Hispalensis : une triste épave confondue au milieu des autres épaves conciliaires

Source : La Porte Latine

On peut trouver cette petite réflexion qui date de 2009 sur La Porte Latine. Elle permet un fois de plus de voir encore s’il en était besoin la position sage et éprouvée que doit tenir la Tradition dans cette crise de l’Eglise par rapport à la question des accords.

À droite, certains sédévacantistes et leurs affidés accusent la Fraternité Saint-Pie X d’avoir capitulé en rase campagne. À gauche, on voudrait qu’elle devienne une copie conforme des Ecclesia Dei, et au plus vite. Et, si possible, au pas de charge.

Mais il appert que certaines questions s´imposent :

En quoi tous ces ralliements faits depuis 1988 ont-ils empêché les dérives actuelles ? Tous ces évêques qui sont en pleine communion purement formelle avec le Pape et qui agissent, le moment venu, en faisant fi de cette communion tant proclamée? Tous ces prêtres, devenus travailleurs sociaux, qui ne prêchent plus la doctrine catholique, qui en ignorent même de larges pans, mais qui prêtent leur voix sacerdotale, peut-être en toute bonne volonté, à tous les lieux communs de l´humanitarisme à la page ?

Cet émiettement accéléré du catholicisme dans des pays comme l´Argentine ou le Brésil, chose impensable il y a encore vingt ans, où des milliers de personnes par jour abandonnent l´Église pour les sectes pentecôtistes ? Des pays où cette pierre miliaire qu´est le Summorum pontificum reste à peu près lettre morte et où la volonté de Benoît XVI d´une liturgie plus digne, ouverte au sacré et pas fermée sur l´homme, est constamment bafouée par la première « équipe liturgique » venue ?

Et pourquoi ceux qui n´aiment pas la FSSPX, ceux qui ne partagent pas son combat, ceux qui pensent que Mgr Lefebvre s´est engagé dans le schisme, donnent tant d´importance à 4 évêques, 500 prêtres et 250 000 fidèles ?

Enfin, ma conviction profonde est la suivante : si la FSSPX acceptait, à la va-vite, des « accords pratiques », en la fermant, passez-moi ce bon tour familier, et trouvant du coup sa petite place bien commode sous le soleil, fût-il romain, elle n´aiderait en rien l´Église. Il est fort probable que le magnifique canot de sauvetage qu´elle est deviendrait, tôt ou tard, une triste épave confondue au milieu des autres épaves conciliaires. Elle deviendrait, enfin, le sel qui n´est bon qu´à être jeté par terre et foulé aux pieds.

La maison brûle, dites-vous ? Force est de demander : qui a mis le feu ? Il faut qu´une hiérarchie ouverte à toutes les critiques et à toutes les repentances quand il s´agit du passé de l´Eglise, du temps des croisades, en passant par le Saint Office et jusqu´au pouvoir temporel de la papauté, apprenne à regarder un concile pastoral comme Vatican II, dont l´optimisme béat est aujourd’hui bien daté, avec des yeux critiques et non pas comme le super dogme, dénoncé en son temps par le cardinal Ratzinger, venant coiffer et annuler, en partie, vingt siècles de christianisme. Il est grand temps que les apôtres de la « nouvelle pentecôte » qui n´a jamais eu lieu aient l´honnêteté intellectuelle de regarder en face des lendemains qui ont bel et bien déchanté.

Quoiqu´il en soit, ce n´est pas à la FSSPX de mettre de l´ordre dans l´unique église fondée par le Fils de Dieu. Il y a un Pape pour cela, un Pape pour lequel tous les prêtres et évêques de la Fraternité prient tous les jours dans le Saint Sacrifice de la Messe.

Il faut que le Pape redevienne le Pontife Suprême, le successeur de Pierre, celui à qui les clefs ont été confiées, et pas un primus inter pares.

M. A. F. Hispalensis le 18 février 2009