Mgr Lefebvre : je le vois d’ici (le visiteur), minimiser (les difficultés) et magnifier (les propositions romaines)

Dans cette conférence donnée lors de la retraite des prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X du 4 septembre 1987, Mgr Lefebvre aborde la question du visiteur apostolique avec des pouvoirs élargis que voulait envoyer Rome, et il imagine très concrètement la façon de ce dernier de procéder.

Vision prophétique, heureusement non, puisqu’un telle initiative a été refusée catégoriquement par Mgr Lefebvre. Mais vision prophétique hélas, quand on ne peut qu’observer la hargne et la haine avec laquelle le visiteur apostolique Volpi détruit méticuleusement sous nos yeux les Franciscains de l’Immaculée pour avoir osé émettre des réserves sur certains points du Concile et pour avoir adopté le rite tridentin pour la messe conventuelle.

Extrait de la conférence :

Ce n’est pas possible, c’est clair. Au lieu de s’adresser à moi pour demander une signature au nom de toute la Fraternité, il va s’adresser maintenant aux candidats au sacerdoce, il va les éplucher, n’est-ce pas.

Et encore : « l’orthodoxie de l’enseignement dans les séminaires ». Donc, il va vérifier dans les séminaires, il va pouvoir interroger tous les séminaristes pour savoir ce que chaque séminariste pense ; et alors, à l’avance, déjà imposer des lignes, des limites, renvoyer, etc.

Ce n’est pas possible, nous ne sommes plus les maîtres.

Alors le cardinal Oddi me téléphone, il y a trois jours, et il me dit :

« Alors, j’espère que vous allez accepter les propositions du Saint-Siège ». J’ai dit : « Sûrement pas ! » ; j’ai dit : « Sûrement pas ; pas un cardinal, comme ça, qui va venir comme visiteur et qui aura tous les pouvoirs. Cela n’est pas possible, voyons, quand même. Pour qui nous prend-on ? Non, ce n’est pas possible. Nous voulons bien un visiteur, et surtout si c’est vous, Éminence, on vous recevra avec beaucoup de sympathie ». Il a rigolé, il a dit : « Oui, je ne pense pas que l’on vous enverra le cardinal Garrone ! »

« Surtout acceptez, acceptez ! Il faut accepter » !

Alors, lui, vous savez comment il est…, rondelet ! je crois qu’il est de Piacenza, ou quelque chose comme ça. Alors, c’est déjà un peu… ce n’est pas le midi de l’Italie, mais enfin, bon, c’est… ce n’est pas dans le nord. Alors, c’est lui qui me disait, n’est-ce pas : « Mais, Mgr, signez, signez ! puis vous ferez ce que vous voudrez après ». Avec un cardinal comme cela, qu’est-ce que vous voulez faire ?

Et puis je le (le visiteur) vois d’ici, je le vois au milieu de nous, et avec de petits groupes, il va aller se promener avec des séminaristes :

« Mais vous exagérez les difficultés. Mais voyons, le Concile : mais vous prenez ce que vous voulez, il ne faut pas comprendre le Concile à la lettre… mais ceci, mais cela… » Minimiser, minimiser, minimiser nos difficultés, n’est-ce pas, minimiser notre résistance. « Mais la liturgie, la liturgie… : puisqu’on vous accorde la messe de saint Pie V, vous pouvez quand même bien dire une fois de temps en temps la messe nouvelle. Elle n’est pas hérétique. Elle n’est pas schismatique. Il ne faut pas exagérer. » Minimiser, minimiser ; et puis, au contraire, magnifier ce que le Saint-Siège va nous donner : « Il faut s’entendre… Qu’est-ce que vous attendez ? Il ne faut pas être comme cela avec des catégories et un esprit difficile ».

Extrait de la conférence de Mgr Lefebvre lors de la retraite des prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X du 4 septembre 1987.

Source : La Porte Latine