Notre brevet de catholiques

Le monde de la Tradition se voit régulièrement accusé de schisme, ou du moins, d’être en marge de l’Eglise catholique par son refus d’obéissance au pape et aux évêques. A ce titre, nous ne serions pas catholiques ou du moins, considérés uniquement comme des catholiques de seconde zone. C’est sur ce constat, le considérant cette situation comme injuste, qu’il nous fut expliqué qu’il était normal de chercher à ce que notre titre de catholiques soit pleinement reconnu par Rome.

Il est vrai qu’il est désagréable de se voir refuser la reconnaissance ce qui pourtant est le plus cher à notre cœur tant attaché à  la Foi catholique. Et il est vrai que chercher à se faire connaitre comme catholiques et attachés à la Tradition, parce que catholiques, est tout à fait juste et louable.

Mais qu’est-ce qui nous donne ce brevet de catholicité tant recherché ? Certains nous ont dit que ceux qui devaient nous le rendre sont ceux qui précisément nous l’avaient ôté, à savoir Rome, et à sa tête  le pape. D’autres, considérant Rome comme moderniste et anticatholique cherche ce brevet dans le fait d’être opposé à la  Rome conciliaire.

Ces deux attitudes sont erronées, car elles recherchent chez les hommes le fait d’être catholique ou non. Or être catholique ne découle pas d’une reconnaissance ou d’une opposition, mais simplement d’une adhésion à la doctrine catholique, à la Foi catholique. Nous sommes catholiques par notre baptême et par la correspondance de notre vie à cette grâce reçue. Et c’est cette attitude, cette adhésion, cette correspondance à la Foi catholique qui est le seul brevet, la meilleure preuve et le meilleur témoignage de notre catholicité.

Si nous perdons de vue ce témoignage, cette adhésion, et que nous ramenons à la reconnaissance humaine notre adhésion à l’Eglise, alors les voies d’égarement menacent et elles risquent même de mettre en danger la cohérence et la crédibilité de notre témoignage de catholiques.

Comment vouloir être reconnus comme catholiques par ceux qui font Assise, qui baisent le Coran, qui vénèrent des « saints » qui n’en sont pas, qui font la promotion du culte de l’homme, qui ont évacué Dieu de l’Eglise pour en faire une vaste association caritative basée sur les droits de l’homme.

« Le résultat de ce concile est bien pire que celui de la Révolution; les exécutions et les martyrs sont silencieux, des dizaines de milliers de prêtres, de religieux et religieuses abandonnent leurs engagements, les autres se laïcisent, les clôtures disparaissent, le vandalisme envahit les églises, les autels sont détruits, les croix disparaissent les séminaires et les noviciats se vident.

Les sociétés civiles encore catholiques se laïcisent sous la pression des autorités romaines : Notre Seigneur n’a plus à régner ici-bas ! l’enseignement catholique devient œcuménique et libéral, la Grégorienne à Rome devient mixte, saint Thomas n’est plus à la base de l’enseignement » (Mgr Lefebvre, Itinéraire spirituel, p.7).

C’était il y a 30 ans. Toutes ces choses sont maintenant réalisées. Est-ce à cette Rome que nous demandons un brevet de catholicité ? Quelle cohérence ? Quel brevet obtenir de ceux qui détruisent l’Eglise ? Il n’y en a pas, cela n’a pas de sens, c’est se fourvoyer sur notre combat et sur celui des modernistes et des francs-maçons.

« Monseigneur souffrait des injustices qui lui étaient faites personnellement, des humiliations de son honneur foulé aux pieds ; Il souffrait de quelques-uns de ses fils prêtres qui lui disaient : « Cette doctrine est dure, qui peut l’entendre ? » (Jn 6,61) et qui se retiraient et n’allaient plus avec lui. Il souffrait encore mille fois plus à cause de l’Eglise, il souffrait pour l’Eglise. A vrai dire, le Christ « souffrait en lui pour accomplir dans son Corps mystique l’œuvre de la Rédemption » (Col. 1,34). », Obsèques  de Monseigneur, Sermon de M. l’abbé Schmidberger, le 2 avril 1991

Condamner toutes ces errances de l’Eglise conciliaire ne fait pas de nous pour autant des catholiques. Nous ne sommes pas catholiques parce que nous sommes opposés au concile Vatican II et à toutes ses réformes. S’enfermer dans une simple lutte d’opposition est stérile, inefficace, sans lendemain. Tout au plus attire-t-elle des réactions d’hostilité sans possibilité de comprendre le fond réel d’une telle opposition.

