abbé Patrick de la Rocque : les raisons théologiques des sacres

Source : La Porte Latine

Seuls de très graves raisons pouvaient légitimer un sacre épiscopal sans mandat apostolique. Il fallait que le bien de l’Eglise soit directement en jeu. Mgr Lefebvre constata non seulement une aggravation de la situation, mais surtout une pertinacité des autorités dans la voie de l’erreur à travers deux événements. Ce fut d’abord le revers de main avec lequel Rome rejeta les questions officielles que Mgr Lefebvre avait posées à Rome sur la liberté religieuse (publié depuis : Mes doutes sur la liberté religieuse, éditions Clovis). Puis ce fut le scandale de la réunion interreligieuse organisée à Assise. Devant cet “abandon de poste” par les autorités, Mgr Lefebvre se devait de réagir afin de pérenniser le bien de l’Eglise. Ce fut les sacres, à l’occasion desquels il voulut rappeler la gravité de la situation par une déclaration publique, reprise presque mot pour mot d’un texte écrit cinq ans plus tôt :

On lit au chapitre 20 de l’Exode que Dieu, après avoir défendu à son peuple d’adorer des dieux étrangers, ajouta ces paroles : « C’est moi qui suis le Seigneur ton Dieu, le Dieu fort et jaloux, visitant l’iniquité des pères dans les fils jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent », et au chapitre 34 on lit : « N’adore point de Dieu étranger ; un Dieu jaloux, c’est le nom du Seigneur. » Il est juste et salutaire que Dieu soit jaloux de ce qui Lui appartient en propre, jaloux de son être infini, éternel, tout puissant, jaloux de sa gloire, de sa Vérité, de sa Charité, jaloux d’être le seul Créateur et Rédempteur, et donc la fin de toutes choses, la seule voie du salut et du bonheur de tous les anges et de tous les hommes, jaloux d’être l’alpha et l’oméga.

L’Eglise catholique fondée par Lui et à laquelle Il a remis tous ses trésors de salut, est elle aussi jalouse des privilèges de son seul Maître et Seigneur et enseigne à tous les hommes qu’ils doivent se tourner vers Elle et être baptisés par Elle, s’ils veulent être sauvés et participer à la gloire de Dieu dans l’Eternité bienheureuse. L’Eglise est donc essentiellement missionnaire. Elle est essentiellement une, sainte, catholique, apostolique et romaine. Elle ne peut admettre qu’il y ait une autre religion vraie en dehors d’elle, elle ne peut admettre qu’on puisse trouver une voie de salut en dehors d’elle puisqu’elle s’identifie avec son Seigneur et Dieu qui a dit : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. » Elle a donc horreur de toute communion ou union avec les fausses religions, avec les hérésies et les erreurs qui éloignent les âmes de son Dieu, qui est l’unique et seul Dieu. Elle ne connaît que l’unité dans son sein, comme son Dieu. Pour cela elle donne le sang de ses martyrs, la vie de ses missionnaires, de ses prêtres, le sacrifice de ses religieux et religieuses, elle offre le sacrifice quotidien de propitiation.

Or avec Vatican Il souffle un esprit adultère dans l’Eglise, esprit qui admet par la Déclaration de la Liberté religieuse le principe de la liberté de la conscience religieuse pour les actes internes et externes, avec exemption de toute autorité. C’est le principe de la Déclaration des droits de l’homme, contre les droits de Dieu. Les autorités de l’Eglise, de l’Etat, de la famille participent à l’autorité de Dieu et ont donc le devoir de contribuer à la diffusion de la Vérité et à l’application du Décalogue, et de protéger leurs sujets contre l’erreur et l’immoralité.

Cette Déclaration a provoqué la laïcisation des Etats catholiques, ce qui est une insulte à Dieu et à l’Eglise, réduisant l’Eglise au droit commun avec les faus­ses religions. C’est bien l’esprit adultère tant de fois reproché au peuple d’Israël. Cet esprit adultère se manifeste aussi dans cet oecuménisme institué par le Secrétariat pour l’unité des chrétiens. Cet œcumé­nisme aberrant nous a valu toutes les réformes liturgiques, bibliques, canoniques, avec la collégialité destructive des autorités personnelles du Souverain Pontificat, de l’Episcopat, et du Curé.

Cet esprit n’est pas catholique. Il est le fruit du modernisme condamné par saint Pie X. Il ravage toutes les insti­tutions de l’Eglise et spécialement les séminaires et le clergé, de telle sorte qu’on peut se demander qui est encore intégralement catholique parmi les clercs soumis à l’esprit adultère du Concile !

Rien n’est donc aussi urgent dans l’Eglise que de former un clergé qui répudie cet esprit adultère et moderniste et sauve la gloire de l’Eglise et de son divin Fondateur en gardant lafoi intégrale et les moyens établis par Notre Seigneur et par la Tradition de l’Eglise pour garder cette foi et trans­m­ettre la vie de la grâce et les fruits de la Rédemption.

Depuis bientôt vingt ans nous nous efforçons avec patience et fermeté de faire comprendre aux autorité romaines cette nécessité du retour à la saine doctrine et à la Tradition pour le renouveau de l’Eglise, le salut des âmes et la gloire de Dieu. Mais on demeure sourd à nos supplications, bien plus on nous demande de reconnaître le bien-fondé de tout le Concile et des réformes qui ruinent l’Eglise. On ne veut pas tenir compte de l’expérience que nous faisons, avec la grâce de Dieu, le maintien de la Tradition qui produit de vrais fruits de sainteté et attire de nombreuses vocations.

Pour sauvegarder le sacerdoce catholi­que, qui continue l’Eglise catholique et non une Eglise adultère, il faut des évêques catholiques. Nous nous voyons donc contraints, à cause de  l’invasion de l’esprit moderniste dans le clergé actuel, et jusqu’aux plus hauts sommets à l’intérieur de l’Eglise, d’en arriver à consacrer des évêques, le fait de cette consécration étant admis par le Pape dans la lettre du 30 mai du Cardinal Ratzinger. Ces consécrations épiscopales seront non seulement valides, mais encore, vu les circonstances historiques, licites : il est parfois nécessaire d’abandonner la légalité pour demeurer dans le droit.

