Réponse à M. l’abbé Ribeton, supérieur du district de France de la FSSP

Monsieur l’abbé Ribeton, supérieur du district de France de la FSSP, a donné une interview à la Nef. Il y affirme notamment ceci :

« Mgr Marcel Lefebvre a transmis à nos fondateurs une formation solide dans un contexte de crise de l’Église qui brouillait les repères et conduisait les catholiques à une grande perplexité. Mgr Lefebvre a voulu transmettre ce qu’il avait reçu, nos fondateurs lui doivent énormément ; mais il y avait une contradiction en 1988 à vouloir défendre la Tradition de l’Église en sacrant quatre évêques contre la volonté du pape. Cela contredisait la Tradition elle-même. »

Il convient tout d’abord de rappeler quelques faits à monsieur l’abbé Ribeton : les sanctions contre Mgr Lefebvre et la FSSPX ne commencent pas en 1988, mais bien avant. Ne se souvient-il pas que la suspens a divinis date de 1976 pour avoir ordonné des prêtres contre l’accord de Rome ? Pourtant, dans l’argumentation de monsieur l’abbé Ribeton, cela va aussi contre la Tradition.

Comment se fait-t-il que de 1976 à 1988 les prêtres fondateurs de la FSSP acceptent de subir les sanctions, en allant contre la volonté du pape, et que soudainement en 1988, ils découvriraient que s’opposer au pape devient anti-traditionnel ? Certes la consécration sans mandat entraîne l’excommunication latae sententiae, n’est-ce pas plutôt la gravité de la sanction qui fit reculer à cette époque les fondateurs de la FSSP ?

Le point central d’une telle affirmation reste toujours la notion que l’on met derrière les mots et que la révolution conciliaire a elle aussi perverti. Le mot Tradition est utilisé ici un peu comme un slogan. La question est bien : est-ce que les sacres de 1988 ont contrevenu à la Tradition ?

Un petit retour en arrière aiderait à résoudre la question sans se lancer dans de grandes explications théologiques. Si Mgr Lefebvre n’avait pas procédé aux sacres épiscopaux en 1988, qui aurait ordonné les prêtres célébrant le selon le rite traditionnel ? Resterait-il encore un seul séminaire enseignant la scolastique et formant les prêtres au sacerdoce de toujours ? En somme, la Foi catholique serait-elle encore transmise ?

Mgr Lefebvre a sauvé tout cela, il a en quelque sorte sauvé la Tradition à laquelle l’abbé Ribeton tente de l’opposer, car Paul VI n’a eu de cesse comme Jean-Paul II et l’ensemble des évêques notamment français de vouloir fermer Ecône, aucun évêque avant 1988 et le motu proprio Ecclesia Dei  n’acceptaient de célébrer dans le rite traditionnel. Aujourd’hui, sans les sacres, il ne resterait que des individualités de vieux prêtres résistant ici ou là, le reste étant noyé dans le magma conciliaire avec des nuances diverses de conservatisme.

Loin de s’opposer à la Tradition, Mgr Lefebvre l’a sauvé. Et si la Fraternité Saint-Pierre peut aujourd’hui exercer son apostolat dans des formes et des aspects traditionnels qui peuvent faire un certain bien, ce n’est qu’en vertu de la protection que lui accorde de facto le honteux motu proprio Ecclesia Dei, qui signe la condamnation de Mgr Lefebvre et surtout, de la Tradition dans son aspect le plus théologique et doctrinal qui soit ! Il y a qu’on le veuille ou non un aspect inique à user des privilèges que donne la Tradition en vivant sur sa condamnation !

Sub Petro et cum Petro comme aiment bien le dire nos amis d’Ecclesia Dei. Certes. Mais Pierre n’est pas une finalité, Pierre est un outil, outil essentiel certes, mais outil quand même. Pierre a la grâce de pouvoir confirmer ses frères dans la Foi, il en a le pouvoir, il en a le devoir. La finalité c’est Dieu. Si obéir au pape veut dire abandonner ou diminuer notre Foi, alors l’obéissance vraie demande à rejeter ce qui est contraire à la Foi et donc au Salut.

Ce n’est sans doute pas pour rien que jamais on n’entend la FSSP se lever contre les ravages du concile Vatican II mais expliquer simplement que leur choix théologique et liturgique est le fruit d’une « sensibilité », c’est sans doute pour cela que l’on vit l’abbé Ribeton écrire que la messe de Paul VI, messe équivoque et néo-protestante, est bonne et sanctifiante ; c’est sans doute pour cela que l’on voit les instituts Ecclesia Dei  adopter les nouveaux « saints » conciliaires les plus controversés comme la mère Térésa et bientôt Jean-Paul II ; c’est sans doute pour cela que le silence de la FSSP se fait plus pesant face aux grands scandales d’Assise, péchés publiques gravissimes de la plus haute autorité de l’Eglise contre Dieu, et encore quand certains ne trouvent pas le moyen de le justifier, etc… Et la liste est si longue ! 

Sub Petro et cum Petro, certes monsieur l’abbé, dire le contraire c’est être schismatique, sub Petro et cum Petro comme signe sensible de l’appartenance à la communion des Saints, communion qui est le partage d’une même Foi, la Foi catholique, et non pas comme acceptation plus ou moins tacite de ce qui la détruit.

Vous souhaitez que la FSSPX saisisse la main tendue du pape ? Mais quelle main ? Celle qui fait de la notion du bien et du mal une notion subjective propre à la conscience de chacun ? Une main qui a pour volonté l’application de la révolution conciliaire la plus extrémiste, révolution contre Dieu, contre l’Eglise, qui détruit la Foi ?

La seule main qui puisse être saisie c’est celle de Dieu, celle de la Foi, car c’est par cette main seule que l’on peut se sauver. Et ce qui vous retient d’être avalé par l’ogre conciliaire et de vous voir imposer les réformes libérales et modernistes, c’est le refus de la FSSPX de collaborer avec des autorités qui usent de leur pouvoir pour détruire l’Eglise.

Priez, priez pour que jamais la FSSPX n’accepte une telle folie : il y va aussi de votre survie !

Austremoine