Julien Gunzinger : les catholiques suisses ne sont plus… catholiques

Source : eschaton.ch

À la suite de cette consultation, Mgr Büchel affirme : «La doctrine peut et doit s’adapter.»

La consultation des catholiques conduite par les évêques suisses révèle que l’énorme majorité des personnes qui y ont répondu réclame la bénédiction des unions entre invertis, la communion pour les divorcés remariés, la reconnaissance par l’Église de leurs pratiques contraceptives. C’est donc qu’ils ne considèrent pas que les actes homosexuels sont des abominations aux yeux de Dieu alors que la Sainte Écriture en fait un péché qui réclame vengeance du ciel, que le Christ aurait mieux fait de se taire quand il a dit, en parlant du mariage, «  ce que Dieu a uni que l’homme ne le sépare pas » et que la fornication devrait être prescrite par l’Église comme ils la recommandent très certainement à leurs enfants ( ne jamais laisser son grand fils sortir sans lui sonder les poches pour s’assurer qu’il n’a pas oublié son condom) quand bien même st Paul la fustige. Bref les catholiques suisses se dressent sur leurs petits ergots pour toiser l’Église : serait peut-être temps  que tu te mettes à la page, pas à celle du Nouveau testament, mais à celle de la modernité et de ses délices !

Mais pourquoi donc s’en étonner finalement, puisque depuis 50 ans les instances dirigeantes de l’Église se sont enfermées dans une logique totalement schizophrène, maintenant sur les questions de morale ce qu’elles déconstruisent sur le plan de la foi par leur reniement de la royauté sociale du Christ et  leur adhésion au faux dogme de la rédemption universelle qui leur fait considérer que les autres religions sont vecteurs de bénédictions divines et de grands mérites spirituels. Elles ne font en sommes que récolter ce qu’elles ont semé. Depuis 50 ans nous avons en effet assisté à une substitution de l’objet formel de la foi au profit de l’expérience personnelle et il faudrait être surpris que les catholiques prennent désormais leur nombril (ou plutôt leur b…) pour centre du monde.

Le dispositif moderniste depuis Vatican II n’a en effet cessé de s’adosser aux catégories de l’expérience et de la rencontre. Voyez la dernière encyclique de nos deux papes. Elle est tout  à fait symptomatique!

« La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui nos appelle et nous révèle son amour, un amour qui nous précède et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour être solides et constrzure notre vie. Transformés par cet amour nous recevons des yeux nouveaux, nous faisons l’expérience qu’en lui se trouve une grande promesse de plénitude et le regard de l’avenir s’ouvre à nous »(paragraphe 5)

(Pour les premiers chrétiens) la foi, en tant que rencontre avec le Dieu vivant manifesté dans le Christ, était une « mère », parce qu’elle les faisait venir à la lumière, engendrait en eux la vie divine, une nouvelle expérience, une vision lumineuse de l’existence pour laquelle on était prêt à rendre un témoignage public jusqu’au but »(paragraphe 5)

« (la foi) est une rupture avec les idoles pour revenir au Dieu vivant, au moyen d’une rencontre personnelle. Croire signifie s’en remettre à un amour miséricordieux »(paragraphe 13)

« la vie du Christ, sa façon de connaitre le Père, de vivre totalement en relation avec lui, ouvre un nouvel espace de l’expérience humaine et nous pouvons y entrer »(paragraphe 18)

« « Abba, Père » est la parole la plus caractéristique de l’expérience de Jésus, qui devient centre l’expérience chrétienne »(paragraphe 19)

« Dans la mesure où elle annonce la vérité de l’amour total de Dieu et ouvre à la puissance de cet amour, la foi chrétienne arrive au plus profond du cœur de l’expérience de chaque homme »(paragraphe 32)

Toutes ses déclarations consacrant l’expérience humaine sont à mettre en contraste avec ce qu’enseignait St Pie X lorsqu’il identifiait le principe à la source du modernisme : « Si maintenant vous demandez sur quoi, en fin de compte, cette certitude ( de la foi en Dieu) repose, les modernistes répondent : sur l’expérience individuelle.(…) et cela est une véritable expérience et supérieure à toutes les expériences rationnelles »(Pascendi). Il expliquait que « cela est contraire à la foi catholique » en évoquant cette condamnation de l’Eglise «  Si quelqu’un dit que la Révélation divine ne peut être rendue croyable par des signes extérieurs, et que ce n’est donc que par l’expérience individuelle ou par l’inspiration privée que les hommes sont mus à la foi, qu’il soit anathème. »

Le contenu objectif de la foi n’a donc cessé d’être honteusement caché à travers la promotion d’un subjectivisme débridé qui excite chez celui qui en est victime le fantasme d’être l’intime de Dieu, le témoin privilégié de sa présence bienveillante,  quand bien même on mépriserait certains dogmes et que cultiverait le péché.  Cette confusion favorise un mysticisme puéril et souvent orgueilleux qui élève les rêveries au rang de manifestations divines. C’est là marcher sur les plates-bandes de la guimauve  rousseauiste. C’est pourquoi saint Thomas rattachait expressément l’expérience de Dieu au don de sagesse uni à la charité, précisant que le fidèle en jouissait le plus souvent au terme de sa vie surnaturelle et non à ses débuts. Cette confusion savamment distillée depuis de nombreuses années par nos derniers papes  s’inscrit dans la logique même de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux  qui ne peuvent s’encombrer de  précision et de rigueur dans l’énoncé de la doctrine catholique. Elle est incompatible avec l’amour de la vérité et est exigée par le relativisme théologique consacré au concile Vatican II. Les revendications de ceux qui s’appellent, contre tout évidence, encore catholiques et qui appellent désormais à la démission de Mgr Huonder, l’un des derniers évêques en Suisse a osé clairement leur dire leur fait,  vont donc finalement dans le sens de ce que les instances dirigeantes n’ont cessé de rechercher depuis 50 ans : la conciliation avec la pensée libérale, condamnée en son principe par le Syllabus, qui consiste en un abâtardissement de la foi, son démantèlement progressif qui livre le catholique sans arme devant les légions coalisées du stupre, du mensonge, de l’avilissement et de . La preuve par les résultats de cette consultation.

Julien Gunzinger