Le Pape ne peut que désirer la continuation du sacerdoce catholique. Ce n’est donc nullement dans un esprit de rupture ou de schisme que nous accomplissons ces consécrations épiscopales, mais pour venir au secours de l’Eglise, qui se trouve sans doute dans la situation la plus douloureuse de son histoire. Si nous nous étions trouvés au temps de saint François d’Assise le Pape se fut trouvé d’accord nous. La Franc-Maçonnerie n’occupait pas le Vatican en ses heureux temps. Nous affirmons donc notre attachement et notre soumission au saint Siège et au Pape. En accomplissant cet acte nous avons  conscience de continuer notre service de l’Eglise et de la Papauté comme nous nous sommes efforcé de le faire depuis le premier jour de notre sacerdoce. Le jour où le Vatican sera délivré de cette occupation moderniste et retrouvera le chemin suivi par l’Eglise jusqu’à Vatican II nos évêques seront entièrement dans les mains du Souverain Pontife, y compris l’éventualité de ne plus exercer leurs fonctions épiscopales.

abbé Patrick de la Rocque


abbé Benoit Storez : Une sainteté « vivante » et évolutive

Source : Le Belvédère de Saint-Nicolas n° 36 de mars 2014

Quelques précisions de vocabulaires ne peuvent pas faire de mal, car le mot ‘saint’ est parfois mal compris. On peut l’entendre en effet de plusieurs façons qui, sans être entièrement distinctes, ont pourtant entre elles des différences notables.

Au sens large, ce vocable désigne ceux qui sont sanctifiés par la grâce. C’est en ce sens que l’on entend l’expression classique « au ciel, il n’y a que des saints ». Nul ne peut entrer au paradis en effet sans être revêtu de la robe nuptiale dont parle l’Evangile, et cette robe désigne la grâce sanctifiante, cette grâce qui fait de nous des saints, des enfants de Dieu.

Mais tel n’est pas le sens habituel du mot ‘saint’. Lorsque l’Eglise canonise, ce n’est pas de sainteté au sens large qu’il s’agit, mais de la sainteté au sens strict qui consiste essentiellement dans l’héroïcité des vertus. Les saints sont des êtres d’exception qui suscitent, par leur perfection, respect et admiration. La canonisation est une reconnaissance officielle de l’Eglise de cet état de perfection, et cette reconnaissance comporte une triple déclaration :

– le saint canonisé est un modèle à suivre. Il a en effet réalisé la perfection évangélique et montré par son exemple comment il faut vivre la vie chrétienne.

– Le saint est au ciel et jouit de la gloire que Dieu réserve à ses élus. Puisqu’en effet il a réalisé la perfection de la vie chrétienne, il est impensable qu’il en manque le but, qui est le ciel.

– Le saint doit être honoré par un culte public. Par la canonisation, l’Eglise prescrit à tout chrétien de rendre au nouveau saint l’honneur qui lui est dû.

Curieusement, il n’a pas été question jusqu’ici de miracles, alors que les saints sont pourtant réputés pour ce côté thaumaturge. La raison en est que le miracle ne constitue pas la sainteté, laquelle réside essentiellement dans la pratique constante et héroïque des vertus. Si le miracle n’est pas la sainteté, il en est en revanche un signe indiscutable, suivant la parole de l’aveugle-né guéri par Notre-Seigneur : « Jamais on a ouï dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né. Si cet homme n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire » (Jean IX, 32-33). Voilà pourquoi les miracles ont toujours été examinés au cours du procès de canonisation comme signe manifeste de sainteté.

La sainteté réside donc essentiellement dans la pratique des vertus jusqu’à l’héroïcité. Ce degré est atteint lorsque les actes de vertu sont accomplis avec constance, promptitude, facilité et joie, et ce même au milieu de grandes difficultés. On le voit, ce n’est pas tant l’acte matériel accompli qui importe, mais la perfection constante avec laquelle il est accompli. Parvenues à ce niveau, les vertus brillent d’un éclat que rien ne ternit. En d’autres termes, les saints n’ont plus de défaut visible. En effet, la cohérence de la vie spirituelle rend impossible que se côtoient en une même personne vertu héroïque et défaut flagrant, tout comme on ne peut trouver de glace au milieu d’un brasier. En vain chercherait-on chez un saint une habitude répréhensible ou un défaut qui n’ait pas été vaincu. Même si le combat spirituel n’est jamais totalement terminé ici-bas, pour ces modèles de vertu il est une suite de victoires que rien ne vient entraver.

Telle est la profondeur que l’Eglise donne au vocable de ‘saint’, et nul ne s’étonnera, après une telle description, que la sainteté consommée soit aussi rare qu’elle est élevée. L’Eglise cite en exemple avec parcimonie et seuls ses plus grands héros aux vertus indiscutables ont l’honneur d’être portés sur les autels. Du moins, tel était l’usage jusqu’à Vatican II.

Mais dans l’après Concile, les choses changent. Le nombre de canonisation va croissant, à tel point que Jean-Paul II, à lui tout seul, aura canonisé autant que tous ses prédécesseurs réunis depuis la création de la Congrégation des Rites (1588). La sainteté semble être devenu commune, et la raison en est simple : à la faveur d’un glissement de sens du mot saint, ce ne sont plus les vertus héroïques mais bien les vertus communes qui servent en fait de base à la canonisation.

La racine de ce glissement se trouve dans le Concile lui-même, qui, dans le chapitre 5 de Lumen Gentium insiste sur la vocation universelle à la sainteté sans préciser s’il s’agit de sainteté au sens large ou au sens strict. Non seulement cela n’est pas précisé, mais, à la faveur de cette ambigüité, le texte glisse progressivement d’un sens à l’autre pour gommer toute distinction. Au début, il s’agit de la sainteté en son sens large : « les disciples du Christ (…) sont devenus dans la baptême de la Foi, vrais fils de Dieu et participants à la nature divine, et par là même réellement saints » ; puis de là, le texte passe peu à peu aux œuvres de la foi, à la perfection que tout chrétien doit viser, et conclue en parlant des saints canonisés, sans préciser s’il s’agit ici de la sainteté au sens strict, de la sainteté héroïque : « Ainsi la sainteté du Peuple de Dieu s’épanouira en fruits abondants, comme l’histoire de l’Eglise le montre de façon éclatante dans la vie de tant de saints ». La sainteté n’est donc plus si rare, elle brille dans le peuple de Dieu dans son ensemble, autrement dit elle est commune.

