L’attachement au Pape n’est pas sentimental

L’attachement au pape et à l’institution du pape ne doit pas être sentimental, ou si un certain sentiment peut être bien légitime, il ne doit avoir pour objet que d’aider la raison et l’intelligence à un tel attachement.

Le modernisme est la religion du sentiment : c’est ainsi que tout passe au prisme du ressenti, et l’intelligence et la volonté sont reléguées voir ignorées. Ainsi l’acte de foi n’est plus un acte de l’intelligence et de la volonté, mais « une rencontre avec le Christ ». La liturgie n’est plus orientée d’abord à la gloire de Dieu mais elle est considérée comme un outil adaptable à chacun afin de l’aider à ressentir « sa foi » et « faire communion » !

Il en va de même pour l’attachement à l’institution de la papauté et au  pape : certains finissent par ne le considérer que comme un sentiment qui du coup, interdirait toute considération venant heurter ce sentiment. Et pourtant cet attachement au pape est nécessaire à l’âme catholique, car c’est sur Pierre que le Christ a fondé son Eglise, Pierre est cette clef de voûte de l’institution qui ne peut disparaître sans que l’édifice ne s’écroule.

C’est la triste histoire de tous les schismes qui déchirèrent malheureusement l’Eglise : se séparant de Pierre, toutes les dérives virent le jour, et les sectes schismatiques disparaissent les unes après les autres tandis que traverse les âges cette Eglise, épouse du Christ, qui régénère perpétuellement cette institution salie par les atteintes que lui portent les hommes qui la composent.

Non l’attachement à Pierre n’est pas optionnel, il est de foi, cet attachement est éminemment volontaire, surtout aujourd’hui. Car malgré toutes les vicissitudes que connaît aujourd’hui l’Eglise, notre foi nous commande de rester attachés à la papauté. Et c’est tout le remarquable exemple de Mgr Lefebvre. Malgré le libéralisme de Jean XXIII, malgré les destructions liturgiques et doctrinales de Paul VI, malgré le scandale d’Assise et les excommunications qui furent fulminées contre lui par Jean-Paul II, l’archevêque resta attaché de toutes les fibres de son être au pape.

Mais, à l’exemple de saints de l’histoire de l’Eglise, en commençant par saint Paul, cet attachement le contraint à devoir reprendre le pape dans des termes parfois très forts, parce que ce dernier agissait contre son devoir. L’opposition de Mgr Lefebvre ne fut pas mièvre, il ne fut pas mou, il ne se perdit pas dans des contorsions de langage ou dans des rondeurs d’expression. Le respect dû à la fonction et à la personne du pape ne l’empêcha pas de dénoncer avec les mots appropriés le scandale provoqué par ces derniers.

C’est ainsi que Mgr Lefebvre n’hésita pas à employer le mot d’anti-Christ, d’apostat, de schismatique ! Et il le fit à l’encontre des fossoyeurs de l’Eglise, fussent-ils papes, non pour les insulter, non pour les dénigrer ou les rabaisser, mais pour désigner avec vérité la gravité de la réalité des actes de ces personnes, sans que cela ne l’empêcha un seul instant de montrer la plus grande déférence et le plus grand respect pour le pape.

La condescendance mondaine voudrait imposer, sous prétexte d’un faux respect et d’une charité dévoyée, un langage aseptisé au point que toute dénonciation de l’erreur serait perçue comme une atteinte à l’honneur et à la fonction de la personne. Ce pain vicié ne fut pas celui de Mgr Lefebvre. Ce grand prélat donné par la providence nous a montré comment aimer le prochain et l’Eglise, et notamment le Souverain Pontife dans ces temps de crise. La vraie charité est celle qui déteste le péché mais qui aime par le Christ et pour le Christ le pécheur : Credidimus Caritati, nous avons cru en la Charité ; ce fut la maxime épiscopale de Mgr Lefebvre qu’il appliqua avec tant de vertu.

Austremoine