« Car c’est en vertu de cette Tradition, c’est-à-dire en vertu du trésor que Notre Seigneur Jésus-Christ nous a laissé dans les mains, a laissé dans les mains de ses apôtres pour qu’il soit transmis de génération en génération, que nous menons le bon combat. Car c’est cela qui nous fait chrétiens et qui nous fait catholiques, participer au trésor de la vie divine que Notre Seigneur Jésus-Christ est venu nous donner.

C’est cela la Tradition : c’est la préparation de la vie éternelle. Ce n’est pas une petite chose; ce n’est pas un mot. C’est une réalité profonde, une réalité qui doit nous mener à la vie éternelle. Sans la Tradition, c’est-à-dire sans le magistère de l’Eglise de toujours et sans ce trésor de la grâce qui est la participation même à la vie de Notre Seigneur qui est Dieu, nous ne pouvons pas atteindre la vie éternelle.

C’est donc notre vie de toujours qui est en jeu. En faisant cela, nous ne faisons pas du folklore; nous ne sommes pas attachés à quelques vestiges du passé dont on pourrait facilement s’abstenir. » Mgr Lefebvre, 29 juin 1988

Voici la promesse si pleine de Foi et d’espérance que firent les enfants de Mgr Lefebvre rassemblés autour de la dépouille de leur bien aimé Père :

« Il a en effet formé une petite élite qui est à la disposition du Saint-Siège et des évêques; mais permettez-moi de préciser : elle est à leur disposition en excluant tout compromis et toute concession vis-à-vis du concile Vatican II et des réformes qui en découlent. Tant que l’esprit de destruction soufflera dans les évêchés et dans les dicastères romains, il n’y aura aucune harmonisation ou accord possibles. Nous voulons travailler à la construction de l’Eglise et non pas à sa démolition. On lit dans les journaux que Rome aurait attendu jusqu’à la fin le “repentir” de Monseigneur. De quoi peut se repentir un homme qui a accompli son devoir jusqu’au bout en préservant ou en redonnant à l’Eglise les moyens qui sont absolument nécessaires à la sainteté ? N’était-ce pas une bonne œuvre de lui donner des pasteurs catholiques, elle qui est occupée par des mercenaires, des voleurs et des larrons ? « Et pour cette bonne œuvre vous lapidez votre frère » (Jn 10,32).

En cette heure, nous supplions Rome et les évêques : abandonnez l’œcuménisme funeste, la laïcisation de la société et la protestantisation du culte divin, retournez à la sainte tradition de l’Eglise, même si vous scellez le tombeau que vous avez creusé à la vraie Sainte Messe, au catéchisme du concile de Trente et au titre de Roi universel de Jésus-Christ, par mille décrets et excommunications : la vie ressuscitera du tombeau fermé. « Jérusalem, convertis-toi au Seigneur ton Dieu ! « Un signe essentiel d’une telle conversion et d’un tel retour pourrait être une fois fermé le tombeau de Monseigneur Lefebvre, l’ouverture officielle d’un procès d’information pour constater le degré héroïque de ses vertus. Nous ses fils, nous sommes les témoins privilégies de ses mérites, de la force de sa foi, de son amour brûlant de Dieu et du prochain, de sa résignation dans la volonté de Dieu, de son humilité et de sa douceur, de sa vie de prières et d’adoration, de sa haine du péché et son horreur de l’erreur. », Obsèques  de Monseigneur Lefebvre, Sermon de M. l’abbé Schmidberger, le 2 avril 1991

Austremoine