Ce glissement d’ailleurs était déjà dans les esprits avant même le Concile. Celui-ci n’a en effet fait que consacrer des thèses déjà en vigueur dans les milieux progressistes. On peut citer comme témoin l’article « Héroïcité des vertus » du Dictionnaire de spiritualité dont un passage souligne clairement cette évolution du concept de sainteté : « Ces documents font apparaître combien la méthode d’examen de l’héroïcité s’est assouplie, « humanisée », depuis Benoît XIV » (Dictionnaire de Spiritualité, col. 342). ‘Assouplie’, ‘humanisée’ et à la faveur de cet assouplissement, l’héroïcité est devenu commune. Désormais, la barre est moins haute, plus humaine pour reprendre l’expression cité, et de ce fait, il n’est pas étonnant que le nombre de saints se soit considérablement accru et que parallèlement, la procédure de canonisation ait été grandement allégée.

Cet assouplissement de l’héroïcité va d’ailleurs de pair, dans l’Eglise conciliaire, à un assouplissement des critères d’entrée au paradis. D’après Lumen Gentium, la sainteté provient de ce que Notre-Seigneur, en se faisant homme, s’est uni à la nature humaine. Ainsi, en s’unissant d’une certaine façon à tous les hommes, Notre Seigneur a sanctifié tous les hommes. De là à conclure au salut universel du genre humain, il n’y a qu’un pas, et ce pas a été vite franchi. Il est frappant de voir que dans la prédication conciliaire, l’enfer est purement et simplement absent comme une réalité vide de sens, et même vide tout court. La proclamation par la canonisation du fait que le saint jouit de la gloire du ciel perd dans ce contexte tout son relief. Certes, le saint canonisé est au ciel, mais les autres hommes aussi.

D’autre part, en plus de la notion d’héroïcité, la notion de vertu a également changé. La racine de toutes les vertus est la charité. L’héroïcité est d’ailleurs fruit d’une charité ardente qui seule est capable de donner à l’âme un tel élan vers son Dieu. Mais aujourd’hui, à la vraie charité on a substitué la tolérance, car la religion moderne est centrée sur l’homme. Le zèle d’un prophète Elie éradiquant le culte de Baal, ou d’un saint Bernard prêchant la croisade, trouverait-il grâce aujourd’hui dans l’Eglise conciliaire ? Le procès d’Isabelle la Catholique a été interrompu, son zèle à protéger l’Eglise en Espagne n’étant pas conforme à l’œcuménique actuel. En revanche les apôtres de cet œcuménisme voient leur cause avancer avec succès, même s’il faut pour cela faire quelques entorses aux règlements pourtant déjà bien assouplis. On veut promouvoir de nouvelles vertus, et après les avoir enseignées, il faut maintenant en donner des exemples. Les saints sont canonisés pour être présentés comme modèles, mais aujourd’hui il convient de se poser la question : modèles de quoi ?

Au début de cet article, nous avons vu que l’acte de la canonisation comportait une triple déclaration : le saint, ayant pratiqué héroïquement sa foi, est un exemple de vertu, jouit de la gloire du ciel et doit être honoré d’un culte public. Que reste-t-il de tout cela ? L’héroïcité s’est assouplie, les vertus ont changé, la gloire du ciel est obtenue par tous. Il ne reste au fond plus que le culte à rendre, mais privé de sa racine, on ne voit plus trop quel est son fondement. Concluons donc que le mot ‘saint’ a changé de sens car la réalité signifiée n’est plus la même.

D’un côté nous avons une pratique héroïque de vertus catholiques en vue d’un ciel à conquérir, et de l’autre une pratique commune de vertus conciliaires en vue d’un ciel ouvert à tous. C’est la même bouteille avec la même étiquette, mais le liquide a été transvasé. Après avoir assisté à la naissance d’une nouvelle doctrine, d’une nouvelle liturgie, d’un nouveau code de droit canonique, d’un nouveau catéchisme, nous voyons maintenant de nouveaux saints et un nouveau concept de sainteté. Ne nous laissons pas abuser par les mots : ces canonisations modernes n’ont de canonisations que le nom.

Abbé Benoit Storez


Mgr Bernard Fellay (LAB n°82) : nous ne pouvons pas souscrire à ces canonisations qui voudraient en fait “canoniser” Vatican II

Source : dici.org

Chers Amis et bienfaiteurs,

Si elle a lieu le 27 avril prochain, la canonisation de Jean XXIII et de Jean-Paul II posera à la conscience des catholiques un double problème. Problème d’abord de la canonisation en tant que telle : comment serait-il possible de donner à toute l’Eglise en exemple de sainteté, d’une part, l’initiateur du concile Vatican II et, d’autre part, le pape d’Assise et des droits de l’homme ? Mais aussi, et plus profondément, problème de ce qui apparaîtra comme une reconnaissance d’authenticité catholique sans précédent : comment serait-il possible de garantir du sceau de la sainteté les enseignements d’un tel Concile, qui ont inspiré toute la démarche de Karol Wojtyla et dont les fruits néfastes sont l’indice non équivoque de l’autodestruction de l’Eglise ? Ce deuxième problème donne de lui-même sa solution : les erreurs contenues dans les documents du concile Vatican II et dans les réformes qui ont suivi, spécialement la réforme liturgique, ne sauraient être l’œuvre du Saint-Esprit, qui est à la fois Esprit de vérité et Esprit de sainteté. Voilà pourquoi il nous apparaît nécessaire de rappeler quelles sont ces principales erreurs et quelles sont les raisons fondamentales pour lesquelles nous ne pouvons pas souscrire aux nouveautés du Concile et des réformes qui en sont issues, de même qu’à ces canonisations qui voudraient en fait “canoniser” Vatican II.

