence du prêtre, pour célébrer le mémorial du Seigneur. C’est pourquoi vaut éminemment pour l’assemblée locale de la Sainte Eglise la promesse du Christ : “Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux (Matthieu XVIII; 20.”

Cette définition réduit la messe à une cène, un repas, une assemblée (!) où le prêtre n’est que le président d’un rassemblement qui, lui, célèbre le mémorial (souvenir) du Seigneur. En conséquence de ce rassemblement, le Christ est “au milieu d’eux”, comme lorsqu’une famille dit une prière.

“Tout cela n’implique ni la Présence réelle, ni la réalité du sacrifice, ni le caractère sacramentel du prêtre qui consacre, ni la valeur intrinsèque du sacrifice eucharistique, indépendamment de l’assemblée.”

“En un mot, cette nouvelle définition ne contient aucune des données dogmatiques qui sont à la messe et qui constituent la véritable définition… une telle omission volontaire signifie… au moins en pratique leur négation”.

“Dans la seconde partie de la nouvelle définition, on aggrave encore l’équivoque. On y affirme en effet que l’assemblée en laquelle consisterait la messe, réalise éminemment la promesse du Christ : “Là où deux ou trois d’entre vous sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux.” Or, cette promesse concerne formellement la présence spirituelle du Christ en vertu de la Grâce.”

Ce n’est pas la présence “substantielle”, propre au sacrement de l’Eucharistie.

Luther ne disait rien d’autre. Pour lui, la messe ou plutôt la cène (mot qui veut dire repas) est un acte de louange ou d’action de grâce et un mémorial, mais certainement pas un sacrifice expiatoire renouvelant et appliquant le sacrifice de la Croix. Toutes proportions gardées, la cène protestante a des analogies avec un banquet d’anciens combattants qui se réunissent autour de leur président pour célébrer le souvenir de leurs exploits et de leurs morts. C’est très respectable mais cela n’a rien à voir avec le sacrifice renouvelé de la messe catholique ! »

Il n’y a là pas d’erreur d’interprétation : le Novus Ordo Missae a été promulgué par le pape, il est célébré tel quel par le pape. Aucun pape depuis le Concile n’a cherché à le réformer substantiellement. Il est donc l’expression reconnue et autorisée de la réforme et de la nouvelle théologie qui sévit depuis le concile Vatican II. Pas plus qu’il n y’a de Concile des médias il n’y a de nouvelle messe des médias. La réalité se borne aux faits.

Dieu est-il jetable ? Si le rôle de la Tradition était de transmettre la Foi, de donner Dieu à toutes les âmes pour leur salut, force est de constater que le concile Vatican II et son Novus Ordo Missae L’ont chassé des consciences catholiques. Le gobelet en plastique est l’expression assez aboutie de la révérence que porte le modernisme envers Dieu.

Qui voudra s’entendre avec le modernisme et ceux qui le promeuvent ?

Austremoine