Mgr Lefebvre, un exemple pour notre temps

Dans la crise que traverse la FSSPX, il devient habituel de vouloir s’approprier Mgr Lefebvre pour justifier de telle ou telle position. Qui veut l’accord pratique trouvera des homélies où Mgr Lefebvre l’appelle aussi de ses vœux, qui refuse tout contact avec Rome en trouvera des extraits qui vont également dans ce sens.

Mgr Lefebvre n’était pas un idéologue. Il avait une Foi missionnaire, enflammée de cette Charité qui veut se répandre et qui en prend les moyens concrets et pragmatiques, mais cette Charité vraie qui est d’abord faite de l’amour de Dieu et qui par conséquent ne transige jamais avec l’erreur.

Cette âme missionnaire n’a pas été univoque, si ce n’est dans la docilité aux signes de la Providence. Et si Mgr Lefebvre a vu assez rapidement les dangers du concile Vatican II, ce n’est que petit à petit, au fil des années et des événements, que son acuité sur la crise de l’Eglise s’est faite de plus en plus précise.

Un des exemples de cette évolution chez Mgr Lefebvre concerne la nouvelle messe : bien qu’ayant refusé le Novus Ordo, il n’interdisait pas à ses séminaristes, durant les vacances, de se rendre à la messe de leur paroisse. Mais très rapidement, ayant davantage compris les dangers mortels de cette nouvelle liturgie, il en décida l’interdiction formelle d’y assister.

Sa vision sur le concile Vatican II, bien que négative dès le départ, évoluera également au fil du temps. C’est ainsi qu’il pensait, à l’instar de bien d’autres supérieurs et évêques, que les effets néfastes du Concile seraient maîtrisés par Rome et l’on retrouve dans ce sens des courriers très intéressants entre Mgr Lefebvre et le cardinal Ottaviani.

Si on regarde honnêtement cette évolution ce Mgr Lefebvre, sans s’arrêter sur les sermons et homélies qui arrangent, n’hésitant pas pour cela à remonter le temps, on ne peut que constater le durcissement de Mgr Lefebvre vis-à-vis du Concile et des autorités romaines. Tout ce cheminement intérieur, tout ordonné à la grâce, conduira Mgr Lefebvre à l’acte héroïque des sacres en 1988.

Les sacres, opération survie, seront aussi la libération de Mgr Lefebvre, ayant acquis la certitude que ce jour là, il avait posé l’acte que lui demandait le Seigneur. On peut dans ce sens réécouter le sermon des sacres ainsi que le témoignage de Mère Anne-Marie Simoulin (dans le film Mgr Lefebvre, un évêque dans la tempête).

Cet acte des sacres pose un état irréversible : les autorités conciliaires de l’Eglise se sont excommuniées de la Tradition, c’est-à-dire que ce jour là, ce sont les autorités conciliaires qui en condamnant Mgr Lefebvre, ont reconnu l’impossibilité de faire co-exister le concile et la Tradition. Et de fait c’est impossible. Le demi siècle écoulé le prouve à l’envie.

C’est ainsi, qu’après les sacres en 1988, étape ultime de cette vie épiscopale, Mgr Lefebvre rejettera toute idée d’accord avec Rome sans un acte de Foi authentique des autorités romaines : Creddidimus Caritati, nous avons cru en la charité. Là est la vraie Charité.

 Austremoine