C’est la raison pour laquelle nous voudrions, tout en protestant avec force contre ces canonisations, dénoncer l’entreprise qui dénature l’Eglise depuis le concile Vatican II. En voici les principaux éléments.

I – Le concile

« Alors que le Concile se préparait à être une nuée lumineuse dans le monde d’aujourd’hui si l’on avait utilisé les textes préconciliaires dans lesquels on trouvait une profession solennelle de doctrine sûre au regard des problèmes modernes, on peut et on doit malheureusement affirmer que, d’une manière à peu près générale, lorsque le Concile a innové, il a ébranlé la certitude de vérités enseignées par le Magistère authentique de l’Eglise comme appartenant définitivement au trésor de la Tradition. […] Sur ces points fondamentaux, la doctrine traditionnelle était claire et enseignée unanimement dans les universités catholiques. Or, de nombreux textes du Concile sur ces vérités permettent désormais d’en douter. […] Il faut donc, acculé par les faits, conclure que le Concile a favorisé d’une manière inconcevable la diffusion des erreurs libérales » [1].

II – Une conception œcuménique de l’Eglise.

L’expression du « subsistit in » (Lumen gentium, 8) veut dire qu’il y aurait une présence et une action de l’Eglise du Christ dans les communautés chrétiennes séparées, distinctes d’une subsistance de l’Eglise du Christ dans l’Eglise catholique. Prise en ce sens, elle nie l’identité stricte entre l’Eglise du Christ et l’Eglise catholique, toujours enseignée jusqu’ici, notamment par Pie XII, à deux reprises, dans Mystici corporis [2] et dans Humani generis [3]. L’Eglise du Christ est présente et agissante comme telle, c’est-à-dire comme l’unique arche de salut, seulement là où est le vicaire du Christ. Le Corps mystique dont celui-ci est le chef visible est strictement identique à l’Eglise catholique romaine.

La même déclaration (LG 8) reconnaît aussi la présence « d’éléments salvifiques » dans les communautés chrétiennes non-catholiques. Le décret sur l’œcuménisme renchérit en affirmant que « le Saint Esprit ne refuse pas de se servir de ces Eglises et communautés comme moyens de salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Eglise catholique » (UR 3).

De telles affirmations ne sont pas conciliables avec le dogme « Hors de l’Eglise point de salut », réaffirmé par la Lettre du Saint Office du 8 août 1949. Une communauté séparée ne saurait se prêter à l’action de Dieu, puisque sa séparation est une résistance au Saint Esprit. Les vérités et les sacrements qui y sont éventuellement conservés ne peuvent produire un effet salutaire qu’en opposition aux principes erronés qui fondent l’existence de ces communautés et entraînent leur séparation d’avec le Corps mystique de l’Eglise catholique, dont le chef visible est le vicaire du Christ.

La déclaration Nostra aetate affirme que les religions non chrétiennes « apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes », bien que ceux-ci doivent trouver dans le Christ « la plénitude de la vie religieuse » et « considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines » (NA, 2). Une pareille affirmation tombe sous le même reproche que la précédente. Tels que dans l’hérésie ou le schisme, les sacrements, les vérités partielles de foi et l’Ecriture sont dans un état de séparation d’avec le Corps mystique. C’est la raison pour laquelle la secte qui les utilise ne peut réaliser, en tant que telle, car privée de la grâce surnaturelle, la médiation ecclésiale ni contribuer au salut. On doit en dire autant des manières de penser, de vivre et d’agir, telles qu’elles sont dans les religions non chrétiennes.

Ces textes du concile favorisent déjà la conception latitudinariste  de l’Eglise, condamnée par Pie XI dansMortalium animos ainsi que l’indifférentisme religieux également condamné par tous les papes, de Pie IX à Pie XII [4]. Toutes les initiatives inspirées par le dialogue œcuménique et interreligieux, dont la réunion d’Assise de 1986 demeure l’exemple le plus visible, ne sont que la mise en pratique, « l’illustration visible, la leçon de choses et la catéchèse intelligible à tous » (Jean-Paul II) de ces enseignements conciliaires. Mais elles expriment aussi l’indifférentisme dénoncé par Pie XI, lorsqu’il réprouve l’espoir « qu’il serait possible d’amener sans difficulté les peuples, malgré leurs divergences religieuses, à une entente fraternelle sur la profession de certaines doctrines considérées comme un fondement commun de vie spirituelle. […] Se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c’est s’éloigner complètement de la religion divinement révélée » [5].

III – Une conception collégialiste et démocratique de l’Eglise.

1. Après avoir ébranlé l’unité de l’Eglise dans sa foi, les textes du concile l’ont aussi ébranlée dans son gouvernement et sa structure hiérarchique. L’expression du « subjectum quoque » (LG 22) veut dire que le collège des évêques uni au pape comme à son chef est lui aussi, en plus du pape seul, le sujet habituel et permanent du pouvoir suprême et universel de juridiction dans l’Eglise. C’est la porte ouverte à une diminution du pouvoir du Souverain Pontife, voire à sa remise en cause, au risque de mettre en péril l’unité de l’Eglise.

Cette idée d’un double sujet permanent du primat est en effet contraire à l’enseignement et à la pratique du magistère de l’Eglise, spécialement à la constitution Pastor aeternus du concile Vatican I (DS 3055) et à l’encyclique Satis cognitum de Léon XIII. Car seul le pape possède de manière habituelle et constante le pouvoir suprême, qu’il communique seulement dans des circonstances extraordinaires aux conciles, selon qu’il le juge opportun.

2. L’expression du « sacerdoce commun » propre aux baptisés, distingué du « sacerdoce ministériel » (LG 10) ne précise pas que seul le second doit s’entendre au sens vrai et propre du terme, tandis que le premier s’entend seulement au sens mystique et spirituel.

