Mgr Lefebvre, le 8 octobre 1988, la situation après les sacres

La position de Mgr Lefebvre, très pragmatique, s’en est ressentie modifiée, non sur le fond, mais sur la façon d’aborder ce sujet. Le texte ci-dessous repose le problème de l’autorité du Souverain Pontife et du danger de s’y soumettre tant que cette autorité continue de détruire l’Eglise.

Et puis nous devons prier aussi pour tous ceux qui actuellement sont dans l’hésitation ou qui sont dans l’épreuve, dans la situation actuelle, n’est-ce pas !

Pour nous, il n’y a pas de problème, nous nous trouvons toujours dans le cadre de la Fraternité, dans le cadre donc de l’Eglise de toujours, dans la fidélité à l’Eglise de toujours. Mais il y a certainement pour ceux qui sont, comme par exemple les moines du Barroux, ou les religieuses du Barroux, beaucoup sont angoissés ou peinent à prendre une décision.

Je pense aussi à ces personnes qui se trouvent dans des paroisses qui sont dans l’hésitation. Il y a le cas de la paroisse Guitton, je ne sais pas si c’est vrai, de Marly, de Port-Marly. Alors, pour un certain nombre de personnes justement, ils se demandent ce qu’ils doivent faire, s’ils doivent quitter la paroisse, partir… résister, essayer de changer le prêtre, que sais-je… enfin ça leur pose un tas de problèmes évidemment.

Et je ne sais pas, on fait courir le bruit que c’est la même chose à Versailles. Moi j’avoue que j’en doute un peu après les deux lettres que m’a écrites le Chanoine Porta depuis les sacres, m’affirmant sa fidélité… Je suis vraiment, vraiment surpris si c’est vrai. Là encore ça va poser des problèmes pour tous ceux qui allaient à Notre-Dame-des-Armées et ça formait un groupe très important.

Est-ce que ces questions et ces hésitations vont se poser aussi pour Wagram ? Ce n’est pas certain. Il pourrait se faire qu’il y ait aussi des hésitations dans ce domaine…

Alors vraiment on doit prier pour tous ces fidèles qui sont mis devant des problèmes difficiles, alors que la plupart sans doute sont tout à fait avec nous et nous suivent et n’ont pas du tout l’intention de quitter la Fraternité. Mais, devant les prêtres qui les abandonnent en quelque sorte, et puis qui les encouragent à se mettre sous l’autorité moderniste des évêques… c’est grave, évidemment, et ça pose un problème grave…

Alors si nous avons l’occasion, soit de correspondre, soit d’avoir des contacts avec des personnes qui sont dans cette situation, n’ayons pas peur de leur faire prendre des décisions courageuses, énergiques : il faut demeurer fidèles à l’Eglise de toujours. Il n’est pas question pour nous d’hésiter.

Vous avez lu certainement l’article de Si si No no qui a été traduit heureusement par le Courrier de Rome, qui montre très bien que ce n’est pas d’aujourd’hui que nous avons ces choix à faire. Ce n’est pas depuis les sacres. C’est depuis le Concile. Cet article sur Ni schismatiques, ni excommuniés est très bien rédigé, à mon sens, et j’ai reçu ce soir une lettre des religieuses de Dom Putti qui s’occupent de la publication de Si si No no, elles me disaient que précisément cet article avait eu, heureusement, un très grand succès. Elles me citaient justement l’exemple d’une personne de la ville de Gênes qui leur en a commandé 1’500 et qui les a tous distribués. Je pense qu’en effet il a été rédigé d’une façon admirable, à mon sens. Ça résume toute notre position depuis le début. Et ça justifie notre position depuis le début jusqu’à, y compris, les sacres, donnant le pourquoi des sacres et résolvant les difficultés qu’on peut avoir à ce sujet-là. C’est admirable et je trouve que c’est vraiment un article extraordinaire.

Alors quand ils disent au début, en effet : Catholique écartelé. C’est vrai, qu’est-ce que vous voulez… Alors il met ainsi :

Pour nous limiter à quelques exemples, il a fallu opter entre l’Encyclique Pascendi de Saint Pie X condamnant le modernisme et l’actuelle orientation ecclésiale ouvertement moderniste. Il a dû choisir entre le monitum du Saint-Office de 1962 condamnant les œuvres du Jésuite Teilhard de Chardin et l’actuel courant ecclésial qui n’hésite pas à citer ces œuvres jusque dans les discours pontificaux. Il a dû opter entre l’invalidité déjà définie des ordinations anglicanes et l’actuelle orientation ecclésiale en vertu de laquelle, en 1982, un pontife romain a, pour la première fois, participé à un rite anglican dans la cathédrale de Canterburry, bénissant la foule avec le primat laïc de cette secte hérétique et schismatique. Il a dû opter entre la condamnation ex cathedra de Martin Luther et l’actuel courant ecclésial qui, célébrant le 5ème centenaire de la naissance de l’hérésiarque allemand, déclarait par lettre signée de Sa Sainteté Jean-Paul II qu’aujourd’hui, grâce aux recherches communes des savants catholiques et protestants est apparue la profonde religiosité de Luther.

