Le nouveau visage d’une crise

La crise de l’Eglise continue, durement. Le constat d’un Concile qui n’a pas tenu ses promesses ne semble pas remettre pour autant en question une orientation nouvelle qui s’impose depuis 50 ans maintenant. Les fruits sont amers, le constat est dur : une déchristianisation profonde, de jeunes générations qui ne reçoivent pas la Foi, une sécularisation qui semble tout emporter, un Islam conquérant sur des terres de vieilles chrétienté.

L’Eglise a cessé de condamner le monde, le monde l’a condamné.

Le libéralisme a pénétré tous les pores de l’Eglise, il a pénétré les hommes, l’institution, la doctrine, la liturgie. Il a voulu concilier la doctrine avec un monde haïssant Dieu, il fut contraint de changer la doctrine pour marier l’Eglise avec ce monde. Ce ne devait plus être l’Eglise rendant le sacrifice à Dieu pour sauver l’homme, mais une Eglise du culte de l’homme au service de l’homme. Cette révolution fut celle de Vatican II, celle qui ouvrit les porte de l’Eglise aux désastres du monde.

« La religion du Dieu qui s’est fait homme, s’est rencontrée avec la religion de l’homme qui se fait Dieu. Il n’y a pas eu de choc, de lutte , d’anathème…Vous humanistes modernes sachez reconnaître notre nouvel humanisme: nous aussi nous avons le culte de l’homme. » Paul VI

C’est dans cette confusion que les catholiques ont assisté, effarés, à l’anéantissement de la liturgie tridentine, au retournement des autels, à la transformation des églises, à la disparition d’un clergé visible. Alors que le Concile promettait une nouvelle jeunesse à l’Eglise, les séminaires ont fermé leur porte un à un, les couvents se sont vidés et l’Eglise a disparu de la société.

Depuis les années 70 apparaît en toile de fond de cette crise, comme une obsession grandissante d’un Vatican en déroute, la figure de Mgr Marcel Lefebvre, comme incarnant malgré lui le mat de la Tradition d’une Eglise naufragée.

La même messe, les mêmes sacrements, la même doctrine…mais de nouvelles sanctions, toujours plus dures, toujours plus sévères. Transmettant sans faillir ce qu’il avait reçu, Mgr Lefebvre se retrouva face à une hostilité de plus en plus grandissante face à cette Rome qui l’avait fabriqué et auquel le cœur était infailliblement attaché.

« Il est bien évident en effet que depuis le Concile Vatican II, le Pape et les Episcopats s’éloignent toujours plus nettement de leurs prédécesseurs.

Tout ce qui a été mis en œuvre pour défendre la foi par l’Eglise dans les siècles passés, et tout ce qui a été accompli pour la diffuser par les missionnaires, jusqu’au martyre inclusivement, est désormais considéré comme une faute dont l’Eglise devrait s’accuser et se faire pardonner.

L’attitude des onze Papes qui depuis 1789 jusqu’en 1958 ont, dans des documents officiels, condamné la Révolution libérale, est considérée comme « un manque d’intelligence du souffle chrétien qui a inspiré la Révolution ».

D’où le revirement complet de Rome depuis le Concile Vatican II, qui nous a fait redire les paroles de Notre-Seigneur à ceux qui venaient l’arrêter : Haec est hora vestra et potestas tenebrarum (c’est ici votre heure et la puissance des ténèbres) (Luc XXII 52-53).

Adoptant la religion libérale du protestantisme et de la Révolution, les principes naturalistes de J-J. Rousseau, les libertés athées de la Constitution des Droits de l’Homme, le principe de la dignité humaine n’ayant plus de rapport avec la vérité et la dignité morale, les Autorités romaines tournent le dos à leurs prédécesseurs et rompent avec l’Eglise Catholique, et elles se mettent au service des destructeurs de la Chrétienté et du Règne universel de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Mgrs Lefebvre et de Castro Mayer à Buenos Aires, le 2 décembre 1986

Ce furent les années 70, 80, 88, les sacres, la rupture, l’opération survie. La séparation. D’un coté la barque de la Tradition conspuée et honnie, condamnée et rejetée, de l’autre une Eglise en souffrance dont les médias faisaient les louanges du pape polonais, de ses JMJ, de son oeucuménisme débridé, etc…

En 2005, le monde semble frileux : un nouveau pape est élu, « panzer cardinal » disent certains, il n’est guère aimé. On l’associe bien vite aux nazis pour avoir dû faire partie comme tous les jeunes allemands de son âge des jeunesses hitlériennes. Très vite il doit donner des gages de bonne conduite à ce monde inquiet.

