La conversion de Rome

Le chapitre de 2006 de la FSSPX avait déterminé tout accord pratique comme étant impossible, ce qui signifiait qu’il n’y avait pas de régularisation possible acceptée des deux parties sans une entente doctrinale retrouvée.

Cette législation du chapitre de 2006 a en réalité été la ligne de la FSSPX depuis les sacres de 1988. Après l’échec des dernières discussions de 1988, Mgr Lefebvre fixa, sans varier jusqu’à sa mort, que jamais un accord ne devrait être envisagé sans au préalable avoir vérifié le partage des mêmes convictions doctrinales.

Le terme « conversion » a souvent été utilisé : le jour où Rome se convertira, alors la situation de la FSSPX ne sera plus un problème. Et de fait. Le jour où les autorités romaines auront quitté les chimères du Concile Vatican II, le jour où elles se tourneront de nouveau vers la Tradition, en d’autres termes, le jour où elles se seront converties, alors la situation de la FSSPX ne sera plus un problème.

Nous avons tous entendu le même discours, il n’y a jamais eu la moindre ambiguïté sur le sujet. Parmi ceux qui ont défendu cette ligne, deux prêtres ont changé depuis d’avis afin de suivre la Maison Générale de la FSSPX dans ses (anciennes ?) velléités accordistes.

L’un m’a dit : « ça y est, Rome dans un certains sens est convertie, donc on peut faire un accord pratique. ». Ah !

L’autre, beaucoup plus direct, m’a affirmé que demander au Ciel une telle chose c’était tenter Dieu ! Aïe !

1 – Concernant le premier, inutile de dire le ridicule de la situation depuis l’élection du pape François, pape élu par des cardinaux dont une majorité a été nommée par Benoît XVI. Le progressisme effréné du pape François n’est pas à prouver, on reste songeur sur les moyens de réactions que possèdent aujourd’hui les soit-disant amis très nombreux de la FSSPX au Vatican pour contrecarrer cette débauche anti-catholique.

A ce jour, personne au Vatican, ne s’est élevé publiquement contre l’abominable « canonisation » de Jean-Paul II. Où sont les nouveaux convertis (de la Curie) à la Tradition, si nombreux qu’ils justifiaient le fait de se lancer dans un accord ? On trouve un élément de réponse en constatant que la reconnaissance des « vertus héroïques » de Paul VI avait été votée par la congrégation cardinalice à l’unanimité…

Il est clair qu’une conversion laisse une certaine latitude d’appréhension quant à son ampleur, car une conversion peut-être plus ou moins complète, plus ou moins forte, plus ou moins aboutie. Il est vrai qu’une telle exigence est intellectuellement claire mais plus floue sur le plan pratique, car elle demande des vérifications que l’on peut vouloir plus ou moins sévères. Dans ce cas, de la prudence et du bon sens sauront être la norme pour avaliser le fait ou on d’une conversion suffisante.

Par contre, c’est un mensonge et une tromperie que d’avoir parlé de « conversion » de Rome l’année même où Jean-Paul II était béatifié et l’année où Assise était commémoré comme étant un « acte prophétique », au terme du pontificat qui a compté le plus d’actes oecuméniques. Les actes positifs de Benoît XVI, les concessions pratiques posées en faveur de la FSSPX, ne suffisaient pas à contrebalancer des atteintes gravissimes et directes à la Foi.

2 – Concernant le second, elle est beaucoup plus problématique pour un baptisé et qui plus est pour un prêtre. Demander la conversion de Rome serait tenter Dieu ? Mais qu’ont fait les premiers chrétiens qui ont prié pour la conversion de l’empereur, pour ces générations de baptisés et de Saints qui ont souffert pour la conversion la société entière ?

Qu’a fait Mgr Lefebvre pendant des décennies en Afrique si ce n’est travailler à la conversion de pays païens ? Qui a tenté Dieu pour la conversion de Saül ? Je ne sais, mais ce Dieu qui a converti Saül, a aussi converti Constantin et Clovis. C’est aussi le même Dieu qui accepta le sacrifice de la vie du Père Ange, père prieur défunt de Bellaigue, vie offerte pour la conversion du pape.

Il y a dans cette terrible phrase en réalité comme une perte de foi dans la toute puissance de Dieu. Si nous croyons vraiment en l’Eglise catholique, une, sainte, apostolique et romaine, contre laquelle les portes de l’enfer ne peuvent prévaloir, alors nous devons croire que cette crise finira, et que Rome reviendra à la lumière de la Tradition, qu’elle redeviendra ce phare du monde qui donne la grâce et la Foi qui sauve.

Ce n’est pas tenter Dieu que de vouloir que Rome retrouve le chemin de la Tradition, c’est avoir la Foi, cette Foi qui peut déplacer les montagnes. Pierre renia par 3 fois. Il resta incrédule jusqu’après la résurrection. Quand Marie-Madeleine vint lui annoncer que le Christ était ressuscité, Pierre ne crut pas. Ce n’est qu’en voyant le Christ qu’il crut à nouveau. Et plus tard, Jésus lui demanda une triple réparation. Jésus a-t-il tenté son Père ? Croyons-nous aussi que Jésus peut convertir Pierre ?

Rome se convertira. Les mondains se seraient gaussés si on leur avait dit que Saül, le persécuteur des chrétiens, se convertirait. Les mondains n’ont pas la Foi, ils ont leur foi, bien humaine. Pour Saül, personne ne pouvait deviner sa conversion ; pour Rome, nous en avons la certitude, elle sortira des ténèbres. A nous d’y travailler, comme de biens faibles instruments, il ne nous est pas demandé plus.

Austremoine