Et ainsi de suite…

Il a dû choisir entre l’historicité des Evangiles et l’orientation actuelle ecclésiale… Il a dû opter entre la Sainte Ecriture qui déclare les Juifs incrédules en haine à Dieu et l’actuelle orientation qui, dans le discours du premier pape, à se rendre dans la Synagogue de Rome, découvre dans les Juifs toujours incrédules ou les frères aînés des catholiques ignares.

Et ainsi de suite… Je trouve que c’est tout à fait exacte, il a fallu choisir. Il n’y a rien à faire. Il a fallu choisir entre la foi de toujours… C’est pourquoi je pense que la déclaration que j’avais eu l’occasion de faire, après la première visite des prélats belges qui sont venus en 1974, le 11 novembre, et la déclaration que j’ai cru devoir faire le 21 novembre, disant : Nous choisissons la Rome de toujours. Nous ne voulons pas de la Rome moderniste. Nous ne voulons pas de la Rome nouvelle qui est moderniste. J’ai dit ça.

Alors pour nous ça ne pose pas de problème, je dirais, parce que nous nous trouvons dans un cadre qui nous permet de faire cela. Mais alors pour tous ces pauvres fidèles qui sont secoués de droite de gauche, il y en a vraiment qui sont dans l’anxiété, c’est vraiment grave.

C’est dommage de penser que tous ces moines et ces moniales qui sont rentrés au Barroux ou chez les Bénédictines, sont rentrés précisément parce qu’ils ont fait ce choix. Ils ne sont pas allés dans les monastères modernistes, qui sont soumis à l’Eglise conciliaire, qui sont soumis à l’Eglise moderniste. Ils ont fait exprès le choix du Barroux pour demeurer dans la Tradition, pour demeurer dans la foi de toujours. Et maintenant, on les met sous l’autorité de l’Eglise conciliaire. Alors on est vraiment stupéfaits de penser que, malgré les constatations qu’ils doivent faire, et ils le savent bien… Non… Ils restent. Ils ne prennent pas le parti de s’en aller ou de fonder un autre monastère, ou de demander à Dom Gérard de donner sa démission et d’être remplacé… Non, rien… On obéit.

Ça a été le cas de Fontgombault lorsque Dom Roy a accepté la messe nouvelle. Ça a été le cas de Dom Augustin lorsqu’il a accepté la messe nouvelle aussi. Et puis ainsi de suite… et de Randol, et de Jouque, les bénédictines de Jouque, les bénédictines qui sont tout près de Tournaye… Et c’est lamentable de voir avec quelle facilité un monastère qui est dans la Tradition passe sous l’autorité conciliaire et moderniste. Et tout le monde reste. C’est dommage et vraiment triste de constater cela…

Alors nous nous réjouissons justement quand nous voyons des articles aussi clairs que celui du Courrier de Rome qui vraiment peut ouvrir les yeux des fidèles et leur donner le courage de résister et de continuer.

C’est la même chose avec la déclaration qu’a faite le bon Père Thomas d’Aquin. Vraiment, sa déclaration qui est sur ce petit journal que commencent nos confrères suisses… et bien, la déclaration y est et je relève surtout ce qu’il dit et qui est très clair :

Nous ne suivons pas Mgr de Castro Meyer ou Mgr Lefebvre comme chefs de file. Nous suivons l’Eglise catholique. Et à l’heure actuelle, ces deux confesseurs ont été les seuls évêques contre l’auto démolition de l’Eglise. Il ne nous est pas possible de nous désolidariser d’eux. Ainsi comme au IVème siècle au temps de l’arianisme, il était un signe d’orthodoxie que d’être en communion avec Athanase.

C’est très juste. Il a raison, il montre le motif du choix qu’il a fait. Alors heureusement, il y a au moins quelques moines qui ont pu se sauver de cette emprise de l’Eglise conciliaire.

Alors évidemment, ceux qui, comme Dom Gérard ou les Sœurs, disent :

– Mais nous n’avons rien changé, il n’y a rien de changé chez nous. Nous continuons les mêmes offices, la même liturgie, les mêmes règlements… Qu’est-ce qu’il y a de changé chez nous ? Pourquoi vous émouvoir ? Il n’y a rien, nous continuons comme autrefois… Mais nous continuons sous une autre autorité…

C’est là le danger. Cette autorité, elle existe. Et elle s’est déjà fait sentir. Il suffit de voir dans le même journal la déclaration de l’Archevêque de Lyon. Ça, c’est clair. Quand il conclue :

– Aidons-nous les uns, les autres sur ce chemin, en restant fermement attachés au Concile Vatican II, à tout le Concile, qui fait partie de la Tradition de l’Eglise. Poursuivons notre travail apostolique en toute confiance. Consacrons le meilleur de nous-mêmes à annoncer l’Evangile, là est l’essentiel. Ce sera l’objectif de notre Synode diocésain dont la préparation va commencer le 2 octobre.