Pourtant, quelque chose a changé. Ses déclarations sur l’Islam, sa volonté de faire du curé d’Ars le patron des curés, le retour des indulgences, le retour d’une certaine dignité liturgique, quelques tentatives de clarification d’un concile qui dérange, mais surtout, sa réponse favorable à certaines demandes du supérieur général de la FSSPX, Mgr Fellay.

Vient en 2007 la libéralisation de la messe tridentine, et en 2009, la levée des excommunications. Gestes imparfaits, inachevés, mais qui pour autant déchaînent la furie des progressistes. Aucune insulte n’est épargnée au pape. Viennent les discussions doctrinales où l’on s’assure de toute part que le pape n’a pas l’intention de remettre en cause le concile Vatican II.

Une nouvelle page de la crise vient d’être tournée, une autre commence. L’histoire passée était plus claire : d’un coté le Concile, de l’autre la Tradition, les tenants de chaque partie se différenciant clairement tant par la doctrine que par la liturgie, tant par le fond que la forme. Il n’en sera plus ainsi.

Même si elles sont appliquées avec moins de virulence et d’extravagance, les erreurs du Concile que constituent l’œcuménisme, la liberté religieuse et la collégialité sont toujours régnant dans l’intelligence des autorités romaines.

« Le Concile Vatican II, reconnaissant et faisant sien à travers le Décret sur la liberté religieuse un principe essentiel de l’Etat moderne, a repris à nouveau le patrimoine plus profond de l’Eglise.[…] L’Eglise antique, de façon naturelle, a prié pour les empereurs et pour les responsables politiques, en considérant cela comme son devoir (cf. 1 Tm 2, 2); mais, tandis qu’elle priait pour les empereurs, elle a en revanche refusé de les adorer, et, à travers cela, a rejeté clairement la religion d’Etat. Les martyrs de l’Eglise primitive sont morts pour leur foi dans le Dieu qui s’était révélé en Jésus Christ, et précisément ainsi, sont morts également pour la liberté de concience et pour la liberté de professer sa foi, – une profession qui ne peut être imposée par aucun Etat, mais qui ne peut en revanche être adoptée que par la grâce de Dieu, dans la liberté de la conscience. Une Eglise missionnaire, qui sait qu’elle doit annoncer son message à tous les peuples, doit nécessairement s’engager au service de la liberté de la foi. » Benoit XVI, discours à la curie 2005

Au fil du temps, si la tradition doctrinale ne reconquiert pas le siège de Pierre, nous allons arriver à une situation paradoxale qui, si elle perdure, va accentuer un peu plus la crise de l’Église. D’un côté la liturgie traditionnelle aura regagné d’une façon générale la majorité des autels de la Chrétienté, car ce mouvement est inéluctable, de l’autre les faux principes institués par le concile Vatican II règneront encore sur la plupart des esprits.

Cette situation, si elle se présente, marquera le paroxysme de la crise de l’église. Les esprits ayant été habitués par quarante années de libéralisme à concilier l’inconciliable, ne verront pas de problème à accepter la messe tridentine, expression de la foi catholique telle qu’elle est exposée par deux mille années de Magistère et l’enseignement du concile Vatican II qui promeut l’œcuménisme et la liberté religieuse, révolution sans conteste de l’enseignement romain. Il y a là un danger considérable.

« Le Missel romain promulgué par Paul VI est l’expression ordinaire de la « lex orandi » de l’Église catholique de rite latin. Le Missel romain promulgué par S. Pie V et réédité par le bienheureux Jean XXIII doit être considéré comme l’expression extraordinaire de la même« lex orandi » de l’Église et être honoré en raison de son usage vénérable et antique. Ces deux expressions de la « lex orandi » de l’Église n’induisent aucune division de la « lex credendi » de l’Église ; ce sont en effet deux mises en œuvre de l’unique rite romain. » Summorum Pontificum, Benoit XVI

C’est pourquoi certains prêtres, en célébrant la messe tridentine, retrouveront et reviendront à la doctrine catholique. C’est inévitable, l’expérience le montre. Mais malheureusement aussi, il faut bien constater les dégâts du libéralisme, qui, présent depuis déjà des décennies, avaient gagné les esprits. Souvenons-nous que lorsque le Concile a commencé, la majorité du clergé était déjà acquis aux idées nouvelles, alors que pourtant la nouvelle messe n’existait pas. De même pendant le Concile. Ce qui montre que dans les esprits, le rite traditionnel peut, à cause des intelligences ravagées par le libéralisme et le relativisme, côtoyer la doctrine d’inspiration néo-protestante de Vatican II.