Cette distinction était affirmée clairement par Pie XII dans son Discours du 2 novembre 1954. Elle est absente des textes du Concile et ouvre la porte à une orientation démocratique de l’Eglise, condamnée par Pie VI dans la Bulle Auctorem fidei (DS 2602). Cette tendance à faire participer le peuple à l’exercice du pouvoir se retrouve dans la multiplication des organismes de toutes sortes, en conformité avec le nouveau droit canon (canon 129 § 2). Elle perd de vue la distinction entre clercs et laïcs, pourtant de droit divin.

IV – Des faux droits naturels de l’homme.

La déclaration Dignitatis humanae affirme l’existence d’un faux droit naturel de l’homme en matière religieuse. Jusqu’ici, la Tradition de l’Eglise était unanime à reconnaître aux non-catholiques le droit naturel de ne pas être contraints par les pouvoirs civils dans leur adhésion (d’intention au for interne et d’exercice au for externe) à l’unique vraie religion et légitimait, tout au plus dans certaines circonstances, une certaine tolérance dans l’exercice des fausses religions, au for externe public. Vatican II reconnaît de plus à tout homme le droit naturel de ne pas être empêché par les pouvoirs civils d’exercer au for externe public une religion fausse et prétend reconnaître comme un droit civil ce droit naturel d’exemption de toute contrainte de la part des autorités sociales. Les seules limites juridiques à ce droit seraient celles de l’ordre purement civil et profane de la société. Le Concile fait ainsi aux gouvernements civils une obligation de ne plus faire de discrimination pour des motifs religieux et d’établir l’égalité juridique entre la vraie religion et les fausses.

Cette nouvelle doctrine sociale est en opposition avec les enseignements de Grégoire XVI dans Mirari voset de Pie IX dans Quanta cura. Elle se fonde sur une fausse conception de la dignité humaine, purement ontologique et non point morale. En conséquence, la constitution Gaudium et spes enseigne le principe de l’autonomie du temporel (GS 36), c’est-à-dire la négation de la royauté sociale du Christ pourtant enseignée par Pie XI dans Quas primas, et finalement ouvre la porte à l’indépendance de la société temporelle par rapport aux commandements de Dieu.

V – La protestantisation de la messe.

Le nouveau rite de la messe, « s’éloigne de manière impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail »[6] de la définition catholique de la Messe, telle qu’elle résulte des enseignements du concile de Trente. Par ses omissions et ses équivoques, le nouveau rite de Paul VI atténue l’identification de la messe au sacrifice de la croix, au point que la messe y apparaît beaucoup moins comme ce sacrifice que comme son simple mémorial. Ce rite réformé occulte aussi le rôle du prêtre au profit de l’action de la communauté des fidèles. Il diminue gravement l’expression du but propitiatoire du sacrifice de la messe, c’est-à-dire l’expiation et la réparation du péché.

Ces défaillances interdisent de regarder ce nouveau rite comme légitime. Dans l’interrogatoire des 11-12 janvier 1979, à la question posée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi : « Soutenez-vous qu’un fidèle catholique peut penser et affirmer qu’un rite sacramentel, en particulier celui de la messe approuvé et promulgué par le Souverain Pontife puisse être non conforme à la foi catholique ou favens haeresim ? », Mgr Lefebvre a répondu : « Ce rite en lui-même ne professe pas la foi catholique d’une manière aussi claire que l’ancien Ordo missae et par suite il peut favoriser l’hérésie. Mais je ne sais pas à qui l’attribuer ni si le pape en est responsable. Ce qui est stupéfiant c’est qu’un Ordo missae de saveur protestante et doncfavens haeresim ait pu être diffusé par la curie romaine »[7]. Ces défaillances graves nous interdisent de regarder ce nouveau rite comme légitime, d’en accomplir la célébration et de conseiller d’y assister ou d’y participer positivement.

VI – Le nouveau Code, expression des nouveautés conciliaires.

Selon les dires mêmes de Jean-Paul II, le nouveau Code de droit canon de 1983 représente « un grand effort pour traduire en langage canonique » [8] les enseignements du concile Vatican II, y compris – et surtout – sur les points gravement fautifs signalés jusqu’ici. « Parmi les éléments qui caractérisent l’image réelle et authentique de l’Eglise », explique encore Jean-Paul II, « il nous faut mettre en relief surtout les suivants : la doctrine selon laquelle l’Eglise se présente comme le Peuple de Dieu et l’autorité hiérarchique comme service ; la doctrine qui montre l’Eglise comme une communion et qui, par conséquent, indique quelles sortes de relations doivent exister entre les Eglises particulières et l’Eglise universelle et entre la collégialité et la primauté ; la doctrine selon laquelle tous les membres du Peuple de Dieu, chacun selon sa modalité, participent à la triple fonction du Christ : les fonctions sacerdotale, prophétique et royale. À cette doctrine se rattache celle concernant les devoirs et les droits des fidèles et en particulier des laïcs ; et enfin l’engagement de l’Eglise dans l’œcuménisme ».

Ce nouveau droit accentue la fausse dimension œcuméniste de l’Eglise, en permettant de recevoir les sacrements de pénitence, d’eucharistie et d’extrême-onction de ministres non catholiques (canon 844) et favorise l’hospitalité œcuménique en autorisant les ministres catholiques à donner le sacrement de l’eucharistie à des non catholiques. Le canon 336 reprend et accentue l’idée d’un double sujet permanent du primat. Les canons 204 § 1, 208, 212 § 3, 216 et 225 accentuent l’équivoque du sacerdoce commun et l’idée corrélative du Peuple de Dieu. Enfin, se profile aussi dans ce nouveau Code une définition fautive du mariage, où n’apparaît plus l’objet précis du contrat matrimonial ni la hiérarchie entre ses fins. Loin de favoriser la famille catholique, ces nouveautés ouvrent une brèche dans la morale matrimoniale.

