Sédévacantisme et libéralisme : le même problème selon Mgr Lefebvre

A l’heure où certains voudraient que nous acceptions le concile Vatican II comme faisant parti du magistère – un tel refus ferait soit-disant de nous des sédévacantistes -, et où d’autres voudraient que les papes post-conciliaires soient considérés comme n’étant pas des papes, il est bon de revenir au bon sens catholique de Mgr Lefebvre. Le fondateur, dans cette sagesse toute divine que lui donna la providence en ces temps de crise, n’avait pas besoin de grands discours ni de considérations abstraites pour saisir et entrevoir les solutions qui seront sans doutes explicitées par l’Eglise plus tard.

La fidélité à l’Eglise passe, dans ces temps de crise pour la FSSPX et l’Eglise, par la fidélité à la pensée de son fondateur. S’en écarter, c’est prendre des chemins qui ont montré qu’ils sont une voie de mort : d’un coté le schisme par la séparation d’avec Pierre, et de l’autre, l’abandon du combat de la Foi par l’acceptation plus ou moins implicite des erreurs qui détruisent l’Eglise.

Austremoine

Lecture recommandée sur le sujet du magistère sur Vatican II en question.

Mgr Lefebvre :

L’histoire d’Ecône est suffisamment émaillée d’événements qui sont des conséquences de la situation dans laquelle l’Eglise se trouve aujourd’hui et qui pose évidemment un problème, un problème d’ailleurs qui, en définitive, est unique. C’est le même problème qui se pose à ceux qui nous quittent en disant que nous n’obéissons pas au pape et puis ceux qui nous quittent parce qu’ils disent qu’il n’y a pas de pape. Ils partent du même principe, en définitive : que le pape ne peut pas, dans les voies universelles, disons, dans les actes universels qu’il fait, il ne peut pas se tromper et ne peut pas engager l’Eglise dans une voie qui n’est pas conforme à la foi et aux mœurs.

Alors voilà le principe énoncé. Alors les uns disent : – Bien. Voilà le principe. Il est fermement établi par la Tradition, par les théologiens, par la doctrine de l’Eglise. Or le pape publie des actes qui sont nocifs à l’Eglise dans le domaine de la foi et des mœurs. Donc il n’est pas pape, puisqu’il ne peut pas le faire. Alors s’il n’est pas pape, et bien il n’y a plus de pape. Ce n’est pas difficile. Donc nous sommes libérés de tous les principes qui nous relient à Rome, et ainsi de suite… Nous sommes indépendants… Bon, c’est une solution.

Et puis il y a les autres qui disent : – Non, il n’est pas possible que le pape puisse donner quelque chose qui soit nuisible à l’Eglise, dans un autre domaine, indirectement ou implicitement, pour la foi et les mœurs. Or le pape est pape. Donc il faut accepter ce que le pape nous donne. Et donc, tout ce qui vient de Rome est bon. C’est essentiellement bon. Il peut bien y avoir quelques incidents, quelques bavures, quelques petites choses qui ne sont pas très bonnes, mais enfin c’est bon. La messe est bonne. On ne peut pas dire que la messe est mauvaise. Elle est peut-être mauvaise extrinsèquement, par quelques choses extrinsèques, mais elle n’a pas de principe mauvais. Les principes mêmes de la messe ne sont pas touchés. Ils sont intangibles, puisque c’est le pape qui les a donnés. Le pape ne peut pas faire quelque chose contre la foi et les mœurs lorsqu’il parle pour l’Eglise universelle, donc essentiellement tous les actes qui viennent du Saint-Siège sont bons, donc le Droit Canon est bon. Il y a peut-être des petites phrases qu’on pourrait changer, des petits détails, d’accord, mais fondamentalement il est bon parce qu’ il ne peut pas donner des choses mauvaises. C’est fini, c’est clair.

Alors vous, vous contestez le Droit Canon, vous contestez la messe, vous contestez la bible œcuménique, vous contestez tout ce qui vient de Rome d’une manière grave. Par conséquent vous êtes dans la désobéissance et on vous quitte. Nous, on préfère être dans l’obéissance.

