La justification de l’Index ou la nécessité de protéger les âmes

Suite à mon texte « Doit-on citer les papes et le nouveau magistère ? », j’ai reçu plusieurs courriers, les uns abondant dans le même sens, et d’autres s’étonnant d’une telle position et pour plusieurs motifs que l’on peut résumer ainsi :

–          C’est une position sectaire, schismatique, car quand le pape ou une autorité confirme la bonne doctrine, il n’y a aucune raison de ne pas s’en faire l’écho.

–          On doit se montrer heureux des paroles et des écrits qui sont bons et conformes à la bonne doctrine et il est donc normal de s’en réjouir et de les souligner.

En préambule à toute réponse, il convient comme toujours de rappeler le but de l’existence, à savoir sauver son âme. Chaque acte, chaque œuvre, chaque pensée devrait être ordonnée à cette fin. Tout doit donc être fait dans cette optique pour éclairer les âmes et les écarter de tout ce qui pourrait les induire en erreur et compromettre ainsi leur Salut.

C’est dans ce but que l’Eglise catholique avait établit ce qu’on appelle l’Index, à savoir la recension des ouvrages interdits à la lecture des catholiques sous peine de faute grave, ces livres étant considérés comme dangereux et nuisibles au bien spirituel, et donc comme mettant en danger directement ou indirectement le salut des âmes.

Pourtant quand une œuvre était mis à l’Index, cela ne signifiait pas que tout y était nuisible, mais que le poison diffus ou distillé ici ou là, représentait un danger certain dont il fallait mieux prévenir les baptisés. Certes, comme dans toute œuvre humaine, il y eut par cet Index des abus bien dommageables, mais le principe était bon, ce n’est d’ailleurs que le 7 décembre 1965, à l’aune de la révolution conciliaire que l’Index fut supprimé, suppression ben symptomatique au moment où les hommes d’Eglise voulurent marier l’Institution avec l’esprit mauvais du monde.

C’est toujours dans cet esprit que dans les séminaires de la FSSPX les ouvrages mauvais sont circonscrits dans une partie de la bibliothèque interdite sans permission qui s’appelle « l’enfer », terme bien évocateur. C’est dans cette partie que se trouve notamment l’ensemble des œuvres des papes conciliaires, y compris les encycliques…et ce n’est pas pour rien.

Car dans la crise de l’Eglise que nous traversons, marquée par un modernisme effréné, le vrai et le faux se mélangent sans cesse, ce qui rend l’erreur plus difficile à déceler. C’est toute la nuisance du concile Vatican II, qui par ses aspects traditionnels a su répandre les pires erreurs.

Ce nouveau « magistère » postconciliaire n’échappe pas à ce vice dénoncé dans Pascendi par St Pie X :

« Et comme une tactique des modernistes (ainsi les appelle-t-on communément et avec beaucoup de raison), tactique en vérité fort insidieuse, est de ne jamais exposer leurs doctrines méthodiquement et dans leur ensemble, mais de les fragmenter en quelque sorte et de les éparpiller çà et là, ce qui prête à les faire juger ondoyants et indécis, quand leurs idées, au contraire, sont parfaitement arrêtées et consistantes »

C’est pourquoi on trouvera dans le « magistère » postconciliaire beaucoup d’éléments pour nous réjouir, car on y trouvera des rappels fort à propos de la bonne doctrine, et pourtant, dans le même texte et peut-être sur la même page, on y trouvera l’erreur contraire, et bien d’autres encore.

A la première objection, on pourra donc répondre que dans le même texte qui confirme la bonne doctrine, on y trouve d’autres éléments qui la combattent, et c’est une question d’honnêteté de ne pas piocher ce qu’on a envie d’y trouver et d’ignorer de façon bien hypocrite le reste. Car si certains, bien formés, sont capables de faire la différence entre le vrai et le faux, d’autres qui ne le sont pas, avaleront le poison avec le reste de la soupe.

A la deuxième objection, la première réponse vaut aussi, on pourra ajouter qu’il ne convient pas de donner du crédit à une autorité qui mélange le vrai et le faux. Et que si naturellement on doit se réjouir des rappels opportuns d’une saine doctrine, cela ne doit pas faire oublier que dans l’esprit moderniste, le principe de non contradiction n’existe pas, et le contraire pourra être affirmé avec autant d’aplomb quelques lignes plus loin, tout étant affaire d’interprétation et de contexte chez le moderniste. Le rappel de quelques vérités ne doit donc pas nous rendre dupes.

Je maintiens donc la conclusion de mon texte précédent :

C’est pour cela qu’un minimum de prudence impose, avant d’user éventuellement de citations des papes post conciliaires ou du concile Vatican II lui-même, de prévenir le lecteur sur les éléments contradictoires, variables et dangereux de ces enseignements et de leurs auteurs.

Il n’en reste pas moins que le mieux reste de s’abstenir de telles citations et références, car les 2 000 ans de magistère de l’Eglise sont suffisamment riches pour y trouver toutes sortes de lumières et d’enseignements fiables, pour qu’on aille puiser dans des auteurs et des textes qui auraient été condamnés en d’autres temps et qui le seront un jour !

A ceux qui s’étonne que l’on puisse user de ces précautions envers les autorités actuelles de l’Eglise, voici comme Saint-Pie X dans Pascendi avait si bien vu qui étaient ces fossoyeurs de la doctrine :

« Ce qui exige surtout que Nous parlions sans délai, c’est que, les artisans d’erreurs, il n’y a pas à les chercher aujourd’hui parmi les ennemis déclarés. Ils se cachent et c’est un sujet d’appréhension et d’angoisse très vives, dans le sein même et au coeur de l’Eglise, ennemis d’autant plus redoutables qu’ils le sont moins ouvertement. Nous parlons, Vénérables Frères, d’un grand nombre de catholiques laïques, et, ce qui est encore plus à déplorer, de prêtres, qui, sous couleur d’amour de l’Eglise, absolument courts de philosophie et de théologie sérieuses, imprégnés au contraire jusqu’aux moelles d’un venin d’erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l’Eglise; qui, en phalanges serrées, donnent audacieusement l’assaut à tout ce qu’il y a de plus sacré dans l’oeuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne, qu’ils abaissent, par une témérité sacrilège, jusqu’à la simple et pure humanité. »

Austremoine