VII – Une nouvelle conception du magistère

1. La constitution Dei Verbum affirme en manquant de précision que « l’Eglise, tandis que les siècles s’écoulent, tend constamment vers la plénitude de la divine vérité, jusqu’à ce que soient accomplies en elle les paroles de Dieu » (DV 8). Cette imprécision ouvre la porte à l’erreur de la Tradition vivante et évolutive, condamnée par saint Pie X dans l’Encyclique Pascendi et le Serment antimoderniste. Car l’Eglise ne saurait « tendre vers la plénitude de la vérité divine » que parce qu’elle en donne une expression plus précise, non au sens où les dogmes proposés par l’Eglise verraient se donner « un sens différent de celui que l’Eglise a compris et comprend encore » (Dei Filius, DS 3043).

2. Le Discours de Benoît XVI du 22 décembre 2005 essaye de justifier cette conception évolutive d’une Tradition vivante et de disculper par le fait même le Concile d’une quelconque rupture dans la Tradition de l’Eglise. Vatican II a voulu « redéfinir la relation de la foi de l’Eglise vis-à-vis de certains éléments essentiels de cette pensée » et pour ce faire ses enseignements ont « revisité ou également corrigé certaines décisions historiques. Mais, dans cette apparente discontinuité, le Concile a maintenu et approfondi sa nature [de l’Eglise] intime et sa véritable identité », celle « de l’unique sujet-Eglise, que le Seigneur nous a donné ; c’est un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l’unique sujet du Peuple de Dieu en marche ». Cette explication suppose que l’unité de la foi de l’Eglise repose non plus sur un objet (car il y a discontinuité, au moins sur les points signalés jusqu’ici, entre Vatican II et la Tradition) mais sur un sujet, au sens où l’acte de foi se définit beaucoup plus en fonction des personnes croyantes qu’en fonction des vérités crues. Cet acte devient principalement l’expression d’une conscience collective, et non plus l’adhésion ferme de l’intelligence au dépôt des vérités révélées par Dieu.

Pie XII enseigne pourtant dans Humani generis que le magistère est la « règle prochaine et universelle de vérité en matière de foi et de mœurs », vérité objective du dépôt de la foi, consigné comme dans ses sources dans les saintes Ecritures et la Tradition divine. Et la constitution Dei Filius du concile Vatican I enseigne aussi que ce dépôt n’est pas « une invention philosophique que l’on pourrait compléter par le génie de l’homme », mais qu’il a été « confié à l’Epouse du Christ pour qu’elle le garde saintement et le déclare infailliblement » (DS 3020).

3. Manifestement, le discours d’ouverture du pape Jean XXIII (11 octobre 1962) et son allocution adressée au Sacré-Collège le 23 décembre 1962, assignent au concile Vatican II une intention très particulière, de type soi disant « pastoral », en vertu de laquelle le magistère serait censé « exprimer la foi de l’Eglise suivant les modes de recherche et de formulation littéraire de la pensée moderne ». L’encyclique Ecclesiam suam du pape Paul VI (6 août 1964) précise encore cette idée en disant que le magistère de Vatican II vise « à insérer le message chrétien dans la circulation de pensée, d’expression, de culture, d’usages, de tendances de l’humanité telle qu’elle vit et s’agite aujourd’hui sur la face de la terre » (n° 70) ; en particulier, l’annonce de la vérité « ne se présentera pas armée de coercition extérieure, mais par les seules voies légitimes de l’éducation humaine, de la persuasion intérieure, de la conversation ordinaire, elle offrira son don de salut, toujours dans le respect de la liberté personnelle des hommes civilisés » (n° 77). La Constitution pastorale Gaudium et spes affirme que « le Concile se propose avant tout de juger à cette lumière les valeurs les plus prisées par nos contemporains et de les relier à leur source divine. Car ces valeurs, dans la mesure où elles procèdent du génie humain, qui est un don de Dieu, sont fort bonnes ; mais il n’est pas rare que la corruption du cœur humain les détourne de l’ordre requis : c’est pourquoi elles ont besoin d’être purifiées » (GS 11). De ces valeurs du monde procèdent les trois grandes nouveautés introduites par Vatican II : la liberté religieuse, la collégialité et l’œcuménisme.

4. Nous nous appuyons alors sur cette règle prochaine et universelle de la vérité révélée qu’est le magistère de toujours pour contester des doctrines nouvelles qui lui sont contraires. C’est bien là en effet le critère donné par saint Vincent de Lérins : « Le critère de la vérité, et d’ailleurs de l’infaillibilité du pape et de l’Eglise, c’est sa conformité à la Tradition et au dépôt de la foi. Quod ubique, quod semper. Ce qui est enseigné partout et toujours, dans l’espace et dans le temps » [9]. Or, la doctrine de Vatican II sur l’œcuménisme, la collégialité et la liberté religieuse est une doctrine nouvelle, contraire à la Tradition et au droit public de l’Eglise, lui-même basé sur des principes divinement révélés et comme tels immuables. Nous en concluons que ce Concile, ayant voulu proposer ces nouveautés, est privé de valeur magistérielle contraignante, dans la mesure même où il les propose. Son autorité est déjà douteuse en raison de l’intention nouvelle, soi-disant « pastorale », signalée au paragraphe précédent. Elle apparaît de plus certainement nulle, quant aux quelques points où il se met en contradiction avec la Tradition (cf. ci-dessus, I à VII,1).

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Fidèles à l’enseignement constant de l’Eglise, avec notre vénéré fondateur, Mgr Marcel Lefebvre, et à sa suite, nous n’avons cessé jusqu’ici de dénoncer le Concile et ses textes majeurs comme l’une des causes principales de la crise qui ébranle l’Eglise de fond en comble, la pénétrant jusqu’à ses « entrailles mêmes » et à ses « veines » selon la vigoureuse formule de saint Pie X. D’ailleurs, plus nous y travaillons et plus nous voyons se confirmer les analyses déjà exposées avec une extraordinaire clarté par Mgr Lefebvre le 9 septembre 1965 dans l’aula conciliaire. Qu’il nous soit permis de reprendre ses propres paroles à propos de la Constitution conciliaire sur « l’Eglise dans le monde d’aujourd’hui » (Gaudium et Spes) : « Cette constitution n’est ni pastorale, ni émanée de l’Eglise catholique : elle ne paît pas les hommes et les chrétiens de la vérité évangélique et apostolique et, d’autre part, jamais l’Eglise n’a parlé ainsi. Cette voix, nous ne pouvons l’écouter, parce qu’elle n’est pas la voix de l’Epouse du Christ. La voix du Christ, notre berger, nous la connaissons. Celle-ci, nous l’ignorons. Le vêtement est celui des brebis ; la voix n’est pas celle du Berger, mais peut-être du loup. J’ai dit » [10]. Les cinquante ans écoulés depuis cette intervention n’ont fait que confirmer cette analyse.

