Mgr Lefebvre : « j’accuse le Concile » me semble la réponse nécessaire au « j’excuse le Concile » du cardinal Ratzinger

Source : La Porte Latine

Je veux bien considérer des causes extérieures de la crise de l’Eglise, notamment une mentalité libérale et jouisseuse qui s’est répandue dans la société, même chrétienne, mais justement, qu’est-ce que Vatican II a fait pour s’y opposer ?

Rien ! Ou plutôt, Vatican II n’a fait que pousser dans ce sens !

— J’userai d’une comparaison : Que penseriez-vous, si devant un raz de marée menaçant, le gouvernement hollandais décidait un beau jour d’ouvrir ses digues afin d’éviter le choc ? Et s’il s’excusait ensuite, après l’inondation totale du pays : « Nous n’y sommes pour rien, c’est le raz de marée ! » Or c’est exactement cela qu’a fait le Concile : il a ouvert tous les barrages traditionnels à l’esprit du monde en déclarant l’ouverture au monde, par la liberté religieuse, par la Constitution pastorale « l’Eglise dans le monde de ce temps » (Gaudium et spes ), qui sont l’esprit même du Concile et non l’anti-esprit !

Quant à l’anti-esprit, j’admets bien son existence au Concile et après le Concile, avec les opinions tout à fait révolutionnaires des Küng, Boff, etc …. qui ont laissé bien en arrière les Ratzinger, Congar, etc. Je concède que cet anti-esprit a complètement gangrené les séminaires et universités ; et là, le Ratzinger universitaire et théologien, voit bien les dégâts : c’est son domaine.

Mais j’affirme deux choses : ce que le cardinal Ratzinger nomme « anti-esprit du Concile » n’est que l’aboutissement extrême des théories de théologiens qui furent experts au Concile ! Entre l’esprit de Vatican II et le soi-disant anti-esprit, je ne vois qu’une différence de degré, et il me paraît fatal que l’anti-esprit ait influé sur l’esprit même du Concile. — D’autre part l’esprit du Concile, cet esprit libéral que j’ai analysé plus haut longuement et qui est à la racine de presque tous les textes conciliaires et de toutes les réformes qui s’en sont suivies, doit être lui-même mis en accusation.

Autrement dit, « j’accuse le Concile » me semble la réponse nécessaire au « j’excuse le Concile » du cardinal Ratzinger ! Je m’explique : je soutiens, et je vais le prouver, que la crise de l’Église se ramène essentiellement aux réformes post-conciliaires émanant des autorités les plus officielles de l’Église et en application de la doctrine et des directives de Vatican II. Rien donc, de marginal ni de souterrain dans les causes essentielles du désastre post-conciliaire ! N’oublions pas que ce sont les mêmes hommes et avant tout le même pape, Paul VI, qui ont fait le Concile et qui l’ont ensuite appliqué le plus méthodiquement et officiellement du monde, en usant de leur autorité hiérarchique : ainsi le nouveau missel de Paul VI a été « ex decreto sacrosancti oecumenici concilii Vaticani II instauratum, auctoritate Pauli PP. VI promulgatum ».

Mgr Lefebvre, Ils l’ont découronné – Partie IV : Le catholicisme libéral