Si Jean-Paul II est canonisé

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Si Jean-Paul II est canonisé, les fidèles catholiques doivent reconnaître que l’Église catholique et les communautés orthodoxes sont des Églises soeurs, responsables ensemble de la sauvegarde de l’unique Église de Dieu. Ils doivent donc réprouver l’exemple de Josaphat Kuncewicz, archevêque de Polotsk ( 1580-1623 ). Converti de l’orthodoxie, celui-ci publia en 1617 une Défense de l’unité de l’Église, dans laquelle il reprochait aux orthodoxes de déchirer l’unité de l’Église de Dieu, et c’est pourquoi il excita la haine de ces schismatiques qui le martyrisèrent.

Si Jean-Paul II est déclaré saint, les fidèles catholiques doivent reconnaître les anglicans comme des frères et des soeurs dans le Christ, et exprimer cette reconnaissance par la prière commune. Ils doivent donc aussi réprouver l’exemple d’Edmund Campion ( 1540- 1581 ), qui refusa de prier avec le ministre anglican, au moment de son martyre.

Si Jean-Paul II est saint, les fidèles catholiques doivent considérer que ce qui divise les catholiques et les protestants – c’est-à-dire la réalité du Saint Sacrifice propitiatoire de la messe, la réalité de la médiation universelle de la Très Sainte Vierge Marie, la réalité du sacerdoce catholique, la réalité du primat de juridiction de l’Évêque de Rome – est minime par rapport à ce qui peut les unir. Ils doivent donc réprouver l’exemple du capucin Fidèle de Sigmaringen ( 1578- 1622 ) qui fut martyrisé par les réformés protestants, auprès desquels il avait été envoyé en mission et qui composa une Disputatio contre les ministres protestants, au sujet du Saint Sacrifice de la messe.

Si Jean-Paul II est reconnu comme saint, les fidèles catholiques doivent reconnaître la valeur du témoignage religieux du peuple juif. Ils doivent donc réprouver l’exemple de Pierre d’Arbués ( 1440-1485 ), Grand Inquisiteur d’Aragon, qui fut martyrisé en haine de la foi par les juifs.

Si Jean-Paul II est élevé sur les autels, les fidèles catholiques doivent reconnaître qu’après la résurrection finale, Dieu sera satisfait des musulmans, et que les musulmans seront satisfaits de Lui. Ils doivent donc réprouver l’exemple du capucin Joseph de Léonessa ( 1556- 1612 ), qui se dépensa sans compter à Constantinople auprès des chrétiens réduits en esclavage par les adeptes de l’Islam : ce zèle lui valut d’être inculpé auprès du sultan pour avoir outragé la religion musulmane, et on lui appliqua le supplice du gibet : il y resta trois jours suspendu à une chaîne, une main et un pied percés d’un crochet. Les fidèles catholiques devraient aussi réprouver l’exemple de Pierre Mavimène, mort en 715 et après avoir été supplicié pendant trois jours pour avoir insulté Mahomet et l’Islam.

Si Jean-Paul II est saint, les fidèles catholiques doivent reconnaître que les chefs d’État ne peuvent s’arroger le droit d’empêcher la profession publique d’une religion fausse. Ils doivent donc réprouver l’exemple du roi de France Louis IX, qui limita autant qu’il le put l’exercice public des religions non chrétiennes.

Pourtant, Josaphat Kuncewicz a été canonisé en 1867 par Pie IX, et Pie XI lui a consacré une encyclique ; il est fêté dans l’Église le 14 novembre. Edmund Campion a été canonisé, par Paul VI en 1970 et est fêté le 1er décembre. Fidèle de Sigmaringen a été canonisé en 1746, et Clément XIV l’a désigné comme le « protomartyr de la Propagande » ; il est fêté au calendrier de l’Église le 24 avril. Pierre d’Arbués a été canonisé par Pie IX en 1867. Joseph de Léonessa l’a été lui aussi, en 1737 par Benoît XIV et sa fête est célébrée dans l’Église le 4 février ; Pie XI l’a proclamé patron des missions de Turquie. Saint Pierre Mavimène enfin, est célébré dans l’Église le 21 février. Quant au roi saint Louis, son exemple suffisamment connu illustre on ne peut mieux les enseignements du pape saint Pie X, lui aussi canonisé.

Si Jean-Paul II est réellement saint, tous les papes qui ont canonisé tous ces saints se sont gravement trompés, et ont donné à toute l’Église non pas l’exemple d’une sainteté authentique mais le scandale de l’intolérance et du fanatisme. Il est impossible d’échapper à cette alternative. Le seul moyen d’en sortir est de tirer la double conclusion qui s’impose : Karol Wojtyla ne peut pas être canonisé, et l’acte qui prétendrait déclarer sa sainteté à la face de toute l’Église ne saurait être qu’une fausse canonisation. Car nul pape ne peut décider de canoniser celui qui n’est pas saint. Quand bien même il le ferait, cet acte, pour revêtir les apparences trompeuses d’une canonisation, ne trompera aucun de ceux dont la raison déjà droite est éclairée par l’enseignement constant que représentent toutes les canonisations accomplies en conformité avec l’esprit de l’Église.

Si elle a lieu comme prévu, la canonisation de Jean-Paul II donnera donc à tous les catholiques l’exemple trompeur d’une fausse charité. Fausse charité absolument opposée aux exigences de la Royauté du Christ, fausse charité oecuménique, dont le pape polonais s’est fait l’apôtre incessant. On nous dira que l’on ne peut pas sans cesse désobéir, contester et refuser l’adhésion au magistère et au pape. Nous répondons alors précisément, qu’en effet on ne le peut pas et que c’est justement pour continuer à obéir à la Tradition bimillénaire de l’Église, pour ne pas la contester et pour lui donner toute l’adhésion qu’elle réclame, que nous sommes bien obligés de nous opposer à toutes les initiatives qui s’en éloignent, quand bien même elles émanent des plus hautes autorités dans l’Église. Car la rupture n’est pas le fait de ceux qui contestent le bien-fondé d’une éventuelle canonisation de Jean- Paul II. Elle est plutôt le fait de ce pape, qui a voulu rendre l’Église conforme aux nouveautés introduites par le concile Vatican II. En ce sens, la canonisation de Jean-Paul II sera, elle aussi, une nouveauté. Mais une nouveauté contestable, pour qui veut rester attaché à la Tradition de l’Église.

Document élaboré par Ecône et imprimé par le District d’Asie

Source : La Porte Latine