Dès le 7 décembre 1968, trois ans seulement après la clôture du Concile, Paul VI dut admettre : « L’Eglise se trouve en une heure d’inquiétude, d’autocritique, on dirait même d’autodestruction. » Et le 29 juin 1972, il reconnut : « Par quelque fissure est entrée la fumée de Satan dans le temple de Dieu : c’est le doute, l’incertitude, la problématique, l’inquiétude, la confrontation. » Il constata, mais ne fit rien. Il poursuivit la réforme conciliaire que ses promoteurs n’avaient pas hésité à comparer à la Révolution de 1789, en France, ou à celle de 1917, en Russie.

Nous ne pouvons rester passifs, nous ne pouvons nous rendre complices de cette autodestruction. C’est pourquoi nous vous invitons, chers amis et bienfaiteurs, à demeurer fermes dans la foi, et à ne pas vous laisser troubler par ces nouveautés de l’une des plus formidables crises que doit traverser la sainte Eglise.

Puissent la Passion de Notre Seigneur et sa Résurrection nous conforter dans notre fidélité, dans notre amour indéfectible envers Dieu, envers Notre Seigneur, vrai Dieu et vrai homme, envers sa sainte Eglise, divine et humaine, dans une espérance sans faille… in Te speravi non confundar in aeternum. Daigne le Cœur douloureux et immaculé de Marie nous protéger tous et que son triomphe arrive bientôt !

Winona, dimanche des Rameaux 13 avril 2014

+Bernard Fellay


[1] Mgr Lefebvre, « Lettre du 20 décembre 1966 adressée au cardinal Ottaviani » in J’accuse le Concile, Ed. Saint-Gabriel, Martigny, 1976, p. 107-111.

[2] Pie XII, Encyclique Mystici corporis, 29 juin 1943, Enseignements pontificaux, L’Eglise, Solesmes-Desclée, 1960, t. 2, n° 1014.

[3] Pie XII, Encyclique Humani generis, 12 août 1950, Enseignements pontificaux, L’Eglise, Solesmes-Desclée, 1960, t. 2, n° 1282.

[4] Sur l’indifférentisme et le latitudinarisme, voir les propositions condamnées du Syllabus, chapitre 3, n°15 à 18 : « Il est libre à chaque homme d’embrasser et de professer la religion qu’il aura réputée vraie d’après la lumière de la raison. Les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir ce salut éternel dans le culte de n’importe quelle religion. Tout au moins doit-on avoir bonne confiance dans le salut éternel de tous ceux qui ne vivent pas dans le sein de la véritable Église du Christ. Le protestantisme n’est pas autre chose qu’une forme diverse de la même vraie religion chrétienne, forme dans laquelle on peut être agréable à Dieu aussi bien que dans l’Église catholique. »

[5] Pie XI, Encyclique Mortalium animos, 6 janvier 1928, Enseignements pontificaux, L’Eglise, t. 1, n° 855.

[6] Cardinaux Ottaviani et Bacci, « Préface au pape Paul VI » dans Bref examen critique du Novus ordo missae, Ecône, p. 6.

[7] « Mgr Lefebvre et le Saint-Office », Itinéraires n° 233 de mai 1979, p. 146-147.

[8] Jean-Paul II, Constitution apostolique Sacrae disciplinae leges, 25 janvier 1983, La Documentation Catholique, n° 1847, p. 245-246.

[9] Mgr Lefebvre, « Conclusion » in J’accuse le Concile, Ed. Saint-Gabriel, Martigny, 1976, p. 112.

[10] Mgr Marcel Lefebvre, J’accuse le Concile, Ed. Saint Gabriel, 1976, p. 93.


Abbé Hubert Gaspard : le Pape Jean-Paul II mérite-t-il d’être canonisé ?

Source : le Belvédère

Sur terre, un des titres du pape régnant est « Sa Sainteté, le Pape… ». Maintenant que ce pape a quitté notre monde peut-il encore recevoir ce titre ?

L’objet de la canonisation, c’est d’abord et avant tout la sainteté de la personne et les vertus héroïques qui vont de pair avec la sainteté. Ce ne sont que secondairement et occasionnellement les faits miraculeux qui attestent l’héroïcité surnaturelle des vertus. Le surnaturel des miracles et des faits extraordinaires n’est donc pas évoqué pour lui-même, mais seulement pour attester l’origine divine des vertus et manifester l’éminente grâce sanctifiante.  C’est la signature de Dieu.

La sainteté, fondement de toute canonisation, est un état extraordinaire de vie surnaturelle, extraordinaire en ce sens qu’il est bien au-dessus de la voie commune. Cette sainteté consiste en la grâce sanctifiante possédée à un degré exceptionnel, un tel degré de charité divine qu’elle est accompagnée des vertus infuses et acquises pratiquées jusqu’à l’héroïsme. Et en premier lieu, les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité.

Cet héroïsme des vertus est comme le thermomètre de la sainteté : là où il y a sainteté véritable, il y a aussi vertu héroïque, et là où les vertus sont pratiquées à un degré héroïque, il y a sainteté.

La grâce sanctifiante ne pouvant pas être appréhendée par les sens, et donc connue directement par l’homme, le jugement sur la sainteté se fera à partir de l’héroïcité des vertus.

Les vertus étant connexes entre-elles (c’est-à-dire que lorsque l’on avance dans une vertu, on progresse également dans toute les autres [ceci est très intéressant pour notre vie spirituelle : cherchons à bien pratiquer une vertu et nous nous perfectionnerons dans toutes les autres]), l’organisme spirituel d’un saint comportera nécessairement l’ensemble des vertus à un degré éminent. À contrario, la défaillance dans une seule vertu sera le signe certain de l’absence de la sainteté dans la personne et donc qu’elle n’est pas digne d’être canonisée.