Le Synode diocésain qui va donc régler les rapports entre le diocèse et le monastère. Et quelles vont être les directives qui vont être données à ce moment-là ? Voilà ce qu’il faut attendre ! C’est très joli de dire : rien n’a changé chez nous. Attendons un peu…

Et il n’a pas fallu attendre longtemps pour qu’il y ait des décisions prises, par exemple même au sujet de l’Abbé Bissig et de l’Abbé Baumann. Enfin, ils ont été tous les deux, l’un directeur du séminaire, l’autre sous-directeur du séminaire. Ils ont été professeurs pendant un bon nombre d’années. Et on a loué nos séminaires… puisqu’on les ramasse, on les garde et on les recherche… il faut croire qu’ils ne sont pas si mauvais que ça ! Et puis, dans ce séminaire qui va être fait, comment va se réaliser ce séminaire qui doit continuer, en principe, la Tradition ? Ce séminaire devrait se faire dans ce pèlerinage, n’est-ce pas, d’Igraspa, qui est juste à la limite de la frontière autrichienne et de l’Allemagne… et dans ce pèlerinage où on ne célèbre que la messe nouvelle, et qui est soumis entièrement à l’évêque d’Augsbourg et les professeurs et le directeur du séminaire vont être des prêtres du diocèse, et non pas l’Abbé Bissig et l’Abbé Baumann qui, eux, devront attendre un an et passer un examen devant l’évêque pour pouvoir prendre leurs charges, si toutefois on leur en donne ! S’ils ne voient pas clair, quand même !… C’est exactement la main-mise là déjà, non seulement sur la formation, formation qui va être donnée par des prêtres qui sont évidemment conciliaires, de l’Eglise conciliaire, et puis ensuite même la liturgie. Ils vont être obligés de se soumettre à la liturgie nouvelle. Qu’est-ce qu’ils vont faire ces séminaristes alors ? Ils vont accepter tout ça, comme si de rien n’était ?… Incroyable… ils ne disent pas : – Oh ! il n’y a rien de changé, il n’y a rien de changé… Alors là où c’est possible, déjà l’Eglise conciliaire les soumet immédiatement à l’obéissance à l’Eglise conciliaire.

Evidemment, chez Dom Gérard, il semble bien que c’est plus difficile, c’est plus délicat. Ils ne veulent pas aller trop vite parce qu’ils savent très bien que s’ils y allaient un peu durement et trop vite, peut-être que ça ferait revenir le monastère en arrière et puis qu’il y aurait un retour en arrière. Alors ils s’y prennent habilement, doucement, ils vont attendre un peu… Mais ce qui va probablement se faire, c’est qu’ils vont dire :

– Il faut que vous acceptiez que les prêtres qui vont venir faire une retraite chez vous, les prêtres du diocèse, puissent dire leur messe nouvelle, évidemment, ils sont habitués à la messe nouvelle. On ne peut pas du tout les contraindre à dire la messe ancienne. Ça, il n’en est pas question. Ensuite, quand des diocésains se présentent chez vous et demandent la communion dans la main… nous leur permettons d’avoir la communion dans la main dans toutes les paroisses du diocèse, on ne voit pas pourquoi maintenant que vous faites partie du diocèse et vous faites partie de la pastorale d’ensemble, vous ne pouvez pas refuser les diocésains qui vont se présenter et demander la communion dans la main…

Qu’est-ce qu’ils vont faire, à ce moment-là, les moines du Barroux ? Et bien, ils feront probablement ce qu’a fait Dom Augustin : accepter. On donne la communion dans la main maintenant chez Dom Augustin.

C’est comme ça, il n’y a rien à faire. Ce transfert d’autorité, c’est ça qui est grave, c’est ça qui est excessivement grave. Il ne suffit pas de dire : on n’a rien changé dans la pratique… C’est ce transfert qui est très grave parce que l’intention de ces autorités, c’est de détruire la Tradition. C’est clair : c’est de détruire la Tradition. Il n’en faut plus. Il faut que tout le monde se soumette. C’est ce qu’a dit le Cardinal Ratzinger très clairement dans une interview avec le journal de Frankfort. Il a dit : – Il est inadmissible qu’il y ait des catholiques qui ne se soumettent pas à ce que pense l’ensemble de l’épiscopat. C’est clair.

Alors prions pour tous ces braves gens qui ont des décisions à prendre, pour qu’ils soient fermes et qu’ils demeurent dans la foi…

Mgr Lefebvre, le 8 octobre 1988, la situation après les sacres