Ils s’en vont et ils rentrent dans l’obéissance, c’est-à-dire dans le libéralisme, dans le progressisme, dans la destruction de l’Eglise et dans la nouvelle messe et dans le nouveau Droit…

Alors qu’est-ce que vous faites ? Il me semble que ces solutions pèchent, à mon sens, d’abord par trop de simplisme. On énonce le principe comme ça, et on ne l’étudie pas à fond. Or un principe comme celui-là dans l’infaillibilité de l’Eglise dans les matières disciplinaires, dans les matières liturgiques, c’est tout de même un principe qui nous vient de la Tradition. Ça n’a pas été dit explicitement par Notre-Seigneur, ce n’est pas, si vous voulez, aussi explicite que dans la Révélation, que l’infaillibilité au point de vue de la foi et des mœurs, ça c’est clair, ça c’est l’objet direct de l’infaillibilité, donc il n’y a pas de problèmes. Mais il y a un objet indirect de l’infaillibilité, un objet comme complémentaire de l’infaillibilité, qui est précisément les faits dogmatiques, par exemple. Les faits dogmatiques qui sont les conclusions théologiques, les faits dogmatiques, les questions disciplinaires et cultuelles de l’Eglise, donc qui sont l’objet indirect, qui soutiennent l’objet primaire qui est l’objet de la foi et des mœurs et qui sont impliqués justement dans la mesure où la foi et les mœurs sont impliqués aussi dans ces faits, dans les conclusions théologiques, dans les faits dogmatiques, dans les questions disciplinaires et cultuelles.

Alors, pour déterminer ça, ça a été la Tradition de l’Eglise, les théologiens, les papes dans leurs Encycliques, dans leur manière dont ils font publier les décrets concernant ces différents sujets. Alors on en a conclu, les théologiens dans l’ensemble en ont conclu, que quand le pape fait un décret pour l’Eglise universelle et qui a trait à la liturgie, à la discipline générale de l’Eglise, et bien le pape ne peut pas se tromper, le pape est infaillible.

Mais si on étudie les choses de près, on s’aperçoit tout de même que cette infaillibilité, l’infaillibilité dans ce domaine-là, est tout de même moins absolue que dans l’objet primaire qui est directement la foi et les mœurs.

Et donc il peut y avoir des exceptions, il peut y avoir des cas où le pape, soit par son mode d’expression, soit par ses affirmations personnelles au sujet de ce qu’il édicte, et bien manifeste qu’il n’a pas l’intention d’utiliser son infaillibilité.

Je pense qu’il faut lire non seulement une seule page concernant la loi et l’infaillibilité du livre que vous connaissez bien de Xavier da Silveira. En effet il tire en conclusion dans ce sujet que d’une manière générale, l’Eglise est infaillible en manière de discipline et liturgie. Mais la thèse n’affirme en aucune façon que la loi doit être la plus parfaite possible, ni qu’elle devrait contenir implicitement toute la doctrine sur la question à laquelle elle se réfère, mais elle traite seulement de la non-existence, dans ce que prescrit la loi, de toute erreur implicite ou explicite en matière de foi et de morale.

Ça c’est la conclusion générale de son étude de la Tradition. Mais après, il met bien : c’est une thèse à considérer dans ses nuances.

Comme nous l’avons vu, la thèse selon laquelle les décrets disciplinaires et liturgiques promulgués pour l’Eglise universelle sont toujours garantis d’infaillibilité, semblent recevoir le support total de la Tradition.

Cependant avant de continuer en se demandant s’il n’y a pas dans la Tradition des témoignages contraires, il nous semble qu’on peut et doit douter que la thèse de l’infaillibilité dans les décrets disciplinaires et liturgiques ait l’ampleur que certains théologiens pensent pouvoir lui attribuer.

Bon, il faut compléter, il ne faut pas seulement lire une phrase, il faut tout lire. Ensuite, un peu plus loin, il fait de nouveau appel à cela :

Avant d’examiner le cas concret du Nouvel Ordo, nous allons reprendre les principes exposés jusqu’ici et fixer clairement l’état de la question.

Premièrement, nous avons vu que, en général, les manuels néo-scolastiques considèrent la thèse selon laquelle les lois universelles de l’Eglise qui incluent les lois liturgiques engagent l’infaillibilité comme théologiquement certaine.

Deuxièmement, nous avons montré ensuite que cette thèse a, ou semble avoir, un support solide dans la Tradition.

Troisièmement, nous avons souligné que, malgré les témoignages de la Tradition qui ont été allégués, il y a de graves raisons aussi, aussi bien d’ordre doctrinales qu’historiques pour nous, de douter que les lois universelles impliquent toujours et nécessairement l’infaillibilité de l’Eglise.

Nous avons remarqué que ce doute a un support dans la Tradition car, dans de nombreux documents, on trouve des hésitations, des expressions restrictives, au sujet de la thèse de l’infaillibilité en matières disciplinaires et liturgiques.

C’est ce danger, voyez-vous, de toujours prendre certaines vérités qui ont besoin d’être expliquées, interprétées par les conditions dans lesquelles se réalisent les principes, et bien on nie ces conditions, on nie, je dirais, les conditions historiques de l’application de ces principes et on ne pense qu’aux principes eux-mêmes, et on en tire les conclusions sans se préoccuper des conditions historiques dans lesquelles on se trouve.

Mgr Lefebvre, 1984