Puisque le but principal de la fonction du Pape est de « confirmer ses frères dans la foi » (Luc XXII, 32) examinons chez Jean-Paul II la vertu de foi.

Suivons ce Pape dans certaines de ses manifestations publiques où la foi est à l’oeuvre. Commençons par l’Afrique dans les forêts sacrées du Togo le 9 août 1985, où il participe activement aux cultes animistes et s’en félicite par la suite.

Allons à Rome le 13 avril 1986 et nous verrons pour la première fois un pape en visite officielle dans une synagogue.

Ce Pape, c’est Jean-Paul II.

Quelques mois plus tard, rendons- nous à Assise et le 27 octobre nous le trouvons au milieu des chefs de toutes les fausses religions (le vicaire de Jésus-Christ est ainsi ravalé au même niveau que tous ces idolâtres) pour prier avec eux !

Le 14 mai 1999, Jean-Paul II embrasse publiquement le coran, par ce geste et par son propos, il semble élever le Coran au rang de la parole de Dieu (à la messe, après l’Evangile, le prêtre embrasse le missel, justement parce qu’il contient la parole de Dieu).

En pleine Terre Sainte, le 21 mars 2000, Jean-Paul II implore Saint Jean-Baptiste pour la protection de l’Islam !

Il y a quelques décennies, selon les normes même du droit ecclésiastique, de tels gestes auraient suffi à jeter la suspicion d’hérésie sur la personne qui les aurait posés. Cela est contraire au 1er article de notre Credo :

« Je crois en un seul Dieu » et va contre le 1er commandement de Dieu « Tu adoreras Dieu seul… »

Manifestement, le pape Jean-Paul II n’a pas pratiqué la vertu de foi de façons héroïque (on serait plutôt porté à se demander s’il l’avait).

Lorsque l’Eglise canonise un saint, elle affirme qu’il a pratiqué les vertus surnaturelles à un degré héroïque et que cette pratique constitue pour tous les fidèles de l’Eglise une norme si sûre qu’en s’y conformant, ils sont assurés de parvenir au salut éternel. Le saint est donc donné en exemple pour ses vertus.

Non ! Le pape Jean-Paul II n’est pas saint ! Il n’est pas possible de proposer en modèle un homme qui a posé tant d’actes contraire à la foi. Cela restera vrai quand bien même un pape, François ou un autre, déclarerait le contraire.

Ce serait donc un scandale de plus dans l’Eglise si le pape Jean-Paul II était élevé à la gloire des autels et donné en modèle. Prions, comme l’a demandé monsieur l’abbé de Cacqueray, pour que l’Eglise ne soit pas souillée par une telle ignominie.

Abbé Hubert Gaspard


Abbé Benoît Storez : est-il possible que Jean XXIII et Jean-Paul II soient réellement saints ?

Source : Le Belvédère

Canoniser Vatican II, telle est la mission que se sont assignés les promoteurs de la nouvelle évangélisation. Comme il s’agit d’un concile pastorale, n’en déplaisent à certains qui veulent le dogmatiser, les textes eux-mêmes sont un point d’appui qui manque de solidité. Le Concile n’a pas voulu faire de magistère dogmatique, on ne peut revenir là-dessus.

Alors pour renforcer son autorité, on va canoniser ses zélateurs : Jean XXIII, le pape qui l’a convoqué, et Jean-Paul II, le pape qui l’a le plus appliqué. Canoniser, c’est citer en exemple. En donnant les vies de Jean XXIII et Jean-Paul II comme modèles, c’est le Concile vécu que l’on donne en modèle. Voulez-vous parvenir au ciel ? Vivez le concile Vatican II, comme Jean XXIII et Jean-Paul II l’ont vécu. Voilà ce que nous disent ces canonisations qui se préparent.

Une telle déclaration renforcerait l’autorité de Vatican II car les canonisations sont normalement revêtues du sceau de l’infaillibilité. Il serait téméraire de prétendre purement et simplement le contraire, du moins s’il s’agit de vraies canonisations, car ce point est enseigné de façon universelle par les théologiens depuis longtemps. La raison en est d’ailleurs simple : par la canonisation, le pape, en un acte solennel, définit de façon irréformable un moyen assuré pour parvenir au ciel. C’est donc une forme de définition sur un domaine qui touche à la foi et à la morale, ce qui entre dans le cadre du magistère solennel du pape. Ceci nous place face à une difficulté qui a suscité ces derniers temps de nombreuses questions : est-il possible que Jean XXIII et Jean-Paul II soient réellement saints ? A cette question, la réponse certaine est NON. Sans vouloir présumer de leur sort éternel, on peut affirmer qu’ils n’ont pas fait preuve d’un héroïsme suffisant, loin s’en faut, dans le pratique de certaines vertus. Or, c’est bien l’héroïsme dans l’exercice de toutes les vertus que l’Eglise a toujours exigé pour accorder la gloire des autels aux saints qu’elle canonise. Quoiqu’on puisse en dire aujourd’hui, la vraie sainteté ne saurait exister sans cet héroïsme.

Certains objecteront que la canonisation étant garantie par l’infaillibilité, il ne convient même pas de se demander s’ils sont vraiment saints car le Saint-Esprit lui-même par la voix de l’Eglise a déjà répondu. L’objection est sérieuse, certes, mais non pas insurmontable, ainsi que le montrent plusieurs articles de ce bulletin. Mais de toute façon, est-il envisageable pour un catholique d’imiter l’exemple de quelqu’un qui a baisé avec respect le coran ou qui saluait dans les juifs déicides nos frères aînés dans la foi ? Est-il possible que le chemin du ciel passe par les réunions oecuméniques d’Assise, les pratiques de dévotions devant le Mur des Lamentations ? Vouloir fermer les yeux sur tant d’actes scandaleux en s’appuyant sur l’infaillibilité des canonisations, c’est faire comme l’autruche qui met la tête dans le sable, et il n’est pas facile de voir clair dans une telle situation.

Abbé Benoît Storez