Pour envisager un dialogue fécond, il conviendrait d’attendre que les autorités romaines soient dégrisées des idées conciliaires

Source : bvoltaire.fr

Si la reprise officielle des pourparlers entre le Vatican et la Fraternité Saint-Pie X, fondée par Mgr Lefebvre, a été relevée par plusieurs médias, peu d’observateurs semblent en mesurer toute la portée. Le communiqué du Saint-Siège publié après la rencontre entre les autorités de la Fraternité et le cardinal Müller, préfet de la Congrégation de la foi, indique que les discussions ont pour but d’arriver à la « pleine réconciliation » entre les parties. Le communiqué de la Fraternité parle, lui, « d’éclaircir les points de divergence qui subsistent ». Au-delà du caractère diplomatique des termes employés, le problème est-il bien posé de part et d’autre ?

En effet, toute l’œuvre de la Fraternité Saint-Pie X et des communautés qui lui sont associées repose sur une sauvegarde et un combat.

La sauvegarde d’abord : face à la révolution opérée par Vatican II dans la liturgie, dans l’enseignement de la foi, dans le gouvernement de l’Église, dans les rapports de l’Église avec le monde, il a fallu se regrouper pour garder la messe et la doctrine intactes, pour transmettre fidèlement le sacerdoce, en un mot : pour conserver la foi de toujours.

C’est également un combat : le regroupement, opéré dans les années 60 et qui dure depuis 50 ans, n’est ni sentimental, ni nostalgique d’un passé révolu ; il est avant tout doctrinal. Il est fondé sur la conviction suivante : la plupart des hommes d’Église, à l’occasion du Concile Vatican II surtout, se sont laissés imprégner par une pensée libérale, naturaliste et humaniste qui n’est pas celle de Jésus-Christ. D’où vient cette conviction ? Pas uniquement de l’observation des fruits du Concile (« On juge un arbre à ses fruits », dit l’Évangile), mais aussi du fait que l’Église, avant même la tempête, avait prévenu ses fils du danger. Mort il y a cent ans, le pape saint Pie X avait magnifiquement diagnostiqué le mal et lui avait donné un nom : le modernisme.

La Fraternité Saint-Pie X se définit donc comme une sauvegarde de la foi, des sacrements, du sacerdoce et de la vie religieuse, et un combat, pour le Christ, contre les erreurs qui en éloignent les âmes, ces deux éléments, étroitement liés, formant pour ainsi dire son ADN.

Dès lors, à moins de renoncer à ce qui constitue son être propre, la Fraternité Saint-Pie X n’aurait que faire d’un bout de papier scellant une prétendue « réconciliation ». Ce qui compte pour la Fraternité, c’est le bien de toute l’Église. Ce qui compte, c’est d’exister et d’agir en sorte que l’Église, tournant enfin la page du Concile, retrouve sa tradition pleine et entière. Poser en perspective de ces contacts romains le « rétablissement de l’amitié entre personnes brouillées » (réconciliation selon le Littré), c’est ne pas être à la hauteur des graves objections posées par la Fraternité depuis son origine et restées sans réelle réponse.

Mais est-ce à dire que Rome et la Fraternité sont condamnées à ne jamais s’entendre ? Pour envisager un dialogue fécond, il conviendrait en fait d’attendre que les autorités romaines soient dégrisées des idées conciliaires. Or, force est de constater qu’à l’heure actuelle, Vatican II reste la magna carta du pape et des évêques. Il suffit de lire une encyclique et d’observer que les références se rattachent quasiment exclusivement au magistère conciliaire. Il suffit de souligner le zèle à vouloir canoniser tous les papes du Concile et de l’après-Concile malgré – parfois – les sérieux obstacles qui se présentent (tel Jean-Paul II embrassant le Coran). Il suffit de peser certains propos du pape François. Tout ceci indique que Rome n’est pas encore prête à écouter la voix de la tradition apostolique, qui est pourtant sa voix. Dans cette affaire, il faut s’armer de patience, prier, et prêcher « à temps et à contretemps ».

Albert Laurent


Qui conseillera à cette femme de se suicider ?

Beaucoup de catholiques souffrent de la situation de l’Eglise et du rejet de la Tradition par les autorités romaines. Cet état de fait qui dure depuis 50 ans maintenant semble ne pas vouloir changer, alors certains cherchent un modus vivendi – ou le souhaitent – avec ces autorités devenues modernistes.

C’est ainsi que des sophismes sonnent comme autant de slogans : la situation de la FSSPX n’est pas normale, il est juste de vouloir se faire reconnaître, nous avons le droit à notre titre de catholique, ne pas accepter un désir légitime du pape c’est être sédévacantiste, etc., etc., …

Si comparaison n’est pas raison, il est cependant possible d’illustrer la situation actuelle. Que peut faire une épouse dont le mari violent menace jusqu’à sa vie ? Si elle reste sous le toit conjugal elle encourt un péril de mort, si elle veut préserver sa santé, elle se doit se séparer de corps.

Il est évident que dans un tel cas, il est juste et nécessaire à cette femme de quitter la maison commune, non avec le désir de quitter son mari et de rompre le lien qui l’unit à lui, mais dans le but unique de préserver son intégrité physique. Une telle décision sera bonne et méritoire si cette femme continue d’aimer son mari en lui pardonnant, de prier pour lui, de tout faire pour l’aider à se corriger, et si elle conserve dans son cœur le désir de revenir dès qu’il ne sera plus périlleux de le faire.

