La Tradition dans sa conception traditionnelle

Il est commun de parler de la Tradition liturgique et doctrinale, comme de la transmission d’un dépôt gardé et transmis fidèlement. Les modernistes parlent eux de « tradition vivante », ce qui leur permet de justifier une évolution qui n’aurait jamais cessé au cours des siècles et dont le concile Vatican II ne serait qu’une étape.

La Tradition est une notion qui peut être abordée sous plusieurs aspects.

La Tradition n’est autre que le dépôt de la Foi, dépôt nécessaire et immuable, ensemble des vérités nécessaires au salut et donc déjà présentes, de façon implicite ou explicite, dans la Révélation, écrite ou non écrite. C’est la Tradition quant à son objet. C’est ainsi que si on reprend la déclaration du dogme de l’Immaculée Conception, on peut constater qu’il ne s’agit que de l’explicitation d’une vérité déjà contenue dans l’enseignement de l’Eglise tout au long des siècles.

On constate cependant, que l’Eglise explicite au cours du temps ce dépôt de la Foi. Il y a donc un certain développement (et non changement) de cette Tradition. Cet acte d’explicitation de la Tradition peut s’appeler Tradition active (et non pas vivante), cette explicitation du dépôt de la Foi étant la façon actuelle d’énoncer le magistère invariable de l’Eglise. C’est la Tradition quant à son acte. On voit que celle-ci ne concerne pas seulement l’explicitation du dépôt, mais encore la simple exposition du depositum fidei.

Cette Tradition est le fait d’une autorité, celle du pape et des évêques, qui ont reçu de Dieu la mission d’enseigner les vérités nécessaires au salut des âmes. Or il ne suffit pas que l’autorité agisse pour que le pouvoir de cette autorité soit engagé. Encore faut-il qu’elle s’applique au domaine qui lui est confié (exposer et défendre le depositum fidei), et que cette autorité veuille user de ce pouvoir et l’impose comme tel.

Ainsi lorsque le pape se prononce ex cathedra, il s’agit du  magistère infaillible. Il pourra également faire acte de magistère ordinaire, engageant d’une façon moins forte son autorité, en rappelant la doctrine inchangée de l’Eglise. C’est la Tradition quant à son sujet.

Saint Pie X avait dans son serment anti-moderniste remarquablement décelé les attaques qu’allaient subir la Tradition :

Quatrièmement, je reçois sincèrement la doctrine de la foi transmise des apôtres jusqu’à nous toujours dans le même sens et dans la même interprétation par les pères orthodoxes ; pour cette raison, je rejette absolument l’invention hérétique de l’évolution des dogmes, qui passeraient d’un sens à l’autre, différent de celui que l’Eglise a d’abord professé.

[…]De même, je réprouve l’erreur de ceux qui affirment que la foi proposée par l’Eglise peut être en contradiction avec l’histoire, et que les dogmes catholiques, au sens où on les comprend aujourd’hui, ne peuvent être mis d’accord avec une connaissance plus exacte des origines de la religion chrétienne.

[…]Enfin, je garde très fermement et je garderai jusqu’à mon dernier soupir la foi des Pères sur le charisme certain de la vérité qui est, qui a été et qui sera toujours « dans la succession de l’épiscopat depuis les apôtres », non pas pour qu’on tienne ce qu’il semble meilleur et plus adapté à la culture de chaque âge de pouvoir tenir, mais pour que « jamais on ne croie autre chose, ni qu’on ne comprenne autrement la vérité absolue et immuable prêchée depuis le commencement par les apôtres.

C’était il y a un siècle, en 1910.

Austremoine