Sur le célibat sacerdotal

Nommé le 31 août 2013 secrétaire d’État du Saint-Siège par le pape François, Mgr Pietro Parolin annonce de façon détournée la possible remise en cause du célibat sacerdotal en vigueur dans la majorité des Eglises dont l’Eglise latine.

Voici les propos du nouveau bras droit du pape François ; à la question de savoir si le célibat sacerdotal est un dogme, celui-ci répond : « Non, ce n’est pas un dogme de l’Église et il peut être discuté parce que c’est une tradition ecclésiastique. […] L’effort fait par l’Église pour établir le célibat ecclésiastique doit être pris en considération. On peut parler, réfléchir et approfondir ces thèmes qui ne sont pas définis dans la foi et penser à quelque modification, mais toujours au service de l’unité et tout selon la volonté de Dieu. »

En soi, cela est vrai. Le célibat sacerdotal est une discipline. En tant que tel il n’est pas un absolu, il n’a pas le caractère contraignant que peut avoir le dogme en matière de Foi (1). On doit cependant considérer que si l’Eglise a cru devoir bon pendant 2 millénaires demander à la majorité de ses prêtres le célibat, ce n’est pas par hasard.

Voici quelques lignes qui permettront d’éclairer les lecteurs sur cette question, sous la plume de monsieur l’abbé de la Rocque, prêtre de la FSSPX :

1.-Le célibat sacerdotal n’est pas contraire à la nature humaine :

1.1– Il n’est pas contraire à la nature humaine prise in abstracto. Saint Thomas d’Aquin l’a clairement établi en distinguant les nécessités naturelles propres à chaque individu (la nutrition) de celles propres à la collectivité : « S’agit-il des premières, il importe à chacun d’y pourvoir ; quant aux nécessités de groupe, il n’est pas exigé que chaque membre de ce groupe en soit chargé, et c’est même impossible (…) Or la génération n’est pas une nécessité pour chaque individu, mais pour l’espèce prise dans son ensemble ; aussi il n’importe pas que tout homme exerce cette activité génératrice » (Contr. Gent. III, 136, ad 1).

1.2– Il n’est pas contraire à la nature humaine prise in concreto. Dans le même passage (ad 5), le docteur commun répond à l’objection de l’appel des sens : « Les soucis et les occupations qui accaparent les gens mariés sont continuels, qu’il s’agisse de leur femme, de leurs enfants, de leur subsistance. Au contraire, le trouble qui accompagne la lutte contre la concupiscence est de peu de durée. Il s’amoindrit d’ailleurs à mesure que celle-ci est davantage maîtrisée ». Rappelons que le combat contre la concupiscence, loin de nuire à la nature de l’homme, vient la libérer progressivement du fomes peccati demeuré après le baptême.

2.-Le célibat est conforme à la nature du sacerdoce :

2.1– Parce qu’il est au service de Dieu, le prêtre a le devoir de tendre à la perfection : « Soyez saints parce que je suis saint » (Lev. xix, 2). Aussi convient-il qu’il se dégage de toute préoccupation étrangère. Or, « Celui qui n’est pas marié a souci des choses du Seigneur, il cherche à plaire au Seigneur ; celui qui est marié a souci des choses du monde, il cherche à plaire à sa femme, il est partagé » (I Cor. vii, 32)

2.2– Au service de Dieu, le prêtre offre le sacrifice du corps et du sang du Seigneur. Si les ministres de l’ancienne loi, remarque Origène (Hom. 23 in Num.) devaient vivre dans la continence pendant les jours de leur ministère, à plus forte raison il convient que le prêtre de la nouvelle loi, qui offre quotidiennement le sacrifice, garde la continence perpétuelle.

2.3– Au contact du corps du Christ, le prêtre doit retracer en lui la virginité dont le Christ a voulu s’entourer ici-bas : « Ce n’est pas sans un dessein divin qu’une Vierge prépara Jésus à sa mission sacerdotale, mission qui devait s’accomplir dans le célibat. C’est là que se trouve la première origine de ce choix de vie auquel les prêtres sont appelés » (Jean-Paul II, le 19 août 1990).

2.4– Au service des hommes, le prêtre doit en tout temps prier pour les âmes qui lui sont confiées. Or l’apôtre recommande aux personnes mariées de « garder la continence pour un temps, afin de vaquer à la prière » (I Cor. vii, 5). Afin de prier toujours pour son troupeau, le prêtre doit, nous dit saint Jérôme (Lib. 1 ad Jovin.), s’abstenir toujours du mariage.

2.5– Pour servir les hommes, le prêtre doit être au milieu d’eux le représentant de Jésus-Christ ; il convient donc qu’il retrace en lui la pureté de Notre-Seigneur, ce qui facilitera de la part des fidèles la vénération et la confiance qu’ils doivent avoir dans le prêtre. « Par l’éclat de sa chasteté, le prêtre devient semblable aux anges, et apparaît ainsi plus digne de la vénération du peuple chrétien » (saint Pie X, Haerent animo).

2.6– Pour être totalement à ses fidèles, il convient que le prêtre acquiert la liberté spirituelle du corps et de l’âme, que seule la chasteté parfaite est capable de donner. « Ainsi libéré des principaux liens qui pourraient le tenir attaché au monde, le prêtre sera davantage enflammé de ce feu céleste de l’amour, l’amour des âmes s’entend, qui jaillit du Cœur de Jésus-Christ et ne cherche qu’à se communiquer aux cœurs apostoliques et à embraser toute la terre » (Pie XI, Ad cath. sacerdotii fastigium).« , Lettre à nos frères prêtres n° 4 de décembre 1999

Voilà de quoi permettre à Mgr Pietro Parolin d’expliciter ce choix que l’Eglise a fait durant 2 millénaires : une tradition aussi mémorielle se respecte, s’explicite, s’explique, se justifie.

Austremoine

(1) Sur ce sujet on lit d’ailleurs tout et n’importe quoi, cette question du célibat ne peut pas être un dogme puisqu’elle n’a rien à voir avec ce qu’est un dogme. Cette question est purement disciplinaire même si elle trouve sa justification dans certaines considérations doctrinales. Le dogme concerne l’adhésion à des vérités de Foi. L’expression de Mgr Pietro Parolin est pour le moins inappropriée.

Pour en savoir plus sur le célibat sacerdotal :
– Ivan Gobry, Le célibat sacerdotal, Editions Clovis, BP 88, 91152 Etampes Cedex
– C. Cochini, L’origine apostolique du célibat ecclésiastique, Lethielleux, 1982
– Cardinal Stickler, Il celibato eccesiastico, Libreria editrice Vaticana, 1994