Que penserait-on si quelqu’un venait dire à une telle épouse : « madame, votre situation n’est pas normale, votre mari a autorité sur vous, son désir que vous rentriez à la maison est légitime, vous n’avez pas le droit de refuser sans divorcer de fait et être infidèle. » Il serait juste de répondre à un tel individu : « monsieur, si cette femme revient chez son mari, elle risque de perdre sa vie, ce n’est pas le situation de cette femme qui est anormale, c’est l’attitude de son mari, attitude qui la contraint à se protéger légitimement. Et non seulement son attitude est juste, mais elle est héroïque car elle continue d’aimer son mari malgré la maltraitance de celui-ci. »

Le parallèle est évident : la violence des autorités romaines envers la Tradition n’échappe à personne, et tant que celles-ci adhèrent à la théologie du concile Vatican II elles ne peuvent que vouloir la mort de la Tradition.

Ce n’est pas la situation de la FSSPX qui est anormale, c’est la situation de l’Eglise.

Le pape est incontestablement le chef de l’Eglise, mais pour une question de survie de la Foi on ne peut se plier à tous ses ordres, et ce n’est pas parce que ses désirs peuvent paraître légitimes, qu’il y a une obligation d’obtempérer vue la situation de danger de mort pour la Foi que nous vivons.

Nous avons le droit à notre titre de catholiques, et le meilleur moyen de le conserver et de le revendiquer, c’est de tenir cette attitude héroïque d’amour du pape et de l’Eglise tout en subissant les persécutions qu’ils infligent et en refusant de mettre en danger notre Foi.

Celui qui dit à cette femme de rentrer chez elle dans de pareilles circonstances la pousse au suicide. C’est pour cela que Mgr Lefebvre refusa « l’opération suicide » pour entreprendre avec héroïsme « l’opération survie ».

Austremoine


François donnera-t-il un statut canonique à la FSSPX ?

La question continue d’être posée, et pas seulement par ceux qui, dans la FSSPX, militent bruyamment pour un accord pratique. L’une des dernières interventions en la matière est celle de Patrick Archbold qui a publié sur le site National Catholic Register un texte intitulé Le pape François et la FSSPX : une opportunité.

Il y défend la thèse que la régularisation de la FSSPX serait plus facile pour le pape François dont le progressisme évident adulé par les médias le protège de toute accusation de vouloir mettre à la poubelle le concile Vatican II, ce qui n’était pas le cas de Benoît XVI, facilement soupçonnable par ses aspirations conservatrices.

Il est toujours possible de faire des plans sur la comète sur ce qui parait tout de même autrement improbable, le pape François n’ayant pas fait mystère de son mépris pour la messe tridentine qui n’est pour lui qu’une mode, comme pour l’ensemble du monde traditionnel qu’il juge recroquevillé sur des habitudes d’un christianisme enfantin.

Ce qui est improbable n’est cependant pas impossible.

Mais quel avenir aujourd’hui pour une telle hypothèse ? Quel avenir en cas d’acceptation d’une telle solution ?

Il convient de voir l’application concrète. Que dira-t-on des nouveaux « saints » ? Même si le Vatican ne demande aucune contrepartie, acceptera-t-il longtemps que Jean-Paul II soit refusé comme saint ? Acceptera-t-il longtemps de subir les critiques de chaque déclaration hétérodoxe du pape ? Et tant de questions de ce type peuvent se poser !

Les réponses sont évidentes : si Rome accepte un tel marché, c’est uniquement dans la perspective de ramener les œuvres de la Tradition dans le giron et la pensée conciliaire. Et le passé donne raison à une telle stratégie. Il n’y a pas un seul institut Ecclesia Dei qui dénonce le Concile, et tous acceptent déjà par avance de reconnaître le pape d’Assise comme « saint » !

Le pape peut donner plus de liberté à la Tradition. Qu’il le fasse. Mais nous, nous n’avons rien à accepter d’une autorité qui détruit l’Eglise, car accepter un avantage quelconque, c’est se rendre redevable d’une autorité qui n’œuvre pas au bien commun. Se rendre redevable, c’est se lier au moins moralement à ceux qui veulent la mort de la Tradition, et c’est déjà perdre la liberté pleine et entière de défendre la Foi catholique, Foi catholique qui est antinomique au Concile Vatican II, constitution de la nouvelle Eglise.

Pour les ralliéristes les plus zélés et les plus dociles, il convient également d’observer qu’une reconnaissance unilatérale ne pourrait trouver une acceptation de la part de la FSSPX de par le fait qu’elle ne répond pas aux conditions posées par le chapitre général de 2012 et notamment la première:

« Liberté de garder, transmettre et enseigner la saine doctrine du Magistère constant de l’Eglise et de la Vérité immuable de la Tradition divine ; liberté de défendre, corriger, reprendre, même publiquement, les fauteurs d’erreurs ou nouveautés du modernisme, du libéralisme, du concile Vatican II et de leurs conséquences »

A moins que le sort fait aux franciscains de l’Immaculée ne soit à envier…

Austremoine