Mgr Lefebvre : ne vous laissez pas circonvenir par les faux prophètes menteurs fils de perdition

L’Église accomplira-t-elle à temps sa véritable rénovation ? Le peut-elle encore ? Si l’Église était une société purement humaine, nous devrions répondre non, car la corruption des idées, des institutions, de la discipline est telle qu’aucun espoir de redressement n’apparaîtrait possible. Cependant, depuis que Dieu veille sur l’humanité afin que la foi ne disparaisse pas, les exemples ne se comptent plus d’une situation humainement désespérée devenant subitement l’occasion d’un extraordinaire renouveau : l’intervention la plus inattendue et la plus sublime que Dieu ait trouvée, dans sa sagesse et sa miséricorde infinie, est la promesse du Messie par Marie après que l’homme, par son péché, eut mérité la damnation.

Depuis cette promesse jusqu’à nos jours, l’histoire de la miséricorde de Dieu envers l’humanité, c’est l’histoire de l’Ancien et du Nouveau Testament, et donc toute l’Histoire de l’Église. Or l’Esprit souffle où il veut et se choisit, pour venir au secours de l’Église en détresse, des Pontifes et d’humbles fidèles, des princes et de jeunes pastourelles. Les noms sont sur toutes les lèvres de ceux qui connaissent tant soit peu la véritable histoire de l’Église.

Mais si l’Esprit Saint souffle où Il veut, son souffle a toujours la même origine, les mêmes moyens fondamentaux et la même fin. L’Esprit Saint ne peut faire autre chose que ce que Notre Seigneur a dit de lui : Il ne parle pas de son propre fonds, mais Il parle de ce qu’Il entend… Il me glorifiera, car Il recevra de moi et vous l’annoncera (Jn 16,13). Autrement dit l’Esprit Saint ne peut que faire écho à Notre Seigneur.

C’est pourquoi, sous des modalités extérieures diverses, ceux qu’il a choisis ont répété et fait les mêmes choses, se sont nourris aux mêmes sources pour rendre vitalité à l’Église. Saint Hilaire, saint Benoît, saint Augustin, sainte Élisabeth, saint Louis, sainte Jeanne d’Arc, saint François d’Assise, saint Ignace, le saint Curé d’Ars, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ont tous enseigné la même spiritualité dans ses principes fondamentaux, de pénitence, de prière, de dévotion totale à Notre Seigneur et à la Vierge Marie. D’obéissance sans limite à la Volonté de Dieu, de respect envers ceux qui l’interprètent, cette volonté, depuis les parents jusqu’aux autorités civiles légitimes et aux autorités religieuses. Tous eurent une grande estime des sacrements et spécialement de l’Eucharistie et du Saint Sacrifice de la Messe. Tous manifestèrent le détachement des biens de ce monde et le zèle pour le salut des pécheurs. Ils n’avaient rien de plus cher que la gloire de Dieu, de Notre Seigneur Jésus-Christ, que l’Honneur de son unique Église. L’Écriture Sainte leur était familière et ils vénéraient la Tradition de l’Église exprimée dans les Credo, les Conciles et les catéchismes où se trouve l’authentique doctrine léguée par les Apôtres. C’est dans ces sources qu’ils puisèrent une grâce, une communication particulière de l’Esprit Saint, qui fit d’eux des témoins extraordinaires de la foi et de la sainteté de l’Évangile.

Telles sont les constatations historiques de l’action de l’Esprit Saint qui nous permettent de croire que l’Église peut toujours se renouveler par la sanctification de ses membres. Dieu n’a jamais abandonné son Église. Il ne l’abandonnera pas aujourd’hui, mais les épreuves, les apparences de triomphe de l’Esprit mauvais, du Prince de ce monde, peuvent être un objet de scandale, c’est-à-dire de chute et d’abandon de la foi pour beaucoup. Ceux-là ont tort qui se laissent dérouter par les faux prophètes, qui prêchent que leur temps ne ressemble en rien aux temps qui précèdent et que l’Évangile d’hier ne peut plus être l’Évangile d’aujourd’hui. Le Christ est de tous les temps : Jesus Christus heri, hodie et in saecula, « Jésus-Christ hier, aujourd’hui et pour tous les siècles ». C’est saint Paul qui nous l’enseigne.

Hélas, il faut bien l’avouer, le concile Vatican II devait, aurait dû être le concile du renouveau par un retour aux sources, comme il est de règle dans l’Église. En effet, à mesure que l’Église militante chemine, il peut se faire que le message s’estompe, que les ennemis de l’Église réussissent à étouffer le bon grain, que la négligence des pasteurs atténue la foi, que les moeurs se corrompent, que la chrétienté prête une oreille bienveillante aux persiflages de ce monde pervers.

Alors, des renouveaux s’imposent, mais, à l’exemple de Notre Seigneur qui n’est que l’écho du Père, de l’Esprit Saint qui est l’écho du Fils, les apôtres n’ont cessé de répéter à leurs disciples : retenez ce qui vous a été dit, demeurez dans la doctrine qui vous a été enseignée, gardez le dépôt de la foi, ne vous laissez pas circonvenir par les faux prophètes menteurs fils de perdition, destinés au feu éternel avec tous ceux qui les suivent.

Mgr Lefebvre, Rivarol, 12 septembre 1968