Benoît XVI s’inscrit entièrement dans cette démarche, par le développement de l’herméneutique de la réforme. Sa démarche intellectuelle n’est autre que de concilier l’enseignement traditionnel de l’Eglise avec celui de Vatican II. Intellectuellement cela ne posera pas de problème majeur à nos contemporains qui acceptent sans sourciller déjà qu’il puisse exister plusieurs vérités, et qu’une vérité qu’ils considèrent objective ne s’oppose pas à une autre vérité qu’ils vont également considérer comme objective, alors que l’une et l’autre sont contradictoires. Appliqué au dogme, cette destruction de la pensée fait que pour le moderniste, l’enseignement de l’Eglise peut évoluer sans contradiction.

C’est bien ce que dénonçait le saint pape Pie X dans son encyclique « Pascendi Dominici Gregis » :

« Evoluer et changer, non seulement le dogme le peut, il le doit : c’est ce que les modernistes affirment hautement et qui d’ailleurs découle manifestement de leurs principes. Les formules religieuses, en effet, pour être véritablement religieuses, non de simples spéculations théologiques, doivent être vivantes, et de la vie même du sentiment religieux ; ceci est une doctrine capitale dans leur système, et déduite du principe de l’immanence vitale. »

C’est pourquoi, arrivée à ce stade, la crise peut se figer durablement, car ayant retrouvé la liturgie tridentine, cette liturgie qui parle aux âmes et qui permet aux hommes de se rapprocher de leur créateur, l’Église va sans doute retrouver quelques forces, d’autant plus que la célébration de l’ancienne messe aura également un impact plus ou moins rectificatif de la théologie. Mais malgré tout perdureront les erreurs du Concile et leurs funestes conséquences qui empêcheront à l’Eglise de retrouver son élan.

C’est un peu comme face à une maladie. Dans un premier temps on administre le médicament qui va permettre de freiner les symptômes, afin d’éviter le pire. Mais rapidement il faut s’attaquer au virus, à la cause de cette maladie, au risque que celle-ci ne s’installe durablement, et que les symptômes ayant été contrôlés, on en oublie le risque de la maladie qui continue de progresser.

Il est important d’affronter rapidement l’aspect doctrinal, c’est la condition sine qua non à la fin de la crise de l’Eglise. Car si le retour de la messe tridentine était dans un premier temps nécessaire, il est impératif d’admettre les causes théologiques d’une telle déroute. C’était le rôle des discussions doctrinales, si personnes ne peut préjuger de leurs éventuels bénéfices futurs, il faut admettre qu’aujourd’hui elles ne sont pas parvenues à ébranler les autorités romaines dans leur attachement à ce qui a représenté la plus grande tragédie de l’Eglise universelle. C’est pourtant une étape absolument nécessaire.

« Si, après leur accomplissement, la Fraternité attend la possibilité de discussions doctrinales, c’est encore dans le but de faire résonner plus fortement dans l’Église la voix de la doctrine traditionnelle. En effet, les contacts qu’elle entretient épisodiquement avec les autorités romaines ont pour seul but de les aider à se réapproprier la Tradition que l’Église ne peut renier sans perdre son identité, et non la recherche d’un avantage pour elle-même, ou d’arriver à un impossible « accord » purement pratique. Le jour où la Tradition retrouvera tous ses droits, «le problème de la réconciliation n’aura plus de raison d’être et l’Église retrouvera une nouvelle jeunesse ». (Lettre de Mgr Lefebvre du 2 juin 1988 au pape Jean-Paul II.) ». Déclaration du chapitre de 2006 de la FSSPX

« Cette Réforme étant issue du libéralisme, du modernisme, est tout entière empoisonnée ; elle sort de l’hérésie et aboutit à l’hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques. Il est donc impossible à tout catholique conscient et fidèle d’adopter cette Réforme et de s’y soumettre de quelque manière que ce soit. »

« La seule attitude de fidélité à l’Eglise et à la doctrine catholique, pour notre salut, est le refus catégorique d’acceptation de la Réforme. » Mgr Lefebvre, Déclaration du 21 novembre 1974

Le concile Vatican II ne pourra pas être sauvé, il ne doit pas être sauvé, il est nécessaire et juste qu’il ne soit pas sauvé. Essayer de le sauver, c’est continuer d’assombrir les intelligences qui ne voient plus l’origine de la crise de l’Eglise. Le seul fruit à vouloir concilier un Concile hétérodoxe avec la doctrine de l’Eglise sera une prolongation longue et exténuante de cette crise.

Austremoine

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